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Le Convoi de la peur, voyage au bout de l’enfer

À l’occasion de son quarantième anniversaire, il est temps de revenir sur le chef d’œuvre maudit de William Friedkin, le Convoi de la peur. Film de tous les excès dans lequel son réalisateur se sera donné corps et âme, le film sorti en 1977 reste l’une des œuvres les plus incomprises de son temps. Avant-gardiste et fou, il est à lui seul le synonyme de la singularité d’un des auteurs les plus remarquables du cinéma américain.

le-convoi-de-la-peur-william-friedkin » Le film devint une obsession. Ce serait mon chef d’oeuvre, le film sur lequel je bâtirais ma réputation. J’étais persuadé que tous les films que j’avais réalisés auparavant n’avaient été qu’une préparation pour celui-ci ». Voilà comment William Friedkin décrit Le Convoi de la peur dans son autobiographie Friedkin Connection. Archétype du film maudit par excellence, Le Convoi de la peur aura été une véritable épreuve dans la carrière du cinéaste américain. Production chaotique, tournages extrêmes, et surtout gros ratage au box-office, le film aura laissé une trace indélébile dans la filmographie de Friedkin, et pas forcément pour les bonnes raisons. Cependant depuis quelques années, le blason du « film culte » de Friedkin a été redoré, et le monde semble enfin le percevoir à sa juste valeur. Quels ont donc été les problèmes auxquels s’est heurté Le Convoi de la peur lors de sa sortie? Était-ce une mauvaise communication due à son titre original Sorcerer et une tagline renvoyant à l’Exorciste ou est-ce tout simplement le fait que le film ne soit pas sorti à la bonne époque? En 1977 tout le monde rêvait de conquérir l’espace grâce à Star Wars, alors que de son côté Friedkin nous ramène les pieds sur terre avec ses anti-héros dos au mur. Quoi qu’il en soit, Le Convoi de la peur a depuis toujours été une œuvre fascinante, un périple fou orchestré par un homme qui l’est tout autant, un moment de cinéma comme il en existe très peu.

Remake du classique de Clouzot, Le Salaire de la peur, le film de Friedkin en reprend les grandes lignes. Des hommes exilés, n’ayant rien à perdre, ont pour mission d’acheminer un stock de nitroglycérine à l’aide de camions sur un parcours des plus dangereux. Friedkin oblige, le réalisateur américain y apporte le réalisme qui a fait sa renommée. Ayant commencé dans le documentaire, Friedkin a toujours opté pour cette façon de raconter les histoires, qu’elles soient policières dans The French Connection ou d’horreur dans L’Exorciste. 4 hommes d’univers différents seront donc les protagonistes de cette odyssée. Si le casting rêvé par Friedkin (Steve McQueen, Marcello Mastroianni, Lino Venura) n’aura pas pu se concrétiser, ce sont quand même 4 grands acteurs qui vont offrir leurs trognes à ces hommes au bord du désespoir. Dans son souci de réalisme, Friedkin va offrir à ses 4 anti-héros un prologue présentant les raisons de leur exil. Francisco Rabal est un assassin en fuite, Amidou est un terroriste palestinien ayant fait sauté une synagogue à Jérusalem, Bruno Cremer prête ses traits à un banquier parisien dont l’arnaque a été dévoilée au grand jour, tandis que Roy Scheider est un irlandais dont la tête est mise à prix par la mafia italienne après un coup monté dans le New Jersey. Ces 4 hommes se retrouvent alors dans un village paumé d’Amérique du Sud essayant de gagner leur croûte dans une raffinerie de pétrole.

Chaleur étouffante, végétation luxuriante, village pittoresque avec au milieu un bar tenu par un ancien SS qui sert de point de ralliement après une journée de dur labeur, le décor filmé en République Dominicaine nous transporte directement dans une œuvre de Gabriel Garcia Marquez. Le prix Nobel de littérature colombien aura d’ailleurs fait partie des lectures de préparation entreprises par Friedkin en amont de la production. Témoin majeur de la société sud-américaine, il contribue à conférer un naturalisme saisissant à la mise en contexte du Convoi de la peur. Friedkin ne lésine d’ailleurs pas là-dessus, il prend une attention particulière à montrer cette nouvelle vie à laquelle sont contraints ses personnages. Personnages devenus des fantômes répondant désormais à des noms hispaniques dans un monde où personne ne les connait, errant en essayant de trouver une échappatoire. Ce village est un purgatoire d’où il ne semble y avoir aucune issue.

