Histoires de la nuit de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.
Depuis Ava, qui a révélé l’actrice Noée Abita, Léa Mysius s’est imposée comme l’une des voix les plus singulières du cinéma français, capable de faire affleurer le fantastique par l’odorat et le trouble sous la surface d’un quotidien banal. Pour son troisième long-métrage, elle se tourne vers la littérature et adapte le roman éponyme de Laurent Mauvignier, un polar rural dense et suffocant dans lequel une soirée d’anniversaire tourne au cauchemar quand trois hommes s’invitent de force dans une ferme isolée, faisant remonter des secrets enfouis. Il s’agit d’un thriller de home invasion rigoureusement construit, techniquement impeccable, qui rappelle les fantômes d’une certaine violence, selon le cinéma de Michael Haneke (Funny Games) et David Cronenberg (A History of Violence), tout en restant fermement ancré dans la France rurale. On y retrouve la même maîtrise du cadre, du son et de l’atmosphère anxiogène qui caractérisait les meilleurs moments de Les Cinq Diables. Mais Histoires de la nuit reste davantage à la surface de ses propres hantises.
Les papillons de l’ennui
Le film se déploie en quasi huis clos partagé entre deux maisons, et c’est précisément là que le bât blesse. Le récit commence par se permettre un second degré bienvenu, un quiproquo comique sincèrement réussi au fur et à mesure que les personnages s’ajoutent au compte-goutte, avant de tenter de basculer dans le thriller familial et viscéral, sans jamais trouver le bon équilibre. L’élément déclencheur lui-même, une vidéo Instagram qui fait surgir le passé trouble de Nora, reste assez banal dans sa conception. La sous-intrigue consacrée à Cristina, la voisine peintre interprétée par Monica Bellucci, illustre bien ce flottement. Elle ralentit le récit plus qu’elle ne l’enrichit, servant surtout à alterner avec le huis clos principal sans jamais s’y greffer vraiment. De l’autre côté, Bastien Bouillon, réduit à jouer la frustration, n’existe qu’à travers les quiproquos et le comique de situation. Quant aux intrus, Benoît Magimel arrive en chef de meute avec une prestance qui masque trop élégamment sa rage contenue, à qui on associe une brute impatiente et un bègue bienveillant. Cette galerie de personnages est bien trop caricaturale pour convaincre.
C’est d’autant plus navrant que les ingrédients d’un récit choral et inventif étaient bien là, notamment dans les joutes oratoires où toute la tension sourde du film cherche à s’incarner. L’identité d’Ida, quand elle revient au centre des débats, ouvre une piste véritablement troublante, mais trop fugace et sous-exploitée. Hafsia Herzi, pourtant aussi présente sur la Croisette pour Quelques mots d’amour à Un Certain Regard, traverse le film en spectre, sans résistance ni culpabilité, avant que le climax ne vienne secouer une assemblée qui se regarde dans les yeux sans jamais vraiment se dire les choses. Les péripéties arrivent trop tard pour ressouder la tension que l’intrusion soudaine du trio avait pourtant bien installée.
Histoires de la nuit n’est finalement pas à la hauteur de la compétition cannoise, et renforce l’idée inconfortable que Léa Mysius a pu y servir de caution féminine. Un accueil en Cannes Première ou dans une sélection annexe lui aurait sans doute mieux convenu. Reste qu’on aime profondément le travail de cette cinéaste, qui connaît ses codes et ses références sur le bout des doigts. Il manquait juste la radicalité pour mieux les refléter à l’écran.
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
Histoires de la nuit – bande-annonce
Histoires de la nuit – fiche technique
Titre international : The Birthday Party
Réalisation : Léa Mysius
Scénario : Léa Mysius, d’après le roman éponyme de Laurent Mauvignier
Interprètes : Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon et Monica Bellucci, Tawba El Gharchi, Paul Hamy, Alane Delhaye, Servane Ducorps, Tatia Tsuladze
Photographie : Paul Guilhaume
Décors : Esther Mysius
Costumes : Judith de Luze
Son : Olivier Struye
Montage : Yorgos Lamprinos
Musique : Florencia Di Concilio
Producteur : Jean-Louis Livi
Société de production : F Comme Film
Pays de production : France
Société de distribution : Le Pacte
Durée : 1h54
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 16 septembre 2026