Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans The Man I Love, Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d’un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d’émotion pour pleinement s’affirmer.

Après Frankie, porté par une Isabelle Huppert en comédienne gravement malade, Ira Sachs traite à nouveau de l’élan vital d’un artiste au seuil de la mort. Mais cette fois, il s’est inspiré de son expérience de jeunesse, vécue dans le New-York des années 1980, au moment où le sida se répand comme une traînée de poudre au sein de son entourage. Dans The Man I Love, le réalisateur américain s’appuie sur Rami Malek pour incarner une icône du théâtre new-yorkais condamné par ce fléau grandissant. Une opportunité de rendre hommage aux victimes tout en célébrant la vie. Le film a été sélectionné en Compétition au Festival de Cannes.

Le chant du cygne

Jimmy George, célèbre figure de Downtown souffrant du sida, vient tout juste d’échapper à la mort. Après une longue hospitalisation, il retrouve son compagnon, Dennis, et sa sœur, Brenda. Pleinement conscient du temps limité qu’il lui reste, Jimmy fait tout pour se sentir vivant. Il travaille sur sa prochaine pièce, une version drag queen de Carmen, multiplie les dîners entre amis, chante, danse et entame une nouvelle liaison avec Vincent. Il adresse également une vidéo à ses parents, dans l’espoir de laisser une trace dans ce monde. Malgré le spectre de la mort, The Man I Love honore ceux qui choisissent la vie. Sa structure s’inspire du Van Gogh de Maurice Pialat, qui retraçait les quatre derniers mois du peintre. Dans le même esprit, Ira Sachs présente l’art comme un moyen de survie. Aussi, lorsque Jimmy chante « Look What They’ve done to my Song, Ma », il clame devant tous qu’il existe toujours, malgré les bouleversements quotidiens.

Atteint du sida, Jimmy doit en effet faire face à des symptômes de plus en plus handicapants. Des migraines, des pertes de mémoire, jusqu’à des moments de démence. Pour autant, le nom de cette maladie à la fois omniprésente et invisible n’est jamais cité. Le mal se révèle par l’état de Jimmy, la préparation des médicaments, ou encore les « précautions » indispensables à prendre. Vincent, fraîchement arrivé d’Angleterre, apparaît comme un nouveau venu un peu naïf dans cet environnement. En dépit des risques, dont il n’a pas pleinement conscience, seul son amour pour Jimmy l’anime. The Man I Love alterne les points de vue de Dennis, Vincent et Jimmy, qui forment ensemble un trio amoureux dysfonctionnel. Pour autant, aucun de ces hommes n’a vraiment le temps d’exister ou d’évoluer dans cette courte variation musicale d’une heure trente. La galerie de personnages secondaires peine encore plus à émerger, qu’il s’agisse de Brenda, réduite à son inquiétude pour son frère et à une scène de chant, ou des membres de la troupe de théâtre.

Ces protagonistes semblent finalement presque accessoires par rapport au désir d’Ira Sachs de traduire l’atmosphère d’une époque, à la fois menaçante et très créative. En multipliant les scènes du quotidien, étirées pour exprimer l’envie qu’elles ne finissent jamais, le réalisateur américain ne parvient guère à captiver. En outre, si la décision de ne pas montrer la dégradation de la santé de Jimmy s’explique aisément par le message de vie véhiculé par le film, elle restreint drastiquement les enjeux dramatiques. On peine d’ailleurs à ressentir de l’empathie pour cette icône du théâtre en sursis, qui suscite une fascination assez inexplicable malgré la souffrance affective qu’il impose à ses compagnons. Bien qu’il adresse à tous une éloge de l’existence, The Man I Love n’avait pas vraiment sa place au sein de la Compétition cannoise. Il fait bien pâle figure aux côtés d’autres films sur le sida qui y ont déjà été présentés, comme 120 battements par minute de Robin Campillo et Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré.

Ce film est présenté en avant-première au Festival de Deauville 2026.

The Man I Love – fiche technique

Réalisation : Ira Sachs
Scénario : Ira Sachs, Mauricio Zacharias
Interprètes : Rami Malek, Rebecca Hall, Ebon Moss-Bachrach
Photographie : Josée Deshaies
Décors : Tommy Love
Son : Paul Hsu
Montage : Affonso Gonçalves
Producteurs : Saïd Ben Saïd, Misook Dolittle, Scott McGehee, Myriam Schroeter, David Siegel, Mike Spreter
Société de production : Big Creek Projects
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Memento Distribution
Durée : 1h36
Genre : Drame
Date de sortie : 27 janvier 2027

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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