Alienoid : les protecteurs du futur

Fraîchement débarqué dans les rayons et en location, découvrez un direct-to-video sud-coréen pas comme les autres. Quitte à ne pas savoir quoi choisir, autant tout réunir dans un même projet. Le dilemme de Choi Dong-hoon n’a donc plus lieu d’être dans Alienoid, une contraction stimulante et divertissante de plusieurs genres et références cinématographiques identifiables. De la science-fiction aux films d’art martiaux et de sabre, en incluant tout un cortège de sorciers taoïstes et autres extraterrestres en mode body snatchers, ce premier épisode d’un diptyque promet des bonds temporels ludiques comme Hollywood ne sait plus les traiter à l’heure actuelle.

Synopsis : Depuis des millénaires, des Aliens prennent possession de corps humains, tapis dans l’ombre en attendant leur heure. Afin d’anéantir cette menace, un Gardien envoyé du futur traque sans relâche ces envahisseurs. Mais lorsque les Aliens lancent l’assaut sur Séoul, il comprend qu’il ne pourra pas les arrêter seul. Des siècles plus tôt, une mystérieuse élue capable de dompter la foudre parcourt le pays à la recherche de l’Alien originel. Des quêtes parallèles de ces deux Voyageurs du Temps dépendra le salut de l’Humanité.

Malgré la réception mitigée du film en Corée du Sud, terre natale de sa production, la seconde partie suscite beaucoup plus d’intérêts et cartonne déjà au box-office local. Comptabilisant (depuis sa sortie le 10 janvier 2024) plus d’un million de tickets vendus, sa distribution à l’international ne pouvait que s’accélérer. Le timing est donc parfait pour revenir aux origines d’un tel succès. Si tout est loin de faire de l’ombre à la révolution d’Arrakis, cette série B se défend tel un dessert sucré et multicolore. La saveur peut être douteuse, mais on a quand même envie d’y goûter.

Défaillances spacio-temporelles

Sous la vigilance de Guard (Kim Woo-bin) et de son associé Thunder (Kim Woo-bin), des prisonniers extraterrestres purgent leur peine dans des corps humains, jusqu’à ce que la mort les emporte. Pour ces deux robots aliens, la tâche n’aurait pas été aussi ardue sans l’existence d’une lame sacrée, sorte de clé qui permet à la fois de libérer les détenus de leurs prisons de chair et d’ouvrir des portails temporels, que tout le monde cherche à récupérer. Ces deux éventualités sont alors rapidement explorées par le cinéaste et son co-scénariste Lee Gi-cheol, qui n’hésitent pas à juxtaposer une course-poursuite après l’autre et sur deux temporalités bien distinctes. Si vous n’avez pas encore décroché jusque-là, l’intrigue ne manque pas de gagner en complexité au fur et à mesure qu’elle ouvre des portes sans les refermer. Comme dans un buffet à volonté visuel, le cinéaste se sert généreusement de tous les côtés, quitte à laisser ses ambitions prendre le pas sur la cohérence artistique.

Il n’y a que dans les rêves les plus fous que les artéfacts de la pop culture américaine (Retour vers le futur, Terminator, l’Invasion des profanateurs de sépulture…) et le wu xia pian de haute voltige peuvent cohabiter. Et Choi Dong-hoon souhaite réellement les concrétiser à l’écran. Ce qui n’est pas sans excès ni défauts, mais que demander de plus à un artisan qui a maintes fois su conquérir le grand public. Par le passé, le réalisateur a brillamment confirmé son habileté à valser entre plusieurs arcs narratifs dans des films choraux, notamment avec Les Braqueurs ou son œuvre d’espionnage historique Assassination. L’inconvénient de son dispositif ici, c’est qu’il a cruellement besoin de sa seconde moitié pour que son récit reste pertinent et cohérent dans la longueur. C’est pourquoi le film nous perd assez rapidement entre deux époques au traitement inégal.

