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Miami Vice, retour triomphal en Blu-ray chez Elephant Films

France. 2018. Le 4 décembre est sorti pour la première fois en Blu-ray l’intégrale de la série Miami Vice. Créé par Anthony Yerkovich en 1984, modelé par son producteur, le cinéaste Michael Mann, et porté par le duo de choc Don Johnson / Philip Michael Thomas, le show fait un retour fracassant en haute définition grâce à l’éditeur indépendant Elephant Films qui signe ici un coup de maître.

Synopsis : Miami. Les années 80. Sonny Crockett vit le rêve américain : il réside dans un yacht, roule en Ferrari et s’habille en Versace. Ricardo Tubbs voit sa vie bouleversée quand le truand Calderone assassine son frère à New-York. Il le poursuit à Miami pour le venger. Tous les deux sont flics et se retrouvent partenaires à la brigade des mœurs. Sous les ordres du Lieutenant Castillo, ils infiltrent les milieux criminels les plus dangereux de la ville, menant des enquêtes musclées qui vont souvent les pousser à la limite de la légalité.

Pour ceux qui ont connu Miami Vice à la télévision et/ou en DVD, la redécouvrir en format Blu-ray tient du graal. Un objet qu’on n’osait plus attendre avant l’annonce de l’éditeur Elephant Films qui s’est lancé depuis quelques années déjà dans l’édition d’œuvres phares de la télévision, d’Alfred Hitchcock présente à Magnum en n’oubliant pas L’Incroyable Hulk. Le 4 décembre, la série a débarqué en fanfare dans une édition Blu-ray soignée ainsi qu’en coffret exclusif Fnac contenant un livret de 148 pages. Il s’agira ici de couvrir le premier objet. De par son riche contenu à couvrir, l’intégrale Blu-ray Miami Vice d’Elephant Films aura droit à une couverture large de deux écrits : ce premier article se penchera sur la remasterisation de la série et les bonus l’accompagnant ; et un deuxième sur la série même.

Ci-dessous, l’inoubliable logo de la série

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Miami Vice HD

Quelques lignes plus haut, il est écrit que la redécouverte de Miami Vice en Blu-ray était attendue par de nombreux fans du show. En effet, ceux qui l’ont découverte à la télévision ou (re)dévoré en DVD furent les spectateurs d’une version altérée de la série. Ils l’ont ainsi vu dans une version 16 mmbas de gamme à la colorimétrie et au piqué litigieux (voir le comparatif visuel ci-dessous). La différence avec le master Blu-ray, scan de la copie originale 35 mm, est ainsi frappante. Certes, le visuel, merveilleux dans l’ensemble, n’est pas sans petits défauts pris sur le fait au cours des cinq saisons. Mais certains sont probablement liés au passage du temps sur le master et ne peuvent donc pas êtres réparés. Les autres sont probablement d’époque, nés sur le tournage ou sur une autre étape de la chaine de production. Notez bien ceci : le format 1.33 – 4/3 est, comme sur les éditions DVD, respecté. Surtout, le rendu des détails est merveilleux, les couleurs sont formidablement nuancées, et le grain d’origine est sauvegardé. Pas de lissage abusif du côté de l’éditeur qui a su œuvrer sagement avec le remaster haute définition orchestré par Universal. Quoi ? Universal ? En effet, l’entreprise a entrepris un travail de restauration et remasterisation HD sur ses séries. Miami Vice en a bénéficié à des fins de distributions aux États-Unis et en Grande-Bretagne. C’est donc véritablement grâce à Elephant Films que le show fait son come-back dans l’hexagone.

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Ci-dessus, à gauche : le rendu DVD (capture d’écran) – à droite : les mêmes plans en Blu-ray (capture photographique)

Du côté du son, on retrouve la version originale 5.1 Surround déjà présente sur les éditions DVD. Version au rendu sonore spatialement globalement correct malgré quelques problèmes de mixage. On note un bel apport de la HD sur celle-ci. La VF est aussi bel et bien présente, mais à déconseiller tant la piste est médiocre. Les voix sont beaucoup trop mises en avant et semblent donc déconnectées de l’arrière plan sonore plus que négligé. Toutefois, surprise majeure, l’éditeur indépendant a inséré dans son beau coffret la VO Stéréo inédite en France sur les saisons 2 à 5, VO qui a bénéficié d’une restauration digne de ce nom. Les spectateurs hésiteront probablement entre le premier et le troisième choix.

Une bande-son culte de Jan Hammer réveillée en HD

Du côté des bonus, l’éditeur promet cinq heures de compléments. Certains feront la fine bouche en notant la reprise de ceux des coffrets DVD d’Universal agrémentés par ceux maison d’Elephant Films. Certes, on peut regretter l’absence d’interview du cast ou de la production, d’époque ou d’aujourd’hui, surtout quand, comme le note Le Quotidien du Cinéma, certaines sont présentes en ligne sur Youtube en version originale. Mais tels Rimini Edition et ESC Edition/Distribution, Elephant Films a, avec ses moyens, pris l’initiative de concevoir ses propres bonus. L’intérêt sera éveillé, quand bien même certains compléments sont à prendre pour l’anecdote. On pense au bonus Abel Ferrara dans l’univers de Miami Vice dans lequel deux-trois détails intéressants doivent être pêchés dans une mare de suppositions et d’autopublicité outrancière pissée par Brad Stevens, critique de cinéma et auteur d’un ouvrage sur Ferrara. Cependant, deux éléments viennent contrebalancer ces semi-déceptions. Deux véritables cadeaux de la part de l’éditeur Elephant Films : la présence de tous les épisodes dans leur version intégrale non-censurée (les DVD peuvent enfin trouver le chemin de la première poubelle du coin) ; et la présence de trois épisodes inédits en France en version haute-définition. Ultime bonus : le pilote est présenté ici dans sa version intégrale (fini le découpage en deux parties présent sur les DVD). Enfin on retrouvera l’éternelle bande-annonce du catalogue de l’éditeur enrichi cette année par la merveilleuse série de guerre Les Têtes Brulées (1976-78)…

Ainsi le retour HD de Miami Vice en France est une réussite signée Elephant Films. La redécouverte est absolue. Le show en ressort revivifié, de sa modernité à sa bande-sonore originale composée par Jan Hammer. Les spectateurs de Miami Vice, la série qui a su capter parfaitement son époque, pourront voir ce zeitgest bel et bien réanimé grâce à l’édition d’Elephant Films. Certes, le prix pourrait toutefois refroidir certaines ardeurs. Oui, 150 euros est une somme. Vous pouvez d’ailleurs obtenir pour le même prix l’édition spéciale fnac avec un livret exclusif de 192 pages contenant anecdotes, photographies et un guide complet des épisodes. Et n’oublions pas que le prix vaut pour les compléments, et surtout les cinq saisons de la série de retour dans sa plus belle version à ce jour, probablement l’ultime. Pour les autres, n’hésitez pas à patienter, Elephant Films n’est pas frileux vis-à-vis des soldes… Sinon, foncez sur l’une des plus beaux coffrets Blu-ray jamais édités.

Bande-annonce – Miami Vice en Blu-ray

Miami Vice– L’intégrale Blu-ray – 25 Blu-ray – Durée : 109x47mn & 3x90mn – Langues : Français Mono 2.0 et Stéréo, Anglais 5.1 & Stéréo – Sous-titres : Français – Audio : DTS HD MASTER AUDIO – Image : 1.33 format respecté – Encodage 1920x1080p – Date de sortie : 04 Décembre 2018 – Prix de lancement : 149,99€

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* CARAZÉ Alain, Les Nouveaux Feuilletonistes, Fantask, 2016

Note des lecteurs1 Note
4.5

Les meilleurs films de 2018 selon la rédaction

L’année 2018 était une belle année de cinéma, autant dans les blockbusters que dans les films plus indépendants, le septième art a été inspirant. Comme le veut la tradition de fin d’année chez les cinéphiles, l’heure est venue de dresser un bilan. Alors, quelles sont les projections qui ont marqué l’année cinéma 2018 ? LeMagduCiné dévoile sa sélection des 15 meilleurs films et le top 10 de chaque rédacteur.

15) Suspiria

Oser remaker un film aussi populaire que Suspiria avait tout de la mauvaise idée. Et encore plus quand l’homme qui l’a sorti de terre, Dario Argento, estime que le remake n’a pas compris sa vision. Pourtant, c’est peut-être là qu’on aurait du tiquer, non ? Un cinéaste qui estime que sa vision a été bafouée ? Et si, à la place de l’incompréhension qu’il cite, Dario Argento était juste jaloux ? Cela pourrait parfaitement se concevoir tant finalement, le Suspiria de Guadagnino excelle à distiller une ambiance qui s’abat telle une chape de plomb sur l’intrigue. On parle toujours de danse, on sent toujours en filigrane un récit qui s’aventure à la lisière du paranormal, et pourtant, le cinéaste italien (comme quoi, seuls les ritals peuvent à ce point capturer la passion) adjoint à l’œuvre d’Argento, une profondeur (ça cause libération, émancipation des femmes, féminisme donc, dans une Berlin morcelée par le rideau de fer) bardée de symboles, qui a vite fait de rendre l’exercice passionnant. La passion oui, encore et toujours. Celle de voir Tilda Swinton continuer à endosser des rôles éminemment opposés, de voir la jeune Dakota Johnson s’affirmer comme (on l’espère) une actrice de premier plan. Tout ça pour dire qu’à l’instar de beaucoup de films sortis cette année (Under The Silver Lake entre autres), Suspiria est de cette race de films qui incitent au voyage et qui se fichent pas mal de la destination, seulement du trajet parcouru. Et autant l’admettre : quand la maîtrise se lit à chaque plan, à chaque intonation et à chaque envolée lyrique signée Thom Yorke, on pourrait bien assister béat à un Suspiria qui dure l’éternité.
Antoine Delassus

Relire le débat qui opposait nos rédacteurs. 

14) Girl

Dans le souffle d’un festival, il existe parfois des œuvres qui vous emportent. Une émotion. Des larmes. C’est le cas du film de Lukas Dhont, avec Girl, récompensé de la caméra d’Or au Festival de Cannes 2018. Girl est un parcours de vie intense, qui voit une jeune fille (Lara) faire tout son possible pour approcher son idéal, c’est à dire être enfin elle-même. Le film aborde le sujet délicat de la transsexualité mais l’immisce de manière bienveillante, bienveillance qui se matérialise par le prisme du père, dont sa relation avec sa fille est l’une des plus belles choses du film. Les dialogues entre les deux, entre incompréhension et tendresse, sont d’une rare vérité, d’une réelle émotion. Inscrite dans une école de danse, Lara se donne corps et âme dans sa discipline, chose qui mettra son corps et son esprit à rude épreuve, comme le faisait l’une des inspirations du film avec son personnage, le Black Swan de Darren Aronofsky. Sans forcément rentrer de pleins pieds dans les codes du teen movie, Girl est une quête identitaire forte, dure et doloriste, qui parle avec justesse d’un âge où l’on cherche juste à se définir et à s’accepter tels que nous sommes. Lara, incarnée par l’étonnant et fabuleux Victor Polster, est un personnage beau et émouvant, qui avec humilité et rage, chemine avec grâce dans nos cœurs.
Sébastien Guilhermet

Relire notre article cannois.

https://www.youtube.com/watch?v=apA__J_SRNQ

13) Ready Player One

Au-delà de la réussite technique et du divertissement de haute volée, Ready Player One brille par l’alchimie de dichotomies. Tout en ayant une énergie folle dans sa mise en scène, Steven Spielberg parvient à mettre sans cesse en parallèle deux procédés, deux univers. Qu’il s’agisse du tournage de certaines scènes en pellicule et d’autres en numérique ou encore de l’utilisation de décors réels et de la performance capture. En faisant cela, Steven Spielberg montre qu’une cohésion est possible entre tous ces éléments et superpose ses méthodes de conception au propos du film. Pellicule ou Numérique ? Columbus ou Oasis ? Pourquoi faudrait-il choisir alors qu’une cohabitation est possible et que chacun à sa manière a des choses à apporter. L’un des exemples de tout cela est la course poursuite automobile finale du film dans les rues de Columbus qui renvoie à la course automobile d’ouverture du film dans l’Oasis. Et si, les personnages ne se sortaient de la course poursuite dans Columbus que parce qu’ils avaient participé et s’étaient entraînés pour la course poursuite dans l’Oasis ? À cela s’ajoute un discours sur la pop culture comme moyen de s’émanciper, d’avoir une identité (les avatars des personnages principaux ne sont pas des personnages préexistants) et de trouver sa voix dans lequel Steven Spielberg a l’élégance de s’effacer et de ne pas s’auto-citer, pour mieux pouvoir s’intégrer dans le récit en filigrane et parler tout aussi bien des éléments de la pop culture qui l’ont inspiré et façonné durant sa jeunesse (King Kong, Godzilla, Shining,…) que d’éléments de la pop culture qui ont inspiré et façonné les générations suivantes, ne rendant ainsi le film que plus universel. Enfin, ajoutez à cela un casting cinq étoiles et Alan Silvestri à la musique et vous obtenez l’un des meilleurs films de l’année.
Thomas Thiel

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12) Mektoub, My Love : Canto Uno

Mektoub, My Love est indéniablement un des films français les plus marquants de l’année. Les détraqueurs de Kechiche verront toujours en ce film un voyeurisme là où il est empli de sensualité et de désir. Le réalisateur franco-tunisien offre une ode à la jeunesse durant 3h de temps où les heures passent comme des secondes. Biographie intime de ses étés, il donne à voir un merveilleux album de vacances où séduction, timidité, figure maternelle forment un tout aussi bienveillant qu’entraînant. La liberté y est sans limite, sans tabou et donne d’ailleurs un certain air nostalgique sur cette époque révolue quand aujourd’hui tout est analysé, déformé, jugé et sujet à polémique. Le cinéma de Kechiche ne lui serait plus propre s’il n’y ajoutait pas quelques provocations, mais Mektoub, My Love est bien plus grand que cette simple considération et révèle les délicats Ophélie Bau et Shaïn Boumedine.

Gwennaëlle Masle

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11) Les Frères Sisters

Avec les Frères Sisters, Audiard s’attaque au genre américain par excellence, le western. Le cinéaste français convoque à la fois des références de westerns classiques mais aussi révisionnistes, basculant tantôt entre tendresse et violence, tantôt entre envie de changement et besoin de retour aux origines. Si Audiard s’essaie à un genre très codifié et qui s’inscrit dans l’histoire d’une culture étrangère à la sienne, Les Frères Sisters n’en reste pas moins un film extrêmement personnel, que le réalisateur dédit d’ailleurs à son frère aîné, mort bien des années plus tôt. Dans cette longue traque à cheval, les vastes étendues désertiques qui défilent derrière les personnages ne sont qu’un contexte, qu’une excuse à l’analyse de leur psychologie. Car Les Frères Sisters narre d’abord le récit de deux frères, avant de raconter celui de la naissance d’une nation. Ainsi, Audiard se sert du genre du western pour faire un film d’auteur intimiste, caché derrière des codes, facilitant le dialogue avec le spectateur, qui se trouve alors face à un western à taille humaine.

Perrine Mallard

10) 3 Billboards, les panneaux de la vengeance

Cinq ans après le décevant Sept psychopathes, Martin McDonagh nous offre un troisième film moins clinquant et plus mesuré dans ses effets, et tant mieux. Le passage par la tarantinade avait finalement terni une filmographie qui démarrait pourtant très bien avec l’étonnant Bons baisers de Bruges. Moins d’effets de style, de chausses trappes idiots ou de faux méta-discours, pour un résultat efficace et finalement assez élégant, malgré la rudesse du propos (une vengeance à la suite d’une histoire de viol dans l’Amérique profonde). Frances McDormand trouve l’un de ses meilleurs rôles, Woody Harrelson renoue avec un registre mesuré qui montre toute l’étendue de son talent, et Sam Rockwell réussit un tour de force en rendant sympathique son personnage de crétin raciste et homophobe, sans pour autant justifier ses actions. McDonagh renoue également avec son goût pour le grotesque du quotidien (le touchant personnage de Peter Dinklage), dénué d’artifice clinquant. Âpre, sans concession, mais pas dénué d’humour pour autant, Three Billboards a finalement toutes les qualités que l’on attend d’un classique au sens noble, ce qu’il deviendra certainement.

Vincent B.

