C’est un navet ? C’est un étron ? Non, c’est Supergirl !

Catapulté chef de file du nouveau DCEU après la débandade que fut The Flash, James Gunn a très vite eu à cœur de rassurer les fans. Établissement d’une ligne directrice claire issue des comics, refus de proposer des films conçus à la va-vite et prédisposition à laisser le style de ses cinéastes éclore au grand jour : tous les arguments étaient là pour accueillir avec sérénité et même entrain ce soft reboot de l’univers initié par Zack Snyder en 2013. De belles paroles qui ne trouvent hélas aucun écho dans ce nouveau Supergirl pourtant réalisé par Craig Gillespie (Moi, Tonya).

Pour quiconque ayant vu la nouvelle lecture faite par James Gunn de l’Homme d’Acier (Superman), ça n’est guère une surprise cela dit. Le cinéaste derrière la trilogie des Gardiens de la Galaxie étant ce qu’il est – un trublion multiréférentiel doublé d’un nerd absolu –, son film conjuguait une bienveillance quasi surannée teintée d’un humour pour le moins… inadapté. Fort de cette entrée en matière grimée en note d’intention de toute l’entreprise, on appréhendait donc d’autant plus ce Supergirl, qui avait un double handicap en soi : faire oublier le parfum de nanar flottant autour du personnage (cf. le film de 1984 et la série CW) tout en le mettant paradoxalement en pleine lumière. Et pourtant, on y a cru l’espace d’un instant. Embaucher Craig Gillespie relevait après tout de l’évidence ; lui qui de films en films se plaisait à donner la part belle aux underdogs (comprenez outsiders) comme dans Dumb Money (2023) et à divers portraits de femmes soucieuses de se faire un nom (Moi, Tonya en 2017 et Cruella en 2021).

Las, on sent bien que le cahier des charges, et dans une moindre mesure, les affres d’une superproduction ont parasité la bonne volonté du cinéaste, qui semble complètement incapable de délivrer la moindre image engageante. À moins que ça ne soit le script, qui semble constamment hésiter entre la désinvolture de son héroïne et le gravitas induit par cette histoire qui reprend peu ou prou celle de Superman : celle d’une exilée involontaire de Krypton qui va gagner ses pouvoirs durant son sauvetage et qui sera confrontée au sempiternel questionnement de quoi en faire par la suite. À ce jeu-là, la question semble avoir été vite répondue puisque la Kara Zor-El incarnée par une Milly Alcock (House of the Dragon) investie apparaît comme relativement détachée ; préférant sans conteste la picole et les bastons aux sauvetages d’écureuils. Il faudra finalement l’intervention d’un des méchants parmi les plus ridicules vus dans un film de super-héros (pour rester poli) et joué par Matthias Schoenaerts pour qu’elle se décide enfin à porter sa cape rouge (encore que) et qu’elle réveille dans le même temps le récit qui semblait anesthésié. Et encore, anémique serait sans doute un terme plus approprié. Car ici, point question de civilisations entières à sauver des griffes d’un méchant tyran ou de bombes à désamorcer, mais bien d’un chien à secourir d’un méchant poison inoculé par le vilain Krem (oui c’est son nom) dont le chara design et l’épaisseur du personnage laissent surtout penser à un croisement entre Nelson des Simpsons et un réchappé d’un donjon BDSM.

À se demander si entre le ridicule du méchant et la faiblesse des enjeux mis sur la route de notre héroïne, on ne tiendrait pas là un étrange cas de film voulu comme pamphlet d’empouvoirement féministe mais dont les relents quasi sexistes finissent de le transformer en gros navet bien gras.

C’est peu dire qu’on attendait beaucoup de Supergirl. Reste qu’en disposant d’un script aux enjeux aussi faibles et en étant incapable de faire autre chose que singer James Gunn (tant dans ses effets que son bestiaire de monstres), Craig Gillespie foire complètement l’essai et laisse déjà entrevoir des failles béantes dans l’édifice de ce nouvel univers étendu DC. À voir ce que donnera Man of Tomorrow dans un an donc.

Supergirl – bande-annonce

Supergirl – fiche technique

Réalisation : Craig Gillespie
Scénario : Ana Nogueira, d’après le personnage créé par Otto Binder et Al Plastino et la mini-série Supergirl : Woman of Tomorrow de Tom King et Bilquis Evely
Interprètes : Milly Alcock, Matthias Schoenaerts, Eve Ridley, David Corenswet, David Krumholtz, Emily Beecham, Ferdinand Kingsley, Jason Momoa
Photographie : Rob Hardy
Montage : Tatiana S. Riegel, Fred Raskin
Décors : Neil Lamont
Costumes : Anna B. Sheppard
Casting : Lucy Bevan, Bret Howe, Mary Vernieu
Musique : Claudia Sarne
Producteurs : James Gunn, Peter Safran
Production déléguée : Nigel Gostelow, Chantal Nong Vo, Lars P. Winther
Sociétés de production : DC Studios, The Safran Company, Troll Court Entertainment
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Warner Bros. Pictures
Durée : 1h50
Genre : Action, Fantastique, Science-fiction
Date de sortie : 1er juillet 2026

Festival

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Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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