Vermines : à épargner ou à exterminer

Ce qu’il y a de plus terrifiant dans les films de monstres, c’est l’attente qui précède le coup fatal. Vermines est généreusement rempli de ce genre de séquences angoissantes et a de quoi faire pâlir tout cinéphile qui estimerait avoir tout vu. Avec les codes du film catastrophe dans les gènes, tout en brossant le portrait de banlieusards sacrifiés, Sébastien Vaniček nous piège dans un nid de parasites qu’il ne faudrait pas secouer. Arachnophobes avertis, frissons garantis !

Synopsis : Face à une invasion d’araignées, les habitants d’un immeuble vont devoir survivre.

« L’angoisse n’est pas supportable sans l’humour. C’est le mélange qui fait le plaisir. » On en revient encore à la célèbre devise du maître du suspense, Alfred Hitchcock. Une leçon brillamment retenue par Frank Marshall lorsqu’il a rendu hommage aux créatures classiques d’Hollywood dans sa première réalisation, une comédie horrifique culte, Arachnophobie, sous la tutelle d’Amblin et d’Hollywood Pictures (une filiale de Disney). Ce dernier déclarait que les gens aiment avoir peur mais en riant, comme des montagnes russes. Personne ne veut être terrifié au point d’en faire une crise cardiaque. Sébastien Vaniček y a forcément pensé lorsqu’il a commencé à tisser sa propre toile cauchemardesque au sein d’un immeuble emblématique de Noisy-le-Grand, lieu de rencontre adéquate pour celles et ceux qui sont appelés à revêtir le masque de vermines.

Une cité à régner

Non sans rappeler l’expédition archéologique du père Merrin dans L’Exorciste, nous comprenons que l’antre du mal sera importé depuis un désert ardent du Moyen-Orient. L’obscurité qui cache une espèce d’arachnide, rare et mortelle, trouve la parfaite symbiose avec un complexe HLM délabré situé en Seine-Saint-Denis. L’entretien limité du bâtiment constitue également un terrain de jeu idéal lorsqu’il s’agit d’incorporer une dimension politique au film de monstre. Tout cela est d’abord vu à travers les yeux de Kaleb (Théo Christine), qui enchaîne les petites combines en espérant un jour restaurer son foyer qui tombe en ruine, tel Youri dans Gagarine. Sa sœur Manon (Lisa Nyarko) entend le contraire et cherche désespérément à trouver un nouveau point de chute. L’entraide et le partage des locataires des lieux ne suffisent pas non plus à apaiser les tensions qui y règnent, entre un énergumène un tantinet xénophobe et une concierge qui en a ras-le-bol de nettoyer les dégâts derrière les incivilités dans les espaces communs.

C’est un portrait tout chaud d’une population blasée et laissée à l’abandon dans une impasse sociale qu’il nous est donné d’observer. On rejoue la carte de l’auto-confinement, évidemment accéléré par la présence de bestioles tueuses, qui prennent d’assaut les chambres saturées en bricoles et autres souvenirs de famille, en passant par la salle de bains. Imaginez simplement où ces insectes rampants pourraient se planquer et vous les trouverez. Le film en fait une liste non exhaustive et s’en sert pour aligner des instants de frissons garantis. Les plans fixes laissent ainsi les araignées captiver toute notre attention et le cinéaste ne lésine pas sur les jeux de miroirs ou du hors champ pour atteindre sa cible, le public. Chaque plan est pensé et façonné avec énergie, afin d’immerger le spectateur dans la même cage entoilée où évoluent une bande d’amis hétéroclites, à laquelle il est possible de s’identifier. Et le travail sonore de Douglas Cavanna et Xavier Caux contribue à bousculer nos repères. Le visionnage est plus actif que jamais et promet des sensations fortes une fois que les proies sont jetées dans les arènes du Picasso.

