La fin d’Oak Street : Ce que la saga Jurassic Park/World ne nous avait pas offert…

Le dernier des blockbusters estivaux 2026 est peut-être également le plus attachant ! David Robert Mitchell change radicalement de registre – après deux films indépendants très remarqués – pour satisfaire nos rêves d’adolescents. Film-concept par excellence, La fin d’Oak Street voit les dinosaures envahir un quartier résidentiel américain des années 80. En somme, il nous offre ce que la saga Jurassic Park – puis Jurassic World – ne nous avait jamais vraiment donné. Et la promesse est tenue du début à la fin. Certes, le résultat balance entre la série B de luxe hargneuse et le film plus consensuel à gros moyens, mais c’est rythmé, bien mis en scène et généreux. Et la dernière ligne droite ose quelques singularités plutôt étonnantes et jubilatoires voire tordues. On est dans la tonalité des divertissements estivaux d’antan, style Amblin. C’est assumé et parfaitement raccord avec une bonne soirée de détente en famille !

Synopsis : Suite à un étrange événement cosmique, le quartier d’Oak Street se retrouve transporté en un lieu mystérieux. Les Platt, qui ne reconnaissent plus leur environnement familier, ne tardent pas à comprendre qu’il leur faut absolument rester unis s’ils veulent s’en sortir…

David Robert Mitchell a été révélé en 2015 avec l’incroyable film d’horreur indépendant It follows, se plaçant même comme un précurseur en ce qui concerne ce que l’on nomme désormais l’elevated horror. Avant le Hérédité d’Ari Aster, avant le The Witch de Robert Eggers, il nous terrorisait avec un budget riquiqui et en dehors des ornières des gros studios séculaires. Cela, grâce à sa menace invisible qui s’incarnait dans n’importe quel figurant tout en auscultant la psyché adolescente avec brio. Trois ans après, son pourtant fascinant Under the Silver Lake passionnait une partie du public comme il en décevait une autre, en la laissant sur le carreau de son labyrinthe mental et topographique. Dans tous les cas, son histoire à la David Lynch, plantée à Los Angeles entre complotisme et fantastique, ne laissait pas indifférent. Et si on sait que They Follow (la suite, vous vous en doutez) sera son prochain film, qu’a-t-il bien pu faire pendant presque une décennie ? La réponse est ici : travailler sur La fin d’Oak Street

Forcément, le cinéaste a été récupéré par Hollywood. Et il avait ce projet en tête depuis longtemps, l’après-Covid disons. Le film a été tourné en 2023 mais a subi une longue postproduction en plus d’un changement de titre (il se nommait Flowervale Station à l’origine). Et si on omet les cartons des films d’horreur Obsession et Backrooms, issus du sérail de YouTube, c’est peut-être le blockbuster le plus original, car non issu de franchise ou de licence connue, et attachant de cet été, un été marqué par les records au box-office. Un peu comme l’avait fait J.J. Abrams pour son Super 8, Mitchell nous plonge dans un grand huit familial aux contours vintage qui fait beaucoup de place à l’émerveillement. Spielberg est clairement une référence de par l’atmosphère, la note d’intention et les dinosaures. Et l’hommage est de belle tenue. Et cette production nous laisse des images folles dans la tête avec ses paysages préhistoriques rongeant un quartier résidentiel américain typique, deux visuels qui tranchent profondément l’un avec l’autre, rappelant la grande époque des grands classiques d’aventures en noir et blanc des années 50.

La fin d’Oak Street est clairement un film-concept. Ici, il s’agit de « déverser » des dinosaures sur une banlieue américaine typique des années 80, tendance Stranger Things. La madeleine de Proust n’est pas loin et on se remémore les soirées VHS de notre enfance quand on se cherchait le divertissement familial du week-end au vidéo-club du coin. Ce versant est particulièrement assumé et réussi. Le format est resserré et le rythme au rendez-vous, que ce soit dans la mise en place du décor ou dans les péripéties qui suivront. Et puis, il faut avouer que les effets spéciaux sont qualitatifs et que le bestiaire jurassique s’avère en tous points varié. En gros, c’est bien plus roboratif et généreux que le navet 65, la terre d’avant, dernière grosse production en date avec les reptiles disparus.

Le long-métrage prend le noyau familial et les soucis qui vont avec comme matrice narrative et cela fonctionne même s’il ne faut pas chercher trop de psychologie. En effet, même si le budget est mesuré (environ 80 millions de dollars, comme un film dit du milieu), on reste dans une grosse production, qui doit être accessible à tous et répulsive pour personne. Malgré tout, Mitchell s’autorise quelques sorties de route aussi hasardeuses que jubilatoires pour une telle production, notamment lors de la dernière ligne droite. En plus d’une mort étonnante et radicale, rappelant par son côté inattendu celle d’un Samuel L. Jackson dans Peur bleue, la séquence du gros serpent préhistorique est géniale. Ces surprises et quelques séquences sans pitié viennent contrebalancer cette tonalité familiale et tout public, permettant à La fin d’Oak Street d’être un peu plus qu’un simple divertissement estival à concept. Cependant, il donne parfois l’impression d’être bancal – et paradoxalement aussi frontal qu’hésitant – dans sa proposition comme dans la manière de l’appréhender puis de la partager au public.

Et puis il faut avouer que de voir Anne Hathaway et Ewan McGregor courir de pavillon en pelouse bien tondue pour fuir ces gros lézards donne quelque chose de satisfaisant, comme une jouissance primaire et puérile. Certes le pourquoi de tout cela n’a guère de sens mais on n’est pas venu voir ce type de production pour scruter sa plausibilité. La tension montre crescendo, la mise en scène s’essaie à quelques tentatives de cadrages singulières et le grand spectacle simple et bête de voir des dinosaures évoluer dans une banlieue pavillonnaire finit de nous combler. La fin d’Oak Street se positionne comme le parfait petit blockbuster du samedi soir, original, honnête et calibré. On est certes un peu perplexe qu’il ait fallu attendre huit ans pour que Mitchell accouche d’un nouveau film comme celui-là, quand même. On aurait aimé aussi plus de déviances, d’ampleur et de folie mais le résultat final est hautement recommandable et honnête.

La fin d’Oak Street – bande-annonce

La fin d’Oak Street – fiche technique

Titre original : The End of Oak Street
Réalisation : David Robert Mitchell
Scénario : David Robert Mitchell
Interprètes : Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella, Christian Convery, Jordan Alexa Davis, P. J. Byrne, Chris Coy
Photographie : Mike Gioulakis
Montage : John Axelrad
Décors : Maya Shimoguchi
Costumes : Erin Benach
Musique : Michael Giacchino
Producteurs : J. J. Abrams, Hannah Minghella, David Robert Mitchell, Matt Jackson, Tommy Harper
Sociétés de production : Bad Robot Productions, Jackson Pictures
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Warner Bros. Pictures
Durée : 1h40
Genre : Science-Fiction, Action, Aventure
Date de sortie : 12 août 2026

3.5

Festival

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