Cannes 2026 : Vol de nuit pour Los Angeles, en transit vers Hollywood

Venu présenter son premier long-métrage, "Vol de nuit pour Los Angeles", John Travolta est reparti avec une Palme d'honneur surprise remise par Thierry Frémaux. Une belle cérémonie qui s'est conclue par la projection d'une œuvre intime, très personnelle, retraçant le périple en avion du jeune Travolta vers Hollywood dans les années 1960. Un petit délice plein de tendresse et d'humour.

Cannes 2026 : Chrysalis, les cicatrices de Saïgon

Au Marché du Film de Cannes 2026, Chrysalis retrace l’enfance de Daniel K. Winn dans le Saïgon des années 70, entre mémoire blessée, lien filial et naissance du geste artistique.

Cannes 2026 : Soudain, l’art de coexister

Avec "Soudain", Ryūsuke Hamaguchi investit pour la première fois la langue française et un EHPAD de banlieue parisienne pour y déposer ce qui l'a toujours obsédé : la manière dont les humains tentent de se rapprocher, malgré la maladie, malgré le système et malgré la mort qui rôde en silence. Une belle surprise, exigeante et tendre à la fois, même si elle met parfois à l'épreuve la patience du spectateur sur ses 3h15.

Cannes 2026 : The Match, en prolongation

Présenté à Cannes Première 2026, "The Match" rejoue le quart de finale Argentine-Angleterre de 1986 comme un récit politique, populaire et sportif, porté par la légende Maradona.

À la une

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Woman and Child : la vengeance d’une femme

Avec "Woman and Child", Saeed Roustaee trace le destin d'une femme déterminée à trouver les coupables du malheur qui l'accable pour les châtier. Le portrait poignant d'une Médée autant que d'une Méduse qui, impuissante à se venger, finira par choisir une autre voie. Magistralement mise en scène.   

The Mastermind – La lente dérive d’un braqueur de pacotille

Après le western (La Dernière piste, First Cow), Kelly Reichardt s'emploie à déconstruire le film de braquage. Le casse, loufoque, est vite expédié, laissant la place à la longue dérive de notre gangster de pacotille. Une cavale au rythme lent, parfois trop, mais dont les riches saveurs se révèlent après coup. Dans la continuité de cette cinéaste adepte du "presque rien".

Father Mother Sister Brother : la famille dans tous ses états

Avec ces trois récits subtilement reliés entre eux, Jim Jarmusch évoque le rapport qu'entretiennent les adultes à leurs parents âgés. Les deux premières parties racontent l'éloignement que le temps a créé, suscitant un malaise. Lorsque les parents décèdent, ne reste qu'un poids, encombrant lui aussi. Un constat magistralement orchestré, entre ironie et gravité, et un authentique geste de cinéma. 

Cannes 2026 : Histoires parallèles, fictions imbriquées

La fiction peut-elle devenir une réalité ? Ou changer notre perception du réel ? Comment l'observation stimule-t-elle l'une de nos capacités les plus singulières, l'imagination ? En s'interrogeant ainsi sur la frontière entre invention et vérité, à travers les trois piliers que constituent l'écriture, l'image et le son, Asghar Farhadi propose dans "Histoires Parallèles" une ode théâtrale à la création qui décrypte la complexité des rapports humains.

Cannes 2026 : Fatherland, l’exil sans fin

Dans Fatherland, présenté à Cannes 2026, Pawel Pawlikowski filme Thomas Mann de retour dans une Allemagne déchirée, entre tensions géopolitiques et blessures intimes jamais refermées.

Cannes 2026 : Blaise, ni sage ni sauvage

Comédie d'animation corrosive et désenchantée, "Blaise" plonge dans le quotidien d'une famille parisienne coincée entre ses contradictions de classe et ses petits arrangements avec la réalité. Un portrait de famille autant qu'un miroir tendu à une époque experte dans l'art d'esquiver les crises, qui s’accumulent jusqu’à un point de non-retour.

Cannes 2026 : rencontre avec Rafiki Fariala pour « Congo Boy »

À Cannes 2026, Rafiki Fariala évoque la naissance de "Congo Boy", un film nourri par son histoire personnelle, où la musique devient mémoire, souffle et résistance.

Critique Cinéma

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Films Classiques & Blu-Ray/DVD

Natura : Se perdre pour renaître

S'il est de coutume de penser que la beauté est intérieure, "Natura" nous invite à une tout autre mise en perspective : celle d'un environnement naturel à la fois hostile et sublime, qui finit par agir comme un miroir. Une traversée du massif vosgien qui tient à la fois du conte et de la survie, où une femme cherche, dans l'épaisseur de la forêt, quelque chose qui ressemble à une seconde naissance. Mickael Perret réussit à explorer ce décor dans ce qu'il a de plus brut et de plus étrange. Un premier film audacieux et ambitieux, porteur de grandes promesses.

Sirāt : l’odyssée des damnés

Prix du jury au Festival de Cannes 2025, Oliver Laxe prolonge son cinéma de l’épreuve et de la foi dans un road-trip halluciné au cœur du désert. Entre communauté de teufeurs, deuil intime et bascule métaphysique, "Sirāt" interroge l’errance contemporaine dans un monde vidé de repères. Une expérience sensorielle radicale, portée par les corps, la musique et un monde au bord de l’effondrement.

Once upon a time in Gaza : l’Espoir, le Vice et la Trahison

"Once Upon a Time in Gaza" des frères Nasser est une tragi-comédie saisissante mêlant fraternité contrariée, satire sociale et résistance artistique. Entre fable noire et cinéma engagé, le film dresse un portrait poignant et absurde de la vie à Gaza, où chaque geste devient un acte de survie sous un ciel d’oppression.