Faire volte-face

Le premier long-métrage de Sébastien Vaniček a déjà fait le tour du monde en festival (Mostra de Venise, Sitges Film Festival, Chicago International Film Festival) avant de revenir tranquillement sur les écrans français (L’Étrange Festival, PIFFF, Les Arcs Film Festival). Moins géantes que grand-mère Tarantula, plus agressives qu’Arachnophobie, mais aussi casse-cous que Arac Attack, les créatures à huit pattes de Vermines constituent une belle promesse du cinéma de genre français. De véritables spécimens rampants ont été mêlés à des versions numériques pour les besoins de cette production. L’enveloppe de l’heteropoda maxima semble ainsi tout indiquée pour qu’elle ressemble à celles que l’on peut croiser dans nos appartements, déclare Vaniček. La photographie nébuleuse d’Alexandre Jamin aide également beaucoup ces créatures photoréalistes à devenir aussi vivantes et démoniaques que jamais.

Pour repousser cette invasion, pas question de jouer les héros comme dans Attack the block. La coalition des locataires n’a plus d’intérêt dans un moment de crise aussi mortel. Lorsque les filles hurlent de terreur, les messieurs voient leur virilité s’effriter devant une menace qu’ils ne comprennent pas. Ce décalage apporte d’ailleurs beaucoup d’humour en surface. Florent Bernard, scénariste émérite du format web-série (Bloqués, La Flamme, Le Flambeau : les aventuriers de Chupacabra), est un soutien précieux pour s’oxygéner au milieu d’une atmosphère nerveuse et anxiogène. Cette touche de légèreté est notamment bien amenée par le premier degré d’un Jerôme Niel que l’on croirait perdu dans un mauvais sketch. Que nenni. Il accapare tout le capital sympathie que l’on a pour ces héros de l’ombre, de simples personnes vulnérables qui cherchent une échappatoire à leurs conditions de vie.

Cousin des « parasites » de Bong Joon-ho, Vermines laisse également ses sujets se dévorer entre eux. Ce qui souligne d’ailleurs une défaillance dans la communication, que ce soit entre un frère et sa sœur, deux vieux amis ou encore les jeunes et la police. Et ce dernier cas pointe les effets secondaires de la peur, générés par les valeurs institutionnelles ou bien par le manque de considération. Il s’agit d’un commentaire social loin d’être aussi séduisant que les séquences dédiées aux arachnides. La dramaturgie et le divertissement qui en découlent mettent ainsi à l’honneur le point commun qui existe entre les deux espèces qui s’affrontent à l’écran. Ce sont des êtres enfermés dans une boîte et leur réflexe, c’est d’en sortir. Alors si vous êtes obstiné à vous chausser des mêmes Nike TN jusqu’à la mort, laissez-vous tenter par cette piqûre de rappel, foudroyante et jubilatoire.

Bande-annonce : Vermines

Fiche technique : Vermines

Réalisation : Sébastien VANICEK
Idée originale : Sébastien VANICEK
Scénario : Sébastien VANICEK, Florent BERNARD
Production : Harry TORDJMAN
Image : Alexandre JAMIN
Son : César MAMOUDY, Samy BARDET
Mixage : Vincent COSSON
Musique originale : Douglas CAVANNA, Xavier CAUX
Mise en scène : Robin PLESSY, Amonlath PHOLYOTHA
Casting : Constance DEMONTOY
Scripte : Mayliss DESAINT-ACHEUL
Montage : Nassim GORDJI-TEHRANI, Thomas FERNANDEZ
Décors : Arnaud BOUNIORT
Costumes : Marie-Lola TERVER, Marlène HERVÉ
Maquillage : Stéphanie GUILLON, Lucky NGUYEN
Coiffure : Nicolas CUEFF
SFX : Pascal LARUE, Sarah PARISET, Pierre PARRY
VFX : Thierry ONILLON, Léo EWALD
Direction de production : Samuel AMAR
Direction de post-production : Chloé BIANCHI
Production : MY BOX FILMS
Distribution France : TANDEM
Durée : 1h45
Genre : Epouvante-horreur
Date de sortie : 27 décembre 2023

Vermines : à épargner ou à exterminer
Note des lecteurs1 Note
3.5

Festival

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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