Plus qu’une fiction sur la vengeance, L’Affaire Laura Stern est une immersion sensorielle dans le « cri du silence » des victimes de violences et d’emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.
Dès les premières minutes, L’Affaire Laura Stern s’affranchit des codes du thriller pour proposer une vision plus organique : filmer la peur, non pas comme un ressort dramatique, mais comme une atmosphère étouffante qui s’insinue sous la peau. La mise en scène ne se contente pas de raconter les violences faites aux femmes ; elle les donne à sentir. C’est une série qui comprend que le traumatisme n’appartient jamais au passé, mais existe au présent. Le spectateur est d’emblée collé aux battements de cœur de Laura Stern, son personnage principal. On vit avec elle la mort inaugurale d’une femme (qu’on voit vivre et se défendre comme le souligne Télérama) qu’elle tente de protéger, son impuissance et sa déchirure. On est avec elle dans la voiture quand elle tente de fuir (avec une autre femme victime qu’elle aide dans son association), face à un homme violent qui les menace clairement. La série est un vaste espace sensoriel où la peur devient palpable. Les choix de cadrage enferment autant qu’ils libèrent les personnages, sans être chichiteux. La série évite ainsi l’écueil du voyeurisme pour privilégier l’empathie, même si le personnage choisit la voie de la vengeance.
L’intérêt principal de L’Affaire Laura Stern réside dans sa pudeur. Là où de nombreuses productions cèdent à la dramatisation excessive, la série choisit de filmer la violence et l’emprise comme des données quotidiennes, presque banales, mais contre lesquelles Laura se révolte. Elle devrait être la majorité, pourtant elle se retrouve presque seule. La mise en scène s’attarde sur les signes de la violence subie par les victimes : les mains qui tremblent et l’hypervigilance notamment. Ce parti pris permet de sortir du simple fait divers pour illustrer une réalité systémique : la violence ne s’arrête pas à l’acte, elle se prolonge dans le regard des autres et l’isolement de celle qui parle. Celle qui n’est pas toujours entendue, même quand elle tente de mettre fin à ses jours pour crier « à l’aide ». Celle qui aide aussi se trouve isolée, parfois dans sa propre famille.
La série s’ouvre et se clôture avec le titre Je t’accuse de Suzanne. Ce n’est pas seulement une bande-son, c’est un manifeste qui vient pointer les failles judiciaires et illustrer les paroles : « Justice, est-ce qu’on doit te faire nous-même ? ». La série est le récit d’une colère nécessaire, magistralement incarnée par Valérie Bonneton, qu’on connaît moins dans ce registre dramatique. Ce choix musical souligne la dimension politique du projet : sortir l’affaire du cadre privé pour l’inscrire dans une dynamique collective. En présentant plusieurs profils de victimes, toutes différentes, et en décryptant les mécanismes de l’emprise, L’Affaire Laura Stern dépasse la simple « petite histoire ». Le réalisateur de la série avait déjà exploré les failles d’un système avec L’Enfant de personne autour de l’aide sociale à l’enfance. On regrettera une fin un poil trop dramatique, peu vraisemblable, qui semble desservir le propos plus qu’elle n’élève le débat, au contraire de ce qui avait été proposé plus tôt dans les scènes de procès.
La série opère un virage bienvenu par rapport au genre traditionnellement masculin du « rape and revenge ». Là où des films comme Irréversible de Gaspar Noé utilisent la violence faite aux femmes comme un simple moteur pour une vengeance masculine brutale et spectaculaire — dépossédant ainsi la victime de sa propre histoire — L’Affaire Laura Stern redonne le pouvoir aux femmes. Ici, la réponse à la violence n’est pas un déchaînement de pulsions primaires à travers un regard masculin, mais une quête de dignité et de réparation. La série déconstruit le fantasme du justicier, puisque Laura se dénonce pour ses actes et en subit les conséquences (elle est la seule à être traduite devant la justice), pour explorer la complexité de la reconstruction. La série vient souligner que l’enjeu pour ces femmes est de reprendre le pouvoir sur leur propre vie et leur propre parole.
L’Affaire Laura Stern — fiche technique
Réalisation : Akim Isker
Création : Marie Kremer
Scénario et dialogues : Frédéric Krivine et Marie Kremer
Interprètes : Valérie Bonneton, Pauline Parigot, Samir Guesmi, Rym Foglia, Pascal Rénéric, Yannick Renier, Marie-Sophie Ferdane.
Format : Mini-série (4 épisodes de 52 minutes)
Production : France Télévisions / Story Nation Productions