Ash vs Evil Dead : critique série saisons 1 et 2

Sommet d’humour noir, d’une inventivité burlesque et horrifique défiant toute concurrence, l’univers Evil Dead passe avec brio le cap du petit écran et s’impose comme le digne successeur des films de Sam Raimi.

Plus qu’un hommage : une véritable continuité

Necronomicon, deadites, armée des ténèbres… Pour bon nombre de cinéphiles, ces termes ne sont pas inconnus et symbolisent le caractère culte qui entoure la trilogie Evil Dead. Ces trois films sont l’œuvre d’un esprit pas comme les autres, en l’occurrence celui de Sam Raimi, véritable passionné de cinéma depuis le plus jeune âge, et réalisateur accompli dans le genre horrifique et fantastique. D’acabit très différent les uns des autres (l’horreur pur pour le premier, la comédie gore aspect pour le second en terminant par un troisième volet délirant et tendance « héroic fantasy »), les films témoignent d’une maestria technique caractérisant le cinéma de son réalisateur : une caméra virtuose et dynamique à travers des travellings rapides et gros plans sur visages, un sens acéré du découpage et du montage et une iconisation de ses personnages. Ils ont également su dépasser les caractéristiques du film d’horreur pour s’affranchir de ce simple statut et devenir tout simplement au fil des années une véritable référence. L’annonce d’une série consacrée au héros de la saga, Ash, incarné par Bruce Campbell, avait donc de quoi attiser grandement la curiosité, surtout lorsqu’on sait que le projet est porté à bout de bras par Sam Raimi et Bruce Campbell eux-même, mais aussi les craintes les plus profondes chez les nombreux fans. Revenir ainsi 22 ans après le troisième opus ne se justifiait que très partiellement, surtout après la sortie en 2013 d’un remake du premier film, certes à l’esthétisme très réussi mais d’un goût discutable. L’inventivité dont ont fait preuve les deux compères est-elle toujours présente cette fois-ci sur le petit écran, ou n’est-elle qu’une façade pour cacher un projet ne tenant que sur de très faibles bases ?

Que les fans de la première heure (et les autres) se rassurent : titillant notre fibre nostalgique tout en poursuivant des thèmes nouveaux, Raimi, d’ailleurs en charge de la réalisation du pilote, et Campbell s’amusent comme des dingues et nous livrent une des meilleurs séries du moment. Ni plus, ni moins ! Et dès les premières minutes, nous sommes conquis. En à peine une demi-heure, ils montrent leur savoir-faire à travers de nombreux artifices : personnages haut en couleur, hémoglobine à souhait, deadites et le retour de la fameuse tronçonneuse au terme d’un ralenti mythique rythment cet épisode et constituent la symbiose de leur plaisir à retravailler ensemble dans un projet dont il maîtrise toutes les ficelles. Car c’est bien simple, le plaisir, cette fois chez le spectateur, ne s’affaiblira aucunement tout au long des 20 épisodes constituant ces deux premières saisons. Mieux : il monte crescendo.

Du fun, du gore, et une bonne tranche de rire !

 

Et ce pour plusieurs raisons ! La principale d’entre elles est bien entendu l’aspect comique, fer de lance des deux derniers films originaux, qui est ici développé dans sa plus belle outrance. Tantôt irrévérencieuse, où même des enfants peuvent être victimes de la malédiction du livre des morts (en l’occurrence, broyé par un ventilateur de plafond), tantôt extrêmement potache (parmi de nombreux exemples, on peut citer Ash entraîné par les tripes d’un macchabée à l’intérieur de ce dernier…en passant par le plus petit orifice du corps humain…), la comédie revêt divers aspects et n’est pas forcément là où on l’attend. Ce qui est bénéfique, surtout en ces périodes où elle a bien du mal à se renouveler, que ce soit dans le paysage cinématographique ou l’univers des séries télé.

Cette inventivité se retrouve également dans le panel diversifié des antagonistes de nos héros. Outre les désormais célèbres cadavéreux, on retrouve des monstres d’outre-tombe ressemblant étrangement aux créatures de The Descent, une redoutable poupée haute comme trois pommes et aux arguments tranchants, une voiture possédée que n’aurait pas renié John Carpenter, ou encore un énorme zombie à l’aspect volontairement grotesque évoquant furieusement le monstre final de Braindead. Cet aspect que l’on qualifiera d’artisanal, notamment dans les maquillages et les effets gore, en rajoutent une couche dans le plaisir nostalgique éprouvé face à Ash vs Evil Dead. Le but n’est pas d’envahir l’écran d’effets numériques polluant tout effet de terreur (par ailleurs relativement discrets et utilisés à bon escient), mais bien de proposer des maquillages et visuels fait à la main, renforçant le côté trash de certaines scènes. Il suffit de voir les têtes explosées, visages et peaux arrachées et autres tortures physiques subies par les protagonistes pour s’en convaincre. Ne voulant pas se rapprocher de la perfection d’un Rob Bottin et de son formidable travail sur The Thing, les créateurs reviennent à leurs premiers amours, en évoquant la trilogie originale mais aussi tous les longs métrages de la même époque de catégorie similaire, à l’instar des premiers Peter Jackson (Bad Taste) et d’autres OVNI cinématographiques (Re-Animator).

