Julien Gaspar-Oliveri, après la réussite de la mini-série Ceux qui rougissent, signe La Frappe, un film intime sur les séquelles de l’inceste. Entre gros plans sur des corps mutiques et récit par bifurcations, le cinéaste capte la rage sourde des non-dits familiaux. Mais ce parti pris esthétique, aussi sensible soit-il, confine parfois à l’ennui.
Dans un film désarçonnant et taciturne, plein de la rage contenue des violences et non-dits intra-familiaux, Julien Gaspar-Oliveri déploie un récit noueux et sensible qui n’échappe pourtant pas à l’ennui. La Frappe est un film malaisé à cerner. Ni véritable réquisitoire, ni vraiment film social ou familial, Julien Gaspar-Oliveri – auteur de la très réussie et incandescente mini-série Ceux qui rougissent – se tient à quelques millimètres de la peau de ses acteurs principaux, les filmant le plus souvent en gros plan (visage impassible et têtu), caméra à l’épaule.
Corps mutiques et bifurcations
Enzo a subi enfant, avec sa sœur Carla, des abus de la part de leur père (Bastien Bouillon, indéchiffrable), fraudeur ou escroc à la petite semaine. Ce fils va pourtant le chercher à sa sortie de prison pour lui donner la possibilité de travailler avec lui sur les marchés. Enzo, en dépit de son air buté, est un tendre et veut se réconcilier avec ce père défaillant, retisser le lien.
Commence alors un récit qui procède par bifurcations, s’attardant sur des scènes de grandes tablées entre amis d’Enzo et de sa copine Roxane, dérivant de son sujet tout comme le personnage du père incestueux semble dériver de lui-même. L’ensemble possède une certaine aura cassavétienne, mais il manque une inscription plus acérée dans son sujet, une densité historique des personnages. Le cinéaste ne travaille jamais les causes qui ont produit ce père (et cela même si c’eût été sans doute plus banal et frustre) ; il s’intéresse aux effets sur le corps d’un garçon victime et à la manière dont cela déplace son rapport au monde. En ce sens, La Frappe propose une forme cohérente et ténue : traiter l’inceste comme il se passe dans le fait social, le fait d’époque. Et précisément, il passe souvent inaperçu, bat les corps, les frappe sans mots. Sans mots pour dire l’annihilation subie, l’hébétude, l’incompréhension. Le personnage d’Enzo hérite de ces corps sociaux blessés mais incapables de (se) dire.
La Frappe, sans être explicatif ni même incisif, ne cherche pas à fouiller le passé de cet homme abuseur, ni à l’excuser, pas plus qu’à l’incriminer. C’est tout à la fois la force fragile et les limites du scénario. Autant dans sa mini-série Julien Gaspar-Oliveri prenait les cours de théâtre à rebrousse-poil en incarnant lui-même ce professeur aux méthodes subversives exigeant de chacun un engagement du corps entier, autant ici le corps est toujours là – c’est lui qui est filmé – mais manquent les mots ou un point de vue plus tranché qui arrime le spectateur à ce qu’il voit.
Toute la fin de La Frappe, à cet égard, est plus convaincante, bordant le film d’un retour au réel judiciaire et l’inscrivant plus nettement dans une narration prenante.
La Frappe : Bande-annonce
🎬 La Frappe – fiche technique
Réalisation : Julien Gaspar-Oliveri
Scénario : Julien Gaspar-Oliveri, Claudia Bottino (collaboration : Dorothée Lachaud)
Interprètes : Diego Murgia (Enzo), Bastien Bouillon (Anthony), Romane Fringeli (Carla), Héloïse Volle (Roxane), Sophie Cattani (Nicole), Karol Olejnik (Marek), Maxence Bendjelloun (Sébastien), Florence Janas (Paola), Carole Franck (Présidente), Manon Clavel (Caro), Lina Camélia Lumbroso (Laura), Giacomo Fadda (Mari de Caro)
1er assistant réalisateur : Sacha Biton
Scripte : Noëllie Maugard
Coordinatrice d’intimité : Nelly Antignac
Régisseur général : Pascal Bonnefois
Directrice de casting : Stéphanie Doncker
Direction de la photographie : Martin Rit
Cheffe électricienne : Nafsika Koskinas
Chef machiniste : Clément Hervouet
Chef opérateur du son : Lucas Héberlé
Cheffe costumière : Floriane Gaudin
Cheffe décoratrice : Léa Cammarata
Montage image : Baptiste Petit-Gats
Mixage : Matthieu Deniau
Montage son (ambiances) : Colin Favre-Bulle
Montage paroles : Lucas Héberlé
Étalonnage : Martin Rit
Musique : Delphine Malausséna
Production : Marc-Benoît Créancier
Directrice de production : Anne-Claire Créancier
Sociétés de production : Easy Tiger
Distributeur France : Ad Vitam
Ventes internationales : Charades
Pays de production : France
Durée : 1h46
Genre : Drame
Date de sortie : 2 septembre 2026