Deauville 2026 : Django Unchained – Once upon a Time (in) America

Pour célébrer les 250 ans de l’indépendance des États-Unis, le Festival de Deauville propose cette année une rétrospective inédite de 15 films dans la sélection « Once upon a Time (in) America ». De La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin à Here de Robert Zemeckis, il nous invite à un voyage dans l’histoire du cinéma et d’un pays bâti sur la liberté, la conquête, mais aussi la violence et la ségrégation. Django Unchained, le premier western de Quentin Tarantino, témoigne ainsi du passé esclavagiste américain à travers un récit de vengeance à la fois brutal, émouvant et jubilatoire.

Quentin Tarantino n’a jamais caché son amour pour les westerns spaghetti, qu’il regardait enfant sur de vieux VHS. Les deux volumes de Kill Bill, ressortis cet été sous le format d’un seul film en version longue, Kill Bill : The Whole Bloody Affair, révélaient aussi le désir du cinéaste de tourner un western. Avec Django Unchained, Quentin Tarantino concrétise ce rêve et rend un brillant hommage au genre, tout en cassant les codes pour nous servir un plat assaisonné à sa propre sauce. Comme dans Inglorious Basterds, il ne craint pas de s’émanciper de la réalité. Ce décalage, qui se retrouve dans le récit, les personnages et les dialogues, a contribué à rendre cette œuvre totalement culte.

Le dentiste qui arrachait les chaînes

Sud des États-Unis, en l’an 1858, Django, un esclave rebelle, est affranchi par le docteur King Schultz, un dentiste reconverti en chasseur de primes. Les deux hommes scellent aussitôt un pacte. Si Django permet à Schultz d’identifier trois frères recherchés morts ou vifs, qu’il est le seul à connaître de vue, il pourra devenir son associé. Devenus frères d’arme, Django et King nouent une véritable complicité. Aussi, lorsque Django explique qu’il a été séparé de sa femme, Broomhilda, également esclave, le docteur, touché par cette histoire, décide de l’aider à la retrouver. Malgré son titre, Django Unchained n’est pas le remake du Django de Sergio Corbucci. Quentin Tarantino y rend cependant hommage grâce au prénom de son héros et à l’incursion de son acteur, Franco Nero.

La partition du film se divise en deux mouvements. Le premier se présente comme une jeu de chasse à travers les États du Sud et scelle le lien entre les personnages. C’est un temps d’apprentissage, de complicité, avec un ton léger et humoristique. Le second bascule dans un huis clos étouffant, au sein des intérieurs feutrés du domaine de Calvin Candie, où la pression monte progressivement. Comme dans Reservoir Dogs et Les Huit salopards, la réunion de protagonistes qui se trompent et se manipulent tourne mal. Et une simple demande de poignée de main, devenue une scène culte du cinéma de Tarantino, provoque un vrai carnage. Car chez Tarantino, ce sont d’abord les dialogues qui marquent. Dans Django Unchained, chaque échange est ainsi ciselé, percutant, parfois allongé, mais jamais ennuyeux. Le cinéaste démontre qu’il sait faire durer une scène jusqu’à l’insoutenable sans perdre la tension. Cette écriture donne au film son rythme si particulier, entre western et comédie noire.

Ce traitement propre au réalisateur passe par des anachronismes totalement assumés. Qu’il s’agisse du fameux « motherfucker » de Stephen, une insulte qui détonne pour l’époque, des lunettes de soleil de Django, conférant à l’esclave une allure moderne et originale, ou encore de la dynamite, qui n’existait pas en 1858, Quentin Tarantino s’émancipe de la réalité. Un moyen de se libérer du poids du passé et de proposer une œuvre de cinéma à part entière, qui se nourrit de l’Histoire sans s’y soumettre. C’est d’ailleurs ce refus du réalisme strict qui confère au film sa dimension de fable vengeresse proche du mythe. De fait, Django Unchained est aussi un récit de délivrance, celui d’un homme parti chercher sa femme, en écho au mythe germanique de Siegfried délivrant Brünnhilde. Cette dimension mythologique, assumée jusque dans le nom de l’épouse de Django, apporte une émotion bienvenue à une œuvre au demeurant brutale et violente.

Sous ses atours de western spectaculaire, le film délivre un message poignant en dénonçant l’esclavage. Dans toutes les propriétés, les Noirs sont en effet enchaînés, contraints à travailler et à satisfaire tous les désirs de leurs maîtres, jusqu’à s’affronter à mort dans des duels de mandingues, offerts en divertissement aux invités. Quentin Tarantino ridiculise également la suprématie blanche à travers une satire explicite du Ku Klux Klan, lorsque des hommes engoncés dans des cagoules mal taillées n’y voient presque rien. Pour autant, le réalisateur a l’intelligence de ne pas cautionner une opposition simpliste entre gentils et méchants selon la couleur de peau. Les Noirs ne sont pas tous des victimes, comme en témoigne le personnage de Stephen, le bras droit de Calvin Candie, qui illustre comment le système esclavagiste corrompt ses propres victimes. А̀ l’inverse, les Blancs ne sont pas tous des bourreaux. Le docteur Schultz, malgré l’atrocité de sa nouvelle activité, se révèle un homme relativement désintéressé et digne de compassion.

Tous ces protagonistes sont portés par des interprétations exceptionnelles. Jamie Foxx incarne avec panache un Django qui gagne en assurance et en excentricité. Christoph Waltz, en chasseur de primes facétieux au langage soutenu, apporte une élégance et une ironie constantes qui équilibrent la dureté du récit. Face à eux, Leonardo Di Caprio compose sans doute son meilleur rôle d’antagoniste avec Calvin Candie, un riche propriétaire de plantation autoritaire et monstrueux. Fort de ces acteurs époustouflants, de son écriture aussi mordante que maîtrisée, et de sa bande originale sensationnelle, Django Unchained confirme que Tarantino peut s’emparer d’un genre entier, le détourner, puis en faire un objet à la fois réjouissant et politique. Avec ce western cruel d’une générosité folle, il fait mouche avec beaucoup de cran.

Django Unchained – Bande-annonce

Django Unchained – fiche technique

Réalisation : Quentin Tarantino
Scénario : Quentin Tarantino
Interprètes : Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo Di Caprio, Kerry Washington, Samuel Lee Jackson
Photographie : Robert Richardson
Décors : J. Michael Riva, Leslie Pope
Montage : Fred Raskin
Montage musical : Robb Boyd
Sociétés de production : Sony Pictures, The Weinstein Company
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Sony Pictures Releasing France
Durée : 2h45
Genre : Western
Date de sortie : 16 janvier 2013

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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