Détective Conan : Le Sous-marin noir, Volte-face

26e épisode d’une série de films qui, malgré de nombreux apartés, se rapproche d’une confrontation finale que les fans du shōnen sur fond de polar apprécieront particulièrement. Détective Conan : Le Sous-marin noir est une belle expérience qui laisse autant de place à l’action qu’aux éléments dramatiques que l’on émiette soigneusement. Cette nouvelle affaire promet ainsi d’être une aventure titanesque, chargée en émotions et en déductions.

Synopsis : Sur l’île de Hachijojima, Tokyo, une équipe internationale d’ingénieurs est réunie pour une opération à grande échelle au sein de la « bouée du Pacifique », une installation en mer permettant de relier entre elles les caméras de sécurité des polices du monde entier. Pendant ce temps, Conan, qui visite l’île avec les Détectives Juniors, apprend qu’une employée d’Europol a été assassinée en Allemagne par l’Organisation des Hommes en Noir.

Le petit Conan Edogawa a maintenant 29 ans d’existence sous la plume et le pinceau de Gōshō Aoyama. Il revient aux côtés du réalisateur Yuzuru Tachikawa, à l’origine de Death Parade pour Madhouse. Après The Scarlet Bullet et La Fiancée de Shibuya, nombreux furent impatients d’en découdre avec les antagonistes principaux de l’histoire, à savoir l’Organisation des Hommes en Noir. Si l’on porte un tant soit peu d’attention à ce voyage de longue date, il serait regrettable de passer outre cette excursion sans prétention. Tandis que les festivaliers d’Annecy frémissent en se ruant vers la compétition ou son contrechamp, d’autres se réservent cette petite gourmandise sucrée et pour le moins rafraîchissante.

Opération Tonnerre

Comme pour les différents Spider-héros animés de chez Sony, on va la refaire courte dernière fois. Il s’appelle Shinichi Kudo, un lycéen et détective privé qui a rétréci jusqu’à son corps d’écolier de sept ans, mais son l’esprit de déduction reste élémentaire à toute épreuve. Le générique détaillé et commenté d’introduction, à la manière d’un Mission Impossible, prend le temps d’exposer les origines de son avatar, Conan Edogawa, un délicieux amalgame de plusieurs détectives de la littérature, de Sherlock Holmes à Hercule Poirot. Ce dernier est accompagné d’une ribambelle d’amis pour le soutenir dans sa traque de l’organisation responsable de sa nouvelle vie, qu’il mène secrètement auprès de sa bien-aimée Ran et de son père, également détective. Et dans ce monde, les enfants ont souvent un temps d’avance sur leurs aînés, à l’image des jeunes héros spielbergiens.

À partir de là, on fonce droit dans une problématique qui se referme forcément en fin de séance, bien que l’on puisse réinterpréter quelques séquences canons du manga ou de l’anime d’origine. Cette fois-ci, on prend le large et nos héros infiltrent une base maritime japonaise, sorte de hub géant où on développe la technologie de reconnaissance faciale. Le hic, c’est que l’outil est convoité par les malveillants Hommes en Noir, dont Rhum, Gin, Vodka, Vermouth, Kir, Bourbon, Chianti, Korn et le nouveau venu Pinga. Leur proximité les fera forcément entrer en collision et pour le bonheur de nos pupilles, qui n’en reviennent toujours pas d’une telle efficacité dans des scènes d’action clés. On pense notamment à un kidnapping en pleine nuit, où les balles sifflent et les coups de pied laissent des marques, autant sur les personnages ciblés que nous autres spectateurs, le dos bien redressé.

Braquage dans le Pacifique

Par ailleurs, les codes du cartoon et des envolées épiques se marient si bien que l’on est prêt à croire ce que l’on voit, que l’on confronte un sous-marin avec des gadgets primaires ou que l’on dévale une falaise à bord d’un skate. Plus rien ne surprend, si ce n’est cet engouement autour duquel le film parvient à nous rassembler. Par la mise en scène et un mixage son qui appelle un refrain bien connu, on se prend rapidement au jeu et aux enjeux. C’est alors que l’on vient questionner la confidentialité des citoyens du monde, tandis que Conan et Haibara jonglent constamment dans un double jeu dangereux avec leur apparence juvénile. L’intelligence artificielle est également un paramètre taclé par ses dérives et ses limites. On vient justement contrebalancer toute cette folie scientifique avec une dose d’humanité qui offre des moments poignants, dans la mesure où l’on parvient à accepter tout ce qu’on a pu citer plus haut.

Il ne reste que ce trop-plein de personnages secondaires, qui ne servent pas ou peu le récit, mais que l’on convoque simplement par habitude. Cela peut effectivement amoindrir l’impact de certaines transitions, mais tout cela est rapidement éclipsé par un climax explosif. Cela offre de somptueuses séquences sous-marines, ainsi que de beaux enjeux dramatiques, malgré leur simplicité, où les héros sont véritablement menacés et où tout peut être bouleversé d’un instant à l’autre. La tension est sensiblement la même que celle d’un Hitchcock par moments ou à la croisée d’une aventure passionnante de l’implacable James Bond, à l’âge d’or des gadgets et de l’espionnage à l’ère du numérique.

Ainsi, avant le prochain rendez-vous annuel qui se tiendra sur l’île d’Hokkaidō, où l’auteur va de nouveau réunir son héros, prestidigitateur et voleur, de Magic Kaito et ce jeune détective, nous prenons un malin plaisir à rétrécir à ses côtés. À ne pas confondre avec une régression, car Détective Conan : Le Sous-marin noir est véritablement une œuvre qui croît en la force de l’enfance et en ces petits détails qui affirment que la fatalité n’est qu’une illusion éphémère.

Bande-annonce : Détective Conan : Le Sous-marin noir

Fiche technique : Détective Conan : Le Sous-marin noir

Réalisation : Yuzuru Tachikawa
Scénario : Takeharu Sakurai
Musique : Yuugo Kanno
Production : TMS Entertainment
Pays de production : Japon
Distribution France : Eurozoom
Durée : 1h50
Genre : Animation, Policier
Date de sortie : 2 août 2023

Détective Conan : Le Sous-marin noir, Volte-face
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3.5

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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