L’Étrange Festival 2026 : Ithaqua, le dieu de la famine ressuscite la Hammer

Présenté en compétition internationale de l’Étrange Festival, Ithaqua signe le retour de la Hammer Films sur le terrain du film de monstre, à travers le folklore du wendigo et la figure lovecraftienne d’Ithaqua. Un souffle bienvenu pour le studio britannique, malgré quelques errances de rythme.

Le dégel aura eu raison de la Hammer. Depuis des décennies, la maison emblématique des monstres peine à retrouver son lustre d’antan, entre les tentatives inégales de La Dame en noir et les récents The Lodge et Docteur Jekyll. Avec Ithaqua, elle prouve qu’elle peut encore faire naître un frisson neuf. Sa genèse elle-même a des airs de conte, car après des années d’obstination, Casey Walker reçoit un chèque de trois millions de dollars un lendemain de Noël de la part du distributeur, pour enfin donner vie à son imaginaire. Et on sent à l’écran cette foi presque miraculeuses, un projet de dernière chance où on y a mis tout son cœur.

Le film puise sa matière dans le wendigo, figure folklorique authentiquement algonquine, et la fusionne avec Ithaqua, une entité plus cosmique et héritée de la lignée lovecraftienne. Le résultat n’est pas une simple adaptation, mais un geste de synthèse. On fait face à une créature-dieu de la mort qui se répand moins par ses griffes et ses crocs que par la faim et la peur. L’approche, résolument conceptuelle, est une réussite. Ithaqua se manifeste peu physiquement, Walker préférant infuser le récit d’une terreur psychologique diffuse plutôt que de céder au spectacle frontal que son budget ne lui permettait pas. Le monstre n’est donc pas qu’une menace extérieure qui vient chasser ses proies, mais la conséquence spirituelle d’un acte commis par les hommes eux-mêmes, la cupidité et le cannibalisme faisant office d’appel silencieux vers la damnation.

La faim des hommes

Tourné en Ontario dans des conditions extrêmes (jusqu’à -54°C la nuit), Ithaqua transforme cette souffrance réelle en matière de cinéma. La photographie capte cette immensité blanche où chaque pas dans la neige devient une épreuve, où l’avant-poste colonial du XIXe siècle n’a ni or ni fortune à offrir via le commerce de fourrure, seulement de la neige et des sapins à perte de vue, aussi gelés que le cœur du personnage de Michael Pitt, qui dirige le camp dans l’effroi et la folie.

La première partie s’attarde longuement sur cette reconstitution historique et sur les traumas de l’américain Cole Franklin (Luke Hemsworth), mercenaire égoïste et anti-héros assumé, un choix qui nourrit l’atmosphère, mais qui dilate aussi le récit et retardant l’éveil du fantastique. C’est là que le bât blesse. Le film peine à marier son horreur mythologique à son survival à la sauce western, et ce démarrage étiré accentue le manque d’investissement émotionnel de certains personnages. Une scène où un trappeur manque de se noyer, en ouverture, aurait mérité ce frisson glacial immédiat qui tarde à s’installer. Le Territoire des loups de Joe Carnahan dompte beaucoup mieux cette sensation, mais en restant uniquement au seuil du film de survie. Heureusement, le trio formé par Cole, le soldat britannique incarné par un Kevin Durand (Abigail, Wedding Nightmare 2), qui brille à chaque apparition, et Craig Lauzon en joyeux déconneur du groupe, trouve une belle alchimie par instants. C’est nettement plus anecdotique du côté de Leenah Robinson, incarnant une autochtone à la croisée des cultures, qui peine à exister dans ce huis clos masculin où la virilité se fracasse contre sa propre folie des grandeurs.

Cette alchimie, le film la doit aussi à ce qui l’entoure. Les effets pratiques offrent une profondeur fantastique qui colle à l’hostilité du décor, avec une généreuse dose d’hémoglobine qui tache la neige et les bois de l’avant-poste. Les mises à mort dans cette veine d’époque ne peuvent que séduire. Mais malgré ses déséquilibres d’écriture, Ithaqua tient là la meilleure représentation du wendigo depuis le drame horrifique de Larry Fessenden en 2001 et l’adaptation vidéoludique d’Until Dawn.

Ithaqua n’a pas à démériter face à son ambition. Le scénario s’étire, l’écriture reste parfois sommaire, mais l’ombre de la Hammer survit un peu plus grâce à ce « loup » glissé dans la bergerie coloniale. Espérons que d’autres œuvres aussi téméraires suivront, pour rendre aux monstres leur statut intemporel.

Ce film est présenté en compétition internationale à l’Étrange Festival 2026.

Ithaqua – fiche technique

Réalisation : Casey Walker
Scénario : Pascal Trottier, Peter Scott Vicaire, Casey Walker
Interprètes : Luke Hemsworth, Kevin Durand, Michael Pitt, Craig Lauzon, Leenah Robinson
Photographie : Bryn McCashin
Montage : James Vandewater
Musique : Blitz//Berlin
Production : Andrew Bronfman, Jason Ross Jallet, Peter Scott Vicaire, Casey Walker
Société de production : Hammer Films
Pays de production : Canada
Durée : 1h42
Genre : Horreur

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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