Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l’orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Force est de constater, d’emblée, que le film entretient les doutes sur de nombreux points. Ainsi, l’action se passe dans un orphelinat alors que les protagonistes ne sont pas orphelines. D’autre part, l’orphelinat est dirigé par une mère supérieure, alors même qu’il ne s’agit pas d’un couvent. Cette gardienne inflexible de la discipline peut se montrer compréhensive dans certaines situations. Fort heureusement, le film s’attache à nous faire comprendre comment les jeunes filles échouent à l’orphelinat.

L’orphelinat

On apprend comment et pourquoi ces pensionnaires savent qu’elles peuvent espérer retrouver leurs familles. Dès lors, Cecilia (Tecla Insolia) se montre littéralement obsédée par la recherche de ses origines, ce qui alimente tout un pan de l’intrigue. Sinon, ces jeunes filles sont vouées au mariage. Ainsi, de riches Vénitiens paient de coquettes sommes à l’orphelinat pour obtenir le droit d’épouser celles qu’ils choisissent. Ces sortes de dot à l’envers permettent à l’orphelinat de fonctionner. Bien évidemment, ceux qui peuvent se le permettre ne sont ni les plus jeunes ni les plus beaux. De plus, lorsqu’un homme entreprend cette démarche, il exige que son épouse abandonne la musique. Or, ces jeunes filles se dévouent à la musique en apprenant à l’aimer par-dessus tout. L’une d’elles a même obtenu le droit, sans raison clairement identifiable, de rester à « La Pietà » pour se consacrer définitivement à la musique, un peu comme si elle entrait en religion.

Cordes sensibles ?

Les jeunes musiciennes jouent essentiellement d’instruments à cordes (violon, alto, violoncelle, luth ou mandoline), mais aussi d’un clavecin notamment. Elles pratiquent également le chant. Lorsqu’elles se produisent dans une église le dimanche, elles surplombent l’assistance. Sur un palier où généralement on trouve l’orgue (l’une d’elles en joue), elles se tiennent derrière une grille en bois qui les dissimule. D’autre part, elles se produisent en uniforme : des robes rouges et une coiffe. Parfois elles se produisent à l’extérieur. Dans ce cas, elles utilisent aussi un manteau rouge et un masque pour que nul ne voie leurs visages. Celles qui tiennent la vedette dans le film sont jeunes, mais lors des concerts, on en remarque qui le sont moins. Tout cela pour dire que malgré des règles bien établies, on sent qu’il existe certaines entorses. Ainsi, on peut se demander comment les hommes choisissent celles qu’ils demandent en mariage.

Maître Antonio

Maintenant, il faut aussi considérer qu’elles passent beaucoup de temps à jouer avec une sorte de maître de musique. Le début du film montre que sa position peut rapidement se fragiliser, en fonction du succès plus ou moins important des concerts du dimanche. C’est ainsi que, suite à une décision en forme de caprice d’une femme influente, le maître de musique se trouve congédié. Mais qui pour le remplacer ? Pour des raisons financières, il est décidé de rappeler maître Antonio qui acceptera le poste pour une rémunération moindre. C’est ainsi que nous découvrons un Antonio Vivaldi encore relativement jeune (mais marqué physiquement : voir les rides entourant ses yeux), souffreteux et assez dénué. Un homme davantage préoccupé par les œuvres qu’il compose que par les leçons pour lesquelles on l’engage.

Cecilia et la musique

Une bonne partie du film tient aux relations entre Vivaldi et l’une de ses élèves, la charmante Cecilia qu’il désigne comme premier violon, à la stupeur générale. En effet, toutes, y compris Cecilia, savent qu’elle n’est pas la meilleure. L’explication qu’il lui donne — « Toi, tu ne cherches pas les honneurs. » — finit par passer. Le film tient donc pour beaucoup dans la complicité musicale qui s’établit entre Cecilia et Vivaldi, justifiant le titre français, quand le titre original « Primavera » joue sur l’œuvre la plus connue du compositeur et le jeune âge de Cecilia, alors au printemps de sa vie. La musique de Vivaldi, nous en profitons ici, surtout de ses opéras, mais il faut attendre le générique de fin pour profiter du Printemps, la première des fameuses 4 Saisons. Entre-temps, vient la séquence la plus inspirée, qui montre Cecilia dans la nature, violon en mains, lors d’une sortie de l’orchestre. Pas loin, Vivaldi l’entend donner quelques coups d’archet pour accompagner les bruits de la nature…

Satisfactions et réticences

Juste avant le générique de fin, quelques mots nous apprennent que c’est à cette période que Vivaldi a composé les 4 Saisons. À noter aussi que Vivaldi (Michele Riondino), réputé comme l’abbé roux, est bien cela dans le film. Vivaldi et moi retranscrit bien l’ambiance particulière de Venise à une époque où les canaux servaient de dépotoir pour les déchets et ordures. Il n’empêche, le site est remarquable et bien mis en valeur. De manière générale, l’aspect esthétique est réussi. Pour sa première réalisation cinématographique, Damiano Michieletto propose une mise en scène correcte qui doit probablement à son expérience de l’opéra. Par contre, le scénario de Ludovica Rampoldi, d’après l’œuvre de Tiziano Scarpa, affiche une maladresse regrettable quand Cecilia se fait examiner par un médecin, passage obligé avant son mariage programmé avec un riche Vénitien de retour de la guerre. Un flashback nous présente alors un souvenir de Cecilia, mais on hésite à y voir un acte calculé par sa situation du moment ou bien un concours de circonstances. On évoque donc la condition féminine à l’époque en Italie, sans en faire l’élément central du film, qui est plutôt la musique. Ainsi, les jeunes violonistes jouent debout, ce qui leur laisse une belle liberté de mouvement qui laisse voir comment elles vivent cette musique.

Pour conclure

Autre point qui laisse perplexe : le film ne montre rien des relations de l’orphelinat avec le clergé, alors que Vivaldi est lui-même abbé et que les musiciennes se produisent dans des églises. Enfin, impossible de passer sous silence la parenté avec Gloria (2024), de Margherita Vicario, un film encore assez récent qui montrait déjà des jeunes filles musiciennes dans un orphelinat à Venise, mais au XVIIIe siècle. Les concordances sont telles qu’avec un peu de recul les deux films peuvent aisément se confondre, alors que celui-ci s’avère autrement mieux inspiré, notamment dans son épilogue.

Vivaldi et moi – bande-annonce

Vivaldi et moi – fiche technique

Titre original : Primavera
Réalisation : Damiano Michieletto
Scénario : Damiano Michieletto, Ludovica Rampoldi (librement inspiré du roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa)
Interprètes : Tecla Insolia (Cecilia), Michele Riondino (Antonio Vivaldi), Andrea Pennacchi (Maître d’orchestre), Fabrizia Sacchi (Directrice de l’orphelinat), Valentina Bellè (Amie de Cecilia), Stefano Accorsi (Prélat influent)
Musique originale : Fabio Massimo Capogrosso
Direction de la photographie : Daria D’Antonio
Montage : Walter Fasano
Son : Gianluca Scarlata
Costumes : Maria Rita Barbera
Décors : Gaspare De Pascali
Société de production : Indigo Films
Pays de production : Italie, France
Société de distribution France : Diaphana Distribution
Durée : 1h50
Date de sortie : 29 avril 2026

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