Interview de Jawad Rhalib pour Amal : un esprit libre

Jawad Rhalib n’a pas sa langue dans sa poche, et la caméra encore moins. Avec Amal, il raconte le combat d’une enseignante contre la montée de l’islamisme radical dans sa classe. « Combat » au sens propre, parce que cinématographique, du terme : chacun boxe avec les mots, défend son point de vue avec la fièvre au corps. Le cinéma (re)devient un sport de contact, et l’agora scolaire un champ de bataille oratoire.

Dans le rôle principal, Luba Azabal donne tout comme si sa vie en dépendait, et déploie une énergie et une intensité qui feraient passer le Adam Sandler d’Uncut Gems pour Michel Houellebecq. Elle dépasse le jeu pour se (ré)incarner en pasionaria d’un film VRAIMENT engagé. C’est-à-dire qui met les pieds dans le plat, sans précautions oratoires ni filmiques, sans langue de bois pour mise en scène carton, mais avec le souci d’être juste.

Si vous cherchez un « school movie » plein de bons sentiments lénifiants et de poussière sous le tapis pour bourgeois qui souhaite mettre sa bien-pensance à l’épreuve des balles, passez votre chemin. Si vous cherchez au contraire un film qui met les pieds dans le plat et tant pis si ça éclabousse et si ça laisse des marques sur la joue, courez y.

Le cinéma retrouve un peu de ses prérogatives lorsqu’il invite à cautériser les plaies de l’inconscient collectif. Ici, Samuel Paty et Dominique Bernard viennent enfin de trouver une équivalence filmique à leur cause. Car Amal est un film militant, mais qui milite avant tout pour la vie. En majuscules, pleine et entière, sans bémols ni parenthèses, et l’embrasse absolument sans réserve. Hasard du calendrier (ou pas), le film sort le même jour que Le couteau: Réflexions suite à une tentative d’assassinat, le nouveau livre de Salman Rushdie, écrit suite à l’attentat dont il fit l’objet il y a un an. On appelle ça un double programme placé sous le signe de la Providence.

Un film qui avait toute sa place au Festival du film politique de Carcassonne, au cours duquel nous avons pu rencontrer son réalisateur, Jawad Rhalib.

Personne ne peut m’attaquer sur ce que je raconte dans le film.

LeMagduCine : On sent une volonté de mettre les pieds dans le plat qui se traduit immédiatement. Cette approche résolument frontale a toujours été au cœur de votre volonté de faire le film ?

Jawad Rhalib : Complètement. J’avais aucune envie de commencer par des installations, des longueurs etc. Je voulais démarrer par le déclencheur : cette question d’agression qui arrive parce qu’on soupçonne -soupçonne, c’est important de le dire- cette fille d’être lesbienne. C’est le déclencheur de tout. Mon envie c’était ça, de rester sur ce côté brut, le côté embarqué, et d’après ce qu’on voit, ça marche. Moi quand je vais voir un film j’ai envie de m’accrocher, ne pas lâcher du début jusqu’à la fin. Des espèces de vagues, du début jusqu’à la fin. Réussir le début, réussir la fin, et on travaille le milieu.

LMDC : La comparaison est délicate, mais c’est comme si on était plongé au milieu d’une guerre sans avoir été préparé par l’exposition de ce déclencheur.

JR : Oui et non, parce que cette bataille dont vous parlez- qui n’est pas mon point de vue mais je respecte, parce que chacun voit le film à sa façon- arrive après une décision d’une prof de se dire « Tiens, il y a cette situation, les autres profs ne veulent pas bouger, ils ne veulent pas que l’on aborde cette thématique pour calmer les tensions entre les jeunes. Je vais aller, sans aucune intention de provoquer, présenter un poète du VIIIème siècle arabo-musulman qui déclare son amour pour la vie, et la religion. »

Moi j’ai grandi dans cette notion là, de vivre et de respecter la religion. Aujourd’hui, on veut brûler des livres, casser des statues sans mettre en place le contexte. Je ne casse pas de statues, je vais la laisser en disant « ce monsieur là, il a été esclavagiste » par exemple. Si on commence à détruire, on va tout détruire. Cette envie des parents aujourd’hui de s’immiscer dans les affaires de l’école. « Moi mon fils je veux pas qu’on lui parle de ça, je veux pas qu’il étudie ça, je veux pas qu’on parle d’évolution, de tel poète parce qu’il est homosexuel etc… ». C’est ça qui va déclencher les évènements.

