Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, Mouse déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Partenaires dans leur vie personnelle et créative, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson ont déjà réalisé plusieurs films ensemble. Leur premier long-métrage, Saint Frances, s’attachait à la relation singulière nouée entre Bridget, une femme de 34 ans venant d’avorter, et Frances, une petite fille incroyablement dynamique. Une histoire d’amitié surprenante qui permet à ses personnages de grandir et traite de la maternité avec beaucoup de douceur. Après Ghostlight, un autre drame familial, le couple de metteurs en scène propose une nouvelle œuvre centrée sur les liens forgés dans la douleur entre une adulte et une enfant. Avec Mouse, ils signent un film attachant, rayonnant et mélancolique, qui a toutes les chances d’obtenir une distinction à Deauville.

Apprendre à exister

En 2002, Minnie, une lycéenne discrète et réservée, vit dans l’ombre de sa meilleure amie, Callie, une jeune fille talentueuse et très populaire. Lorsque Callie meurt soudainement lors d’un accident de voiture, Minnie, privée de son seul repère, doit apprendre à surmonter son deuil et trouver sa place. Elle développe alors une relation complexe, touchante et ambiguë avec la mère de Callie, Helen, que tout le monde évite.

Si Mouse traite du deuil, c’est avant tout un film sur la quête de soi d’une jeune fille isolée. En effet, Minnie entretient une relation distante et gênée avec sa mère, Barbara, dont elle a souvent honte. Pour cause, chez elle, l’espace est envahi d’animaux recueillis. Barbara ne réchauffe que des plats surgelés et semble consacrer plus d’attention à ses bêtes, ainsi qu’à un bébé qu’elle a également pris sous son aile, qu’à sa propre fille, à l’image de la figure maternelle totalement distante de Lady Bird. N’ayant personne à qui se confier, Minnie se tourne alors, presque malgré elle, vers Helen, comme si seul le deuil de l’une pouvait répondre à la solitude de l’autre. En parallèle, Minnie fait la connaissance de Kat, qui comble peu à peu une partie du vide laissé par Callie.

Cet équilibre relationnel délicat repose avant tout sur la grande justesse de son duo d’actrices. Déjà aperçue dans Ghostlight, Katherine Mallen Kupferer prête à Minnie une timidité touchante et une souffrance tout en retenue. Face à elle, Sophie Okonedo, nommée aux Oscars pour Hôtel Rwanda et connue pour son rôle dans la série La Roue du Temps, est tout aussi éblouissante en mère endeuillée, oscillant entre fragilité et une forme de dignité farouche.

Cette alchimie entre les actrices n’aurait cependant pas la même force sans la mise en scène de Kelly O’Sullivan et Alex Thompson, qui restituent avec précision et nostalgie l’atmosphère du début des années 2000. Le choix de cette période n’a rien d’un hasard. Il vise au contraire à transcrire une époque où le deuil ne se mettait pas encore en scène sur les réseaux sociaux et où la douleur passait par des paroles et des actes bien réels. Ce traitement permet à Mouse de faire écho aux films de cette génération, comme en témoigne l’obsession partagée par les personnages pour le film Will Hunting.

Avec beaucoup d’intelligence, le scénario évite les clichés et le pathos trop appuyé pour composer une œuvre à la tonalité douce-amère, où émotion, légèreté et humour s’entremêlent. En sondant avec autant de justesse la psychologie des jeunes filles en quête de repères, le drame rappelle Janet Planet d’Annie Baker. L’histoire comporte aussi des similitudes avec Close. Comme dans le film de Lukas Dhont, un adolescent introverti qui vient de perdre brutalement un ami affronte le deuil aux côtés de la mère du défunt. Toutefois, Mouse conserve une approche résolument plus lumineuse et optimiste. Au terme de ce voyage sensible entre deuil, amitié et parentalité, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson offrent sans doute leur film le plus abouti. Reste à savoir si le jury de Deauville, présidé par Roschdy Zem, saura récompenser à sa juste valeur cette œuvre aussi pudique que bouleversante.

Ce film est présenté en compétition au Festival de Deauville 2026.

Mouse – fiche technique

Réalisation : Kelly O’Sullivan, Alex Thompson
Scénario : Kelly O’Sullivan
Interprètes : Sophie Okonedo (Helen Bell), Katherine Mallen Kupferer (Minnie Dunn), Chloe Coleman (Callie Bell), Tara Mallen (Barbara Dunn), Iman Vellani (Kat), David Hyde Pierce (Mr. Murdaugh)
Photographie : Nate Hurtsellers, Luke Dyra
Montage : Michael S. Smith
Décors : Linda Lee
Costumes : Meg Grace
Maquillage : Meagan Zimmerman
Musique : Hamilton Leithauser
Sound Design : Tom Myers
Production : Chelsea Krant, Alex Thompson, Pierce Cravens, Abigail Rose Solomon, Alex Wilson, Bonnie Comley, Ian Keiser, Steven A. Jones, Stewart F. Lane
Sociétés de production : Little Engine, Metropolitan Entertainment, Rosalind Productions, Runaway Train
Pays de production : États-Unis
Durée : 2h
Genre : Drame

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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