Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d’une heure, avant que Le Réveil de la Momie se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu’il voulait être et la mécanique Blumhouse qu’il ne pouvait s’empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Certains monstres semblent maudits à porter leur propre mythe. Depuis Boris Karloff en 1932, la Momie n’a jamais vraiment trouvé sa place dans le panthéon de l’horreur. Pourtant, le film de Karl Freund posait une question vertigineuse que ses successeurs allaient progressivement abandonner. Et si l’immortalité était la pire des condamnations ? Imhotep n’était pas un prédateur, mais un être plaintif, hors du temps et consumé par un amour impossible. Une créature de mélancolie, pas de terreur. Les suites Universal des années 40 ont bradé cette profondeur pour en faire un monstre mécanique au service de prêtres fanatiques. La Hammer a enveloppé le mythe dans un gothique somptueux sans en renouveler l’enjeu.

En 1999, Stephen Sommers a eu l’intelligence d’assumer pleinement le virage pop et aventurier, porté par Brendan Fraser. Un Indiana Jones sous stéroïdes, généreux et sans complexes, avec un Imhotep paradoxalement plus humain que tous ses prédécesseurs, car animé par un amour absolu. Puis vint le Dark Universe de 2017, qui enterra la créature sous le poids de ses propres ambitions. Universal avait voulu singer le MCU, livrant un objet hybride et disloqué où Tom Cruise phagocytait l’espace narratif et où la Momie — pourtant jouée avec conviction par Sofia Boutella — n’était plus qu’un prétexte à poser les jalons d’une franchise mort-née. Leçon cruelle : on ne construit pas un univers, on le laisse émerger.

94 ans après Karloff, Lee Cronin tente donc de refermer la boucle. Le réalisateur d’Evil Dead Rise — relecture efficace mais sans surprise du Raimi, transposée dans un immeuble urbain avec des enfants-monstres en guise de moteur de tension — semblait avoir les bons instincts pour ramener la Momie à ses origines thématiques : une intrusion du passé dans le présent, un mort qui refuse de rester mort, un deuil impossible. Sous production Blumhouse, avec James Wan en appui, la promesse était réelle. Le résultat, lui, est assez décevant.

Le réveil a du mal

Katie a disparu dans le désert égyptien il y a huit ans. Puis elle est revenue. Et les Cannon, cette famille que la culpabilité ronge en silence — avec un père qui ne s’est jamais pardonné et une mère qui sait son absence irréparable —, se retrouvent à devoir accueillir quelque chose qui ressemble à leur fille sans tout à fait l’être. Le point de départ est fort, entre Substitution : Bring Her Back pour l’imposture familiale, puis Poltergeist (1982) dans son principe, où la terreur naît de l’incompréhension progressive, une force surnaturelle qui s’insinue dans les failles d’une famille déjà fracturée. Et il y a dans la première heure une vraie tenue. Le film prend son temps, installe sa menace, et Natalie Grace — dans le rôle de cette Katie revenue d’entre les morts — livre une performance troublante, sans rougir face à la Linda Blair de L’Exorciste. Elle porte à elle seule l’essentiel de la tension, avec ce même renversement instinctif qu’Evil Dead Rise exploitait si bien : l’enfant comme agent du chaos.

Face à elle, Jack Reynor et Laia Costa incarnent ces parents que le deuil a lentement disloqués. Reynor, véritablement révélé dans Midsommar dans un autre registre de descente aux enfers, incarne ici la culpabilité renfermée avec une sobriété convaincante. Charlie Cannon est un père qui s’en veut, qui essaie, et qui ne sait plus quoi tenir entre ses mains. Costa, aperçue dans Imaginary, compose une mère dont l’absence passée se retourne contre elle comme une malédiction supplémentaire. Leur dynamique de couple en reconstruction forcée est l’un des éléments les plus honnêtes du film et on sent que Cronin y tenait. Ce qui rend d’autant plus dommage le fait que le scénario finisse par les asseoir sagement dans un salon pendant qu’un personnage leur confirme solennellement ce que le spectateur sait depuis vingt minutes : qu’un maléfice est à l’œuvre et que Katie sert de réceptacle à une entité ancienne qui n’apprécie visiblement pas qu’on lui fasse la manucure. La mécanique des Conjuring dans toute sa rigueur procédurale. Sauf que Cronin ne choisit pas sa voie. Et c’est là que le film commence à boiter.

