The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Le nouveau film de Ridley Scott confirme bien une chose : il tourne trop et de manière bien trop rapide. Comme si l’octogénaire avait peur de la mort et de ne pas pouvoir offrir toutes les œuvres qu’il souhaite avant son trépas. Sauf que souvent le trop est l’ennemi du bien et que sa filmographie est un véritable grand huit, entre chefs-d’œuvre, bons films, déceptions, films mineurs et, parfois, de grosses déconvenues. Et on peut affirmer que depuis quelques années, il n’est pas au top de sa forme niveau qualité.

Cinéaste versatile s’essayant à tous les styles et les genres, il s’accapare celui devenu ultra balisé du film de survie post-apocalyptique. Le problème est qu’avec The Dog Stars, il n’y apporte strictement rien de nouveau, offrant un déroulement et des péripéties balisées. Mais la force de son excellent casting, d’une mise en scène aux petits oignons, d’un récit au rythme soutenu fondu au sein des beaux paysages du Colorado font que l’on passe un bon moment. C’est confectionné avec métier et toujours captivant à défaut de renouveler un genre fatigué. Rien de fou donc, mais rien de déshonorant non plus, bien au contraire.

Synopsis : Dans un futur proche où une pandémie sans nom a décimé la société américaine, Hig, un pilote vit sur une base aérienne abandonnée du Colorado avec son chien et un ex-marine. Lorsqu’une transmission aléatoire passe par la radio de son Cessna 1956, la voix fait naître au plus profond du pilote l’espoir qu’une vie meilleure existe en dehors de leur périmètre étroitement contrôlé…

Il est quand même impressionnant de voir la forme que tient le grand Ridley Scott. Il est fort probable que ce soit le cinéaste en activité le plus prolifique ayant un tel âge. Le monsieur a tout de même près de quatre-vingt-dix ans. Hormis le nonagénaire Clint Eastwood, dont on n’entend plus parler depuis deux ou trois ans, il n’y a que peu de comparaison. Mais forcément, avec ces réalisateurs qui tournent beaucoup comme Steven Soderbergh, Woody Allen ou encore François Ozon en France, il y a des périodes moins satisfaisantes et des œuvres moins bonnes que d’autres. On ne peut pas gagner à tous les coups (ou presque) comme le font des Nolan, Malick ou des Tarantino avec un film tous les quatre/cinq ans voire tous les dix ans.

En ce moment – et depuis une grosse décennie – on peut dire que Sir Ridley est dans le creux de la vague. En effet, depuis Tout l’argent du monde en 2017, il a enchaîné de grosses productions décevantes (les suites de Prometheus et de Gladiator), les œuvres ratées comme Napoléon ou des films mineurs à défaut d’être insignifiants comme ici. Seul Le Dernier Duel était vraiment bon mais c’est peut-être aussi son plus gros bide récent en salles. Malgré tout – et c’est le cas ici – même une œuvre moins marquante du cinéaste demeure hautement regardable. C’est d’ailleurs parfois dans ses films plus intimistes que l’on s’avère le plus contenté, un peu comme Les Associés ou Cartel. Attention, on reste tout de même sur un budget à 100 millions de dollars avec un casting all stars, mais The Dog Stars est plus intimiste dans la tonalité générale et les ambitions pourrait-on avancer.

Scott est un cinéaste versatile qui aime à voguer d’un genre à l’autre. D’ailleurs, il est passé par presque tous les genres sauf peut-être la comédie musicale, l’épouvante et surtout le drame pur. Ici, il revient à la hard science-fiction comme on l’appelle, celle plausible et aux contours proches comme Seul sur Mars. Et c’est dans son versant post-apocalyptique que son intrigue se coule, une première pour le réalisateur britannique. En adaptant le roman de Peter Heller, il convoque une intrigue dans un contexte de fin du monde post-pandémique qui va mêler le film de survie, le néo-western, le film d’aventures et une pointe de drame et de romantisme. Tout cela est catalysé dans un récit fluide et captivant de bout en bout où l’on ne voit pas les deux heures passer.

Scott, comme toujours, s’appuie sur un casting de goût. Et le quintet de bons comédiens présents ici est d’une perfection indéniable. Il a choisi pour le rôle principal l’un des nouveaux sex-symbols d’Hollywood aux côtés de Timothée Chalamet ou d’Austin Butler en la personne de Jacob Elordi, potentiel futur James Bond. Et l’acteur découvert dans l’immense série Euphoria est impeccable, son charisme naturel faisant le reste. Les vieux briscards que sont les toujours parfaits Josh Brolin et Guy Pearce font le travail avec application et la charmante Margaret Qualley, nouvelle icône féminine depuis The Substance, apporte un zeste de douceur au récit. N’oublions pas l’incroyable Allison Janney dans un nouveau second rôle complètement azimuté comme elle les affectionne de manière tout à fait réjouissante.

Les différentes strates de l’histoire se marient bien et on passe de l’une à l’autre avec aisance. Si le début est plus contemplatif, il nous permet doucement de saisir le contexte et d’apprécier les magnifiques paysages du Colorado. Les décors de fin du monde mis en branle pour l’occasion sont incroyables et ultra réalistes et, à ce niveau, le budget se ressent. On n’est pas dans une série B du genre fauchée. Puis, vient une partie plus sentimentale avant que débarque l’action teintée d’horreur, rappelant les films de zombies ou de vikings. Les différentes tribus rencontrées par les protagonistes sont variées et divertissantes, même si trop peu approfondies. Notre passage favori du genre reviendra à cette micro-société totalitaire et cannibale recréée par le personnage complètement taré de Darlene joué par Janney. Mais, encore une fois, il y a un goût de trop peu.

Lors de ces passages plus mouvementés, la science du métier de Ridley Scott se fait sentir. Chaque assaut, attaque ou course-poursuite possède sa notion du cadre, du rythme et de la tension parfaitement distillée. Même ses plans d’ensemble sont amples, bien répartis et durent comme il le faut. Il y a un discours sur la dichotomie entre résilience et espoir qui est esquissé mais il est certain qu’on est dans un pur film de divertissement et pas dans une œuvre à thèse. Ce qui est dommage, c’est que The Dog Stars investit un sous-genre mais qu’il ne tente jamais de le renouveler. En effet, rien ici qui n’ait jamais été vu ou qui nous surprenne totalement. Voilà donc un film efficace et réalisé avec métier mais on peut avancer qu’on en attendait plus de la part du cinéaste. Ne boudons cependant pas notre plaisir, c’est qualitatif à défaut d’être renversant et innovant.

The Dog Stars – bande-annonce

The Dog Stars – fiche technique

Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Mark L. Smith, adapté du best-seller de Peter Heller La constellation du chien
Interprètes : Jacob Elordi, Josh Brolin, Margaret Qualley, Guy Pearce, Benedict Wong, Allison Janney
Photographie : Erik Messerschmidt
Montage : Sam Restivo, Claire Simpson
Décors : Chris Seagers
Costumes : Janty Yates
Musique : Harry Gregson-Williams
Producteurs : Ridley Scott, Michael Pruss, Mark L. Smith, Cliff Roberts
Producteurs délégués : Lily Brooks-Dalton, Peter Heller, Brandon Scott Smith, Aidan Elliott
Sociétés de production : Scott Free Productions, 20th Century Studios
Pays de production : États-Unis, Royaume-Uni
Société de distribution France : The Walt Disney Company France
Durée : 1h59
Genre : Thriller, Science-fiction
Date de sortie : 26 août 2026

3.5

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