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9) La Forme de l’eau

Récompensé par quatre oscars en 2018, dont le meilleur film et le meilleur réalisateur, La Forme de l’eau s’impose comme le nouveau chef d’œuvre de Guillermo del Toro, certainement l’œuvre la plus aboutie de ce cinéaste unique avec le somptueux Labyrinthe de Pan. Le réalisateur mexicain y mêle subtilement un univers féerique d’une infinie poésie et un monde réel sombre, violent, dans lequel les marginaux sont opprimés et où la quête du pouvoir justifie tous les sacrifices. Dans ce conte fantastique, laissant place au drame et à la romance, le contexte de la Guerre froide se déploie dans toute son horreur et sa paranoïa, attisant le désir de puissance d’hommes obsédés par la recherche de nouvelles armes et l’isolement de laissés-pour-compte. Parmi ces personnages, Elisa, une femme de ménage muette, s’entraide avec sa collègue Zelda, prisonnière d’un mariage raté, et son voisin de palier Gilles, rejeté pour son homosexualité. C’est en rencontrant un mystérieux amphibien, comme eux singulier et persécuté, que ces trois héros apprennent à s’accepter tels qu’ils sont. Comme dans ses précédents films, Guillermo del Toro s’attache à la figure du monstre. Loin d’être agressive, la créature s’humanise ici rapidement grâce à ses émotions et à sa faculté de communiquer. Elle contraste alors avec le véritable être démoniaque du récit, Richard Strickland, rappelant le sadisme du sinistre capitaine Vidal dans Le Labyrinthe de Pan. La relation que l’amphibien noue progressivement avec Elisa, aussi inimaginable que poétique, montre que l’amour naît davantage d’une compréhension mutuelle, d’une fusion des incomplétudes que des similitudes. Au-delà de cette histoire riche empreinte de magie, on retient de La Forme de l’eau son esthétique sublime, la musique inoubliable d’Alexandre Desplat et la mise en scène ambitieuse de Guillermo del Toro.

Ariane Laure

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8) The Rider

La nature, les paysages magnifiques, la liberté… Et en même temps la quête identitaire d’un homme brisé qui cherche un nouveau sens à sa vie. The Rider est un film sensible, délicat, beau et taiseux, qui prend le temps. C’est une parenthèse, c’est suspendu. On s’arrête et on contemple, on médite. Ce film dégage une grande authenticité, avec ce héros taciturne (petit côté Heath Ledger dans Brockeback Mountain), sa relation avec les chevaux et la Terre de ses ancêtres amérindiens, sa famille. Une vraie immersion dans l’univers du rodéo et dans la culture locale du Dakota. Poétique et apaisant, et en même temps si triste. Parfait.

Marushka Odabackian

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7) Jusqu’à la garde

Jusqu’à la garde est un film construit intelligemment : la montée de l’angoisse y est brillamment maîtrisée jusqu’à un final en apothéose qui laissera le spectateur collé sur son siège. D’ailleurs celui-ci n’a d’autre choix que de prendre parti pour ce pauvre fils pris en étaux entre ses deux parents qui se livrent un combat sans merci pour désigner lequel des deux aura sa garde. C’est également un long-métrage essentiel sur les violences conjugales qui réussit à illustrer ce problème de société de façon subtile et non pas voyeuriste. Les acteurs y signent leurs plus belles prestations, surtout Denis Ménochet en père de famille abusif et terrifiant. En bref, Jusqu’à la garde est le meilleur film français de l’année, un film qui n’épargne personne, et réalisé par le très prometteur Xavier Legrand dont il ne faut pas oublier que c’est la première longue réalisation.

Flora Sarrey

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6) The House that Jack built

The House that Jack built est un film foisonnant, excessif en tout, mais détestable en rien. La représentation hyper-pompier du Dante et Virgile aux enfers de Delacroix ne nous choque pas. Les meurtres de plus en plus élaborés non plus ; destinés à faire œuvre, et œuvre d’art selon Jack, ils incluent les situations les plus insupportables (meurtres d’enfants, mutilations,…) et pourtant, ils restent bizarrement à distance, tant ils ne servent visiblement que de prétextes, la dialectique du réalisateur étant dirigée ailleurs. Même le glissement du film vers une forme fantastique dans sa dernière partie nous dérange à peine, car du début à la fin du métrage, Lars von Trier va marteler toujours les mêmes propos, la nécessité d’une absence totale de mesure pour atteindre la forme ultime de l’art, au prix de tous les dérapages et de toutes les incompréhensions.
Rarement le cinéaste s’adresse à notre cœur ; il ne cherche pas l’empathie, persuadé comme son protagoniste qu’on peut hurler les fenêtres grandes ouvertes sans que personne ne nous entende. Lars von Trier cherche notre capacité à réfléchir sur l’art avec lui. Ce sera seulement dans une séquence qu’à l’approche d’une fin inéluctable, le protagoniste quitte ses habits diaboliques pour se remémorer l’enfant qu’il a été, voire l’humain qu’il a été : un être fragile qui a peur de la mort, qui a peur de lui-même, mais qui ne peut pas s’empêcher d’aller à sa perte. Une séquence courte et chargée d’émotions, et qui permet de mettre la lumière sur tous les doutes du cinéaste. Pas toujours facile, car tel n’est pas le but de l’artiste, lui qui aurait souhaité voir plus de monde quitter la salle lors de la projection de son film à Cannes, The House that Jack built est sans doute le film le plus abouti de son auteur. L’auto-citation de ses propres films dans ce dernier opus semble signifier que Lars von Trier a fait le tour de la question ; espérons qu’il continuera encore à nous secouer fortement et longtemps.

Bea Delesalle

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5) Hostiles

Le western est un genre qui erre, depuis deux-trois décennies, sur le spectre cinématographique, sans véritablement trouver de port d’attache. Au milieu des productions à petit budget florissantes mais souvent peu reluisantes, et quelques ovnis signés Tarantino, difficile de trouver les grands héritiers d’un genre devenu incontournable dans l’histoire du cinéma. Impitoyable, The Proposition, True Grit, étaient peut-être les mieux placés pour y prétendre… jusqu’à l’arrivée de Hostiles, cette année, qui renoue avec les codes des westerns américains de l’âge d’or. Intelligemment référencé (de Ford à Mann ou Peckinpah) tout en affirmant sa personnalité propre (notamment via sa photographie et sa façon parfois « malickienne » de filmer la nature), Hostiles réhabilite ce qui n’avait plus vraiment sa place dans un western : le dialogue et la psychologie des personnages. Ces derniers sont excellemment écrits et interprétés (Christian Bale et Rosamund Pike en tête, bien sûr), mais surtout évoluent au cours d’un long voyage synonyme de rédemption pour l’un, de deuil pour l’autre. Le film est presque écrit à l’envers : là où un western classique commencerait par une ville paisible pour se finir en duel au sommet et action à tout-va, Hostiles s’ouvre sur un bain de sang pour que la violence cède sa place progressivement à l’intimité et à l’échange. Fascinant, émouvant, viscéral, les superlatifs ne manquent pas pour qualifier l’œuvre de Scott Cooper qui nous gratifie de ce qui pourrait être la nouvelle référence en terme de western moderne.

Jules Chambry

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4) Call Me By Your Name

Découvrir ses désirs et épouser ceux de l’autre. S’accepter et s’abandonner. Apprendre et pleurer. Le somptueux Call Me By Your Name de Luca Guadagnino embrasse la réalité des premières fois avec une poésie et une tendresse folle. La première fois qu’on aime, la première fois qu’on fait l’amour, la première fois que notre cœur se brise… A travers le récit de l’été 1982 d’Ezio, un bel ado polyglotte dans une Italie de rêve, le réalisateur dépeint la relation amoureuse entre deux hommes, l’un à l’âge de la découverte, l’autre plus aguerri et expérimenté. Pourtant leurs intimes passions ne trouveront foyer que dans le regard et le corps de l’autre. Call me by your name and i’ll call you by mine… Le long-métrage expose la versatilité et le talent dingue du très prometteur Timothée Chalamet face à un Armie Hammer aussi svelte que taquin. Ce tendre et long moment d’amour nous donne terriblement envie d’aimer et révèle en nous l’impulsivité et l’intensité de nos idylles. Oubliez votre coup d’un soir de cet été ou votre dernier chagrin d’amour. Désolé, mais la plus belle histoire d’amour de cette année, elle est ici.

Roberto Garçon

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3) First man

Après l’ouragan La La Land, on aurait pu penser que Damien Chazelle aurait à cœur de retourner vers des projets moins amples, moins ambitieux et en somme moins exigeants. Que nenni puisque avec First Man, le réalisateur franco-américain s’est embarqué dans un voyage qui n’a rien d’une sinécure : celui de conter la plus dangereuse mission de l’histoire de l’humanité, Apollo 11, et ce via le prisme de son capitaine, Neil Armstrong. Un homme qui sous le scope de Chazelle, se révèle meurtri, rongé de l’intérieur par un deuil qu’il va tâcher d’exorciser en effectuant un voyage au-delà des étoiles. La grande épopée patriotique qu’on supposait se mue alors en un quasi-voyage existentiel, seulement rythmé par les larmes, la mélancolie, la mort et le mutisme de cet homme qui attendra de fouler le sol lunaire pour enfin s’autoriser à pleurer. Si l’on ajoute à cela un vivier de personnages investis et touchants, une reconstitution historique flamboyante et la dextérité de Chazelle à lier le combat d’Armstrong à ses thèmes – la résilience, la passion comme moteur –, on a droit à un film qui déjoue in fine constamment nos attentes et qui parvient, et c’est là la meilleure chose du film, à dissimuler tout le glamour jusqu’ici contenu autour de cette mission pour mieux mettre en avant le coté insensé, dangereux et humain qu’elle représente.

Antoine Delassus

2) Phantom thread

Phantom Thread rend d’abord un bel hommage au plaisir visuel, avec de magnifiques plans, savamment construits et qui ne corsètent pas le propos. C’est rien de le dire pour ce film de haute couture, avec et sans jeux de mots, où l’amour est un jeu du chat et de la souris d’où personne ne semble pouvoir (vouloir ?) sortir gagnant. Un grand moment de cinéma, cousu main, mais pas de fil blanc, tant il emprunte de pistes. Parfaitement surprenant et excellemment interprété, bien que conscient de tous les genres qu’il traverse et convoque. Le huitième film de Paul Thomas Anderson est vénéneux et déroutant, oppressant et salvateur. Il ne s’agit pas simplement de conter une histoire, mais de la faire vivre sous nos yeux avec des climax assez entêtants, tels des petits déjeuners construits comme autant de moments de tension extrême ou encore des moments « muse » qui font durer la torture du temps pour le spectateur. On ne sait plus à qui donner de l’empathie tant le film sort sans cesse des sentiers battus. Enfin, force est de le constater, Phantom Thread est aussi un film boursouflé, parfois drôle, comme avorté, habité par d’autres… C’est un grand film malade, amoureux du cinéma, un grand film tout court.

Chloé Margueritte

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1) Under the Silver Lake

Dans un monde où la pop culture est omniprésente, Under the Silver Lake s’impose très vite comme un véritable objet générationnel. Après nous avoir fait frissonner avec ses saillies carpentieriennes dans It Follows, David Robert Mitchell revisite le film noir saupoudré de stoner et nous emmène au sein d’un Los Angeles aussi coloré que cryptique pour explorer la face cachée de cette pop culture. Si son récit pynchonien exigeant aura laissé du monde sur le carreau, il nous aura également permis de nous égarer aux côtés d’un Andrew Garfield ahuri dans les méandres labyrinthiques de la cité des anges. Une expérience où les multiples références, qu’elles soient cinématographiques, vidéoludiques ou musicales, agissent comme le moteur d’une enquête aux allures néo-noires qui va tourner à la quête existentielle. Comme lors de son précédent essai, David Robert Mitchell enrobe le tout dans une splendide photographie et une bande-son aux allures 50s composée avec soin par Disasterpeace. Avec Under the Silver Lake, l’américain confirme sa position de cinéaste ultra-prometteur et surtout de porte-étendard d’une génération.

Maxime Thiss

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Les tops 10 individuels des rédacteurs

Gwennaëlle Masle :

  1. Mektoub, My Love : Canto Uno de Abdellatif Kechiche
  2.  Razzia de Nabil Ayouch
  3.  Les Filles du Soleil de Eva Husson
  4. Call me by your name de Luca Guadagnino
  5. Girl de Lukas Dhont
  6. Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin
  7. Jusqu’à la garde de Xavier Legrand
  8. Three Billboards de Martin McDonagh
  9. BlacKKKlansman de Spike Lee
  10. Le Grand Bain de Gilles Lellouche

Sébastien Guilhermet :

  1. First Reformed de Paul Schrader
  2. The House that Jack Built de Lars Von Trier
  3. Les garçons sauvages de Bertrand Mandico
  4. The Rider de Chloe Zaho
  5. Spiderman New Generation de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman
  6. Suspiria de Luca Guadagnino
  7. Girl de Lukas Dhont
  8. Jusqu’à la garde de Xavier Legrand
  9. Burning de Lee Chang-dong
  10. Mandy de Panos Cosmatos

Maxime Thiss :

  1. Under the Silver Lake de David Robert Mitchell
  2. Jusqu’à la garde de Xavier Legrand
  3. Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez
  4. Climax de Gaspar Noé
  5. Le bon apôtre de Gareth Evans
  6. Bodied de Joseph Kahn
  7. Detective Dee 3 : La légende des rois célestes de Tsui Hark
  8. Les garçons sauvages de Bertrand Mandico
  9. Les Bonnes Manières de Juliana Rojas et Marco Dutra
  10. Spiderman New Generation de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman

Jules Chambry : 

  1. Under the Silver Lake de David Robert Mitchell
  2. Hostiles de Scott Cooper
  3. La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro
  4. A Star is Born de Bradley Cooper
  5. Bohemian Rhapsody de Bryan Singer
  6. First Man de Damien Chazelle
  7. Maudie de Aisling Walsh
  8. Une Affaire de famille de Hirokazu Kore-eda
  9. Climax de Gaspar Noé
  10. Mektoub, My Love : Canto Uno de Abdellatif Kechiche

Marushka Odabackian :

  1. Hostiles de Scott Cooper
  2. The Rider de Chloe Zaho
  3. First Man de Damien Chazelle
  4. Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  5. La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher
  6. Les heures sombres de Joe Wright
  7. En guerre de Stéphane Brizé
  8. Guy de Alex Lutz
  9. Une valse dans les allées de Thomas Stuber
  10. Sauvage de Camille Vidal-Naquet/ Une prière avant l’aube de Jean-Stéphane Sauvaire

Chloé Margueritte : 

  1. Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  2. Under the Silver Lake de David Robert Mitchell
  3. Une Affaire de famille de Hirokazu Kore-eda
  4. En Liberté ! de Pierre Salvadori
  5. Les Chatouilles de Andréa Bescond et Eric Métayer
  6. La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher
  7. Senses de Ryusuke Hamaguchi
  8. Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré
  9. Charlotte a du fun de Sophie Lorain
  10. Bonhomme de Marion Vernoux

Ariane Laure : 

  1. Les Frères Sisters de Jacques Audiard
  2. La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro
  3. First Man de Damien Chazelle
  4. The Rider de Chloe Zaho
  5. Girl de Lukas Dhont
  6. Under the Silver Lake de David Robert Mitchell
  7. Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  8. Une Affaire de famille de Hirokazu Kore-eda
  9. Burning de Lee Chang-dong
  10. Three billboards de Martin McDonagh

Perrine Mallard : 

  1. Les Frères Sisters de Jacques Audiard
  2. Call me by your name de Luca Guadagnino
  3. BlacKKKlansman de Spike Lee
  4. L’île aux chiens de Wes Anderson
  5. Lady Bird de Greta Gerwig
  6. Hostiles de Scott Cooper
  7. Under the Silver Lake de David Robert Mitchell
  8. First Man de Damien Chazelle
  9. La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro
  10. Burning de Lee Chang-dong

Bea Delesalle : 

  1. Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
  2. The House that Jack Built de Lars Von Trier
  3. Cold War de Pawel Pawlikovski
  4. Manifesto de Julian Rosefeldt
  5. Sauvage de Camille Vidal-Naquet
  6. Une Affaire de famille de Hirokazu Kore-eda
  7. Suspiria de Luca Guadagnino
  8. Three Billboards de Martin McDonagh
  9. Pupille de Jeanne Herry
  10. Roma de Alfonso Cuaron

Antoine Delassus : 

  1. First Man de Damien Chazelle
  2. Ready Player One de Steven Spielberg
  3. Under the Silver Lake de David Robert Mitchell
  4. How to talk to girls at parties de John Cameron Mitchell
  5. The House that Jack Built de Lars Von Trier
  6. Suspiria de Luca Guadagnino
  7. Three Billboards de Martin McDonagh
  8. Climax de Gaspar Noé
  9. Woman at war de Benedikt Erlingsson
  10. Leto de Kirill Serebrennikov/Spiderman New Generation de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman

Vincent B. :

  1. Three Billboards de Martin McDonagh
  2. BlacKKKlansman de Spike Lee
  3. Place Publique de Agnès Jaoui
  4. En Liberté ! de Pierre Salvadori
  5. La mort de Staline de Armando Ianucci
  6. Dans la brume de Daniel Roby
  7. La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro
  8. Golem : le tueur de Londres de  Juan Carlos Medina
  9. Les heures sombres de Joe Wright
  10. The final portrait de Stanley Tucci

Les 10 déceptions des rédacteurs au cinéma en 2018

Malgré la grande richesse des propositions au cinéma cette année, 2018 a aussi eu son lot de ratés dans les salles. 10 rédacteurs ont choisi leur plus grande déception de l’année pour livrer un flop de 10 films.

