Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, Test offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s’inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d’identité. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Documentariste engagé sur les questions d’identité et de genre, Sam McConnell a réalisé plusieurs court-métrages explorant des relations masculines complexes (Horseyboy, The Hunter, Brutal) avant de signer son premier long-métrage, Camp RicStar, qui traite de la musicothérapie auprès de personnes handicapées. Il passe ensuite à la fiction en dirigeant plusieurs épisodes de séries comiques pour la plateforme Peacock, en particulier The Wharehouse Phase et Older, Hotter, Wiser.

Avec Test, il utilise à nouveau son regard de documentariste pour filmer les corps avec un réalisme et une puissance visuelle impressionnants. C’est sa rencontre avec Brock Yurich, acteur principal, scénariste et producteur, qui est à l’origine du projet. Authentique culturiste de l’Ohio, Brock Yurich raconte ainsi sa propre histoire et exécute lui-même les scènes d’entraînement et de représentation sensationnelles de Test. Près de dix ans lui ont été nécessaires pour concrétiser ce rêve partiellement autobiographique, après avoir suivi une formation de comédien et débuté une carrière à la télévision américaine, notamment dans la série Succession.

Les muscles comme armure

Aux États-Unis, le culturisme, plus couramment appelé bodybuilding, est une discipline à la fois sportive et esthétique consistant à développer et magnifier sa masse musculaire. La discipline a été largement popularisée par Pumping Iron, un documentaire suivant la préparation d’Arnold Schwarzenegger et de son rival pour les concours de Mr. Universe et Mr. Olympia. D’autres films documentaires, tels Generation Iron, The King, et fictifs comme Teddy Bear, Stay Hungry, ou encore Bodybuilder de Roschdy Zem, président du Jury à Deauville, traitent également du culturisme.

Avec une approche plutôt novatrice, l’histoire se déroule dans l’Ohio rural. Elle suit Eddie, un culturiste amateur déterminé à décrocher sa carte professionnelle afin de devenir professionnel. Vivant sous l’influence étouffante de sa mère Joanne, une femme très religieuse, Eddie enchaîne les échecs. Dans l’espoir de progresser, il se tourne vers un nouveau coach, Mike. Ce partenariat bouleverse son existence en l’entraînant dans l’engrenage des produits dopants, tout en éveillant chez lui un désir inattendu pour son entraîneur. Déchiré entre ses ambitions, ses pulsions et son éducation conservatrice, Eddie doit apprendre à se découvrir et à s’affirmer.

Sam McConnell relate cette trajectoire sans perdre son approche documentaire. Les gros plans sur la peau tendue, les veines saillantes, la sueur qui perle sous les néons des salles de sport se succèdent avec une esthétique jouant sur la proximité charnelle, montrant le corps comme une source de douleur et de désir. Porté par ce récit éminemment personnel, Brock Yurich livre une performance spectaculaire, à la fois puissante et sensible. Il représente la musculation telle une armure permettant de cacher sa honte et sa vulnérabilité. Ce sport devient donc un véritable refuge face à la pression exercée par sa mère, toujours aimante, mais souvent oppressante. Il lui sert ainsi d’exutoire contre la tristesse, la culpabilité et l’angoisse qu’il ressent à cause de sa sexualité refoulée. Une fuite en avant qui transforme le corps musclé en une prison d’apparence parfaite.

Cette manière de filmer le corps n’est pas sans rappeler The Wrestler de Darren Aronofsky, dont Test partage le traitement presque clinique. La souffrance physique et le recours aux stéroïdes anabolisants sont en effet montrés sans détour. Dans Test, l’initiation aux produits dopants est d’ailleurs présentée comme un rite de passage sombre, mais obligatoire, pour devenir professionnel. Toutefois, le drame propose une esthétique plus travaillée, très sensuelle, avec l’usage du fond de teint qui rend la peau brune et luisante sous la lumière des projecteurs. À l’image de Whiplash, il interroge également le prix à payer pour atteindre l’excellence, et l’engagement total qu’elle exige.

En outre, Test franchit une barrière rarement dépassée dans le cinéma américain, celle de l’attirance homosexuelle au sein d’un milieu resté très puritain. Le personnage d’Eddie n’hésite pas à aller encore plus loin en finançant une partie de son rêve par une activité de cam-boy sur internet. Grâce à l’interprétation exceptionnelle de Brock Yurich et à une mise en scène aussi chirurgicale qu’artistique, Test s’impose comme une œuvre à part, montrant sans tabou ce que tout bodybuilder ou athlète peut dissimuler sous ses muscles. Un sujet en or qui devrait particulièrement plaire à Roschdy Zem et place le film en très bonne position pour un trophée à Deauville.

Ce film est présenté en compétition au Festival de Deauville 2026.

Test – bande-annonce

Test – fiche technique

Réalisation : Sam McConnell
Scénario : Brock Yurich
Interprètes : Brock Yurich, Tammy Blanchard, Mike Edward, Paloma Garcia-Lee, Matthew Morrison, Evan Hall, Heidi Lewandowski
Photographie : Ava Benjamin Shorr
Montage : Jon Higgins
Décors : Sonia Foltarz
Costumes : Rachel Stringfellow
Maquillage : Ashleigh Coartney
Musique : Ronen Landa
Chansons originales : Desmond Child
Production : Julie Christeas, Daryl Freimark, Brock Yurich
Production exécutive : Jim McCauley, Sam McConnell
Sociétés de production : Bridge Independent, Tandem Pictures
Pays de production : États-Unis
Durée : 1h51
Genre : Drame

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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