Le mythe Bruce « Ash » Campbell

 

Enfin, il est pour ainsi dire impossible d’évoquer Ash vs Evil Dead sans parler de son personnage principal : Ash Williams ! Armé de son canon scié et de sa tronçonneuse, ce personnage a connu une telle iconisation au fil des films, poussée à l’extrême dans le troisième volet car il est vu comme un véritable messie, qu’il est absolument jouissif de le revoir déchiqueter en masse du zombie 23 ans après ! Surtout qu’il revêt absolument toutes les caractéristiques de l’anti-héros : porté vers la boisson, à tendance raciste, vulgaire, beauf, et profondément stupide. C’est quand même par sa négligence et une bonne dose de drogue que toute cette histoire commence ! Il arrive pourtant à s’en affranchir pour afficher une tendance héroïque à part entière, arborant fièrement ses armes de prédilection et sauvant ses amis dans les situations les plus folles. De même, le développement du personnage est très intéressant au fil des deux saisons. En effet, si la première s’apparente davantage à un hommage en bonne et due forme reprenant les éléments les plus emblématiques de son univers (la cabane perdue dans les bois, la main coupée d’Ash, le mysticisme entourant le Necronomicon…), la seconde va encore plus loin en développant les origines du personnage, et en creusant davantage son antériorité. Une grande partie de son enfance et adolescence est mise à découvert notamment à travers son village et sa maison d’enfance et la relation difficile qu’il entretient avec son père (formidable Lee Majors, célèbre Homme qui valait trois milliards, présent dans la saison 2). Le rôle est bien sûr repris par Bruce Campbell, visiblement ravi de retrouver son personnage fétiche. Tout en mimiques, gesticulations et répliques bien senties, il porte la majeure partie du show sur ses épaules. Mais pas que !

 

Car ses autres comparses ne sont pas en reste. Il est par exemple affublé de deux partenaires aussi opposés que complémentaires : Kelly, une jeune battante au caractère bien trempé, et Pablo, petit freluquet admiratif d’Ash mais ne manquant pas de témérité. La relation du trio fonctionne bien, tant et si bien que la personnalité de Campbell ne les éclipse pas. Rajoutons également Lucy Lawless (célèbre Xena de la série du même nom), antagoniste principale de la première saison avant de devenir un compagnon d’armes essentiel à leur quête, ainsi que Joel Tobeck, réincarnation du diable se baladant de peau en peau. Tous interprètent sans exagération ni cabotinage leurs rôles. Petite ombre au tableau cependant : le personnage de Samantha, pas particulièrement attachant et dont la romance naissante avec Ash arrive sans justification particulière. De même, certains spectateurs peuvent aller plus loin en montrant du doigt certaines facilités scénaristiques. C’est notamment le cas pour la passation des deux premières saisons avec une conclusion un brin poussive, ou tout simplement l’origine même de la série, où Ash réveille à nouveau les démons en citant, sous l’emprise de la drogue, les passages du Necronomicon (et ce malgré tout ce qu’il a vécu précédemment). Toutefois, il s’agit de facilités excusables, car elles résultent de décisions prises par Ash lui-même, ne brillant nullement par leur logique.

A l’heure du bilan, ces deux premières saisons inaugurent très positivement une série ne ressemblant à aucune autre, et où le spectateur est pressé de la retrouver pour d’autres aventures hautes en couleur. Décérébrée, transgressive et décomplexée, Ash vs Evil Dead est avant tout le fruit des retrouvailles de sales gosses passionnés, aimant profondément leurs références et bousculer ce qui se fait actuellement en matières de séries. Et ça fait du bien !

Synopsis : Ash Williams, ex tueur de démons, vient de passer ces 30 dernières années à vivre dans une caravane et bosser comme vendeur dans un magasin de bricolage. Mais un soir où il est fortement alcoolisé, il fait l’erreur de lire le Nécronomicon qui fait revenir les Cadavéreux, qui menacent ainsi de détruire l’humanité. Ash est contraint de sortir de sa retraite de tueur de démons pour sauver le monde à l’aide de son fusil Remington calibre 12 à canon scié et de sa tronçonneuse fixée à sa main droite.

Ash Vs Evil Dead : Bande annonce

Ash Vs Evil Dead : Fiche Technique

Créateur : Sam Raimi, Bruce Campbell et Craig DiGregorio
Réalisation : Sam Raimi, Michael J Bassett, David Frazee, Michael Hurst, Tony Tilse, Rick Jacobson, Mark Beesley
Scénario : Michael J. Bassett, Sean Clements, Zoe Green, Sam Raimi, Ivan Raimi, Craig DiGregorio, James Eagan, Dominic Dierkes, Rob Wright, Tom Spezialy, Christina Welsh, Hank Chilton, William Bromel
Interprétation : Bruce Campbell (Ashley « Ash » Williams), Ray Santiago (Pablo Simon Bolivar), Dana DeLorenzo (Kelly Maxwell), Lucy Lawless (Ruby Knowby), Jill Marie Jones (Amanda Fisher), Lee Major (Broke Williams)…
Production : Sam Raimi, Bruce Campbell, Craig DiGregorio, Robert G. Tapert
Sociétés de production : Starz, Renaissance Pictures
Genre : Horreur, comédie
Format : 10 épisodes de 30 minutes environ
Chaine d’origine : Starz
Diffusion aux USA : depuis octobre 2015

Etats-Unis – 2015

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Kevin Beluche
Kevin Beluchehttps://www.lemagducine.fr/
Grand passionné de cinéma depuis mes 3 ans, âge auquel j’ai pour la première fois mis les pieds dans une salle de cinéma (Aladdin !), je n’ai depuis cessé d’alimenter mon amour vis-à-vis du septième art. A travers des critiques ponctuelles, des discussions endiablées entre passionnés et amis, de nombreux achats d’objets collector et de sorties, cet art est devenu un réel besoin ne demandant qu’à être assouvi encore davantage. Ayant un double diplôme dans la finance et la comptabilité à Nancy, je travaille actuellement dans une boite de BTP en tant que responsable administratif. Mais fort heureusement, le cinéma ne m’a jamais réellement lâché, l’écriture me permettant de transmettre les rouages et mécanismes de ma passion.

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