Maxime Thiss : Suspiria

On sentait la mauvaise idée à des kilomètres, et ça n’a évidemment pas manqué. En offrant dans un péché d’orgueil une relecture du mythique Suspiria, le transalpin Luca Guadagnino s’est pris les pieds dans le tapis et s’est vautré sur toute la ligne. Ne parvenant à aucun moment à recréer la force picturale et sensorielle du chef d’œuvre de Dario Argento, le cinéaste plus habitué aux drames mondains essaie de trop intellectualiser le genre et nous pond un salmigondis indigeste se perdant dans des trames scénaristiques inutiles. Loin de faire de son film un cauchemar éveillé, les scènes terrifiantes pouvant se compter sur un doigt, Guadagnino opte pour une approche radicalement différente. En plaçant son récit dans le Berlin de la Guerre Froide, Guadagnino instaure un contexte politique qui n’est finalement qu’un enrobage superflu, faisant un temps illusion lorsqu’il compare les deux blocs aux deux factions de sorcières. L’italien s’attarde, au contraire de son prédécesseur, sur la danse qui est au cœur de son récit. Des séquences de danse qui la aussi témoigne d’une volonté très arty de la part de Guadagnino et qui donne lieu à des performances dignes des spectacles de l’art contemporain le plus abscons. Guadagnino sacrifie le côté populaire du cinéma de genre au profit d’une approche élitiste et hautaine. Une certaine idée du mépris du cinéma de genre qui culmine dans un climax aux allures Z opportunistes navrantes.

Relire le débat qui opposait nos rédacteurs. 

Perrine Mallard : Bohemian Rhapsody

Raconter l’histoire de l’un des plus grands groupes de rock était un pari risqué, mais c’est bien le seul risque que prend Bohemian Rhapsody. Il est regrettable qu’un film retraçant l’aventure musicale d’un groupe aussi expérimental et spectaculaire que Queen, se montre aussi conventionnel et sage à la fois dans son scénario et dans sa mise en scène. “Let’s show people how rock’n’roll is supposed to make you feel” disait Richie Finestra dans Vinyl, la série imparfaite mais passionnée de Scorsese. Ici, le rock manque au film qui, loin d’être vibrant et passionné, se révèle être un patchwork d’évènements qui s’enchainent presque aléatoirement. Le film entier est à l’image de sa séquence finale, le concert de Live Aid, excellente idée sur le papier, mais dont la réalisation, dénuée de toute émotion, rend caduque l’excellente performance de Rami Malek. En convoquant les morceaux grandioses du groupe, le film ne fait que se reposer sur eux sans jamais faire de lien entre le son et l’image, empêchant à la musique de Queen de contaminer la forme même du film. Alors soit, entendre les morceaux de Queen reste toujours aussi jouissif, mais ça ne suffit pas à faire un bon film.

Relire notre critique à sa sortie

Chloé Margueritte : Stronger

Stronger fait deux erreurs fondamentales : revenir, comme tant d’autres avant lui, sur des évènements tragiques sur lesquels le monde n’a pas encore pris assez de recul (ici les attentats de Boston en 2013), et glorifier une sorte de héros sans gloire, autre que celle de s’en être sorti, supposer donc qu’une grande épopée tragique sera prompt à rétablir le tort causé aux victimes. Il s’enfonce alors dans le pathos. Ainsi, la scène où Jeff reçoit les confessions de la douleur d’autres personnes et se drape d’une grande bienveillance, voire d’une complaisance à recueillir la parole endeuillée pour émouvoir, tombe complètement à plat et achève de démolir l’entreprise de construction d’un héros mitigé du film. L’intrigue devient classique, larmoyante, peu passionnante. Jeff, qui a perdu ses deux jambes, se relève, l’Amérique aussi et c’est la romance qui prend le pas sur la réflexion…

Relire notre critique à sa sortie

Jules Chambry : Deadpool 2

Deadpool 2, dans la stricte continuité du premier volet, aura plu à ceux qui aimaient déjà son aîné et exaspéré ceux qui ne le supportaient déjà pas beaucoup. La recette est la même, à peine remaniée, avec un vilain un poil meilleur (car plus charismatique, merci Josh Brolin), mais un humour toujours aussi discutable et un marketing indigeste. Deadpool, avant de s’intéresser à faire de bons films, c’est d’abord un incroyable produit marketing qui fait vendre presque aveuglément, pour la seule raison que le héros lance des insultes à tout bon de champ et fait des blagues sous la ceinture deux fois sur trois. C’est un peu triste de le vendre comme « le film de super-héros “subversif” » simplement parce que le personnage est un débile profond politiquement incorrect. Rien dans Deadpool n’est subversif, et rien n’est à sauver : de la réalisation sage à l’humour lourdingue, en passant par une incapacité à faire des choix scénaristiques forts ou originaux alors même que l’on se prétend « différent ». En résulte un nouveau pot-pourri de ce qui se fait de pire en matière super-héroïque, qui ravira ceux que la poudre de perlimpinpin suffira à outrer, et outrera ceux qui y constateront une nouvelle fois la désolante supercherie.

Relire notre critique à sa sortie

Marushka Odabackian : Taxi 5

Enfer. Déjà les « blagues », si on peut appeler ça ainsi, se résumaient à « on va prendre un nain et une grosse et on va se foutre de leur gueule pendant 2h ». On bat des records de lourdeur à la seconde, c’était affligeant… Rien n’allait évidemment, c’était gênant tellement c’était mauvais. En plus pour qui aime Taxi j’imagine qu’on aurait pu s’attendre à plus d’action, paradoxalement il n’y avait que deux courses minables, clairement une arnaque. On appréciera également l’humour très évolué de « Pipi Caca Prout »… On aurait dit un film de gros boulet, un délire de mec prépubère au collège qui est dernier de la classe et qui fait rire sa bande de potes décérébrés en se moquant bêtement de tout le monde. Ça fait pitié.

Relire notre critique à sa sortie

Beatrice Delesalle : Ni juge, ni soumise

Amateurs de l’excellent Strip-Tease , cette émission belge truculente car féroce sans jamais juger, drôle sans jamais forcer, passez votre chemin. Ni juge ni soumise, le film Yves Hinant et de Jean Libon, l’une des deux têtes pensantes de la série, a beau être la version longue et toujours sans narration d’un des épisodes de Strip-tease, il n’en a pas l’élégance. Le maître-mot ici semble être la provocation gratuite et à tout crin.

Anne Gruwez est une juge d’instruction bruxelloise aux prises avec diverses affaires criminelles, Cold Case comme actuelles. Toujours le bon mot au bord des lèvres, toujours l’immigré « criminel » du jour dans son bureau. Des systématismes qui auront déjà le don d’énerver singulièrement le spectateur. Des répétitions sans doute rendues nécessaires par le format long métrage, mais qui émoussent le mécanisme de l’uppercut qui terrassait le téléspectateur à chaque nouveau reportage dans l’émission télé.

Quand on y ajoute les différentes provocations liées au thème de fond (le cold case avec assassinat de prostituées), telles que photos explicites des cadavres des victimes ou exhumation du présumé coupable, on finit de perdre tout intérêt dans cette histoire menée par une femme pourtant pas inintéressante, malgré son pas de charge au bulldozer.

Avec Ni juge ni soumise, Jean Libon a raté son coup ; « C’est pas du cinéma, c’est pire », disait-on dans la bande-annonce : on n’est pas loin de la vérité…

Gwennaëlle Masle : La Douleur

Benjamin Biolay, Mélanie Thierry sur un texte de Marguerite Duras, La Douleur laissait présager un film fort et profond. Le réalisateur Emmanuel Finkiel a fait un magnifique travail esthétique mais son œuvre ne fait malheureusement que livrer de beaux plans et passe à côté des émotions. Les acteurs restent en surface et ne parviennent pas à faire vivre leurs dialogues pourtant si beaux. Ils oublient le sens de ce qu’ils sont en train de réciter en se regardant jouer et en répétant un rythme peu encourageant où la narration prend toute la place et oublie de plaire. L’oeuvre de l’auteure méritait un autre traitement que celui-ci très fade.

Relire notre critique à sa sortie

Antoine Delassus : Un raccourci dans le temps

A l’instar de tout bon gâteau, les films sont un amas d’ingrédients respectant une recette. Cuisez-le bien, et ce qui ressortira de votre four vous enverra directement devant Cyril Lignac. Négligez la mixture et vous aurez vite fait de voir la police du bon gout vous tomber dessus pour assassinat culinaire. Avec Un Raccourci Dans le Temps, on aurait pu croire que Disney était en train de nous confectionner la Rolls-Royce du gâteau : un thème fondamental – l’amour-, une jeune héroïne afro-américaine sur le point de s’embarquer dans une grande aventure, Ava Duvernay qui supervise le tout, bref de solides ingrédients donc. Sauf que quand la pâtissière confond le sel et la cocaïne, bah ça peut donner que ce gloubi-boulga informe que même Casimir n’oserait pas gouter. C’est bien simple, la mouture concoctée par Disney est à ce point ratée qu’elle en devient incompréhensible, indigeste, inregardable (je plains les personnes souffrant d’épilepsie) et bardée d’éléments ringards. Que ça soit Reese Witherspoon qui se transforme en feuille de batavia géante, Oprah Winfrey qui passe d’une taille normale à celle d’un immeuble de 15 étages en fonction du scénario, d’un visuel hideux, d’une histoire qui verse dans la scientologie et d’un récit à ce point abscons qu’on en vient à reconsidérer les délires mindfuck de David Lynch, le film multiplie les tares à un rythme si élevé que la seule chose qui nous donne du plaisir, c’est quand ce générique de fin, encore une fois immonde, arrive. A jeter !

Sébastien Guilhermet : The Predator

The Predator de Shane Black voit renaitre de sa tombe le spectre du monstre incroyable de la franchise initiée par John McTiernan. Et ce fut l’une des pires idées de l’année, tellement, que le film est une abomination d’actioner mal fagoté et terriblement plat. Ce nouvel opus contient tous les symptômes du film à la modernité dégénérative qui rate chacune de ces cibles: humour bancal, désacralisation du monstre, réalisation anonyme et quelques giclées de sang bien maigres. Un film qui a voulu faire du chasseur, la proie. Oui, le monstre est devenue une proie comme une autre face à de super Predators. Là où Ridley Scott détruisait le mythe Alien avec Alien Covenant de manière forte, passionnante et nihiliste, Shane Black ne fait rien de son matériel de base et n’en fait qu’une œuvre désarticulée. Pourtant, même si le film s’avérait raté, nous pouvions nous attendre à un plaisir coupable nous proposant le monstre dans toute sa splendeur en train d’écrabouiller ses ennemis. Mais il n’en fait rien. Loin de l’iconisation naturalisme du film de 1987, loin de son propos sur l’Homme à l’état de nature, The Predator enchaine les moments de bravoure vains et les blagues de mauvais gouts. Un raté monumental.

Ariane Laure : Rampage, hors de contrôle

Dwayne Johnson nous a habitués depuis plusieurs années aux films d’action musclés, riches en situations catastrophes et en émotions fortes. Entre la saga Fast and Furious, San Andreas, Baywatch et Skyscraper, Dwayne Johnson est devenu une véritable figure héroïque du cinéma. Sa carrure imposante et ses rôles de sauveur du monde lui ont pratiquement conféré le statut de super-héros. Pourtant, sa seule présence au casting ne suffit pas à assurer la qualité d’une œuvre. Rampage : hors de contrôle en constitue un exemple topique. Etrange mélange entre la Planète des Singes et Jurassic Park, le film présente le combat d’un primatologue, ami avec un gorille albinos qu’il a recueilli, contre de dangereux prédateurs issus d’expériences génétiques ratées. Si l’apparence des deux animaux, à savoir un loup volant et un crocodile géant, amuse au second degré, Rampage n’a rien d’autre d’innovant ou de palpitant à proposer. Sans le moindre suspense, après que les monstres aient ravagé la ville de Chicago, Dwayne Johnson parviendra à éviter un cataclysme mondial. Que du déjà vu, teinté d’un humour parfois douteux, qui remplit à peine sa fonction de divertissement. Il vaut mieux débrancher son cerveau !
Relire notre critique à sa sortie

 

Les dix personnalités qui ont marqué le cinéma en 2018

Tandis qu’un américain a planté le drapeau américain une nouvelle fois sur la lune, un autre a signé une œuvre contestataire sur le pays derrière le drapeau. Alors qu’un réalisateur mexicain a montré la divinité beauté des monstres, un Français a relevé la nature monstrueuse des humains. Un jeune acteur polyglotte se fraie un chemin vers le succès en même temps qu’une célèbre chanteuse se révèle être une excellente actrice. Qui a marqué le cinéma cette année ? Le Mag du Ciné vous livre sa sélection des dix artistes qui ont façonnés le 7ème art en 2018.

L’ordre des personnalités dans la liste n’est pas significatif.

1. Timothée Chalamet

L’énorme succès qu’a connu Timothée Chalamet avec la sortie de Call Me By Your Name est arrivé par surprise et de manière fulgurante. A l’affiche de plusieurs films depuis 2014, celui qui interprétait le jeune frère oubliable dans Interstellar crève l’écran dans le film de Guadagnino. Il y incarne un adolescent vivant sa première idylle pendant un été aussi intense et sensuel qu’éphémère. Avec cette performance bouleversante on l’imaginait presque gagner un oscar pour le meilleur acteur, début 2018, mais celui-ci fut remporté par l’immense Gary Oldman. Il tentera à nouveau sa chance en 2019, puisqu’il est à nouveau nommé, cette fois pour sa performance dans Beautiful Boy. En l’espace de quelques semaines, le jeune homme de 22 ans, fut adulé à un tel niveau qu’il a attisé la haine et l’agacement d’une autre partie du public. Alors, talent certain ou effet de mode ? Ses prochaines performances nous le diront, une chose est sûre, Chalamet s’est imposé dans le paysage cinématographique et on le verra encore sur les écrans dans les années à venir. Il est annoncé au casting du prochain film de Wes Anderson mais aussi du très attendu et redouté Dune, de Villeneuve.

Perrine Mallard

2. Lady Gaga

Voici peut-être la révélation de l’année ; en tout cas, concernant ses talents d’actrice. Car si Lady Gaga est depuis plus de 10 ans déjà une égérie musicale, artiste accomplie qui compte parmi les idoles les plus fantasques de ce vingt et unième siècle, l’année 2018 aura révélé au grand jour que l’étendue de son talent excédait largement le domaine de la chanson. Grâce à Bradley Cooper qui lui offre le premier rôle de A Star is Born, c’est une grande actrice qui est indéniablement née, sans doute même partie pour aller décrocher moults récompenses (et peut-être un Oscar, qui sait…). Incarnant un personnages aux antipodes de celui que la diva s’est elle-même créé en devenant Lady Gaga, c’est-à-dire en abandonnant l’extravagance et le pimpant pour une sobriété et une mise à nue totales, elle est la raison première du succès de ce film qu’elle sublime de sa voix inimitable, en plus d’en avoir écrit une bonne partie de la bande-originale. De quoi montrer à ceux qui ne la connaissent pas ou ne l’aiment pas qu’elle a gagné en maturité, soulignant elle-même que ce personnage l’a changée véritablement, au-delà du tournage. Mais quand on s’intéresse un minimum à l’artiste, ce tournant n’est pas étonnant : fan de cinéma depuis sa tendre enfance, quand elle voulait encore devenir actrice, Lady Gaga avait déjà procédé à un virage stylistique certain avec Joanne, son dernier album datant de 2016, qui illustrait la maturité musicale et comportementale que la jeune femme avait atteinte. 2017 eut La La Land et son Emma Stone solaire, 2018 a A Star is Born et sa Lady Gaga lunaire. Quand cinéma et musique se mêlent, au moyen de prestations aussi flamboyantes, il y a de quoi fondre d’admiration.