LMDC : Il y a cette espèce d’élastique qui est tendu en permanence dans film. On est sur un voltage extrêmement élevé et constant…. Est-ce que c’était difficile à l’écriture de concilier ça avec la présentation des personnages, leur caractérisation dans la nuance ?

JR : Ah oui complètement. Moi je travaille comme pas mal de scénaristes et de réals, je bosse par personnage. Donc j’écris Amal du début jusqu’à la fin, Monia, Nabil, etc. Et après je vais chercher les interactions entre eux. Donc oui, c’est compliqué parce qu’on est dans une thématique ou on peut frôler les clichés, tomber dans les stéréotypes etc. Mais là aujourd’hui personne ne peut m’attaquer sur ce que je raconte dans le film.

Parce que c’est documenté, parce que c’est ma culture, parce que je la maitrise, parce que je maitrise l’arabe classique et ce que raconte le Coran mieux que beaucoup de gens qui parfois ou souvent interprètent les textes à leur façon.  Donc oui c’est faire très attention en termes d’écriture du début jusqu’à la fin de tomber dans ces clichés là.

Aller chercher cette vérité dans ce qui est réel, c’est primordial pour moi.

LMDC : Est-ce que le choix de Luna Azabal a été une évidence dès le début ? Elle déploie une énergie absolument phénoménale d’un bout à l’autre. Ça devait être épuisant pour elle….

JR : Lubna était là dès le début. Je la connais, donc quand je lui en ai parlé, elle s’est engagée tout de suite, et complètement. Pendant trois ans, écriture, réécritures etc. Je lui envoie des échanges, je lui demande ce qu’elle en pense… Elle n’est pas là juste pour me servir, il faut qu’elle soit convaincue de ce qu’elle raconte. Il faut qu’elle soit crédible, elle n’est pas là juste pour jouer et interpréter un rôle. Elle est rentrée dans cette peau.

Elle a rencontré des profs, des directeurs d’école, c’était primordial. Elle a assisté aux débats avec les jeunes dans les salles de cinéma autour d’un documentaire. Elle était impliquée à 1000%, et quand je dis impliquée…. Je trouve que c’est l’une des meilleures actrices que nous avons en Europe, pour rester sur le Vieux-Continent. Elle est complètement généreuse. Elle était épuisée, à chaque fin de journée, complètement.

LMDC : Ça colle avec son personnage.

JR : Complètement. Parce qu’elle est crédible, elle croit à ce qu’elle raconte, donc elle défend aussi ce personnage, ses propos etc. Et ça se voit. Après, c’est aller chercher la vérité. De dire « Bon maintenant, le scénario on l’oublie, tu le jettes à la poubelle. Maintenant que tu l’as, pas de soucis vas-y. Tu es la prof ».

LMDC : Comment s’est passé le tournage d’ailleurs ? Vous travaillez avec des marques précises pour les acteurs, ou au contraire il y avait cette volonté de les libérer pour s’emparer de l’espace ?

JR : Alors moi je ne mets jamais de marques pour les acteurs. Ils ont un espace, ils évoluent dans cet espace là- comme une scène de théâtre- et moi je m’adapte à eux.

Toute mon équipe, ma chef op etc. , on s’adapte. A tel point que ma chef op avait l’oreillette, et moi de l’autre côté derrière mon combo j’échange avec elle afin de ne pas couper les acteurs dans leur élan. Et une fois que l’on a travaillé avec tout le monde, parce que moi je veux que même la silhouette soit préparée. Parfois dans des films, s’il y a une silhouette qui fait faux, on le remarque et ça nous sort de l’histoire. Il y avait donc des silencieux dans cette classe, qui ne disent rien et c’était important.  Il y avait ceux qui disent un petit peu, et ceux qui parlent beaucoup. Pour mettre en lumière la réalité.

À partir de là, ce qui est primordial pour moi, et ce que les acteurs doivent accepter, c’est qu’ils n’ont pas les scènes des autres, seulement leur scène à eux. Donc ils ne savaient pas ce qui se passait ailleurs. Par exemple là tous les deux on va prendre un verre, et bien je vais venir te préparer « A un certain moment tu lui dis ça. Et l’autre n’est pas au courant de ce que tu vas lui dire ». Mais en même temps de l’autre côté, je le prépare en disant « À un certain moment tu lui dis ça aussi ».

LMDC. Ok !

JR : Donc à un certain moment on rentre dans un jeu d’improvisation qui nous mène vers le réel. Parce que moi je veux voir quelque chose qui se passe dans les yeux. Si maintenant je veux vous filmer, vous allez me raconter une histoire et je veux croire à cette histoire. Je veux voir dans vos yeux qu’il se passe quelque chose. Sinon je suis pas convaincu, et ça tombe à l’eau.

