« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

« La saga Insidious va prendre un peu de repos. Ce ne sera certainement pas un repos éternel, mais il sera très long », disait Jason Blum, producteur de la saga, en 2023. En voilà un monsieur qui ne semble pas dormir beaucoup, car il aura fallu à peine un an avant qu’il ne change d’avis ! Malheureusement, il aurait été plus judicieux d’extirper la saga de son sommeil un poil plus tard, tant Insidious : L’invasion du lointain a du mal à se réveiller.

Gemmale à mon Lointain

Insidious, c’est un peu la saga maudite à la American Nightmare : un concept proprement génialissime, qu’aucun des films n’a exploité à son plein potentiel. Oui, même le premier. Attention, le film de James Wan est et restera un chef-d’œuvre du cinéma d’horreur. Mais l’inconvénient d’un scénario qui doit poser tout un univers, c’est qu’il manque de temps pour l’exploiter. Les films suivants, jusqu’au 4e, ont tous réussi à proposer du neuf autour du Lointain, malgré leurs imperfections. Puis vint le drame The Red Door, d’une paresse créative assez spectaculaire et d’un rétropédalage sur l’ensemble de la saga. Alors, à l’annonce d’un sixième épisode qui promettait d’exploiter une toute nouvelle facette de ce royaume si singulier, passerelle entre la vie et la mort accessible en dormant, on était assez curieux.

Exit les Lambert, exit les aventures d’Elise avant son décès des mains de Parker Crane, place à une toute nouvelle protagoniste. Voici Gemma, une jeune maman traumatisée par sa jeunesse et souhaitant par-dessus tout éviter les mêmes souffrances à sa fille. Les choses démarrent bien, pourtant, avec une introduction efficace. Malheureusement, celle-ci grille les cartouches du scénario à une vitesse folle, pour peu que vous ayez vu ne serait-ce qu’un film de la saga. On devine la fin et l’ensemble de l’histoire à des kilomètres, malgré quelques pirouettes pour tenter de berner le spectateur. Parlons-en, tiens, de ces pirouettes ! Insidious : L’invasion du Lointain prend le fusil de Tchekhov et le casse en deux. Le nombre de nouvelles règles introduites sans aucune explication ni aucune préparation est spectaculaire. On peut être voyageur même sans pouvoir astral, simplement avec du bon matériel. Ah ? Refermer une porte rouge en ouvre forcément une nouvelle ? Depuis quand ? Et j’en passe.

Suis ma voix Dal… euh… Gem… euh… Maya

Dommage, car l’idée de voyageurs capables de faire passerelle entre le monde des vivants et celui des morts est intéressante. Passons sur le fait qu’Elise semble parfaitement au courant de cette capacité et qu’elle aura donc oublié d’en parler au cours des cinq derniers films, car les incohérences vis-à-vis du canon établi sont énormes. Parker Crane apparaît, contredisant la fin d’Insidious 2. Darth Maul, pardon, le démon des premiers films, fait une apparition éclair de moins d’une seconde (oui oui, alors qu’une affiche promotionnelle a été créée avec son visage dessus), alors qu’il est définitivement bloqué dans sa demeure après les événements de The Red Door. Bref, dézinguer la cohérence au profit du fan service, Marvel et Disney ont parfaitement démontré que cela ne gênait personne, alors pourquoi s’en priver ? Non, le souci, c’est que toutes les bonnes scènes du film ne sont pas liées à cette capacité. Pas de bol quand c’est le cœur même du film, vous en conviendrez.

On retiendra par exemple cette course-poursuite parfaitement claustrophobique dans un château de coussins ou encore la fameuse consultation dentaire, dégoûtante à souhait. Pour le reste, chaque excursion dans le Lointain est paresseuse, dénuée de toute ambition créative et artistique. Passer d’un monde angoissant et visuellement superbe à un filtre bleu sous une machine à fumée, c’est douloureux. Les oreilles ne sont pas épargnées non plus, enfin si, tant rien ne marque. Tout ceci mène à un autre constat : le film ne fait pas peur. Quelques jump scares fonctionnent, un peu, mais c’est tout. N’espérez pas non plus vous extasier sur le grand vilain, sorte de John Lennon sous sa période cheveux longs qui aurait mal tourné. Les quelques bons moments sont là, sauvés en grande partie par Elise et votre capacité à faire semblant d’être surpris par un twist de l’histoire, mais rien qui ne sauvera les spectateurs d’une profonde envie de piquer un somme. Dommage. Allez, laissez la saga dormir, maintenant.

Insidious : l’invasion du lointain – bande-annonce

Insidious : l’invasion du lointain – fiche technique

Titre original : Insidious: Out of the Further
Réalisation : Jacob Chase
Scénario : Jacob Chase, David Leslie Johnson-McGoldrick
Interprètes : Amelia Eve, Brandon Perea, Lin Shaye, Maisie Richardson-Sellers, Sam Spruell
Photographie : David Garbett
Décors : Nick Bassett
Musique : Joseph Bishara
Producteurs : Jason Blum, Oren Peli, James Wan, Leigh Whannell
Sociétés de production : Screen Gems, Stage 6 Films, Blumhouse Productions, Atomic Monster
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Sony Pictures Releasing France
Durée : 1h46
Genre : Epouvante-horreur
Date de sortie : 19 août 2026

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Dimitri Redier
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