le-convoi-de-la-peur-bruno-cremer-roy-scheider-francisco-rabalAlors qu’une explosion infernale met en branle toute la région, une lueur d’espoir semble apparaître aux yeux de ces âmes perdues. Une récompense en échange d’une mission. 3000 pesos pour transporter de la nitroglycérine sur 300 kilomètres. Certainement le dernier espoir pour ces quatre hommes de quitter cet endroit. Mais si ce village est le purgatoire, ce qui les attend est vraisemblablement l’enfer. Tout le monde connait les propriétés explosives de la nitroglycérine, le moindre choc et tout part en éclats. Traverser un paysage des plus hostiles sur 300 kilomètres, alternant entre jungle, marécages et montagnes ne semble pas être une mince affaire, mais c’est la seule solution. Démarre alors un voyage au bout de l’enfer. Lazarus et Sorcerer deviennent les personnages principaux, deux gros camions aux calandres menaçantes, retapés spécialement pour ce convoi. Pâle comparaison au Faucon Millenium qui fait rêver les gamins de la fin des 70s, mais Friedkin filme ces créatures mécaniques comme de véritables personnages. Ils ne font plus qu’un avec leurs conducteurs.

William Friedkin va alors faire basculer son oeuvre dans un hallucinant voyage sous tension. La mort peut survenir au moindre nid de poule, au moindre virage, au moindre obstacle. Avec une cargaison aussi instable que la nitroglycérine, la moindre anicroche devient un funeste destin. Immersif comme peu de film, Le Convoi de la peur place le spectateur dans la cabine du camion en compagnie des 4 protagonistes. Un premier virage difficile à négocier fait couler les premières gouttes de sueur sur notre front. C’est alors qu’intervient ce pont. L’une des séquences les plus marquantes de l’histoire du cinéma et certainement l’une des plus difficiles à tourner. Un pont de singe surplombant une rivière en crue alors qu’une pluie intense s’abat sur la jungle verdoyante. Un obstacle impossible à contourner. Là encore les déboires ont été nombreux pour Friedkin et son équipe, qui ont dû se heurter aux caprices de Mère Nature. La rivière prévue se retrouvait alors à son plus bas débit d’étiage. Des changements de location ont dû être entrepris, et surtout le déplacement de l’immense structure de pont hydraulique nécessaire à la réalisation de cette séquence. Véritable climax du film, cette séquence cultive un suspense insoutenable ou tout peut être fini à chaque instant. Le stress du spectateur n’a d’égal que celui des conducteurs. Modèle de réalisation et de mise en scène, c’est une séquence qui hantera à tout jamais les spectateurs du film.

le-convoi-de-la-peur-william-friedkin-roy-scheiderCe travail d’ambiance oppressante est accentué par la grisante partition du groupe de musique électronique allemand Tangerine Dream. Friedkin  a toujours pris à cœur le choix de la bande-son de ses films, on se rappelle de l’éclair de génie Tubular Bells pour l’Exorciste. Ici la musique de Tangerine Dream accompagne à merveille cette odyssée existentielle, à tel point que les compositions ont servi à Friedkin d’influence pour le montage du film. Les sons novateurs et avant-gardiste du groupe allemand (qui par la suite composera d’autre BO comme par exemple pour Thief de Michael Mann) offre une aura singulière au Convoi de la peur. Comme toutes les grandes œuvres, la folie de son réalisateur transparaît à l’écran, et la fin du voyage du Convoi de la peur en est le pinacle. Deux ans avant un autre film connu pour un tournage éprouvant, Apocalypse Now, le film de Friedkin montre une plongée dans une folie. De celles qui contaminent tout le corps, et c’est dans un paysage surréel que prend fin un voyage au plus profond de la jungle, mais surtout au plus profond de l’humain. Sans concession, Le Convoi de la peur aura marqué par son âpreté, faisant miroiter un espoir intouchable à ses protagonistes.

Le Convoi de la peur – Bande Annonce

Le Convoi de la peur – Fiche Technique

Réalisation : William Friedki
Scénario : Walon Green
Interprétation : Roy Scheider ( Jackie Scanlon), Bruno Cremer (Victor Manzon), Amidou (Kassem), Franscisco Rabal (Nilo)
Photographie : Dick Bush et John M. Stephens
Montage : Bud S. Smith et Robert K. Lambert
Musique : Tangerine Dream
Producteur : William Friedkin et Bud S. Smith
Société de production : Film Properties International N.V, Paramount Pictures et Universal Pictures
Durée : 120 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 juin 1977

États-Unis – 1977

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