C’est la peur qui tue les gens.

LMDC : Filmer une part de réel pour capter la vérité.

JR : Exactement. Parce que tout est basé sur le réel. Tout le film est documenté, ce que je disais avant : personne ne peut venir me faire une remarque. Dans la salle tout à l’heure, il y avait des profs venus de Bruxelles qui ont vu le film, et confirmé ce qui se passe dans les écoles. Aller chercher cette vérité dans ce qui est réel, c’est primordial pour moi.

LMDC : Il y a un engagement qui est clairement pris dans votre film. Après l’assassinat de Samuel Paty et Dominique Bernard, on a eu des réactions qui n’étaient pas forcément à la hauteur de la situation, voir assez lâches. Et vous au contraire, on sent cette volonté de mettre la vérité sur la table.

JR : Exactement. Pour moi c’est la peur qui tue les gens, plus qu’autre chose. Donc à un moment, il faut quand même y aller, faut quand même affirmer ses engagements son point de vue et dire les choses.

Mais en même je comprends les gens qui ont peur. C’est humain, je ne peux pas leur reprocher d’avoir peur. Même le personnage de l’imam, je lui fais dire quelque chose qui est juste « Ces jeunes ont besoin de dignité ». C’est important. Malheureusement il n’y a que lui qui leur apporte cette dignité. D’où cette problématique aujourd’hui que beaucoup de jeunes se tournent vers la religion, qui leur donne de l’espoir, leur parle bien, les respecte etc.

C’est ça le gros problème : l’état, le politique ont démissionné. Ils ont cédé la place à d’autres personnes qui ont trouvé les mots justes pour parler à cette jeunesse.

LMDC : Ça me fait penser à ce que dit le personnage de Lubna Azabal quand elle lit ce poète arabe à sa classe, et leur dit qu’il était homosexuel : il faut appeler les choses par leur nom. C’est un peu votre vocation.

JR : Exactement. Moi je suis hetero, mais je comprend pas pourquoi on vient juger des gens parce qu’ils sont comme ça. C’est pas un choix. Pourquoi on va venir juger une femme qui se met en maillot à la plage ou à la piscine, pourquoi on va venir juger quelqu’un qui mange du porc, pourquoi on juge quelqu’un qui boit du vin… Pourquoi les gens ne se mêlent pas de leurs affaires, tout simplement.

LMDC : C’est ce qui est fort dans votre film, qui est une œuvre extrêmement frontale comme on en parlait, mais s’abstient de juger les « méchants ».

JR : Oui bien sûr. Je ne les juge pas parce qu’ils ont leurs raisons.

L’ambition c’est de faire un film juste qui donne la parole à tout le monde. Et surtout qui n’est pas dans le jugement.

LMDC : Comme disait Jean Renoir : « Tout le monde a ses raisons ».

JR : Exact. Il faut pas oublier que ce prof de religion, cet imam, est converti. Pour moi c’était important qu’il soit converti, parce ce qu’ils sont beaucoup plus virulents que les musulmans. Ce monsieur a été apprendre l’arabe, le Coran en Égypte, et on sait ce que font les frères musulmans en Égypte. Comme le dit Amal, il y a trois ans il mangeait de la fricadelle de porc. Donc ils ont chacun leur raison, et basculent à un moment donné.

LMDC : C’est un film qui est à la fois très spontané et très construit. C’est difficile de mélanger les deux, la construction qu’on ne voit pas et la spontanéité qu’on ressent à l’écran ?

JR : Complètement. C’est, encore une fois, juste l’envie de brouiller un peu les pistes. Ce qui m’intéresse c’est de donner cette impression qu’on est dans un documentaire à un moment. C’est la réalité totale. Moi j’ai horreur de voir un champ/ contre-champ, et de sentir que l’acteur attend que l’autre termine pour parler. Je sais que ce qu’il va dire. J’ai besoin de cette « improvisation préparée ».

LMDC : Il y a d’ailleurs certaines scènes ou on sent que le champ/contre-champ serait la solution la plus évidente, mais vous lui tourner délibérément le dos pour filmer la confrontation en plan large.