3. Gilles Lellouche

Après une année 2017 qui l’aura vu briller dans tous les genres (comédie potache avec Rock’n’Roll ou Le Sens de la Fête, drame avec le Plonger de Mélanie Laurent et le HHhH de Cédric Jimenez) quitte à frôler la surdose, on avait un peu envie de voir Gilles Lellouche s’effacer. Ça tombe bien, puisque le bougre nous as pris au mot quitte à oser enfin repasser derrière la caméra en nous proposant un Full Monty à la française : Le Grand Bain. Exit la pole dance, Robert Carlyle et l’humour anglais et place ici à une brochette de quinqas prêt à laisser leur dignité au vestiaire pour se jeter à corps perdu dans la natation synchronisé masculine. Ça n’a l’air de rien mais en faisant ça, on en vient à reconsidérer l’attention, la précision et somme toute le talent du bonhomme qui ne sacrifie jamais ses personnages sur l’autel du rire et nous donne à voir un propos pour le moins intime sur la dépression et ce besoin qu’ont les gens de se relever et de s’imposer des défis. En tout cas, ça a eu le mérite d’être clair puisque Lellouche, sans doute ragaillardi par l’expérience, a embrayé sur une comédie ou il se fait éclipser par son grand pote Guillaume Canet (L’Amour est une Fête) et un drame sur l’adoption (Pupille) ou sa bonté a vite fait de l’imposer en un incontournable du cinéma français. Un vrai caméléon en somme mais qui fait du bien.

Antoine Delassus

4. Vincent Lacoste

Cette année, l’acteur a été à l’affiche de pas moins de trois films. Loin d’avoir écœuré son public, il a surpris dans des registres très différents. Vincent Lacoste se promène de films en films, dans des univers opposés dans lesquels il trouve parfaitement sa place. Il a ainsi rejoint la liste des acteurs passés par le cinéma de Christophe Honoré. Il a su y distiller de la pudeur et de l’enfantillage à la fois. Aux côtés de Thomas Lilti, il est revenu hanter les bancs de la fac et refaire un tour dans l’univers de la médecine, avec une nonchalance rien qu’à lui. Et enfin, il a tenté la maturité avec un pur drame, Amanda. Pourtant, Vincent Lacoste a gardé sa jeunesse avec la bouille de ses débuts, tout en s’imposant dans le paysage du cinéma français, sans pour autant perdre une certaine candeur dans son jeu. L’acteur moderne est peut-être celui qui, comme Vincent Lacoste, enfile des costumes, sans besoin de devenir super-héros, mais en imprimant une douce chaleur, un flegme inimitable qui font grandir ses personnages avec lui. L’année prochaine, il fêtera d’ailleurs ses 10 ans de cinéma !

Chloé Margueritte

5. Lukas Dhont

Après avoir réalisé trois courts métrages, Lukas Dhont a signé en 2018 son premier film, Girl. Le scénariste et réalisateur belge de vingt sept ans y raconte le combat de Lara, une adolescente née dans un corps de garçon rêvant de devenir danseuse étoile. Choisi dans la sélection « un certain regard » du Festival de Cannes, Girl a obtenu la caméra d’Or ainsi que la Queer Palm. Lukas Dhont aborde le thème du transgenre avec une grande pudeur et une sensibilité touchante. Il ne s’aventure pas sur le terrain du conflit familial, déjà traité dans Billy Elliot, mais sur la lutte courageuse et les émotions complexes d’une jeune fille à l’équilibre psychologique fragile, incarnée par l’exceptionnel Victor Polster. Prête à tous les sacrifices pour suivre sa thérapie hormonale, se faire opérer tout en s’entraînant durement pour intégrer une prestigieuse école de danse, Lara sera confrontée au regard des autres et à ses propres limites, malgré le soutien total de son père. 2018 aura ainsi marqué la découverte de Lukas Dhont, un jeune cinéaste talentueux, filmant à pleur de peau, dont on attend l’évolution avec grand intérêt.

Ariane L. Emmanuelle

6. Bertrand Mandico

Nous servant son extase organique depuis un certain temps déjà sous la forme de courts-métrages écumant les festivals, Bertrand Mandico a enfin franchi le pas du long-métrage en 2018. Avec Les Garçons Sauvages, le réalisateur y cultive toutes ses obsessions pour accoucher d’un cinéma transgenre dans tous les sens du terme. Une œuvre d’une puissance formelle inouïe convoquant nombreuses influences allant de Sa Majesté des mouches à Querelle de Fassbinder pour nous emmener au cœur d’un voyage initiatique au cœur des sens et de l’identité. Un cinéma français « autre » dont il devient l’un des chefs de file en compagnie de son acolyte Yann Gonzalez qui lui offrira un rôle dans son giallo Un couteau dans le cœur. Deux auteurs à la démarche similaire qui se verront cohabiter dans l’anthologie Ultra Rêve au cours de laquelle Mandico nous transportera avec Ultra Pulpe au sein d’une réflexion foisonnante sur le cinéma et l’amour, tout en dépeignant un univers d’une richesse plastique infinie en moins de 40 minutes. Avec deux essais marquants, 2018 aura été placée sous le signe de Bertrand Mandico qui a enfin pu éclore aux yeux du grand public tel une fleur turgescente.

Maxime Thiss

7. Xavier Legrand

Avec Bertrand Mandico, Xavier Legrand est le cinéaste français qui a marqué l’année 2018, faisant partie de ceux qui prouvent à tout le monde que le cinéma français est vivant et rempli de créativité. Car Jusqu’à la garde est l’un des grands moments de cinéma de l’année. Faisant suite au très bon court métrage Avant que de tout perdre, ce premier film est d’une maitrise totale. Il n’est jamais évident de voir une œuvre aussi bien mélanger le cinéma de genre et les enjeux sociaux qui découlent de l’environnement dépeint. D’un film sur les violences conjugales, Jusqu’à la garde aurait pu se trahir rapidement et enfoncer des portes déjà ouvertes depuis longtemps, malgré l’utilité évidente du message. Sauf qu’avec sa mise en scène, sa narration qui déploie les questionnements, Xavier Legrand voit le monstre se dessiner petit à petit pour jouer sur les codes du thriller horrifique.Le talent de Xavier Legrand est de nous faire ressentir l’inéluctabilité de cette peur, et que la repentance de cette violence n’était qu’un feu de paille. Commençant comme une introspection sociale, une étude de cas familiale, Jusqu’à la Garde finit en trombe, à la lisière du cinéma de genre, comme un film d’horreur qui n’a rien à envier aux mastodontes. Et nous avons besoin de cinéaste tels que Xavier Legrand, qui comme Bertrand Bonello, a autant à dire sur la France que sur le cinéma.

Sébastien Guilhermet

8. Guillermo Del Toro

Enfin ! C’est le premier mot qui nous vient à la bouche quand on regarde la vague de prix qui a récompensé Guillermo Del Toro pour The Shape of Water. Avec ce film, le réalisateur mexicain, papa notamment du magnifique Labyrinthe de Pan et des deux Hellboy, signe un conte superbe qui magnifie les monstres. Son amour pour les créatures, inhérent à son cinéma, atteint ici son apothéose en livrant une œuvre universelle qui parle autant de la nature humaine que du 7ème art. Dans son film, les marginaux sont les héros de l’histoire. A l’image de ses protagonistes, Del Toro a beaucoup évolué en marge d’Hollywood ne trouvant pas confort dans les productions calibrés et dénués d’âme. Alors quand il reçoit la reconnaissance de ces pairs à travers un Lion d’Or à la Mostra de Venise et quatre Oscars dont celui du meilleur film, on ne peut que s’en ravir ! De par son approche gothique et fantastique sur le cinéma, le réalisateur a souvent eu du mal à pouvoir exprimer sa vision. En tient pour exemple son projet de film sur Pinocchio pour lequel il n’a jamais réussi à trouver les financements. Après son succès mondial, le projet est désormais en route..chez Netflix ! Peut-être un petit doigt d’honneur aux studios ? En tout cas, on est preneur de tous les endroits où le réalisateur pourra continuer à partager sa poésie et son art.

Roberto Garçon

9. Ryan Gosling

Après une année 2017 record, enchaînant La La Land (pour lequel il décroche un Golden Globes et une nomination à l’Oscar, le sublime Song to Song et Blade Runner 2049, Ryan Gosling ne s’est pourtant pas absenté des plateaux de tournage. Avec un seul projet, il a réussi à monopoliser l’attention : First Man, 3e long-métrage très humaniste de Damien Chazelle. Gosling se retrouve habité par le personnage de Neil Armstrong, dans un film qui montre toute la dévotion d’un homme pour une cause, quitte à sacrifier sa personne et celles qui l’aiment. Mais l’année de Ryan Gosling ne s’est pas arrêté au cinéma. L’artiste, devenu réalisateur et auteur, compositeur, s’exerce désormais dans la photographie. Aux côtés de l’ONG Enough Project et du militant congolais Fidel Bafilemba, il capture des instants de vies torturées, montrant la souffrance de ce pays africain, à travers une histoire sur la colonisation brutale. Le livre Congo Stories a déjà récolté un florilège d’éloges de la part des critiques, faisant définitivement de Ryan Gosling un artiste aux multiples facettes.

Louis Verdoux

10. Spike Lee

 Après un long passage à vide, marqué par quelques polémiques idiotes (clash avec Clint Eastwood et Tarantino) et quelques films « mineurs », Spike Lee est revenu en force cette année avec Blackkklansman, présenté comme la charge anti-trump que l’on attendait, et récompensée d’un grand prix à Canne. Petite revanche pour celui qui ne s’est toujours pas remis de voir la palme d’or 89 lui passer sous le nez (le nom de Wim Wenders, président du jury de l’époque, serait encore gravé sur la batte du cinéaste, selon la rumeur). Prenant à bras le corps le climat post Charlottesville et la montée en puissance du suprémaciste blanc, Lee rappelle qu’il ne craint personne sur le terrain de la farce anti-raciste black power, et qu’il n’a pas son pareil pour croquer la mascarade du meltingpot américain. Même si Blackkklansman n’est pas son film le plus intéressant (même les sous estimés Chi-raq et Old Boy ont plus de valeur cinématographiques), le retour de l’enfant terrible du cinéma afro-américain fait tout de même plaisir, car s’il n’évite pas quelques portes ouvertes, le cinéaste n’en reste pas moins l’un des grand observateur des tensions communautaires qui agitent notre époque. Peut-être que le monde change, et que Spike Lee obtiendra enfin la place qui lui revient parmi les plus grand réalisateurs du XXIe siècle.
Vincent B.

 

Les moments cinéma et télé qui ont marqué l’année 2018 selon la rédaction

2018 touche à  sa fin, il est alors temps de se lancer dans les traditionnels exercices de bilans de fin d’année. Avant de vous livrer nos films préférés et nos déceptions, les rédacteurs de Le Mag du Ciné ont décidé de revenir sur plusieurs moments qui ont marqué l’année audiovisuelle. Que ce soit une scène particulièrement marquante d’un film, un événement important pour l’industrie cinématographique, un souvenir de festival ou encore une série qui nous aura bouleversés, c’est au travers d’une douzaine d’instants que nos rédacteurs vont revenir sur une année particulièrement riche en émotions, qu’elles aient suscité joie, tristesse ou colère.

82 femmes sur les marches du Festival de Cannes

Par Gwennaëlle Masle

Avec un discours de la Présidente du Jury, Cate Blanchett, et celui de la cinéaste de la Nouvelle Vague, Agnès Varda, les femmes ont pris le pouvoir à Cannes le 12 mai 2018. Et c’était beau. L’image est forte et les photos uniques. 82 femmes de Céline Sciamma à Claudia Cardinale se sont rassemblées pour défendre l’égalité salariale et ce souvenir représente celui d’un Festival mémorable. On espère évidemment que cet instant marque un tournant dans le cinéma et dans cette égalité à toute échelle mais une chose est sûre, cette solidarité, cette entraide, ces poings levés font du bien. Outre le but même de cette action, la lutte est belle à voir et émouvante. Il est si important de voir que l’on peut encore se rassembler et se lever quand on a trop souvent voulu les faire taire. Il est si beau de voir que l’on peut encore s’aimer et s’aider quand on a trop souvent jugé les autres. Suivie de la projection de Les filles du soleil, cette montée des marches était un moment essentiel à Cannes cette année qui ne peut que retourner les cœurs et donner de la force. Même si certaines mesures ont été prises, pour certaines discutables, il reste des progrès à faire. La lutte continue et ne cessera jamais.

La quinzaine des réalisateurs

Par Sébastien Guilhermet

Le festival de Cannes, ce n’est pas simplement sa sélection officielle, son tapis rouge, sa croisette ou ses petits fours. Ce sont aussi des sections parallèles qui font tout la diversité et la grandeur de ce festival. Et même si la sélection officielle nous a fait découvrir de très beaux films, en compétition ou non, la quinzaine des réalisateurs a été l’une des attractions majeures de ces deux semaines intenses de cinéma. Cette année la quinzaine nous a offert un panel de cinéastes iconoclastes, au style graphique très prononcé, et aux univers aussi référencés qu’ésotériques. Ce fut Noël avant l’heure. Ce fut un plaisir quotidien de découvrir chacun des films sélectionnés, du possédé Climax de Gaspar Noé, au psyché et vengeur Mandy de Panos Cosmatos, du comique et burlesque En liberté de Pierre Salvadori, du funky et moderne Le Monde est à toi de Romain Gavras, du sanguinolent et mutique Les confins du Monde de Guillaume Nicloux, sans parler de Mirai, le petit dernier de Mamoru Hosoda. Joie, rire, éclats gores, montée ténébreuse, questionnement sur la famille, virée en enfer, redéfinition du gangster, La Quinzaine des réalisateurs 2018 fut une fête perpétuelle de cinéma.

La victoire de L’amour flou au festival d’Angoulême

Par Chloé Margueritte

Ils arrivent sur scène en pleurant, disant en souriant doucement « ça y est, on retombe amoureux », tout cela est aussi touchant que maladroit. Ils portent leur dernier bébé, soit le film pour lequel ils viennent de remporter le prix du public au festival du film francophone d’Angoulême. L’Amour flou des ex-amants (mari et femme) Romane Borhinger et Philippe Rebbot est à cette image-là : un film touchant et maladroit. Il s’agit en fait d’un rare moment de cinéma, tant il n’en est pas vraiment un, c’est un moment de pure liberté, qui dit que rien ne doit ressembler à ce qui existe déjà et que l’on peut alors tout inventer, même sa séparation. Que l’on peut même la filmer tiens, pourquoi pas. Que l’espace de cette séparation sera redéfini et qu’il deviendra un plateau de cinéma inattendu. Sur scène en tout cas, l’espace est envahi par ce couple de cinéma créé dans un moment où pourtant il aurait dû se défaire. Ils prennent donc les projections comme autant de cadeaux, pour un film qui ressemble à un adieu éternel l’un à l’autre, le public était plus qu’au rendez-vous à Angoulême, avec la troupe de comédiens et offre le cadeau d’un sourire, d’une larme, bref d’une vraie sincérité qui rappelle que le cinéma est aussi un moment de partage authentique et ça fait du bien !

