Tout brûle dans Evil Dead Burn : les corps, les secrets et les liens familiaux. 45 ans après la cabane dans les bois originelle, la franchise continue de trouver des réalisateurs comme Sébastien Vaniček, capables de ranimer le Necronomicon sans pour autant l’avoir sous la main. Il transforme le trauma familial en carburant démoniaque. L’horreur, ici, vient de l’intérieur. La saga Evil Dead retrouve une énergie nouvelle, portée par un artisanat de l’horreur sincère et une protagoniste qui ne lâche rien.
En 2013, le reboot méchant et sanguinolent de Fede Álvarez ouvrait la porte à une suite directe de Evil Dead 3 : L’Armée des ténèbres, avec le retour de Bruce Campbell un temps évoqué, avant que le projet ne se transforme en série dans le jubilatoire Ash vs Evil Dead. Le germe était tout de même en place dans la volonté d’étendre l’univers et de lier plusieurs spin-off pour bâtir une mythologie plus solide et premier degré que la trilogie originale de Raimi.
Vient alors la relecture dans un immeuble HLM signée Lee Cronin, Evil Dead Rise, qui est partie jouer aux bandelettes chez la Warner avec sa propre variante de possession familiale dans Le réveil de la Momie. Ce film restait dans le moule de la franchise tout en défendant ses idées dans un registre gore. Et alors qu’un nouveau spin-off, Evil Dead Wrath, se prépare pour le printemps 2028 sous la direction de Francis Galluppi, réalisateur du ludique Last Stop in Yuma County, la saga continue de renouveler son cocktail d’hémoglobine avec ce sixième film très attendu réalisé par Sébastien Vaniček.
Les arachnophobes se souviennent encore des toiles laissées derrière Vermines, film de monstre dont les enjeux sociaux et familiaux offraient un terrain de jeu idéal à son réalisateur, et qui redonnait un peu d’élan au cinéma de genre français. En gardant Florent Bernard en coscénariste, le duo tente de marquer son passage dans la franchise en renouvelant quelques-uns de ses codes, dans sa narration comme dans son rapport à la violence graphique. C’est le cinéma de Vaniček qui s’implante dans le paysage d’Evil Dead, avec ce qu’il charrie comme sensibilité, dont une pointe de légèreté qui rend ses personnages attachants jusque dans la débandade, et une aptitude à faire de l’horreur quelque chose de complice et de ludique avec le public.
Une famille presque imparfaite
Le mal est toujours représenté avec putréfaction et adoptant de mauvaises manières envers la chair humaine, mais il existe aussi des douleurs plus nettes, domestiques, qui précèdent largement l’arrivée des Deadites. Burn s’intéresse avant tout à une famille qui se cache derrière le déni et les apparences, où chacun porte un masque de bienveillance appelé à tomber tôt ou tard. La demeure familiale isolée dans les bois, avec ses murs délabrés et ses recoins obscurs, semble tout indiquée pour laisser remonter ce qui ne demande qu’à éclater. Alice ne prend même plus la peine de porter son alliance aux obsèques de son époux, un mari dont on devine qu’il avait le sang chaud. Car même la mort n’est pas capable de la libérer de ce deuil, qui constitue moins une rancœur à résoudre qu’un poids dont elle ne sait pas encore comment se délester.
Face à une belle-famille à la fois lâche et pathétique — la grand-mère sénile, le beau-père suicidaire, la belle-mère poule pour ses enfants, le petit frère effacé — un jeu psychologique vicieux s’installe. Les Deadites ont un don pour révéler la part d’ombre de chacun, derrière leur masque de bienveillance. Alice n’affronte plus que ses propres démons, mais ceux des autres également. Et le film ne lui offre pas d’ascension héroïque, elle reste humaine et vulnérable jusqu’au bout, dans un parcours cathartique plus que de survie en elle-même. C’est dans ce combat qu’on peut percevoir un choc des cultures qui la distingue de ses proches.
C’est sur ses épaules, justement, que repose l’essentiel du film, et Souheila Yacoub ne plie pas sous la culpabilité présumée de son personnage. Ce qui rend Alice crédible dans un premier temps, c’est précisément sa fragilité visible, qui s’accommode mal de la froideur de la belle-famille et de la charge émotionnelle de la situation. Puis, progressivement, une résistance naturelle prend le dessus, sans rupture de ton ni effet de manche, jamais au point de la transformer en final girl badass. Yacoub joue sur la divergence culturelle avec subtilité, apportant une force de frappe à la française qui s’impose là où les autres capitulent. Lorsque les personnages tombent leur masque, Alice reste debout, fragile jusqu’au bout, moins par héroïsme que par nécessité. Dommage, dès lors, que le film se repose sur quelques flashbacks dispensables pour expliciter le traumatisme d’Alice, car la justesse du jeu de Yacoub ont déjà fait le travail, et les mots qui suivent vers la fin ne font que confirmer ce qu’on savait déjà.