JR : Tout à fait. C’est jouer sur les hors-champs, mais aussi ce côté de distance. Parfois je suis très proche, très serré, parce que je veux traduire l’enfermement du personnage, ses doutes etc. Et parfois je prends de la distance pour sortir le spectateur et lui dire « viens, on va voir de loin, on va laisser le personnage respirer, et ne pas l’accabler encore plus »

LMDC : Il y a cette séquence terrifiante, lorsque Monia fait son coming-out sur les réseaux. On voit tout son univers se rétrécir …

JR : Complètement. Et c’est la réalité, ce qui se passe avec les gens qui sont harcelés dans les réseaux sociaux etc. C’est à partir d’une petite publication qu’elle va tout de suite se faire draguer. Elle rejette la drague, se fait insulter et l’insulte va prendre une ampleur et elle dit « moi je n’ai jamais dit ça ». Et c’est ce qui arrive souvent, les gens réagissent sans savoir, sans connaissance de cause. C’est cet univers là que je trouve intéressant, à être proche de cette personne là.

LMDC : Je trouve que les films d’école sont en général assez chiants et consensuels…  À l’inverse, le consensus est quelque chose que vous voulez absolument éviter.

JR : Oui absolument, c’est ce côté frontal, ce côté brut… Quand j’ai commencé à travailler avec les jeunes, que ce soit sur scène ou au théâtre, j’ai préparé avec eux des improvisations. Je leur donnais « Là tu dois défendre cette notion », et je leur disais tout de suite « là tu es contre ». Et il doit réagir en fait. Ou bien, tu dois changes les mots de mon texte pour les dire avec tes mots à toi. Je n’ai pas écrit sale pute, mais si c’est ce que toi tu dois dire, dis le normalement…. Et ça au grand désespoir de la productrice qui était là à se tirer les cheveux….

LMDC : Ça vous permet de placer le spectateur dans l’expectative. On ne sait jamais à quoi s’attendre.

JR : Non, c’est le but. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai refusé de transmettre le scénario dans son entièreté à tous les acteurs. Je voulais qu’ils soient surpris quand ils voient le film.

LMDC : Est-ce que le film a été compliqué à monter ?

JR : Financièrement ? On est pas sur un gros budget… Loin des budgets français….

LMDC : Pour le dire plus clairement, est-ce que vu la sensibilité du sujet…

JR: Ah ! Du côté belge non. Pas du tout. Du côté français, on a pas eu de coproduction, si ça répond un peu à votre question…

LMDC : Suffisamment (rires).

JR :  Même pour la distribution on a dû attendre. Là on a un vendeur international, un distributeur. Parce qu’il fallait aussi trouver un distributeur engagé, qui voulait défendre le film. Il ne s’agissait pas de distribuer pour distribuer. Donc on a trouvé UFO distributions, des gens sérieux, très engagés.

LMDC : Vous diriez qu’il y a une volonté de provoquer un réveil ?

JR : Bah complètement. Il faut secouer, donner une claque et réveiller les gens en disant attention regarde. Je pense, enfin j’espère que les gens vont garder quelques jours en tête ce qu’ils ont vu. L’idée c’est de dire à son élu, aux politiques qui se présentent  « Je veux que tu places l’éducation en priorité ». Que l’école soit la base de tout.

LMDC : Je fais peut-être un mauvais procès d’intention, mais est-ce que vous attendez les réactions de personnes qui diront « faut pas mettre de l’huile sur le feu », « vous faites un boulevard à l’extrême droite ».

JR : Bien sûr. Mais d’un, le film ne m’appartient plus. Donc je ne peux pas contrôler qui va dire quoi, qui va en parler. De deux, je voulais absolument que ce soit moi qui traite ce sujet plutôt que de laisser la place à l’extrême droite, justement. Et trois, ici on est clair on parle d’extrémisme, de radicalisés. On parle pas de la religion musulmane, on parle pas des musulmans. Et on le voit bien dans le film, on a des personnages qui sont musulmans, arabes très ouverts, qui parlent autrement et racontent autre chose. Et je sais que l’extrême droite, ils en sont capables de tirer que sur ce côté-là. On va leur dire aller voir ce qui a été dit avant ou après.

LMDC : Et comme vous le disiez, vous êtes inattaquables.

JR : Complètement. Mais après vous savez les politiques sont des opportunistes. Ils attendent n’importe quoi pour prendre tout ça.

LMDC : Et comme vous le disiez, on peut pas s’empêcher de dire quelque chose à cause de la peur de la manière dont ça va être reçu.

JR : Exactement. Il faut le dire, prendre ses responsabilités, savoir où l’on va, savoir être juste, ne pas commencer n’importe quoi sous prétexte qu’on a envie de l’ouvrir. C’est ce qui se passe aujourd’hui sur les réseaux, on a un tribut à tweeter, à réagir plutôt que de réfléchir.

L’ambition c’est de faire un film juste qui donne la parole à tout le monde. Et surtout qui n’est pas dans le jugement.

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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