Le monologue du père d’Elio dans Call me by your name

Par Roberto Garçon

« Look you had a beautiful friendship, maybe more than a friendship. And I envy you. » confie Michael Stuhlbarg, en père chaleureux, à son fils de fiction Elio, incarné par le fantastique Timothée Chalamet. A travers ces mots, le père entame un monologue bouleversant qui signe à la fois l’acceptation de l’homosexualité de son fils mais surtout un éloge de l’amour que vivaient Elio et Olivier. Derrière cette tirade, des mots universels qui parleront à tous ceux qui aiment et aimeront. Entre la pudeur et le non-dit, cette scène délivre un ultime message de bienveillance face à notre liberté et notre urgence d’aimer. A la fin de cette scène, qui ne s’est pas dit qu’il rêverait d’avoir un père pareil ? Autant dire que ce monologue réchauffe le cœur et lui donne envie de battre encore plus fort, face à une homophobie qui gangrène encore nos sociétés. Face à une actualité déprimante qui a ressorti le pire de ce que pouvait faire l’humain, Call me By Your name contre-attaque et nous donne à rêver. Arrivant sur la fin du métrage, cette séquence révèle encore plus la vérité de la merveille cinématographique de Luca Guadagnino : une exposition d’un amour vrai, passionné et jamais stigmatisé. Just remember our hearts and our bodies are given to us only once

La scène du compositeur d’Under the Silver Lake

Par Jules Chambry

Under the Silver Lake est un film qui questionne la culture et notre rapport à elle, comment elle nous influence, voire nous détermine et, inconsciemment, manipule notre regard et nos relations sociales. Dans sa longue quête iconoclaste, le personnage principal incarné par Andrew Garfield parvient, après maintes étapes façon « chasse au trésor », à se rendre jusqu’au repère de celui censé pouvoir répondre à ses questions : le « compositeur ». Cet homme, joué par un jeune grimé en vieux, est étrange jusque dans son apparence qui sonne volontairement faux, comme masquée : il incarne un dieu qui aurait créé l’entièreté de la pop culture, des morceaux classiques aux plus grands tubes de rock, comme si tout ce qui constituait notre univers culturel était le fruit de l’imagination d’un seul homme qui créerait stratégiquement sa musique dans un but de manipulation, d’orientation des goûts. Or on le sait, la culture a ceci de mystérieux qu’on ne sait pas à quel moment une œuvre l’intègre, une autre la quitte, quels sont les critères de ce qui est « culte » ou culturel, ou encore qui en décide – d’où cette apparence de vieillard aux traits irréalistes : un dieu très ancien dont on ne peut déterminer l’âge, la morale, les intentions, c’est-à-dire l’identité. Under the Silver Lake offre ici une scène passionnante et troublante, mettant l’homme face à sa nouvelle religion : la culture, dans laquelle il s’aliène jusqu’à que celle-ci domine sa vie (ou menace les quelques réfractaire d’un coup de son fusil de l’intégration sociale…).

Le premier concert de A Star is Born

Par Jules Chambry

S’il y a bien une qualité que l’on n’enlèvera pas à A Star is Born, au-delà de sa bande-originale et de l’interprétation de ses acteurs, c’est sa virtuosité technique durant les scènes de concerts. S’ils sont tous réussis, celui où Ally monte pour la première fois sur scène est sans doute le plus mémorable d’un point de vue technique et émotionnel. On n’imagine pas à quel point il est difficile de filmer de faux concerts (Bohemian Rhapsody l’a très bien fait également, cette année), tant il faut une alchimie entre la fausse euphorie d’une foule qui se doit d’être crédible, la caméra qui doit se mettre au service de l’immersion, et la musique même qui doit offrir un rendu « live » et acoustique. Bradley Cooper fait des merveilles : même si la foule est peu montrée, la caméra préférant se focaliser sur les musiciens et les chanteurs, on la sent massive et impliquée ; les mouvements de caméra sont admirables, et participent indéniablement de ce rendu « live » puisqu’ils permettent une plongée au cœur de la scène, au milieu des câbles de guitare et des projecteurs, grâce à une caméra épaule incontrôlable. L’immersion est totale, tout est parfaitement calibré et pourtant l’impression d’imprévisible est là aussi : quand Ally rejoint Jack sur scène, le plan s’élargit pour laisser la place à l’ampleur de sa voix, et le talent de Lady Gaga fait le reste. On est alors tout entier empathique avec elle, le stress monte comme si l’on y était soi-même, la peur de ne pas prendre le train en marche ou de trébucher, dans ce monde fou des concerts où tout va si vite, où chaque intonation et chaque mouvement est réfléchi. C’est un saut dans un monde du spectacle aussi effrayant que grisant ; une leçon de musique comme de cinéma.

La richesse des comédies françaises de 2018

Par Gwenaëlle Masle

En Liberté, Le grand bain, Le monde est à toi, Mauvaises Herbes… Les comédies françaises vont bien cette année. Force de propositions et d’idées, le cinéma français a su s’armer d’une bonne dose d’humour même sur des sujets sérieux. Il est rare de voir des comédies intelligentes alors quand la France parvient à en proposer, il faut savoir le souligner. Marina Foïs le disait mieux que personne à propos du film de Lellouche, « C’est une comédie qui ne fait pas rire en se moquant. On rit avec et pas contre. » Et même si ce n’est pas toujours réussi, les comédies françaises ont au moins eu le mérite d’oser, d’innover, à l’instar d’Au Poste de Quentin Dupieux où l’originalité de la mise en scène était de mise. Et cette qualité dans le genre se retrouve d’ailleurs à Cannes où En Liberté ! et Le monde est à toi étaient présents à la Quinzaine des Réalisateurs, pour le grand bonheur du public, qui attend ce genre de surprises.

L’humanité de la série Pose

Par Maxime Thiss

Véritable bourreau de travail touche à tout, Ryan Murphy nous a offert en 2018 une énième création télévisuelle. Accompagné de son fidèle acolyte Brad Falchuck et Steven Canals, le showrunner s’est lancé avec Pose dans une reconstitution très fidèle du milieu des Ballrooms et du voguing dans le New York de la fin des années 80. Cependant ce qui a fait de Pose, la série immanquable de cette année, n’est pas son acuité à reproduire un univers avec une authenticité certaine à la manière de The Deuce de David Simon, mais bien sa galerie de personnages. Au travers de la maison Evangelista et des individus gravitant autour, les créateurs de Pose ont esquissé des portraits terriblement touchants, mettant en lumière des personnes transsexuelles comme jamais auparavant. Avec les interprétations remarquables de MJ Rodriguez, Billy Porter ou Indya Moore, Pose s’est facilement imposée comme un concentré d’humanité comme on en voit rarement à l’écran, et par ce biais devenir la plus belle chose qu’on ait pu voir sur un écran en 2018. Une série tour à tour galvanisante et émouvante, faisait poindre des larmes de tristesse ou de joie, comme dans ce sublime épisode de Noël, où la notion de famille est illustrée de la plus forte des manières.

La déception American Horror Story : Apocalypse

Par Vincent B.

« Le monde ne finira pas avec un boum, mais dans un soupir » disait T.S Elliot. C’est bien malgré lui que l’auteur résume l’état de ce qui était encore, quelques années auparavant, la série d’horreur ultime, celle derrière laquelle toutes les autres s’alignaient. Passé la surprise des trois premiers épisodes, présentant de nouveaux personnages et un contexte inattendu (un abri aux règles victoriennes trash), la lassitude se fait rapidement sentir. Ryan Murphy retombe rapidement dans ce qu’il sait faire de pire : l’auto-citation. Le cross-over annoncé entre les univers de Coven (saison 3) et Murder House (Saison 1), devient rapidement gonflant, tant les scénaristes passent leur temps à expliquer le retour de tel ou tel personnage, au lieu de développer l’intrigue initiale. Des éléments périphériques s’ajoutent (l’hôtel de la saison 5), et Apocalypse s’étire dans un interminable flashback, oubliant au passage tous les nouveaux personnages. Même les retours d’anciennes gloires de la série (Jessica Lange) apparaissent forcés. Nous aurions aimé apprécier cette nouvelle saison, mais passé la hype de l’annonce, elle s’est achevée dans l’indifférence générale devant cette auto-parodie involontaire à l’esprit camp trop outrancier pour convaincre. Presque un non-événement en fait… qui s’étale tout de même sur dix heures.

La claque Devilman Crybaby

Par Sébastien Guilhermet

La série Devilman Crybaby de Masaaki Yuasa est l’une des perles de l’année. Une œuvre, qui ne ressemble à aucune autre et qui traite avec folie et violence d’une humanité qui se désagrège. Gore à outrance, sexualisée de manière conséquente, cette série d’animation est aussi jouissive que pessimiste. Dans un monde contemporain, où un être mi homme mi démon va tenter de sauver l’humanité, son parcours va lui faire lever les yeux au ciel et comprendre que le pire ennemi de l’humain ne sont pas les démons mais l’humain en lui-même. L’humain est un fardeau, qui ne comprend pas le mal qu’il se fait. Courte, pleine de panache, la série est une sucrerie existentialiste, ténébreuse et terriblement mélancolique. Tout comme Paranoia Agent de Satoshi Kon, la série n’est pas qu’un simple défouloir : mais un portrait d’une société compétitrice, une jeunesse poussée dans ses derniers retranchements, aussi voyeuriste que déviante, qui délaisse ses individus et vit dans l’accumulation de regrets. Devilman Crybaby a cette odeur d’autodestruction incommensurable. Incroyable.

La lettre d’Icham dans Dix pour cent

Par Roberto Garçon

Alors que l’homosexualité et l’homoparentalité semblent être uniquement sources d’humiliation et de blagues attardées selon de nombreuses ridicules comédies françaises, la saison 3 de Dix Pour Cent arrive et délivre une séquence essentielle. Ichem Janowski, patron d’ASK, l’agence artistique au cour de la série, a été considéré comme un odieux personnage tout au long des deux dernières saisons. En cause, son caractère vantard et irrévérencieux, mais surtout son désir de tout contrôler jusqu’à vouloir imposer ses droits sur un enfant dont il est le père biologique mais accidentel. De son côté, Andréa, mère du futur bébé, tient de tout son cœur à fonder une famille avec Colette, son amour. Dans cette lettre face caméra, interprété avec justesse et pudeur par Assaâd Bouab, Ichem s’adresse aux deux mamans. En moins de deux minutes, la série Dix Pour Cent offre une scène inattendue et pleine de tendresse qui bouleverse cette fin de série. Dans un premier temps, le discours d’Ichem clôt le bec à tous ces manifestants qui s’opposent à la parentalité par des couples homosexuels. Dans un second temps, la série France 2 confirme une nouvelle fois l’universalité de ces thématiques, qui vont bien plus loin que le récit de caprices de stars.

La scène de danse du season finale de It’s Always Sunny in Philadelphia

Par Maxime Thiss

It’s Always Sunny in Philadelphia a toujours été connu pour son humour repoussant sans cesse les limites, ne se privant jamais d’aborder des sujets tabous de façon frontale et complètement absurde. Quel fut alors notre choc lorsque nous sommes arrivés aux 5 dernières minutes du final de la saison 13 « Mac finds his pride ». Un choc d’autant plus grand que les 15 premières minutes étaient peu inspirées, s’amusant à recycler des clichés éculés sur les gays à l’aide d’un Frank Reynolds complètement dépassé par son époque. Le contre-pied fut alors total lorsque Rob McElhenney nous offra, pour conclure l’épisode, une sublime séquence de danse entre Mac et une femme symbolisant Dieu. Depuis toujours, Mac a été dans un conflit perpétuel entre sa sexualité et sa foi, un affrontement qu’il symbolise au travers d’une danse entre lui et Dieu, sous la forme d’une femme, dansant au cœur d’une tempête. C’est au travers de cette chorégraphie accompagnée du morceau Varud de Sigur Ros, que Mac va pouvoir pleinement exprimer son homosexualité, offrant ainsi les 5 minutes les plus vibrantes et émouvantes de la série, nous laissant à l’image de Danny Devito complètement bouche bée.

Rétrospective Films de Noël : La Vie est belle, de Frank Capra

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Si Noël est une fête rimant avec bonheur, amour et sourires, il arrive à certains hommes de se sentir, ce soir-là, à contre-courant : dans la joie et l’euphorie ambiantes, le malheur et l’isolement qui les frappent s’avèrent d’autant plus terrible. Dans La Vie est belle, le personnage de George est un de ceux-là ; et Capra de le remettre, par sa magie, dans le droit chemin.

Dès la première scène du film, la dimension fantastique est assumée : on contemple un ciel étoilé dans lequel communiquent trois petits astres clignotants, assimilés à des anges. L’un d’eux, pour gagner « ses ailes », c’est-à-dire gravir la première marche de la hiérarchie angélique, doit faire ses preuves en allant sauver la vie de George Bailey qui s’apprête, le soir de Noël, à en finir. Pour mieux comprendre comment cet homme a pu en arriver là, un long flashback s’amorce, retraçant toute sa vie.

Frank Capra nous livre un conte qui pendant presque une heure et demie sera des plus merveilleux. George Bailey est un môme déterminé, qui grandit et devient rapidement une personnalité importante de Bedford Falls, une petite ville aux mains des banques et des actionnaires. Aimé de tous, il se marie même avec une jeune femme ravissante, Mary, avec qui il aura quatre enfants. Néanmoins George ne semble pas s’épanouir, lui qui rêve depuis toujours de voyager et de partir étudier en Europe. Et si ses affaires, héritées de son père, sont comme des racines dont il ne peut se libérer, son foyer familial fleurissant achève son enracinement irréversible à Bedford Falls. Père, mari et travailleur comblé, George ressent pourtant comme un vide. Et c’est ce vide qui, le soir de Noël, alors qu’une importante somme d’argent disparaît, le poussera au suicide.

Si La Vie est belle a traversé le temps et les générations de cinéphiles, c’est que cette histoire somme toute classique délivre un message d’une modernité étonnante. En 1946, Capra a déjà tout compris de la société et du chemin glissant qu’elle emprunte à grands pas. Un témoignage d’un temps révolu, certes, mais dont la puissance est d’autant plus forte que les problèmes et enjeux socio-économiques qui y sont dépeints n’ont guère changé en 70 ans. La pauvreté, la spéculation immobilière, la stratification sociale (jusque chez les anges !), les manipulations politiques, les crises boursières, les mutations urbaines (post-Dépression, ici), ou la monétarisation de la vie même (les assurances-vie et cette réplique terrible : « tu vaux plus mort que vivant ») sont autant de thématiques fleuves abordées par Capra sans que leur dureté n’alourdissent jamais le récit. Là est peut-être la plus grande force du film : traiter de sujets lourds dans une atmosphère de légèreté quasi-constante (jusqu’à son dernier quart), grâce à des thèmes centraux plus traditionnels comme la famille, la paternité, la difficulté à trouver sa place dans le monde ou à réaliser ses rêves.

Avec tout cela, on pourrait croire que La Vie est belle est indigeste, trop long, trop social et politique, trop sérieux. Mais c’était sans compter la science du rythme de son réalisateur, qui distille son propos et ses péripéties sur 2h10 sans que l’on ne s’ennuie une seule seconde. Et il est bien aidé : James Stewart est formidable, comme souvent, mais épouse son personnage peut-être plus que dans n’importe quel autre de ses rôles ; George lui colle à la peau, et la facilité avec laquelle il nous émeut en est la preuve. À ses côtés, Donna Reed est aussi délicieuse qu’un sucre d’orge, Lionel Barrymore (que l’on pouvait déjà admirer chez Capra ou chez Lubitsch, entre autres) est terrifiant en homme d’affaire immoral et véreux, contrastant avec Henry Travers et son rôle d’ange rédempteur candide. Même les rôles les plus secondaires sont géniaux, de Ward Bond à Thomas Mitchell, le charisme ne manque pas et permet un beau panorama de personnages qui anime une ville de Bedford Falls tout aussi charmante (et entièrement construite en studio, pour les besoins du film).

Techniquement, c’est irréprochable : la réalisation est inventive avec des idées de mise en scène à tout-va (le repas de noces dans la maison abandonnée, avec le tourne-disque utilisé pour faire rôtir la viande – du génie), des noirs et blancs sublimement contrastés (la version colorisée est magnifique également), ou encore des gros plans sur les visages donnant à certaines scènes des allures de cinéma expressionniste. On sent que Capra maîtrise le muet, dans lequel il a débuté, et s’en sert pour travailler l’image. D’autant que les effets visuels sont audacieux pour l’époque, notamment pour synthétiser chimiquement cette neige abondante qui couvrira la pellicule du dernier tiers du film.

