Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – un bolide qui cale au démarrage

En salles depuis le 23 septembre, Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte marque le retour du plus grand petit détective du Japon. Pour ce 29e film tiré du manga de Gōshō Aoyama, Conan Edogawa fait équipe avec Chihaya Hagiwara, la « Déesse du vent » de la police routière de Kanagawa. Un thriller à moto spectaculaire par à-coups, dont l’enquête peine pourtant à passer la seconde.

Depuis 1994, Gōshō Aoyama fait tourner le même moteur sans jamais le laisser caler. Shinichi Kudo, lycéen détective aussi brillant que sûr de lui, avale un poison expérimental de l’Organisation des hommes en noir et se réveille dans le corps d’un enfant. Sous le nom de Conan Edogawa, il s’installe chez Ran, son amie d’enfance et celle qu’il aime, dont le père, Kogoro Mouri, détective de seconde zone, s’endort à chaque affaire pour lui prêter sa voix. Le principe tient du tour de passe-passe, quelque part entre Sherlock Holmes, Arsène Lupin et une pincée de James Bond.

La franchise comptabilise plus de cent volumes, plus de 1100 épisodes depuis 1996, un film par an depuis 1997. Le secret de cette longévité tient dans un équilibre savamment dosé. Chaque affaire se referme sur sa résolution, tandis que la grande promesse, le retour de Shinichi dans son corps et la chute de l’Organisation, recule d’année en année. Dans ce monde où le temps s’écoule à peine, entre six mois et un an en trois décennies, on peut prendre le train en marche à n’importe quel moment, et le fil rouge ne vieillit pas. Aoyama a beau avoir esquissé son dernier chapitre, la route continue de s’étirer.

Au Japon, ce rendez-vous du printemps est devenu une institution, que petits et grands attendent comme on guette le prochain Pixar. Chaque opus trône parmi les plus gros succès de l’année, et les quatre derniers ont franchi la barre des 10 milliards de yens de recettes. En France, la franchise n’a malheureusement pas connu la même ferveur. Triomphe historique au Japon, Le Sous-marin noir n’a réuni chez nous qu’un peu moins de 30 000 spectateurs, et les entrées n’ont cessé de reculer depuis. Ce 29e film arrive donc sur la pointe des pneus, en version originale sous-titrée seulement, sous la bannière de Sony et Crunchyroll.

Un départ au point mort

D’ordinaire, la saga fait vrombir ses moteurs dès les premières minutes. Ici, la poursuite sur l’autoroute qui précède le générique roule en terrain trop connu. Les ralentis y iconisent les personnages sans jamais faire sentir le danger, ni amorcer cette ampleur qui devrait enfler, virage après virage, jusqu’au climax où on pardonne tous les excès pour régresser à la hauteur du divertissement. Le film met du temps à démarrer et rate l’ouverture explosive qui nous aurait installés sur le bitume brûlant de Yokohama et de ses environs, accrochés à des motos lancées à vive allure.

Les courses-poursuites sont pourtant assez nombreuses pour qu’on ne s’ennuie pas. Cependant, dès que le récit ralentit pour faire avancer l’enquête sur un véhicule fantôme et des morts inexpliquées autour de courses illégales, dialogues explicatifs et flashbacks déversent une telle densité d’informations qu’on en ressort sonné. Ce qui, d’habitude, rythme la narration tourne ici à l’embouteillage. Simple à suivre, le récit paraît surchargé et curieusement vidé de sa substance, pendant que la grande galerie de personnages secondaires reste sur le bas-côté. Pour Conan Edogawa et ses amis, l’aventure patine.

La Déesse du vent en tête de course

Heureusement, Chihaya Hagiwara tient la trajectoire. L’officière de la police routière file entre deuil et héroïsme badass. Cette pilote hors pair voit son talent et sa conduite manuelle défiés par des prototypes de véhicules autonomes. Malheureusement, sa caractérisation ne fonctionne qu’à moitié. Elle porte pourtant une belle idée : celle d’un pilote qui fait corps avec sa machine, les prouesses n’étant possibles qu’à deux. L’idée infuse le récit sans jamais être développée.

Il en va de même pour l’inquiétude technologique qui affleure. On pense à l’intelligence artificielle sans qu’elle soit nommée, mais le film parle surtout de ces données que l’on partage et qui finissent par nous échapper. Un sujet brûlant, réduit au rang d’outil à suspense et de carburant à péripéties. Il y avait toutefois un boulevard pour une approche pédagogique, même dans un film familial. Destiné à un public plus jeune, Doraemon et le Château sous-marin ose l’emprunter avec Buggy, voiture intelligente qui apprend peu à peu à comprendre l’humanité. Pas question de reprocher à Conan de ne pas être Doraemon, mais le constat pique un peu, puisque le film pour enfants incarne une question que le détective laisse au rang de décor.

Un course au ralenti

Reste le manque de vitesse qui est paradoxal pour un film d’asphalte dont le scénariste, Takahiro Ôkura, revendiquait la sensation de vitesse comme priorité. Pour son premier long métrage, Takahiro Hasui soigne pourtant sa copie, avec des pilotes modélisés en 3D et une documentation minutieuse auprès des motardes de la police de Kanagawa. Les manœuvres sont crédibles, la fluidité réelle, mais cette rigueur bride l’élan. Trop de ralentis, pas assez de prouesses de mise en scène et de montage pour tenir en haleine, ni pour faire sentir les risques pris sur la route et la responsabilité de celui qui écrase l’accélérateur. Les rares combats au corps à corps souffrent du même mal, avec un cadre figé et des coups qui défilent sans impact. L’esprit du manga est bien là, mais freiné par trop de retenue.

Puis vient le run final. Dans l’esprit de Super Express 109 (ou encore The Bullet Train), la course ne pose jamais le pied sur la pédale de frein, portée par le thème musical iconique de la saga. L’excès redevient jouissif et la sensation reste intacte. Mais on l’aura attendue trop longtemps, au bout d’un récit cousu de fil blanc qui ne tient pas ses promesses sur le pouvoir de déduction du jeune détective. Conan explique plus qu’il ne déduit et ne fait que relier indices et faits pour confirmer des hypothèses que le spectateur peut formuler bien avant lui.

Il y a pourtant de quoi passionner dans ce 29e opus, et l’animation continue de surprendre par éclats. Mais en matière de tension et d’enquête, L’Ange déchu de l’asphalte se range parmi les films les plus faibles de la saga. L’aventure tient la route, sans jamais passer la vitesse supérieure, au point de devenir parfois épuisante à suivre. Il n’y a qu’une seule vérité, et elle clignote au tableau de bord. Ce Conan-là ne trouve son régime de croisière qu’une fois le drapeau à damier en vue.

Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – bande-annonce

Détective Conan : L’Ange déchu de l’asphalte – fiche technique

Titre original : Meitantei Conan: Highway no Datenshi
Titre international : Detective Conan: Fallen Angel of the Highway
Réalisation : Takahiro Hasui
Scénario : Takahiro Ōkura
Interprètes (voix originales) : Minami Takayama, Wakana Yamazaki, Rikiya Koyama
Musique : Yugo Kanno
Sociétés de production : TMS/1st Studio
Pays de production : Japon
Société de distribution France : Sony Pictures Entertainment France, Crunchyroll
Durée : 1h50
Genre : Animation, Action, Policier
Date de sortie : 23 septembre 2026

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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