Une affaire turque : Famille, je vous tais

Entre ascension sociale et racines turques, Mathieu vacille. Hüseyin Aydin Gürsoy ausculte avec finesse les déchirures d’un transfuge de classe que sa famille accuse d’avoir trahi. Un thriller intime et prenant, porté par un Lionel Erdogan troublant, qui dit avec pudeur l’impossible réconciliation de soi.

Dans Une affaire turque, Hüseyin Aydin Gürsoy signe un thriller politique et intime explorant les malaises existentiels et dilemmes moraux d’un transfuge de classe. Loin des fresques communautaires convenues, il plonge au cœur des dissonances du parcours d’un transfuge, livrant une réflexion sensible et juste sur l’appartenance et la filiation.

Lionel Erdogan, un Tom Cruise sombre

Mathieu (ou Mustapha), jeune avocat d’origine turque, est pris dans un tourbillon de choix qui mettent en balance ses origines, sa dignité et sa loyauté. Mais très vite, le film dévie du simple thriller judiciaire pour s’attarder sur ce qui fascine véritablement le cinéaste : la matière trouble et incertaine des liens qui unissent Mathieu à sa famille et à sa communauté d’origine. Lionel Erdogan, sorte de Tom Cruise à la française, incarne avec une sobriété sombre cet homme en proie à ses contradictions.

Aux origines, je me fuis

Les scènes les plus saisissantes sont précisément celles qui confrontent l’avocat à sa tribu. Ses proches ne lui pardonnent pas une forme de trahison. Mais laquelle ? Qui trahit-il ? Une culture, une appartenance, ou le destin tout tracé qu’on lui assignait : rester au foyer, demeurer avant tout le fils de sa mère et le frère de sa sœur. Le réalisateur ausculte avec finesse et audace les déchirures de son personnage. Mathieu est un être en exil permanent, ne trouvant sa place nulle part, mal à l’aise dans le cabinet chic où il a pourtant trouvé un père de substitution en la personne de son patron (Charles Berlin, impeccable), tout aussi déstabilisé dans sa famille exigeante, qui semble ignorer ses métamorphoses et ses désarrois.

Lubna Azabal, présence royale

Le film aurait mérité de s’enfoncer davantage dans ce thriller intime et moral, habité par la figure d’un anti-héros tourmenté. Si les personnages sont tous profondément vivants, ils ne sont pas tous travaillés au même niveau, ce qui atténue l’intensité du climat oppressant.  Il faut saluer la performance, toujours royale, de Lubna Azabal (Une Vie rêvée, Rabia, Le Dossier Maldoror, Amal, un esprit libre), dont la présence magnétique, rageuse, toujours instable aurait pu conférer au récit une épaisseur plus âpre et plus noueuse.

Une affaire turque trouve sa force là où l’écriture nous confronte : dans ces dilemmes moraux que nous pourrions tous traverser. On ressent avec acuité le trouble de Mathieu, ses impuissances, ses croyances. Le cinéaste parvient à nous transmettre cette fêlure intime qu’est l’exil – exil de soi, exil de sa communauté – lorsque, malgré un parcours brillant, le monde et l’habitus social vous ramènent sans cesse à vos origines.

Le film excelle à capter cette fragilité, perceptible sur tous les visages qui observent et écoutent la psyché de Mathieu, ou plutôt de Moustapha. À cet égard, l’écriture du père, personnage en retrait et effacé, est éloquente : il incarne ce que le fils a tenté de dépasser, sans jamais vraiment y parvenir.

Une affaire turque – bande-annonce

Une affaire turque – fiche technique

Réalisation : Hüseyin Aydin Gürsoy
Scénario : Ludovic du Clary, Hüseyin Aydin Gursoy
Interprètes : Lionel Erdogan, Charles Berling, Metehan Aygün, Lubna Azabal, Maud Wyler
Photographie : Romain Le Bonniec
Son : Jérémie Vernerey, Mikhaël Kurc, Titouan Dumesnil, Xavier Thibault
Montage : Julia Maby
Musique : Emrah Kaptan
Producteurs délégués : Lucile Ric, Charles Philieppe
Producteur délégué associé : Reginald De Guillebon
Société de production : Les films du clan
Pays de production : France
Société de distribution France : Paname Distribution
Durée : 1h32
Genre : Thriller politique
Date de sortie : 12 août 2026

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