« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d’alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de Bohemian Rhapsody aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n’est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l’attendait.

Who’s Bad ? Le film… 

Comment résumer une coquille vide ? Pourquoi ne pas se contenter d’une phrase et basta ? Le film d’Antoine Fuqua est un clip de deux heures, reprenant les chansons les plus connues et cultes de Michael Jackson en haute définition, sans y insuffler une pointe d’âme ou d’identité. Voilà. Dans l’idée, on pourrait s’arrêter là. Mais la réalité est plus complexe et intéressante. Le film existe, parce qu’Universal sait qu’il va cartonner au box-office. Pourquoi faire des efforts pour le reste ? On s’en fiche du cinéma, le public sera en furie devant les reprises de Thriller ou de Billie Jean. Raconter une histoire ? Jamais de la vie, pauvres fous ! Vous savez le temps que ça prendrait d’écrire un bon script sur ce type ?! Michael existe, parce que quand Bohemian Rhapsody est arrivé, les gens n’ont pas vu le film, ils ont vu un clip géant et étaient contents. Michael existe, parce que le fan service en 2026, c’est plus important que le cinéma. Michael existe, parce que TikTok va s’en emparer. Michael existe, parce que les fans le voulaient.

Et, in fine, on se retrouve inévitablement face à un produit marketing, non pas devant un film. On se retrouve dans un assemblage de scènes, non pas devant une histoire. Dommage, car dans l’idée, c’est super de raconter l’émancipation d’un enfant qui n’a jamais pu grandir face à son père tyrannique. Dans les faits, tout ce que le film pouvait taire, il l’a tû. Tout ce qu’il pouvait survoler, il l’expédie en une ligne, ou une scène. Les frères de Michael ? On ne peut même pas affirmer qu’ils aient chacun « une » ligne de dialogue. Pas de bol, quand l’arc narratif principal de l’œuvre tourne autour des Jackson 5. Alors, oui, une seconde partie arrive. Cependant, deux heures pour ne rien raconter d’autre que papa Jackson était une ordure et que Michael était un ange d’humanité et de gentillesse (non, sérieusement, il n’a pas une once de vice durant l’intégralité du film), c’est long. Dommage, les quinze premières minutes se tiennent très bien, avec Juliano Krue Valdi qui campe un jeune prodige très convaincant. Malheureusement, dès que Jaafar Jackson prend le relais, tout s’écroule ou presque, et le talent hors norme de J.J. ne peut rien sauver.

They don’t care about him

Finalement, on se dit que le centre du film, ce n’est pas Michael, mais son père. Pourquoi pas ? L’idée aurait été fascinante et surprenante, dans une ère où les biopics se ressemblent tous. On ne demande pas au projet de réinterpréter les morceaux, comme l’a fait Rocketman, ni d’avoir la force d’introspection et l’inventivité de Better Man. On lui demande d’être un film, un bon, si possible. Mais Antoine Fuqua faiblit bien vite face à l’ampleur du projet. Chaque reprise se veut moins inventive et moins bien filmée — ironique, quand on essaie de reproduire au plan près des émissions filmées ou les clips officiels — et le reste du film se limite au champ/contre-champ, avec un petit travelling par-ci, un petit travelling par-là. Et, quand il essaie de faire autre chose, il semble paniquer et se met à tout faire. Le montage en souffre, la réalisation ne lui laissant aucune chance de trouver la moindre cohérence.

Tout va trop vite, tout le temps. Michael ne se pose jamais. On enchaîne les scènes en studio, sans jamais comprendre ce que notre protagoniste chante. Oui, le film ne prend même pas la peine de sous-titrer les paroles des chansons. Quel est le sens des tubes Thriller ou Billie Jean ? On s’en fout, parce que vous comprenez, il faut pas montrer que Michael recevait des courriers menaçants de femmes l’accusant d’être le père de leur enfant. On a vu Elton John composer Your Song et on a compris pourquoi. On a vu Robbie Williams chanter Angel et on a compris pourquoi. On voit Michael chanter ses chansons les plus cultes, et personne dans toute l’équipe du film ne s’est dit que l’histoire derrière les textes de l’artiste méritait d’être racontée. Non, parce que tant que le film montre Jaafar Jackson maquillé en zombie pour une reprise en moins bien de Thriller, les gens seront heureux. Enfin bon, il danse comme un dieu, alors comme dirait l’autre : Oh, ça va, c’est pas si mal.

Michael – bande-annonce

Michael – fiche technique

Réalisation : Antoine Fuqua
Scénario : John Logan
Interprètes : Jaafar Jackson, Nia Long, Laura Harrier, Juliano Krue Valdi, Miles Teller, Colman Domingo
Photographie : Dion Beebe
Décors : Barbara Ling
Costumes : Marci Rodgers
Montage : John Ottman, Harry Yoon
Musique : Lior Rosner
Producteurs : John Branca, John McClain, Graham King
Producteur délégué : David B. Householter
Sociétés de production : Lionsgate, GK Films
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Universal Pictures
Durée : 2h08
Genre : Drame, Biopic, Musical
Date de sortie : 22 avril 2026

1.5

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Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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