Jean-François Richet embarque Jason Statham sur un cargo à la dérive pour venger un patron thaïlandais et sauver son honneur. Sur le papier, Mutiny sentait bon la marée sanglante en haute mer. À l’écran, on se retrouve surtout invités à une croisière étrangement tranquille, où la tempête se fait attendre.
Au jeu de la mâchoire la plus contractée du cinéma d’action contemporain, il existe deux prétendants sérieux, et Jason Statham y bat Liam Neeson à plate couture depuis longtemps. Les deux hommes ne jouent pourtant pas dans la même cour physique. Neeson compose un vieil ours fatigué, cabossé par les années, qui traîne sa carcasse jusqu’à ce qu’on le pousse à bout, et qui prouve, chaque fois, qu’il sait encore parfaitement se servir de ses crocs. Statham, lui, reste chirurgical, précis, presque trop propre dans chaque geste, sans jamais laisser transparaître l’effort. L’Irlandais a aussi eu droit à davantage de films à concept — un homme coincé dans un avion, un homme traqué dans un train, un homme livré aux loups dans la neige — quand Statham semble s’être résigné à pencher vers la série B bourrine qui met avant tout en valeur ses cascades. Et c’est aussi pour cette raison qu’on aime suivre sa trajectoire.
Statham monte à présent sa propre écurie. Punch Palace Productions, sa toute nouvelle boîte, a besoin d’un coup d’éclat pour exister ailleurs qu’en streaming, car c’est là que dormaient ses derniers films en France. Impossible de nous faire croire, d’ailleurs, qu’il se soit vraiment retiré en apiculteur (The Beekeeper), en ouvrier du bâtiment (A Working Man) ou en gardien de phare (Shelter). Sous le déguisement du moment, c’est toujours le même expert aguerri qui ressort du bois pour dérouiller les vilains qui s’en prennent aux innocents ou à sa famille. Mutiny est donc justement le bateau qu’on envoie tester les eaux du grand écran.
Tempête dans un verre d’eau de mer
Le pitch a le mérite d’être clair comme de l’eau de roche : Cole Reed, ex-policier reconverti en agent de sécurité d’un riche industriel thaïlandais, voit son patron liquidé sous ses yeux, hérite du mauvais rôle dans la machination qui suit, et se retrouve à bord d’un porte-conteneurs tenu par des mercenaires. Un homme, un bateau, des sbires tatoués avec un accent étranger en option, il y a tout pour plaire. Sauf que la formule Statham ne sort jamais des rails d’un récit aussi bancal que programmatique.
Mais il faut d’abord rendre à Richet ce qui lui appartient. Le cinéaste sait cadrer une bagarre, et les séquences du cadenas et du crochet méritent leur place du côté des armes improvisées, même si rien ne surpasse les noix de coco du Transporteur 2. Le combat final face à Roland Møller est déjà moins anecdotique que le reste, porté par un adversaire qui a au moins l’épaisseur physique du rôle. Dommage que ce pic isolé souligne surtout, par contraste, tout ce que le film n’a pas réussi à exploiter plus tôt.
Car en dehors de ces deux éclairs, Mutiny navigue à vue. Classé R par la MPA, le film retient pourtant ses coups plus souvent qu’il ne les assène, comme s’il craignait de couler sous le poids de sa propre promesse. Le cargo, décor rêvé pour un huis clos qui aurait dû transformer chaque coursive en piège, reste largement sous-exploité malgré de belles idées et une photographie correcte. On n’a jamais la sensation d’un navire vivant qui se referme sur sa proie, ni la sensation d’un héros en difficulté une seule seconde. De même, l’ouverture en flash-forward et les quelques plans de drone font davantage figure de gadgets marketing que de réelles idées de mise en scène.
Quant au scénario, on le sent évoluer sans boussole. Cousu de fil blanc, prévisible de bout en bout, il laisse en plus s’échouer sur le pont une caution féminine avec Annabelle Wallis, sans le moindre courant porteur. Sa présence ne dilue pourtant rien au premier degré viril de l’ensemble et ne fait que ralentir les courses-poursuites. On a affaire à un récit en trois actes mal répartis entre une exposition qui traîne, une traque à bord du bateau qui patine, un climax tardif et expéditif. Les 95 minutes paraissent donc plus longues qu’elles ne le sont, un comble pour un genre censé filer droit.
On pourrait se dire, pour l’excuser, que Statham n’est pas venu réinventer quoi que ce soit. Il ne l’a jamais fait, et le public ne lui en demande pas davantage. Mais Mutiny avait justement l’occasion de creuser un sillon différent. La seule vraie idée du film, l’isolement en mer, aurait mérité mieux qu’un naufrage en pilotage automatique. Priver son héros de voiture, de flingue qui traîne et de ville truffée d’issues, c’est se donner un vrai levier de tension. Encore faut-il s’en servir plutôt que le laisser dériver.
Le vrai test pour Punch Palace n’était pas de remplir une salle un soir d’août, mais de prouver que la boîte de Statham sait maintenir ses propositions à flot, et l’embarquement n’est franchement pas recommandé.
Mutiny – bande-annonce
Mutiny – fiche technique
Réalisation : Jean-François Richet
Scénario : Lindsay Michel, J. P. Davis
Interprètes : Jason Statham, Annabelle Wallis, Roland Møller
Photographie : Brendan Galvin
Montage : David Rosenbloom, Joe Rosenbloom
Décors : Russell De Rozario
Costumes : Loulou Bontemps
Musique : Marcus Trumpp
Producteurs : Marc Butan, Jason Statham
Sociétés de production : MadRiver Pictures, Punch Palace Productions
Pays de production : Royaume-Uni, États-Unis
Société de distribution France : SND Groupe M6
Durée : 1h35
Genre : Action
Date de sortie : 19 août 2026