Dans les appendices du Necronomicon
Vaniček réduit les coupes au montage pour laisser les personnages se déplacer avec justesse à travers le film, parfois en temps réel, installant une tension supplémentaire par endroits. On a alors le sentiment que l’horreur prend lentement et malicieusement possession des lieux. Il joue aussi volontiers sur la focale, laissant quelque chose se mouvoir en arrière-plan, créant un chaos général dont il tire une énergie jubilatoire. Sur le plan technique, il déploie un arsenal d’effets pratiques remarquables, qui donnent à l’horreur une texture physique et immédiate. Il s’amuse aussi à disposer tout un inventaire domestique à la manière de Tchekhov : chaque couteau, chaque objet tranchant est introduit avec soin, avant que la maison entière ne se transforme en armurerie improvisée. L’insistance est parfois un peu trop appuyée, car on voit venir la plupart des séquences de torture avec une avance confortable, mais le côté communicatif et jouissif reste intact.
Lorsque le groupe explose et que les face-à-face deviennent inévitables, le film revient un peu sur ses rails, notamment dans un climax plus classique dans sa forme. Mais Vaniček sait jouer avec son environnement avec suffisamment de malice pour qu’on reste séduit. Globalement, le côté viscéral est plus mesuré que dans les reboots précédents, et ce n’est pas un défaut. Le cinéaste français semble moins intéressé à pousser le levier du gore à fond, comme ses prédécesseurs, que par ce que l’horreur révèle des personnages, plus diffuse et viscérale. C’est avant tout un spectacle porté par un amusement sincère, visible à chaque plan, dans le soin apporté à chaque détail sanglant. La scène filmée de l’intérieur d’une voiture parle d’elle-même.
Ce double enjeu, à la fois intime et démoniaque, trouve un écho dans la manière dont Burn traite le lore de la franchise. Evil Dead Rise avait suggéré l’existence de plusieurs ouvrages du Necronomicon, mais le film détourne cette idée sans jamais convoquer d’authentique Livre des Morts. Les incantations qui réveillent les Deadites passent ici par de simples documents de recherche, et la menace elle-même se libère du huis clos habituel pour se répandre sur les routes, comme une infestation sans frontières. C’est une manière maligne de garder l’ADN de la franchise, en gardant des connexions discrètes avec les autres films de la saga, tout en s’autorisant à s’en éloigner formellement. On sent Vaniček en explorateur prudent et respectueux, parfois retenu par le cadre qui lui est imposé, mais clairement heureux de s’y promener. La franchise avance à tâtons, dans une mythologie qui s’écrit film après film, selon la sensibilité de chaque metteur en scène qui s’y aventure.
Evil Dead Burn reste une série B inventive portée par un vrai artisanat de l’horreur, imparfaite, généreuse et sincère. Vaniček n’a pas réinventé le Livre des Morts, mais il y a laissé ses empreintes. Et quelque part dans les pages tachées de sang du Necronomicon, une nouvelle règle attend déjà le prochain réalisateur qui osera l’ouvrir.
Lisez également notre entretien avec Sébastien Vaniček et son coscénariste Florent Bernard.
Evil Dead Burn – bande-annonce
Evil Dead Burn – fiche technique
Réalisation : Sébastien Vaniček
Scénario : Sébastien Vaniček, Florent Bernard
Interprètes : Souheila Yacoub, Tandi Wright, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, Erroll Shand, Maude Davey, George Pullar
Photographie : Philip Lozano
Décors : Nick Connor
Costumes : Sarah Voon
Montage : Maxime Caro
Maquillage et VFX : Jane O’Kane
Musique : Double Danger
VFX studio: Trimaran VFX, DRGNFLY, Mac Guff, Mathematic Film
Producteurs : Sam Raimi, Robert Tapert
Producteurs délégués : Romel Adam, Bruce Campbell, Jose Cañas, Lee Cronin
Sociétés de production : New Line Cinema, Ghost House Pictures, Screen Gems
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h49
Genre : Épouvante-horreur
Date de sortie : 8 juillet 2026