Les Maudites : le cauchemar féminin

Dans "Les Maudites", Pedro Martín-Calero signe un thriller sensoriel et onirique où trois femmes, liées par une malédiction invisible, affrontent un mal insidieux et omniprésent. Entre horreur psychologique, critique sociale et allégorie féminine, le film explore la douleur transmise de génération en génération, dans une atmosphère hypnotique et troublante.

Lettres siciliennes : un jeu de mots et d’ombre

Avec "Lettres Siciliennes", Grassadonia et Piazza signent un thriller mafieux atypique, plus porté sur les mots que sur l’action. Présenté à Venise et Reims Polar, le film mêle correspondance, manipulation et mémoire dans une Sicile fantomatique. Entre ironie, silence et tension feutrée, une œuvre dense et singulière, où le verbe devient une arme, et la parole, un terrain de jeu dangereux.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

Littérature & BD

Les sentiers d’Anahuac : Origines du Codex de Florence

« - Viens, viens, Telpochtli ! C’est ton jour, c’est ta fête ! - De qui parle-t-elle ? Qui est ce Telpochtli ? - Cela veut dire le Jeune, padre. C’est l’un des noms du Miroir qui Fume. - Le Miroir qui Fume ? Qu’est-ce que cela ? - L’un des anciens dieux, padre. Le plus terrible de tous, Tezcatlipoca, le Seigneur du Proche et du Lointain, l’Ennemi des Deux côtés. C’est sa fête aujourd’hui. »

Les 7 roses de Tokyo : Où le féminisme s’avère essentiel

« Il a produit de sa poche gauche un paquet de Soleil Levant. Ce que le ravitaillement nous réserve de temps à autre, ce sont des Milan d’or, et pour ce qui est de ces Soleil Levant, à cause de la présence de feuilles de grande renouée, je ne pourrais affirmer qu’elles sont bonnes, avec la meilleure volonté du monde ; cependant, une bouffée de leur fumée me procure une sensation de nicotine jusqu’au bout des doigts et un agréable fourmillement gagne tout mon corps. C’est bien là la plus grande jouissance du fumeur. Je sais comment m’en procurer. Il suffit de bourrer de riz perlé un paquet vide de ces Soleil Levant puis d’aller se tenir devant le débit de tabac du coin, d’attendre le moment où les passants ont disparu pour mettre prestement le paquet sous le nez de la buraliste. La seconde d’après le riz a été escamoté au profit de tabac. »

Les marchés : un étrange monde du travail

« - MONSIEUR FELIX !! - Sonia. Quel soulagement de vous voir… J’ai appris que vous aviez perdu votre appartement… Je me suis fait tant de souci ! Vous avez trouvé quelqu’un pour vous accueillir ? - Oui… VOUS DEVEZ NOUS AIDER, MONSIEUR FELIX ! - C’est trop tard, Sonia… Ce n’est plus en mon pouvoir… Je vous avais dit d’écrire une lettre - Faites-moi rencontrer les Oracles !! - Comment ça, les Oracles ? - Je sais que vous les connaissez ! Ils peuvent réintégrer mon dossier ! - Les Oracles ne s’occupent pas de cas individuels… Et vous avez été radiée de tout, je ne pense pas qu’ils… - Mais j’ai changé !! Je me suis levée ! - Vous êtes resplendissante, Sonia. »

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

Critiques Séries

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.

Art visuel & Musique

Billie Eilish en 3D, Mortal Kombat II et le Métronome Cardiaque : La Musique qui Habite le Corps

Trois films, trois compositeurs, trois façons radicales de ne plus seulement faire écouter la musique, mais de la faire habiter le spectateur : calibrer sa distance au monde, repousser ses frontières physiques, et synchroniser son pouls sur celui du film. Cette semaine, la bande-son cesse d’être un accompagnement. Elle devient une mesure précise du corps.

Baroque, art-rock et pop massive : les BO de Vivaldi et moi, Die My Love et Le Diable s’habille en Prada 2

Baroque vivant, psychose en musique et pop impitoyable. Les BO de Vivaldi et moi, Die My Love et Le Diable s'habille en Prada 2 transforment la musique en vraie force narrative.

Nous l’Orchestre & Drunken Noodles : l’orchestre en fusion et le silence sensuel

Du souffle rauque d’un chef en transe, des cuivres qui frappent la poitrine et des archets qui grincent à quelques centimètres de l’oreille… jusqu’au silence moite d’un été new-yorkais où une note solitaire effleure deux corps qui se cherchent dans le vide.Cette semaine, deux approches radicalement différentes de la musique de film : l’une plonge au cœur de la matière symphonique vivante, l’autre caresse avec une sensualité retenue et fragmentée.

« Michael » : une bande originale qui refuse de réinterpréter le King of Pop

Dans Michael, Antoine Fuqua laisse les archives parler : les vrais enregistrements de « Don’t Stop ’Til You Get Enough », « Billie Jean », « Beat It » ou « Thriller » envahissent le film sans aucune modification. Une BO événement qui sort le 24 avril 2026 en même temps que le long-métrage.

BO 15 avril 2026 : Juste une illusion, Le Réveil de la Momie, Good Luck, Have Fun, Don’t Die

La musique de film a souvent pour mission d’accompagner le changement. Ces trois sorties du 15 avril lui demandent plutôt de l’incarner. Que ce soit le piano instable et multidirectionnel de Gogo Penguin dans l’intime comédie dramatique de Nakache et Toledano, les résonances graves et interminables de Stephen McKeon dans la relecture horrifique de La Momie, ou le chaos assumé et anti-numérique de Geoff Zanelli chez Gore Verbinski, chaque partition refuse l’illustration évidente pour devenir le moteur même de la métamorphose des personnages.

Thérèse et Isabelle par Marie Fortuit : écrire et faire l’amour

Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.