House of the Dragon brûle la concurrence – Critique Mid Season

HBO, Ils sont quand même vraiment très forts. Chacune de leurs grosses séries sont de véritables pépites (Westworld, Chernobyl, Game of Thrones, Euphoria et bientôt, The Last of Us) et ils prouvent aujourd’hui qu’ils maitrisent même l’art d’écraser la concurrence en un épisode. Bien sûr, si vous suivez un peu l’actualité, vous savez qu’ à l’est de Westeros, Prime video (Amazon) diffuse Le Seigneur des Anneaux : Les anneaux de pouvoir. Et, le constat est là. L’une des séries les plus attendues de ces dernières années, la production la plus chère de l’histoire, plie le genoux face au spin-off de Game of Thrones, pourtant attendue avec méfiance après le naufrage de la saison 8. Aujourd’hui, avec 5 épisodes sur les 10 disponibles sur OCS, nous pouvons désormais l’affirmer : le petit frère possède le pouvoir de détrôner l’ainé.

Dragon is coming! 

Nous sommes de retour devant nos écrans. L’époque ou les fans se levaient à 4h du matin pour retrouver Westeros et fuir tout spoiler semblait être révolue. Pourtant, depuis cinq semaines, la magie opère de nouveau. Comme si la fin terriblement décevante de Game of Thrones n’était qu’un lointain souvenir. L’enthousiaste des fans est revenu. Chaque lundi, mardi, Twitter explose. Les réactions positives et unanimes fusent. Les fans jubilent, théorisent, bouillent d’impatience dans l’attente du prochain épisode. On voit le visage de Matt Smith (Daemon) partout. Les déclarations d’amour à Rhaenyra sont légion. La mise en scène est saluée. Pour le meilleur, l’univers Game of Thrones tel que l’on l’a aimé est de retour.  

House of the Dragon raconte la chute de la dynastie Targaryen, famille particulièrement puissante à la tête des sept couronnes. Grace à GoT, vous n’êtes pas sans savoir que les Targaryen possèdent un gout assez prononcé pour l’inceste et les dragons. Et, si vous êtes réellement fan de la série, au dialogue près, vous connaissez déjà le destin de certains protagonistes. Contrairement au show original, qui diversifiait énormément ses intrigues et personnages, House of the Dragon se veut plus intimiste. Le projet se concentre sur l’histoire de cette famille, vouée à éclater de l’intérieur. Les personnages principaux sont moins nombreux, mais tous extrêmement charismatiques et formidablement interprétés. D’ailleurs, si Game of Thrones n’offrait pas réellement de personnage principal à son intrigue (malgré un penchant nettement plus prononcé pour Jon et Daenerys), les premiers épisodes de House of the Dragon tendent très clairement vers Rhaenyra. La jeune femme,  formidablement campée par Milly Alcock pour ces cinq premiers épisodes, est superbe. Nous y découvrons une princesse pleine de courage et particulièrement intelligente, rêvant d’aventure plus que de mariage, malheureusement destinée à monter sur le trône de fer, en l’absence d’héritier mâle. Evidemment, le jeu du trône ne serait pas un jeu sans adversaire(s). En cela, Daemon Targaryen est un excellent joueur. Malheureusement pour lui, sa personnalité (sadique, impulsif, imprévisible, arrogant) l’empêche totalement de régner. C’est donc pour l’écarter du trône que le roi Viserys choisit sa fille comme héritière légitime, malgré son statut de femme. Tel est le point de départ de ces cinq premiers épisodes, fortement politiques, souvent malsains mais toujours magnifiquement mis en scène, ou le trône de fer est plus que jamais au centre des attentions.  