Et si cette dernière partie, justement, est aussi réussie et mémorable, c’est qu’elle se hisse en point d’orgue d’un long et éprouvant cheminement. À la morosité dans laquelle le réel s’était noyé, répond le resurgissement d’une dimension fantastique que l’on avait presque oubliée. La magie de Noël ? Peut-être bien. Copieusement entouré et pourtant seul, les poches pleines mais le cœur vide, George est sauvé du plongeon fatal par Clarence, l’ange gardien, qui lui rappelle à quel point sa vie est tout sauf ratée, et à quel point celle des autres ne serait pas aussi belle sans lui non plus. En un claquement de doigts, le monde change de sorte que George n’y ait jamais mis les pieds, et Clarence le confronte à la réalité alternative de cette ville et de ces gens qui lui doivent tout. Après avoir sauvé son frère, aidé de pauvres à se loger, lié de forts liens d’amitié avec de nombreuses personnes, empêché Bedford Falls de tomber aux mains du pire scélérat, épousé une Mary vouée à devenir vieille fille et donné la vie à de beaux enfants ; après tout cela, George ne peut que se réjouir d’avoir vécu, et même si cela signifie avoir tiré un trait sur certains de ses rêves.

Face à la puanteur mortifère dégagée par cette société de l’argent, face au cynisme et au nihilisme, Capra crie « Oui » à la vie. Alors que de nombreux personnages auraient pu mourir dans le contexte d’une telle ville, chacun d’entre eux, parce qu’il a croisé un jour la route de George, pourra continuer à fêter Noël en chantant et oublier la dureté de la vie quotidienne le temps d’un réveillon, une bouteille dans une main, le cœur dans l’autre, et le sourire jusqu’aux oreilles. Parce que George est le véritable ange de l’histoire ; et dans un final réunissant toute la galerie de personnages dans le living des Bailey, animé d’une émotion folle, Capra nous révèle que nous sommes tous, d’une certaine manière, par notre seul mérite d’exister, des anges gardiens – au moins pour quelqu’un. De quoi se rappeler à quel point, oui : It’s A Wonderful Life.

Joyeux Noël.

La Vie est belle – Bande-annonce

Fiche technique :

Titre original : It’s A Wonderful Life
Réalisation : Frank Capra
Scénario : Frances Goodrich, Albert Hackett, Frank Capra et Jo Swerling, d’après la nouvelle de Philip Van Doren Stern The Greatest Gift 
Distribution : James Stewart, Donna Reed, Lionel Barrymore, Thomas Mitchell, Henry Travers, War Bond, Frank Faylen
Genre : Drame
Durée : 130 minutes
Dates de sortie : 20 décembre 1946 (US), 28 juillet 1948 (FR)

États-Unis – 1946

Par Odin, Les Vikings de Richard Fleischer débarque en Blu-ray

Le 4 décembre est sorti dans un coffret Blu-ray soigné par les éditions Rimini et ESC Distribution le formidable Les Vikings. Réalisé par le grand mais encore trop méconnu Richard Fleischer, Les Vikings nous plonge dans un conte nordique qui croise le fer, éveille les dieux, et passionne ses héros barbares.

Synopsis :  Au Xème siècle, les Vikings sèment la terreur sur les côtes d’Angleterre. Ragnar, le chef viking, tue le roi et viole la reine. Cette dernière donne naissance à Eric qui sera capturé par les Vikings et élevé comme esclave. Devenu adulte, il affronte Einar, le fils de Ragnar, et le défigure en lançant contre lui son faucon. Quelques temps plus tard, Morgana, la future reine d’Angleterre, est enlevée par Einar qui cherche à la séduire, mais elle tombe amoureuse d’Eric.

Il était une fois… C’est comme ça que tous les films devraient commencer.

– Kirk Douglas dans l’interview déterrée par Rimini pour son édition des Vikings

L’acteur et producteur Kirk Douglas savait pertinemment ce qu’il tournait.Un film historique certes, mais surtout une fable, un conte. Le grand monsieur voulait arrêter de tourner dans des films graves pour s’ouvrir à des périples plus enchanteurs autant pour lui que pour le spectateur. Un « rêve de gosse » qu’il voulait partager avec toute la famille. Douglas produit le film avec sa propre société Bryna Productions. Il embauche Richard Fleischer, réalisateur du Voyage Fantastique, de Soleil Vert, des Flics ne dorment pas la nuit, ou encore de la grandiose adaptation du fameux roman de Jules Vernes pour Disney, 20 000 lieux sous les mers. Justement, les deux hommes se sont rencontrés sur le tournage de ce dernier dans lequel le personnage de Douglas devait tenir tête à un Némo impérial incarné par James Mason. L’acteur-producteur emmène une équipe euro-américaine dans les paysages du nord. Un minimum de studio pour permettre au rêve de gosse de s’épanouir grandeur nature. En ressort un miracle de cinéma qui nous happe pour expérimenter un récit merveilleux où combats à l’épée croisent un héros prophétique et amoureux, ainsi qu’un background historique passionné par une équipe qui ne demandait qu’à donner le meilleur à leur spectateur.

Dans la culture populaire, les vikings évoquent la barbarie, la violence et le sang versé au service des dieux du nord dirigés par Odin. Le film va nuancer tous ces propos dès son générique qui explique visuellement et en voix off que le viking veut mourir l’épée à la main afin de pouvoir rejoindre Odin au Valhalla. Le code d’honneur est alors posé et aura son importance tout au long du film. Le long métrage nous les présente d’abord barbares, assassins et violeurs dans un combat à mort contre le Roi d’Angleterre. L’union forcée entre la reine et Ragnar, chef des Vikings, a cependant été féconde. Alors que le roi assassiné est remplacé par un noble arrogant et vain, la reine s’assure que son fils survivra et lui lie un petit objet qui permettra à ceux qui survivront au règne de terreur de l’imbécile royal de reconnaître cet héritier « légitime » selon la reine. En effet, elle aime son enfant comme s’il était de son défunt mari, et elle reste malgré tout souveraine d’Angleterre. Après le lancement du récit du « retour du roi » (qui sera mystifié avec la guide spirituelle du village viking), et l’assombrissement du visage de l’Angleterre avec le nouveau roi, les vikings nous apparaissent majestueux, naviguant dans leur formidable drakkar. La musique composée par Mario Nascimbene vient amplifier la grâce des images de Fleischer : les vikings ne sont plus juste des barbares habités par un appétit sanglant, mais des figures mystérieuses, grandioses et dont le caractère inarrêtable est marqué par la marche orchestrée par le compositeur. Ces mêmes vikings sont aussi des amuseurs, qui jouent tantôt dangereusement avec des hachettes, tantôt tels des enfants prêts à sauter sur des rames et éviter de prendre l’eau. Les vikings ne sont pas juste les légendaires sauvages peints ici et là dans nos esprits d’enfants. Ragnar tiendra à ce que leur allié anglais comprenne qu’ils sont aussi des « êtres civilisés ».

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Kirk Douglas incarne Einar dans Les Vikings – Copyright : MGM

Justement, la communauté viking n’échappe pas aux motifs de la famille et de l’union « maritale » et/ou physique entre deux êtres. Deux motifs ici détournés par le récit de Fleischer : Ragnar aime aveuglement son fils et espère qu’il lui succédera après une mort honorable ; Einar pense bêtement que Morgana est fou amoureuse de lui et sera sa reine, alors qu’il a envoyé son père à une mort certaine en poussant la traque de Morgana jusque dans le brouillard maritime, en pleine nuit. Il considère toutefois Eric comme seul responsable de la disparition de son père. Enfin Ragnar explique que la mère d’Einar lui a résisté jusqu’aux ongles, on imagine bien une union forcée comme celle avec la reine. Idem du côté des anglais : une jeune femme, Morgana, est promise au roi avec pour seule et « grande mission » celle de lui donner un héritier. Quant à la reine, elle doit garder cachée la naissance de son fils et l’envoie alors chez les moines en Italie afin de le protéger du nouveau souverain. Tous ces problèmes vont être résolus grâce à Eric, modèle parfaitement écrit du « fils de deux mondes ». Son parcours est tracé par les dieux nous explique la guide spirituelle, et quiconque le tuera souffrira de la colère d’Odin. Le jeune héros incarné avec bestialité par Tony Curtis accomplit son destin : l’Angleterre retrouve la paix, Ragnar meurt dignement avec panache, si Morgana ne le déteste, Einar prendre alors sa haine, prêt à l’avoir à tout prix. Il en perdra d’ailleurs sa vie. L’amour de d’Eric l’esclave, et Morgana est sincère et non forcé par l’un ou l’autre. Et le fils exilé reviendra en Angleterre en tant que viking, combattant la bêtise royale pour sauver son amour. Aussi l’imagine-t-on prendre le contrôle du pays auprès de Morgana après avoir donné à Einar une mort et une cérémonie funèbre de héros viking. Car Einar est mort l’épée à la main et plus que ça. Prévenu par Morgana qu’Eric était son frère, Einar a finalement douté au moment de lui asséner le coup mortel. Pourquoi, questionne Eric après la confrontation terminée ? On image qu’il a trouvé la réponse alors qu’Einar a droit à une cérémonie funèbre viking magistrale. Einar était têtu et déterminé, mais il ne l’était pas au point d’être aveuglé par la réalité des sentiments et du sang lorsqu’il leva l’épée contre son propre frère dont l’image bestiale est un miroir rajeunissant de celle du père…

Combats à l’épée frissonnants dans des décors exotiques, forces institutionnelles obscures à vaincre pour obtenir le grand et vrai amour, lutte fraternelle inconsciente terminées dans la paix, prophétie du retour de l’enfant roi et fils de deux mondes, héros qui ignore tout de son père et plongé dans une guerre entre un monde institutionnel et une civilisation en rébellion avec celui-ci. Héros guidé par un religieux et des signes mystiques au court de voyages loin de la contrée à laquelle il était fermement rattaché (car esclave)… Les Vikings, adapté d’une légende historique nordique, est près de vingt-neuf ans avant Star Wars, une expérience cinématographique campbellienne. Un récit filmique qui, grâce à la remasterisation minutieuse de Rimini Films, confirme son caractère éternel.

À ce propos, le master proposé par Rimini porte bien les marques de l’éditeur, soit le parti-pris de présenter le film avec le grain d’origine de la copie travaillée. Malgré un manque de piqué, quelques plans abimés, et – dixit le critique Guillaume Méral – une colorimétrie manquant parfois de nuances, on peut applaudir le travail de la société, quand bien même on pourra espérer une meilleure copie du film – un master définitif – dans les années à venir. Si tant est que cela est possible. En effet, peut-être l’éditeur a-t-il obtenu la meilleure copie du film. On vous conseille d’ailleurs de lire l’article sur DVD.fr revenant sur la conception de l’édition des Vikings de A à Z.

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Quand aux bonus, eux aussi sont bel et bien signés Rimini qui, comme d’habitude, ont entouré leur métrage de compléments maisons (une intéressante rencontre avec Richard Fleischer menée en 1996 par Christophe Champclaux et Linda Tahir, les maîtres d’armes des accompagnements des éditions Rimini) et de trouvailles inédites (une formidable interview de Kirk Douglas à l’occasion de la sortie des Vikings). L’édition est complétée par la sempiternelle présence du DVD ainsi que par un ouvrage complet et rigoureux sur Richard Fleischer. Ce dernier ravira les fans et les curieux, le cinéaste n’avait pas eu d’ouvrage consacré en France depuis des décennies. Ainsi Rimini / ESC proposent un retour des Vikings à ne pas manquer, soit une édition qui illuminera vos sapins de Noël.

Bande-annonce du film (chez les éditions britanniques Eureka!)

Les Vikings– Caractéristiques techniques

COFFRET COMBO DVD + Blu-ray

1 DVD + 1 BLU-RAY + 1 LIVRE (160 PAGES)

Durée : 1h56

Date de sortie : 04/12/2018

Année de production : 1958

Format d’image : 2.35

Audio : DTS HD Master Audio Français 2.0 mono & Anglais 2.0

BONUS : Une histoire de Norvège (26 mn) ; Interview de Kirk Douglas (6mn) ; Richard Fleischer raconte les Vikings (28 mn) ; Interview audio de Bruce et Mark Fleischer, fils du réalisateur ; Film annonce ; Livre de 160 pages consacré à Richard Fleischer

Prix : 29,99 €

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Le Retour de Mary Poppins, ou l’internationale des allumeurs de réverbères

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Suite (pas vraiment) attendue du classique Disney de 1963, Le Retour de Mary Poppins surprend par une vraie générosité dans ses moments de magie, mais surtout dans un sous-texte qui semble avoir totalement échappé aux actionnaires de la firme aux grandes oreilles, pour notre plus grand plaisir.

Selon Karl Marx, l’histoire se répète toujours deux fois : la première comme une tragédie, la seconde comme une farce. Si bien sûr la genèse de Mary Poppins, grand succès de Walt Disney dans les années 60 et prouesse technique indéniable, n’a rien à voir avec les grandes tragédies du XXe siècle, le fond de l’affaire est tout de même assez triste. Lorsque Disney s’intéresse aux romans de Pamela L. Travers, dont ses petites filles raffolent, l’homme d’affaire est au sommet d’une carrière florissante, seulement entaché par le bide de La belle au bois dormant en 1959. Il s’éloigne un peu de l’animation traditionnelle et développe les projets fous, comme la création d’un parc d’attraction. Rien n’entache alors l’image de « l’oncle Walt », qui donne régulièrement de sa personne dans des émissions télévisées pour maintenir vivace son empire culturel.

Pourtant de son côté, P.L Travers ne goûte pas vraiment la fantaisie et la niaiserie des productions Disney. L’auteure éconduit plusieurs fois le studio, mais traversant une mauvaise passe, finit par accepter de céder ses droits à l’empire aux grandes oreilles, tout en gardant un droit de regard sur le scénario. Mais Disney reste un redoutable homme d’affaires et, tout comme il s’était réservé Peter Pan (malgré le statut juridique complexe des droits d’auteur de J.M Barrie) quelques années auparavant, le producteur modèle un contrat en béton armé en sa faveur. Travers est sceptique quant à l’utilisation de chansons, ne supporte pas les films d’animation, et ne peut pas tolérer le choix de Dick Van Dyke, qu’elle considère comme un clown plutôt qu’un acteur. Elle protestera en vain, Disney lui rétorquant à chaque fois son propre droit sur le montage final, et jurera qu’on ne l’y reprendrait plus. Tonton Walt raflera la mise, mais n’en profitera pas longtemps, mourant quatre ans plus tard d’un cancer du poumon.

Travers vivra plus longtemps, et continuera même les aventures de Mary Poppins, avant de partir en 1996, à l’age honorable de quatre-vingt-seize ans, sans oublier de préciser dans son testament de ne jamais vendre de droits aux Studio Disney. Et l’histoire aurait pu s’arrêter là, si les héritiers de Disney n’avait pas décidé soudainement de se consacrer presque exclusivement à la profanation de cadavres. Acteurs rajeunis numériquement (voire ressuscités dans le cas de Rogue One), remake de films cultes, et blockbusters produits sur la base de méta-discours cryptique réhabilitant le père fondateur (le navet A la poursuite de demain par exemple). Ils auraient pu laisser Travers tranquille, mais en 2013 sort un faux biopic produit à grands frais, dans le seul but de convaincre le public de la bonne foi de Walt Disney, face à l’aigreur de Travers, dépeinte en vielle anglaise acariâtre. Dans l’ombre de Mary sera donc un joli film bien réalisé, pas trop mal écrit, avec un casting sympathique (Emma Thompson, Tom Hanks et Jason Shwartzman formidables), mais avec un fond idéologique dégueulasse. La seule raison d’être du film étant de convaincre le public que Disney respectait la vision de Travers, et qu’un remake ou une suite seraient tout aussi respectueux. La mémoire de l’auteure est donc sacrifiée sur l’autel de l’argent, et les actionnaires de Disney confirment leur statut de plus flamboyants salopards que la terre ait portés. Tragique.

Autant dire que nous étions plutôt méfiants devant ce Retour de Mary Poppins, le projet ne semblant pas sortir des sentiers battus du remake nostalgique imposé par Disney depuis trop longtemps. Une autre fantaisie de noël oubliable, jouant sur la corde sensible le temps de quelques bandes-annonces, pour finalement nous cracher au visage ses effets numériques hideux et nous imposer ses acteurs sans charismes. Et pourtant, passé les minutes d’introduction sympathiques, on se laisse finalement embarquer avec les enfants Banks dans le délire de cette nounou hors normes et Emily Blunt fait des merveilles en prenant la suite de Julie Andrews. Ses expressions désuètes, son accent « so british » et ses moues pincées révélant à l’occasion une susceptibilité aussi charmante qu’hilarante, participent beaucoup au charme du film. La tâche n’était pas aisée, mais l’actrice met rapidement tout le monde d’accord : Emily Blunt est une merveilleuses Mary Poppins. A ses côté, Lin Manuel Miranda dégage un capital sympathie non négligeable, Colin Firth est parfait en banquier mielleux, et mêmes les enfants semblent à l’aise. Le bonheur est communicatif et l’envie de bien faire déborde de l’écran.

