Gagarine : l’appel du ciel

Alors que les salles de cinéma viennent de réouvrir, le cinéma français nous abreuve d’excellents films. Après La Nuée, Médecin de nuit ou même Slalom, c’est au tour de Gagarine de nous éblouir avec ce conte social filmé par le prisme de l’aventure spatiale. 

Gagarine, dans un mouvement perpétuellement vertical, avec d’un coté un bâtiment de cité qui doit s’effondrer en emmenant de nombreux souvenirs avec lui, et de l’autre, une jeunesse qui tente de s’élever vers un avenir qu’elle souhaite étoilé, fait le pont entre un périple social habité par la solidarité et l’envie de construire avec les prémices du rêve spatial. Entre l’envie de certains de rester sur Terre, de se battre pour le moment présent, de faire pousser des racines sociales et territoriales qui sont les leurs et cette sensation d’apesanteur qui happe les vestiges d’une banlieue comme si cette dernière était un vaisseau composé de capsules spatiales, le film ne privilégie aucun des deux versants, pour au contraire les faire cohabiter avec perfection. 

Que cela soit par le biais de sa mise en scène aérienne, son sublime mixage sonore en adéquation avec son ambition ou même sa bande sonore qui rappelle les derniers Ad Astra ou même d’autres grosses écuries américaines que sont par exemple Interstellar, Fanny Liatard et Jérémy Trouilh trouvent facilement le juste milieu et la recette parfaite pour sublimer cette recherche de réalisme qui se répercute avec le regard du jeune Youri imprégné par l’envie d’évasion qui rappelle parfois celui d’Alain Damasio. Youri aime son quartier et fait tout pour rénover les artères de sa cité afin que cette dernière ne disparaisse pas, lui faisant espérer revoir sa mère mais aussi voir toute une communauté respirer et vivre « confortablement ». 

Sans vouloir minimiser quoi que ce soit ou dévaler toute représentation, Gagarine est un peu « l’anti » Bac Nord ou Les Misérables. Un film qui parle de solidarité, de débrouille dans la misère sociale, d’une jeunesse qui se bat pour ses ainés, qui sans fermer les yeux sur les conditions de vie déplorable de certains habitants (le père de Houssam), des abandons familiaux (Youri), des violences étatiques et systémiques présentes (le délogement de la famille de Diana), le quotidien de ces quartiers avec les petits dealers du coin (le personnage presque burlesque mais mélancolique de Dali), et arrive à faire naître une poésie aussi naturaliste que stellaire grâce à son détachement de la réalité. 

En ce sens, la séquence de l’éclipse est l’une des plus belles du film : cette entraide vivante, le sourire aux lèvres, d’une communauté apaisée et fédérée. Même si ces moments s’avèrent éphémères, ils méritent d’être vécus. Mais ce qui dénote dans Gagarine avec les films précités juste au-dessus, ce n’est pas seulement la différence de traitement autour de la population mais aussi et surtout sur la représentation architecturale de la banlieue : là où Les Misérables ou même des films comme le non moins très bon Frères Ennemis scrutent les ruelles de cité comme des affres tentaculaires où les violences sociale et physique peuvent se trouver à chaque périmètre, Gagarine filme avec grâce les contours d’un quartier qui mérite de l’attention, autant humaine que structurelle. 

Porté par sa caméra mouvante, le regard des deux cinéastes est malgré tout toujours à hauteur d’homme, notamment celui de Youri ou Diana. Que cela soit à travers sa première partie, plus communautaire, documentariste et sa deuxième, plus solitaire, fantastique et introspective, Gagarine n’en oublie jamais les fondements de ses intentions : filmer l’émotion débordante d’une jeunesse qui souhaite juste réaliser ses rêves. 

Bande Annonce – Gagarine

Synopsis : Youri, 16 ans, a grandi à Gagarine, immense cité de briques rouges d’Ivry-sur-Seine, où il rêve de devenir cosmonaute. Quand il apprend qu’elle est menacée de démolition, Youri décide de rentrer en résistance. Avec la complicité de Diana, Houssam et des habitants, il se donne pour mission de sauver la cité, devenue son  » vaisseau spatial « .

Fiche Technique – Gagarine

Réalisation : Fanny Liatard et Jérémy Trouilh
Scénario : Fanny Liatard, Jérémy Trouilh, Benjamin Charbit
Casting : Alséni Bathily, Lyna Khoudri, Jamil McCraven, Finnegan Oldfield
Durée : 1h38 minutes
Genre: Drame/
Date de sortie : 23 juin 2021 (Haut et Court)

 

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