Dracarys 

Rassurez-vous, le spin off d’HBO n’oublie pas d’être spectaculaire très vite. Que ce soit à dos de dragon, lors de face à face débordant d’intensité, ou lors de somptueuses batailles, sublimées par le charisme de Matt Smith en Daemon, le show est maîtrisé. En cinq épisodes, il se passe beaucoup, mais vraiment beaucoup de choses. Le fait que l’histoire ne se disperse que très peu dans ses intrigues permet d’avancer bien plus vite que ne le faisait Game of Thrones dans ses premiers épisodes. D’ailleurs, il est fortement curieux de voir une partie de la presse reprocher à HOTD de : « privilégier les dialogues ‘’ lents ‘’ là ou Game of Thrones préférait les scènes épiques. » Ces critiques devraient revoir les premières saisons. Ils verraient que les moments dont ils parlent n’arrivent finalement que tardivement ou sont très peu nombreux dans les débuts de la série. House of the Dragon est bien plus épique en cinq épisodes que GoT sur toute sa première saison. Et, s’il ne l’était pas, cela n’en serait pas un défaut, vu la qualité de l’écriture. Oui, ça parle, beaucoup, mais chaque dialogue est intéressant. Chaque scène est travaillée, du cadre à la photographie, avec des plans d’une beauté à couper le souffle. La série privilégie les décors réels, dès qu’elle le peutOn est bien évidemment tenté de la comparer à la CGI sublime mais très lisse et trop propre des Anneaux de pouvoir. Chaque détail compte, aidé par un montage convainquant où le show don’t tell fonctionne avec une réelle efficacité (ce cinquième épisode…). Quant aux dialogues, ils sont toujours justes, tantôt durs, tantôt touchants. On s’attache rapidement à cette famille divisée et à leurs proches. Tous les protagonistes de la série sont parfaits, de Viserys à Daemon, en passant par la main du Roi Otto Hightower. Si j’ai déjà chanté les louanges de Milly Alcock et de Matt Smith, tous les acteurs de la série sont exceptionnels (en VO, évidemment. Si vous voyez la série en VF, vous pourrez moins juger le jeu d’acteur et les dialogues à leur juste valeur). Paddy Considine livre une performance très touchante pour le roi Viserys, peu importe qu’il ait la réplique aux cotés de Milly, Matt ou encore Rhys Ifans (sa Main, Otto), lui aussi excellent.  

Maîtrise royale 

Bien sûr, le show conserve le schéma de son grand frère, mais n’hésite pas à rentrer dans le bain dès les premiers instants. Le premier épisode offre scènes de sexe, violence crue avec deux moments réellement dérangeants qui seront difficiles pour les âmes sensibles. On est en terrain connu dans le schéma, mais tout est tellement maîtrisé que personne ne s’en plaindra. Les épisodes, tous d’une durée d’une heure chacun, passent à une vitesse folle. Même les plus plats d’entre eux (comme l’épisode 4) restent d’un excellent niveau, de par la qualité des dialogues, des acteurs, de l’image… de l’ensemble. Quant à l’épisode 5, il démontre à lui seul l’immense pouvoir d’une mise en scène réfléchie et travaillée, sans violence (ou presque). Car oui, certains oublient que l’épique ne se fait pas seulement une épée à la main ou aux côtés d’un dragon, House of the Dragon le sait et s’efforce de nous le rappeler avec de véritables gifles. Ce mid-season se conclut sur un épisode fabuleux et plein de tensions, ou le spectateur retient son souffle. Spoiler : ce n’est pas nécessairement sur un champ de bataille. Curieux, n’est-ce pas ?  Seule ombre sur le tableau, l’épisode 6 à venir contiendra un sacré saut dans le temps, changeant certains acteurs principaux. Il faut donc dire au revoir à Millie Alcock, réellement extraordinaire. Donc, pour l’instant, peut-on dire que House of the Dragon surpasse Game of Thrones ? Non, et cette question n’a pas lieu d’être. Impossible de comparer une série achevée de 73 épisodes et une autre dont la première saison n’est même pas complète. MAIS, si l’on compare les cinq premiers épisodes des deux œuvres respectives, alors, oui, House of the Dragon peut être considérée comme meilleure. Hâte de voir la suite, en espérant qu’elle ne suive pas le modèle de son aîné pour se suicider dans les flammes de l’incohérence et de la précipitation. 

House of the Dragon : trailer 

House of the Dragon – fiche technique

Type de série : série télévisée diffusée en France sur OCS, créée par HBO
Genre : fantastique, thriller
Création : George RR Martin & Ryan Condal
Acteurs principaux : Matt Smith, Paddy Considine, Millie Alcock, Emma d’Arcy, Olivia Cooke
Nombre de saison : 1 (renouvelée)
Nombre d’épisodes : 10 (1 épisode par semaine, le lundi)
Durée : environ 1 heure par épisode.

Note des lecteurs11 Notes
5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.