Qui contrôle le passé contrôle l’avenir

La révolte des aliens tentaculés au cœur du Séoul contemporain n’est pas aussi séduisante que les séquences anachroniques dans la Corée de la dynastie Goryeo (fin XIVe siècle). C’est en tout cas le versant qui fonctionne le mieux sans que l’écran soit surchargé en effets numériques approximatifs dans ce premier opus. Ajoutons à cela un duo de sorciers jubilatoires, un assortiment d’objets magiques et on se laisse pleinement embarquer dans une aventure au ton plus léger. C’est à cet instant que le modeste chasseur de prime Muruk (Ryu Jun-yeol) est amené à faire équipe avec Ean (Choi Yu-ri), une tireuse aussi redoutable qu’indomptable. Choi Dong-hoon manque toutefois d’édifier la combinaison ludique entre le western et le film d’arts martiaux, car sa démarche n’est évidemment pas près d’égaler la maestria d’un Tarantino (on pense forcément à Kill Bill). Force est de constater que ce brassage immodéré de registres, dans le but de dialoguer avec la plus large audience possible, génère plus de contraintes que de bénéfices.

Cela vaut pour les enjeux émotionnels, qui sont rapidement mis en suspens du fait que l’on connaisse par cœur le refrain du robot qui se découvre une âme bienveillante, par exemple. De nombreuses pistes ou zones d’ombre sont ainsi émiettées entre deux époques, tout en coulissant vers le deuxième volet. Le souci réside dans la surcharge de ces éléments dans le récit, à commencer par la menace de sphères rouges toxiques. Mais on s’y retrouve tout de même dans ce dédale scénaristique, qui dérègle sans peine nos grilles de lecture conventionnelles. Le dernier acte déroule, sans retenue, tout un programme musclé sans pour autant renoncer à l’humour qui en fait sa force et son charme. Les vilains aliens s’efforcent également de stimuler les actes de bravoure chez des héros qui partagent le même camp sans le savoir. Ces interactions répétées et des alliances inattendues font en sorte que le rythme ne retombe pas aussitôt la bataille reportée. Ce n’est qu’à la réunion de tous ces éléments qu’il nous est permis de croire à cet univers déjanté.

Manque encore à cet Alienoid le précieux équilibre entre l’action et le spectacle qui fédèrerait tous les spectateurs derrière cette grande fresque épique et recomposée. Cela dit, malgré tous les défauts cités plus haut, on ne boude pas notre plaisir à virevolter aux côtés de tous ces protagonistes acculés dans la bataille. On ne pouvait pas en dire autant de Cowboys & Envahisseurs à l’époque, mais Choi Dong-hoon est pleinement conscient de ce registre alambiqué. Si tout est loin d’être irréprochable, la sincérité de son blockbuster transpire à l’écran. Et le franc succès de la seconde partie pourrait potentiellement nous permettre de découvrir la conclusion d’une telle épopée dans nos salles obscures. Croisons les doigts pour que ce genre de miracle n’arrive pas qu’en Corée du Sud et que l’on puisse retrouver cette bande de bras-cassés qui courent après le sacro-saint MacGuffin.

Bande-annonce : Alienoid – les protecteurs du futur

Fiche technique : Alienoid – les protecteurs du futur

Titre original : Oegye+in 1bu
Réalisation : Choi Dong-hoon
Scénario : Choi Dong-hoon, Lee Gi-cheol
Direction de la photographie : Kim Tae-gyeong
Musique originale : Jang Young-gyu
Montage : Sin Min-gyeong
Direction artistique : Ryu Seong-hui, Lee Ha-jun
Son : Choi Tea-young
Costumes : Jo Sang-gyeong
Producteurs : Ahn Soo-hyun, Choi Dong-hoon
Production : Caper Film
Pays de production : Corée du sud
Distribution France : Condor Distribution
Durée : 2h22
Genre : Science-fiction, Action, Fantastique
Date de sortie : 29 février 2024 (DVD – BLU-RAY – VOD)

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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