Deauville 2026 : Les Contrebandiers, l’or noir de la Grande Dépression

Présenté en ouverture du Festival de Deauville, Les Contrebandiers propose une immersion profonde dans les forêts de l’Oregon lors de la Grande Dépression. Un film de survie âpre et tendu, qui convoque les grands classiques des années 1970. Porté par l’interprétation très physique d’Ethan Hawke, il compose un divertissement d’une efficacité redoutable, sans échapper à quelques clichés.

Padraic McKinley a débuté sa carrière comme monteur pour le cinéma et la télévision. Il a notamment travaillé sur Joker et Orgueil et Préjugés et Zombies. Pour son premier long-métrage, le réalisateur a fait appel à Ethan Hawke, avec lequel il avait déjà collaboré sur la série The Good Lord Bird, pour s’approprier un récit de contrebandiers directement inspiré des vieux drames d’aventure. Le résultat, assez convainquant, nous invite à une expédition de tous les périls auprès de prisonniers infortunés en quête d’une échappatoire.

La marche vers la liberté

L’intrigue des Contrebandiers se situe en 1933, au cœur d’un Oregon meurtri par la crise économique. Après la mort de son épouse, Samuel Murphy est arrêté et séparé de sa petite fille, Penny, envoyée dans un orphelinat. Afin d’obtenir une remise de peine, il se rend dans un camp de construction et travaille sous le joug d’une discipline implacable. Alors qu’il perd tout espoir de retrouver son enfant, qui doit être placée à l’adoption d’ici un mois, un policier corrompu lui fait une offre aussi dangereuse que séduisante, recouvrer sa liberté en échange de l’accomplissement d’une mission à haut risque, le transport illégal d’une cargaison d’or.

Cette histoire évoque un contexte historique bien réel. En effet, le président Franklin D. Roosevelt a signé en avril 1933 l’Executive Order 6102, qui interdit à tout particulier ou entreprise de thésauriser de l’or sur le sol américain. Les citoyens sont alors contraints de remettre leurs pièces et lingots d’or aux banques fédérales, sous peine de lourdes amendes et d’emprisonnement. Une politique contestée qui vise à renflouer les réserves d’or de l’État dans le but de stabiliser le système bancaire. C’est dans ce climat de suspicion généralisée autour de la détention d’or que s’ancre Les Contrebandiers. Les packages ainsi remplis de métal précieux deviennent un poids dont l’acheminement à bon port conditionne la vie des protagonistes.

Au cœur de cette traversée forestière hasardeuse, Ethan Hawke (Bienvenue à Gattaca, Sur le chemin de la rédemption, Blue Moon) incarne avec une puissance brute ce père brisé, prêt à tout pour retrouver sa fille et caractérisé par sa grande débrouillardise. Capable de réparer n’importe quel véhicule comme de déplacer des rochers, Murphy use d’une intelligence pratique et d’un sens de l’adaptation particulièrement salvateurs. Cette ingéniosité permanente en fait un héros aussi attachant que fragile, car plutôt « vieux » comme on l’appelle, face aux épreuves qui se présentent sur sa route.

Dans sa manière de filmer l’affrontement entre l’homme et une nature indomptable, Les Contrebandiers assume clairement sa filiation avec des classiques du genre comme Le Convoi de la peur ou Délivrance. Un périple qui rappelle aussi l’adversité de The Revenant, bien que l’hostilité de la nature apparaisse beaucoup moins écrasante. Car ici, Murphy affronte moins les éléments que la duplicité de ses propres semblables.

Grâce à son atmosphère oppressante et quelques séquences très réussies, le film se révèle divertissant. La photographie, portée par des décors naturels somptueux, contribue largement à l’immersion, même si les paysages emblématiques de l’Oregon correspondent en réalité à ceux de la Bavière. Cependant, l’histoire reste malheureusement plutôt prévisible, réduisant presque à peau de chagrin le suspense et l’intensité dramatique. Le bât blesse également sur l’écriture de plusieurs personnages. Les compagnons de route de Murphy demeurent ainsi des archétypes un peu trop convenus et l’antagoniste, Clancy, interprété par un Russell Crowe impeccable, aurait mérité plus de développements et de nuances. Padraic McKinley n’a donc pas exploité le filon d’un scénario vraiment inédit, mais il signe un divertissement qui, sans être en or massif, vaut largement le voyage.

Les Contrebandiers est présenté en avant-première au Festival de Deauville 2026.

Les Contrebandiers – bande-annonce

Les Contrebandiers – fiche technique

Titre original : The Weight
Réalisation : Padraic McKinley
Scénario : Shelby Gaines, Matthew Chapman, Matthew Booi (d’après une idée originale de Matthew Booi et Leo Scherman)
Interprètes : Ethan Hawke, Russell Crowe, Julia Jones, Austin Amelio, Avi Nash, Lucas Lynggaad Tonnesen
Photographie : Matteo Cocco
Montage : Padraic McKinley, Matthew Woolley
Décors : Cora Pratz
Costumes : Esther Walz
Musique : Shelby Gaines
Production : Nathan Fields, Simon Fields, Ryan Hawke, Jonas Katzenstein, Maximilian Leo
Sociétés de production : Fields Entertainment, Under The Influence, Augenschein Filmproduktion
Pays de production : États-Unis, Allemagne, Canada
Société de distribution France : SND
Durée : 1h52
Genre : Thriller, Historique
Date de sortie : 16 septembre 2026

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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