Impossible également de faire la fine bouche devant les deux premières séquences d’« animation » obligatoires qui, malgré une débauche d’effets spéciaux numériques, dégagent une étonnante fantaisie. On nage dans une baignoire transformée en océan sur l’air de « Can you imagine that ? », jouant avec ironie sur le discours rationnel face à l’imagination, et on s’amuse à tourner autour d’un pot jusqu’au « Royal Doulton Music Hall ». Deux moments déployant une foule d’idées visuelles souvent amusantes, parfois vertigineuses (la forme arrondie du pot intégrée à la forme du décor). Véritable plongée à corps perdu dans la magie de l’enfance, sans aucune impression que les producteurs cherchent à nous vendre de nouveaux jouets, voilà déjà une belle surprise.

Nous ne pouvons alors que regretter les séquences suivantes, plus brouillonnes, toujours sympathiques, mais parfois trop découpées et moins fantaisistes (le ballet des allumeurs de réverbères aurait pu être plus réussi). Le film frôle même la sortie de route lors d’une apparition inutile de Meryl Streep en cousine slave, peu aidée par un numéro chaotique dont on ne comprend pas exactement l’importance dans l’histoire. Même si Marc Shaiman et Scott William n’ont pas la moitié du talent des frères Sherman (qui arrivaient à glisser un peu de mélancolie dans leurs compositions enlevées), les chansons sont tout de même sympathiques, à défaut d’être véritablement marquantes.

Ce nouveau Mary Poppins n’est donc pas exempt de défauts. Mais pourtant la magie opère plutôt bien, justement parce que l’histoire a cette tendance à tomber dans la farce au moment où l’on s’y attend le moins. Le scénario de David Magee est à ce titre extrêmement malin, multipliant les écarts entre une naïveté de façade et un propos politique suffisamment dilué pour ne pas être trop voyant. Nous avons donc la classique réunion de la famille en crise, grâce aux pouvoirs du jeu et de l’imagination. Les enfants en ressortent plus adultes et les adultes retrouvent leur âme d’enfant. Mais nous avons aussi un contexte historique fort : la grande Dépression et les combats sociaux qui en découlent. Michaël, récemment veuf, ne peut que subir la saisie de sa maison par la banque où il travaille et Jane prend fait et cause pour les plus démunis (comme sa mère qui soutenait le droit de vote pour les femmes). Tourne autour d’eux le sympathique allumeur de réverbères, membre d’une communauté invisible dont le rôle est justement d’éclairer les avenues parcourues par la haute bourgeoisie. Face à eux, William Wilkins, héritier de la banque, faussement sympathique, cherche à profiter de la crise pour s’enrichir.

Ce qui rassemble les personnages, ce n’est plus un problème d’éducation ou une philosophie de vie, c’est un fait social. Même Mary Poppins est accueillie sur le postulat de Jane qu’elle doit sûrement être à la rue, puisque personne n’embauche de gouvernante ces jours-ci. « A cover is not the book » nous dit l’une des chansons, nous engageant à voir au-delà des apparences. La « valeur » d’un pot est donc plus sentimentale que pécuniaire et derrière les sourires du capitalisme triomphant se cachent un cynisme effrayant. Mais dans un geste aussi rapide que subtil, Colin Firth avale un caramel mou pour cacher son impatience, véritable artefact proustien, révélant que derrière le cynique, se cache peut être un enfant délaissé en manque d’affection. Derrière les chansons et les répliques surannées, de simples images impriment la rétine, et valent milles mots.

Donc même en admettant le discours naïf et féerique, difficile de retenir notre petit cœur révolutionnaire devant ce fantasme d’une communauté populaire unie dans l’adversité. Ce sont ces allumeurs de réverbères qui montrent le chemin dans des ruelles obscures que n’aurait pas renié Dickens. Maniant avec aisance l’argot, racontant des livres par le détour du « parlé chanté » du rap ou s’escrimant dans des figures de moto-cross avant l’heure, ils brandissent leur torche pour escorter les enfants vers la lumière. Dans un dernier sursaut délirant, cette nuée de laissés pour compte, menée par Jake au gilet rouge, gravit héroïquement Big Ben (symbole du commerce triomphant) pour dérégler la machine. Tout un programme, mais surtout tout un symbole !

On s’étonne même que Disney laisse courir l’idée, et nous sommes un peu rassuré quand Dick Van Dyke surgit soudainement, véritable momie extirpée d’un luxueux placard, pour ramener le film dans les bons rails idéologiques. Quelques pas de danse un peu gênants (l’homme à quand même 93 ans bien tapés), pour ensuite nous offrir un discours en l’honneur du capitalisme paternaliste bienveillant, faisant l’éloge du livret jeune, et fantasmant une opposition entre « bon » et « mauvais » banquiers. Pachydermique, grossier et totalement hors de propos (se permettant même de réécrire le premier épisode) la séquence fleure bon l’art bourgeois qui ne veut déranger personne. On n’en attendait pas moins de la part de financiers pour qui l’art et l’imagination ne sont que de sympathiques anomalies qu’il faudrait maîtriser et organiser.

Ce n’est donc pas tant la débauche d’effets spéciaux ou la qualité de la direction artistique qui rendent ce Retour de Mary Poppins fort sympathique, mais ce deuxième discours étonnant qui résonne avec encore plus de force dans ce climat d’incertitude sociale. Les capitalistes et néo-libéraux ont voulu répéter l’histoire (et le succès qui va avec), mais sont, malgré eux, devenus les dindons de la farce. Le retour de Mary Poppins est à ce jour le plus beau blockbuster involontairement néo-marxiste et notre gouvernante fantasque devient un modèle d’élégance punk. « Can you imagine that ? »

Bande Annonce – Le retour de Mary Poppins

Fiche technique – Le retour de Mary Poppins

Réalisateur : Rob Marshall
Scénariste : David Magee, d’après le personnage crée par P.L Travers.
Interprétation : Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Wishaw, Emily Mortimer
Image : Dion Beebe
Effets spéciaux : Matt Johnson (II)
Musique : Marc Shaiman, Scott Wittman
Montage : Wyatt Smith
Directeurs artistiques : Steve Carter, Simon Elsley, Elaine Kusmishko, Niall Moroney
Décors : John Myhre
Costumes : Sandy Powell
Producteurs : John DeLuca, Marc Platt, Rob Marshall
Sociétés de production : Walt Disney Pictures, Lucamar Productions, Marc Platt Productions
Distributeurs (France) : Walt Disney Studios Distribution
Genre : Fantaisie, Comédie Musicale, Animation.
Durée : 2h15
Date de sortie : 19 décembre 2018

États-Unis – 2018

Note
4

Critique du film Wildlife de Paul Dano

Dans Wildlife , le tout nouveau cinéaste Paul Dano scrute à la loupe la vie de sa petite faune, sans jugement aucun, et au contraire avec une empathie mélancolique très plaisante à suivre…

Synopsis : Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans regarde, impuissant, ses parents s’éloigner l’un de l’autre. Leur séparation marquera la fin de son enfance…

Itinéraire d’un enfant (pas) trop gâté

On savait bien que Paul Dano, s’il devait passer derrière la caméra, ne pouvait que réaliser un film de la facture de Wildlife : faussement simple et totalement à fleur de peau. L’acteur de 34 ans ( Little Miss Sunshine, There will be Blood, Prisoners, Love & Mercy, Okja pour les plus remarquables) ne fait que poursuivre avec ce premier film une trajectoire cohérente, faite de tous ces rôles de (jeune) homme habité, d’apparence calme et en dehors de son temps, mais d’un bouillonnement intérieur intense.

Tel est donc Wildlife : indolent et violent à la fois. Presque entièrement filmé du point de vue de cet adolescent qui pourrait être l’alter ego du cinéaste, Joe Brinson (Ed Oxenbould), même pas la quinzaine, dans la sidération permanente face à son père Jerry (Jake Gyllenhaal), sa mère Jeannette (Carey Mulligan), et le couple de ses parents qui se désagrègent sous ses yeux. Situé dans les années Soixante, à Great Falls dans le Montana, autant dire au bout du monde, basé sur le livre du même nom de Richard Ford, le scénario de Wildlife pourrait se résumer à cela, un adolescent impuissant et malheureux face à des adultes impuissants et malheureux. Mais évidemment, il y a beaucoup plus dans le premier film de Paul Dano.

Le roman lui-même est écrit du point de vue du jeune narrateur Joe Brinson. Richard Ford, l’héritier en ligne direct de Faulkner, a une prose foisonnante, truffée de détails. Ce ne sera pas le cas du film de Paul Dano qui s’intéresse davantage aux personnages qu’aux situations et aux détails.  La famille Brinson illustre la Middle-Class américaine d’après-guerre, pas vraiment prospère, plutôt à la limite de la pauvreté. Jerry est un homme révolté, sans que Dano n’explicite vraiment tout à fait pourquoi, et quand il perd son travail de modeste moniteur de golf, Joe -et le spectateur-  le voit sombrer dans une colère et une dépression sur lesquelles personne n’a prise, liées sans doute à l’évanouissement de l’American Dream qu’il pensait réaliser ici dans le Montana. Cette prise impossible, et malgré les supplications de sa femme,  il va la combattre en partant comme pompier volontaire pour tenter de dompter les grands incendies du Montana. Le film est d’une simplicité et d’une précision implacable en terme de mise en scène, et la cinématographie (celle du mexicain Diego Garcia, le chef opérateur du très beau Cemetery of Splendour d’Apichatpong Weerasethakul) est à l’avenant, toute en lumière et couleurs naturelles, avec des cadrages au cordeau.

Quand le père se sauve littéralement, au grand désarroi de Joe, la mère entre sur le devant de la scène dans une partition d’une violence d’autant plus inouïe qu’elle est sous-jacente. La violence, c’est celle de la situation que Jeannette s’inflige et qu’elle inflige à son fils : s’amouracher, à peine son mari hors de vue, de Warren Miller (Bill Camp), un homme libidineux et détestable, et en faire profiter son fils jusqu’à l’insupportable. Ici encore, et on ne sait si c’est du fait du romancier ou de celui du cinéaste, les motivations du personnage de Carey Mulligan sont pour le moins obscures. Voilà une femme modèle, mère et épouse aimante, qui en un jour ou presque, devient cette maîtresse dévergondée, sauvage, et surtout cette mère cruelle malgré elle. Joe ne comprend rien (« I don’t know what’s in your mind » lui dira-t-il), le spectateur ne comprend rien, et Jeannette elle-même ne connaît pas les raisons de ses agissements. La libération d’une femme trop longtemps soumise, ou le cri de douleur d’une femme délaissée ? Cette absence de compréhension, portée par les yeux écarquillés d’Ed Oxenbould, fonde l’absence de jugement de la part du cinéaste, et qui fait la force du film. Toujours est-il que la caméra elle-même semble comme anéantie par ce qu’elle filme. Elle scrute longuement et lentement tout le champ, ne dédaigne pas les plans fixes, s’accommode même du hors champ et l’ensemble montre combien Paul Dano a su, dès ce premier film, maîtriser sa nouvelle casquette de réalisateur.

Carey Mulligan est l’autre révélation de Wildlife. Son habituelle discrétion est sublimée ici; le cri intérieur qu’elle lance transperce l’écran avec beaucoup d’émotion, et sans aucun pathos. On  peut ainsi enfin profiter de tout le potentiel de son jeu d’actrice et de sa fascinante beauté un peu farouche. D’un peu trop délicat par moments, trop bien rangé, Wildlife, grâce à elle, file vers des contrées bien plus sauvages et gomme l’image de trop d’académisme parfois accolée au film.

Resté son « petit secret » pendant sept ans, le projet Wildlife de Paul Dano a été nourri de tous ses frottements aux plus grands cinéastes. Paul Thomas Anderson, Bong Joon-Ho,  Denis Villeneuve, pour ne citer qu’eux, lui ont ouvert le chemin d’un cinéma exigeant et d’une approche très professionnelle et très méticuleuse de la réalisation. C’est donc en effet sans grande surprise qu’on acclame la réussite de son tout premier film, presque parfait dans ses petites imperfections.

Wildlife : une vie ardente – Bande annonce

Wildlife : une vie ardente – Fiche technique

Titre original : Wildlife
Réalisateur : Paul Dano
Scénario : Paul Dano & Zoe Kazan, sur la base du roman de Richard Ford du même nom
Interprétation : Jake Gyllenhaal (Jerry Brinson), Carey Mulligan (Jeannette Brinson), Ed Oxenbould (Joe Brinson), Bill Camp (Warren Miller), Zoe Margaret Colletti (Ruth-Ann)
Photographie : Diego Garcia
Montage : Louise Ford, Matthew Hannam
Musique : David Lang
Producteurs : Alex Saks, Jake Gyllenhaal, Riva Marker, Oren Moverman, Ann Ruark, Paul Dano
Maisons de production : June Pictures, Sight Unseen
Distribution (France) : ARP Sélection
Durée : 105 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 19 Décembre 2018
USA – 2018

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4

Aquaman, un plongeon kitsch et spectaculaire

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Pour tenter de sauver son univers cinématographique, DC sort Aquaman du fond des océans pour le meilleur et pour le pire. D’un côté, James Wan signe une épopée de fantasy terriblement ambitieuse et impressionnante. De l’autre, Aquaman nage dans un océan de ringardise et de kitsch dont seules les abysses ont le secret. Exploration sous marine d’un long-métrage entre deux eaux.

Qui aurait cru que dans le même mois de cinéma se côtoieraient les aventures inter-dimensionnelles de Spiderman et le récit océanique d’Aquaman ? Nous sommes aujourd’hui dans l’âge d’or des films de super-héros, et c’est ce qui amène la Warner à s’attaquer au héros DC le plus moqué : Aquaman donc. Derrière l’énième aventure super-héroïque de l’année, mais l’unique de DC, les défis  sont nombreux et bien plus grands pour le studio qu’il n’y paraît. Un an auparavant sortait Justice League, frankeinstein filmique réalisé en deux temps par deux artistes complètements différents (Zack Snyder et Joss Whedon) et chapeauté par un studio qui ira massacrer jusqu’aux dernières onces d’originalité et de fulgurance. Après des premiers films audacieux et clivants (Batman V Superman, Man of Steel), un succès consensuel (Wonder Woman) et un autre bâtard cinématographique (Suicide Squad), l’univers DC n’a pas réussi à convaincre et cherche encore sa formule gagnante. Aquaman arrive et doit se poser comme un film solide, loin des anciennes productions catastrophiques. Les enjeux sont de taille : seules les aventures de Wonder Woman sont reconduites, des potentiels films Batman et Superman étaient encore incertains. Si Aquaman réussit, cela pourrait les pousser à consacrer une aventure pour ces personnages, plutôt que de partir dans une direction complètement différente et de rebooter leur univers après Wonder Woman 1984.Aujourd’hui, les films de super-héros restent relativement formatés selon les studios. A chaque studio, sa recette et son ton. Du côté de Disney, on opte pour une emballage fun et humoristique. Tandis que chez DC  on propose des divertissements plus matures et sérieux. Derrière des conduites artistiques bien huilées,le long-métrage Sony  Spider-man : New Generation est venu bousculer le tout avec une énergie dingue. A côté, Aquaman de James Wan sorti une semaine plus tard offre un résultat très mitigé. D’un côté, le film emprunte le style de Snyder qui a totalement influencé les films DC, de l’autre il emprunte le ton décomplexé et comique des films Marvel. C’est un pas de plus vers le formatage qu’impose le quasi-monopole de Marvel, qu’on peut décrier tant DC restait le seul dernier studio à offrir des œuvres sérieuses et fortes sur les super-héros. Derrière ce changement de ton, on ne peut faire qu’un constat triste : après presque 20 ans de films de super-héros, ils ne semblent toujours pas être prix au sérieux. Comme si les aventures de ces héros de la mythologie moderne ne pouvaient être traités avec maturité. En dehors de ces considérations contextuelles, un autre challenge est venu affronter le film : Aquaman a toujours été considéré comme un personnage ridicule, avec pour seul pouvoir celui de parler au poisson. Dans le film Justice League, première fois où il fait une véritable apparition, Bruce Wayne se moquait brièvement de cette faculté. Parmi les grands héros célèbres, Aquaman alias Arthur Curry n’a jamais su obtenir la popularité des ses compères masqués. Alors que vaut ce long-métrage ? Il est à l’image de son personnage, entre deux eaux. Capable d’alterner entre le spectaculaire et le ridicule, le kitsch et le moderne.