Sous les bandelettes

Structurellement, Le Réveil de la Momie avance en terrain connu. Un spectateur familier du genre saura devancer chaque ressort narratif, en attendant chaque palier. Il y a pourtant des idées qui y fourmillent, notamment l’utilisation du morse comme langage résiduel entre Katie et son père — une petite singularité bienvenue dans ce type de récit. Mais le film peine à renouveler l’intensité de sa première heure, et sa narration trop rapide étouffe ce qu’elle aurait dû laisser s’imprégner.

L’axe secondaire — une inspectrice cairote, interprétée par May Calamawy, qui remonte la piste du tombeau dans le désert égyptien — revendique son inspiration à Seven, dans une logique d’enquête inexorable vers une révélation finale. L’intention est lisible, et sur le papier la symétrie entre l’investigation rationnelle et le chaos irrationnel dans la maison des Cannon aurait pu fonctionner. À l’écran, ça casse le rythme. Le fil égyptien manque de consistance pour exister, sans vraiment peser sur la tension principale. Et la demi-bonnette, utilisée avec une générosité inversement proportionnelle à sa pertinence, finit par devenir symptomatique du problème global : des effets de style qui cherchent l’étrangeté sans idée précise derrière.

Côté son, le film fait des efforts pour donner une identité propre à la créature. Quelques choix de sound design tentent d’ancrer la Momie dans quelque chose d’organique et d’ancien, entre renouveau et putréfaction. Mais la partition reste dans l’ensemble fonctionnelle, calibrée pour accompagner les montées en tension sans jamais les transcender. Rien qui restera, là où Hérédité ou It Follows avaient compris que la musique pouvait être une menace à part entière.

Chaos technique

L’autre frustration est celle des rendez-vous manqués. Le concept de contamination du mal, où l’influence de la Momie se propage à travers les membres de la famille comme dans Evil Dead, promettait un climax dévastateur, d’autant qu’une scène réunit suffisamment de chair fraîche dans la demeure des Cannon pour imaginer un carnage mémorable. Mais tout le monde finit par se disperser. La sœur cadette, née après la disparition de Katie, donc sans mémoire d’elle, aurait pu interroger la cruauté et l’absurdité de cette réunification. Mais elle disparaît subitement du récit. Le frère aîné, qui a de quoi nourrir des rancunes, reste également en retrait. Leur grand-mère, en revanche, a tout d’un apéritif de choix. Le dernier acte, quand il explose enfin, est plus stimulant, à condition d’oublier le renfort de la CGI, avec quelques séquences franchement efficaces autour d’un scorpion. Mais on en ressort avec le sentiment que quelqu’un, quelque part dans la chaîne de production, a eu peur d’aller jusqu’au bout. Ce qui expliquerait son épilogue tordu, qui annule tout effet dramatique initié plus tôt.

Blumhouse voulait son Evil Dead, Cronin voulait son Exorciste, Warner voulait sa nouvelle franchise. Le film porte fatalement les cicatrices de ces ambitions et reste moulé dans des idées théoriquement viables sur le papier, mais qui se contredisent à l’écran. La Momie, décidément, reste une créature maudite. Pas tout à fait morte et pas vivante non plus. Et tant qu’elle sera condamnée à servir d’autres désirs que les siens, elle ne se réveillera jamais vraiment.

Le Réveil de la Momie – bande-annonce

Le Réveil de la Momie – fiche technique

Titre original : Lee Cronin’s The Mummy
Réalisation : Lee Cronin
Scénario : Lee Cronin, d’après La Momie écrit par John L. Balderston
Interprètes : Jack Reynor, Laia Costa, May Calamawy, Natalie Grace, Veronica Falcón
Photographie : Dave Garbett
Décors : Nick Bassett
Costumes : Joanna Eatwell
Montage : Bryan Shaw
Musique : Stephen McKeon
Producteurs : Jason Blum, Lee Cronin, John Keville, James Wan
Producteurs délégués : Michael Clear, Alayna Glasthal, Macdara Kelleher, Judson Scott
Sociétés de production : New Line Cinema, Atomic Monster, Blumhouse Productions
Pays de production : États-Unis
Société de distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 2h14
Genre : Épouvante-horreur
Date de sortie : 15 avril 2026

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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