Au fin fond du ringard

Le récit se focalise sur Arthur Curry, sorte de demi-dieu né de l’union entre une atlante et un gardien de phare. Sans vraiment le vouloir, il va se retrouver propulsé dans les océans et au-delà à la recherche d’un trident pour amener la paix entre les royaumes. C’est sans compter sur son demi-frère marin Orm pour mettre le feu au poudres, lui qui veut devenir maître de l’océan à tout prix. Cela sonne comme du déjà vu ? C’est normal. C’est une ultime ré-édition du mythe shakespearien, déjà traité dans Black Panther ou encore Thor. Malheureusement pour le long-métrage, ce sont toutes les touches sérieuses qui offriront les moments les plus ridicules du film. Comme ennuyé par celles-ci, James Wan ne fait aucun effort sur les dialogues et la dimension dramatique de son récit. Les répliques d’Aquaman version Momoa ont l’air d’être sorties d’un film d’action basique des années 90 où le héros pouvait encore se permettre d’être une figure macho ringarde et intouchable. La palme étant facilement délivrée à tous les instants de romance entre Mera et Arthur qui frôlent la fan-fiction douteuse. Et que dire face à une reprise de Toto par Pitbull lorsque que les héros sortent de l’eau au ralenti ? Autour de cela, il est drôle de s’intéresser à la direction artistique totalement bipolaire. Dans une grande majorité des moments, James Wan emprunte à Lovecraft et même à Jules Verne pour créer des civilisations et des créatures époustouflantes dans un élan retro-futuriste inspiré des aventures eighties à la Flash Gordon. Dans un second temps, il est capable de produire des costumes atroces comme l’immonde tenue de cosplay de Nicole Kidman en reine atlante.

Un univers mythologique fort

Pourtant ces soucis n’empêchent pas James Wan de développer un univers mythologique de fantasy fort et prometteur. De l’exploration des sept royaumes au bestiaire impressionnant, Wan tire le meilleur des comics pour créer un monde passionnant où chaque zone et monstre mériterait d’être développé. Entre Star Wars et Avatar, James Wan dispose réellement d’un monde impressionnant et riche qui permet de souffler des paysages urbains omniprésents dans les films de super-héros. Même Thor issu de la mythologie nordique se retrouvait propulsé dans une ville de Texas, puis dans un combat final à Londres pour son deuxième opus. Un gâchis immense qui n’intéresse par le réalisateur. Car si beaucoup de productions super-héroïques restent le fruit de studios où les réalisateurs n’ont pas leur mot à dire, Aquaman est bien le film de James Wan. Il est d’abord essentiel de noter l’influence majeure de la vision artistique de Zack Snyder. C’est lui qui a façonné cette nouvelle version du personnage, s’éloignant du bel homme lisse aux cheveux courts et blonds pour une masse de muscles tatouée aux cheveux longs et noirs. C’est également Snyder qui inclut au casting de Justice League, William Dafoe dans le rôle de Vulko et Amber Heard dans celui de Mera. Malgré cela, James Wan propose bel et bien son adaptation propre et notamment sa vision des films de comics. L’ambition y est folle et la surenchère totalement assumée. Les personnages semblent tout droit sortir des pages de comics dans un festival de couleurs pouvant autant exalter que donner le tournis. Un retour aux sources excitant, tant l’inspiration du medium de comics s’est perdu dans les films de super-héros. Pour découper ses scènes d’action, James Wan pense ses plans comme des cases où la fulgurance et la virtuosité de ses personnages super-humains poussent les limites de l’adrénaline. Les séquences d’action sont véritablement spectaculaires et offrent certaines scènes mémorables et superbes, comme l’une de nuit sur un bateau où le réalisateur rappelle sa maîtrise de l’horreur. Réaliser un film presque en majorité sous l’eau relève du jamais vu et d’un défi technique incroyable : pari réussi. Le film ressemble en bien aux films de super-héros à la Sam Raimi, à une époque où on ne se perdait pas dans les références pour mieux connecter l’univers aux prochains métrages. A l’exception d’un clin d’œil à Justice League, le film se tient complètement tout seul. Avec l’habillage d’une grande épopée de fantasy, Aquaman reste bien un super-héros. Le film suit la construction classique du héros tout en soulignant à quel point les super-héros sont des protagonistes à part. D’ailleurs, lors d’une scène où Arthur va devoir accepter sa véritable nature, sa mère lui dit : tu seras plus qu’un roi..un héros. Dans la bande-annonce, la réplique est prononcée et coïncidé avec son arrivée en costume. Dans ces films, le protagoniste ne peut se contenter d’être un roi ou un dieu, il doit être un super-héros et reconnu comme tel.

Bande-annonce – Aquaman

Fiche technique – Aquaman

Réalisation : James Wan
Scénario : Will Beal, David Leslie Johnson-McGoldrick, d’après les personnages créés par Paul Norris et Mort Weisinger
Interprétation : Jason Momoa, Amber Heard, Willem Dafoe, Patrick Wilson, Nicole Kidman, Dolph Lundgren
Image: Don Burgess
Effets spéciaux : Brian Cox (IV)
Montage: Kirik M.Morri
Musique: Rupert Gregson-Williams
Décors : Bill Brzeski
Costumes  : Kym Barrett
Producteur(s): Peter Safran, Rob Cowan
Société de production: DC entertainment, Warner Bros, Panoramic Pictures, DC Comics
Distributeur: Warner Bros. France
Budget  : 160 millions $
Durée : 2h24
Genre : action, fantastique, aventure
Date de sortie : 19 décembre 2018

ETATS UNIS – 2018

Rétrospective Films de Noël : le Pôle Express de Robert Zemeckis

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Avec le Pôle Express, Robert Zemeckis signe une œuvre généreuse d’une grande richesse visuelle. Il propose un étonnant et trépidant voyage vers le Pôle Nord, siège de la légendaire ville du père Noël, mais surtout un périple intérieur pour des enfants qui reviendront chacun transformés, porteurs d’une leçon de vie inscrite à la poinçonneuse, en un verbe, sur un précieux billet de train doré.

Quel enfant n’a jamais rêvé du jour de Noël ? Attendu la veille au soir, plein d’impatience et d’espérance, qu’apparaissent les premières lueurs de l’aube ? Guetté le doux tintement des grelots des rennes ou le pas assuré du père Noël ? Prié religieusement pour que les cadeaux tant désirés arrivent enfin ?

Pourtant, au milieu de tous ces enfants émerveillés, comme bercés dans de tendres illusions, un petit garçon ne croit pas. Il doute de l’existence d’un père Noël indicible et invisible, jusqu’à l’évoquer devant sa jeune sœur qui, elle, rejettera toute incertitude. Sceptique, il regagne sa chambre sans conviction, sans oser imaginer qu’un événement irréel puisse se produire.

Un conte enchanté           

Le récit du Pôle Express se présente comme un véritable conte de Noël mêlant imaginaire, symbolique et morale. Se déroulant dans la nuit du 24 au 25 décembre, il invite de jeunes enfants, choisis pour leurs dons et leurs caractères, à une aventure inoubliable à bord d’un train lancé à pleine vitesse vers la cité du père Noël.

Le trajet dans les paysages enneigés, aussi mouvementé qu’un tour de montagnes russes, devient l’occasion pour les enfants de révéler leurs qualités, leurs défauts, et de nouer des amitiés. Face aux arrêts intempestifs, aux gigantesques pentes, aux troupeaux de rennes et aux rails gelés, seul le conducteur du Pôle Express, incarné par l’impeccable Tom Hanks, et aussi pressé que le lapin blanc d’Alice, assure la sécurité des passagers.

La représentation graphique du Pôle Nord, plutôt réussie, offre un spectacle visuel joyeux et coloré. Elle donne à voir une réelle machinerie de Noël par le travail d’industrie des lutins, chargés de la surveillance des enfants menteurs, désobéissants, comme de l’emballage et du transport des cadeaux. La féerie de cet univers festif se poursuit dans le dédale de rues lumineuses et décorées, un sapin géant dont le sommet semble toucher les étoiles et l’apparition très attendue du père Noël.

Croire en la magie

Au cœur du Pôle Nord, alors que les autres enfants se laissent guider par le tintement des grelots pour se lancer à la recherche du père Noël, le petit garçon, perplexe, n’entend rien. Car la croyance n’appartient pas au monde sensible, visible. Comme le découvrira ce garçon, elle ne provient pas de l’univers extérieur, mais de l’intérieur de soi. C’est un acte de foi, une assertion que l’on choisit d’adopter. Ainsi, lorsque le garçon ferme les yeux, choisit de croire en l’existence du père Noël et l’exprime à haute voix pour s’en convaincre, il parvient symboliquement lui aussi à percevoir et ressentir toute la féerie de la ville polaire.

Or, si selon le célèbre Walt Disney, « les adultes ne sont que des enfants qui ont grandi », ils n’en perdent pas moins, pour la majorité d’entre eux, une partie de leur âme d’enfant, en particulier la croyance dans l’imaginaire. C’est pourquoi les parents du jeune garçon ne peuvent écouter le son du grelot offert par le père Noël, désormais bien audible pour leur deux enfants. Ils se montrent aussi incrédules lorsque leur fils leur révèle l’auteur de ce présent.

En ce mois de décembre, le Pôle Express nous invite ainsi à croire à nouveau. Pas seulement en la figure tutélaire du père Noël mais, plus largement, en la magie que nous procurent les fêtes de fin d’année, en particulier le bonheur, l’amour, l’amitié, la générosité, l’espoir et le rêve.

Comme ce garçon dubitatif qui reviendra émerveillé, chaque enfant retournera chez lui fort d’un apprentissage. La patience, la confiance, l’affirmation de soi sont autant de leçons que les enfants retiendront de leur visite dans le Nord. En ce sens, Noël, c’est aussi l’occasion de tirer notre propre bilan personnel, de comprendre nos échecs, s’approprier nos enseignements, s’affranchir de notre passé, faire nos vœux pour l’avenir. Une période de retrouvailles collectives autant que de réflexions individuelles. Une opportunité de souhaiter ce qui nous manque comme de nous confronter à ce que l’on possède.

Entre magie, aventure et morale, le Pôle Express reste un film familial qui ouvre l’imaginaire des jeunes et ranimera celui des grands. En nous plongeant dans l’esprit de Noël, il offre un merveilleux divertissement emprunt d’une rare féerie qui nous transporte, pendant deux trop courtes heures, dans un univers où la croyance rend tout rêve possible.

Le Pôle Express – Bande annonce

Le Pôle Express – Fiche technique

Réalisateur : Robert Zemeckis
Scénario : Robert Zemeckis, William Broyles Jr.
Interprétation : Tom Hanks (le conducteur, Hero Boy, Father), Josh Hutcherson (le garçon), Nona Gaye (Hero Girl), Leslie Harter Zemeckis (Sister Sarah, Mother), Michael Jeter (Smokey, Steamer), Eddie Deezen (Know-It-All)
Photographie : Don Burgess, Robert Presley
Montage : Jeremiah O’Driscoll, R. Orlando Duenas
Musique : Alan Silvestri
Producteurs : Gary Goetzman, Steve Starkey, William Teitler, Robert Zemeckis
Maisons de production : Castle Rock Entertainment, Warner Bros., Shangri-La Entertainment, Imagemovers
Distribution (France) : Warner Bros.
Durée : 99 min.
Genre : Animation, aventure
Date de sortie : 1 décembre 2004
États-Unis – 2004

Rétrospective Films de Noël : Batman le défi de Tim Burton

Dans cette classification un peu iconoclaste des films dits de Noël, l’un des plus marquants est en l’occurrence Batman le défi de Tim Burton. Car au lieu de réunir autour d’un beau feu de cheminée la famille buvant des cookies trempés dans du lait chaud, le cinéaste malmène son spectateur, ironise sur la société et crée à n’en pas douter, l’une de ses œuvres les plus personnelles.

Batman le défi est un long métrage singulier dans l’univers cinématographique de l’homme chauve-souris. Dans un Gotham City, burlesque, enneigé, corrompu, poisseux, qui voit s’engluer une masse difforme et désenchantée, Tim Burton déclare sa flamme aux marginaux, aux exclus de la société, qui voient enfin retentir leurs heures de gloire dans les films de super-héros. Le cinéaste joue sur les ambiguïtés, accentue les reflets et iconise au maximum une Catwoman suicidaire et un Pingouin dramatiquement haineux. Aujourd’hui, une certaine vision manichéenne a pris le dessus dans l’écriture des films de super-héros : Batman le défi, lui, prend à revers le fantasme du vilain méchant, pour le détourner et le sacraliser à l’image de Catwoman, qui se voit érotisée et dominatrice comme jamais.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : à aucun moment, Tim Burton légitimisme leurs actions ou aborde un point de vue politique. La parti pris est cinématographique : Tim Burton se sert du matériel de base qu’est la franchise Batman pour développer son univers, accroitre sa marginalité gothique grâce à des personnages dans lesquels il se reconnaît. Que cela soit dans Edward aux mains d’argent, ou même Beetlejuice, Tim Burton a toujours pris parti pour les incompris, ceux qui étaient recalés par la société à cause de ladite normalité. Batman, Catwoman et le Pingouin, c’est un terrain de jeu parfait pour lui, pour dessiner les contours d’un film qui puise autant dans le divertissement baroque que le drame social et sociétal burlesque.

Pendant qu’il rend hommage à la nature graphique de ses personnages, il dépeint d’un autre côté, une société idiote, aliénante et pleine de préjugés : c’est aussi la thématique principale de Burton – le visage monstrueux de l’Amérique – et Batman le défi s’inscrit parfaitement dans cette « tradition » là. Que l’œuvre soit personnelle ne signifie pas pour autant que le cinéaste en oublie un certain cahier des charges du film de super-héros avec ses scènes d’action, ses moments de tension et ce questionnement moral sur les actions – et leurs conséquences – de chacun. Du décor au effets spéciaux, des costumes au cadre, Batman le défi est un orchestre visuel assez grandiose à la fois par sa profondeur de champ mais aussi par sa faculté à travestir l’héroïsme dans de vastes ténèbres.

Des morts, de la haine, du terrorisme, de la revanche, de la rédemption, le film a beau être l’un des plus bariolés et colorés de la franchise, il n’en reste pas moins l’un des plus tristes et mélancoliques. De cette manière, dans son écriture, cela se ressent grandement : puisqu’il fait de Batman, un unique symbole, un reflet de l’autorité alors que pendant ce temps, il prend le soin de disséquer ses personnages secondaires. Au lieu de magnifier cette société monotone et puritaine, il laisse sa caméra errer dans les endroits souterrains de Gotham, enlève les menottes de soumissions aux petites gens et les voit grandir dans un extrémisme moribond et inéluctable. 

Batman le défi est une œuvre paradoxale : d’un côté c’est l’un des films qui s’éloigne le plus de la veine « Batman » avec un auteur qui s’accapare pleinement le sujet avec son style gothique, cartoonesque et grandiloquent, et pourtant, avec sa mise en scène, sa noirceur, sa haine de l’uniformisation ou même sa finesse d’esprit, c’est l’un de ceux qui comprend le mieux l’ambivalence psychologique des personnages de l’univers Batman. 

Synopsis: Non seulement Batman doit affronter le Pingouin, monstre génétique doté d’une intelligence à toute épreuve, qui sème la terreur mais, plus difficile encore, il doit faire face à la séduction de deux super-femmes, la douce Selina Kyle et la féline Catwoman qui va lui donner bien du fil a retordre. Si Bruce Wayne apprécie Selina, Batman n’est pas insensible au charme de Catwoman.

Bande annonce – Batman le défi

Fiche technique – Batman le défi

Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Daniel Waters
Directeur de la photographie  : Stefan Czapsky
Distributeurs (France) : Warner Bros France
Genre : Film de super héros
Durée : 1h57mn
Date de sortie : 15 juillet 1992

États-Unis – 1992