Midsommar de Ari Aster, secte de la vie conjugale

Après avoir fait parler de lui l’été dernier avec le choc Hérédité, Ari Aster ne s’est pas fait attendre très longtemps pour transformer l’essai avec son deuxième film, Midsommar. Au programme : des rituels païens, un soleil sans fin, et un couple sur le bord de l’implosion.

Comme dans son précédent film, Hérédité, Ari Aster utilise un deuil familial comme catharsis de son histoire. Sauf qu’au contraire d’Hérédité, où la scène choc arrivait après une trentaine de minutes, cette dernière ouvre Midsommar. Il s’agit d’ailleurs d’une des rares séquences nocturnes du film. Dès cette introduction, Ari Aster place toutes les thématiques qui vont être exploitées dans Midsommar et arrive à parfaitement présenter la situation conjugale entre ses deux protagonistes, Dani et Christian. Un couple qui bat de l’aile depuis quelques temps, et la situation familiale compliquée de Dani n’arrange pas son état psychologique. Alors qu’au cours d’une conversation téléphonique, on entend Dani s’effondrer en larmes et hurlements, la caméra d’Ari Aster se déplace lentement dans la maison des parents de Dani pour nous faire découvrir avec horreur la vision cauchemardesque des corps de la famille asphyxiée par des gaz d’échappements dans un suicide collectif. Un choc rude pour Dani qui se referme encore plus sur elle-même. Pris d’une certaine culpabilité, ayant l’intention de la quitter avant cette tragédie, Christian se décide donc à inviter sa petite amie à un voyage en Suède organisé avec des amis anthropologues dans le but d’assister aux festivités du Midsommar.

Loin de s’aventurer dans les terrains balisés de l’horreur à base de petite cahute dans les bois et d’ambiance nocturne constante, Midsommar en prend même le contre-pied total. Ayant lieu pendant le solstice d’été dans une petite communauté à 4 heures au nord de Stockholm, le soleil en devient l’invité permanent, brillant près de 22 heures sur 24. À cela est couplée une ambiance champêtre, où fleurs, fresques colorées, et habitants aux airs hippies viennent compléter le décorum. Mais ce n’est pas pour autant que ce cher Ari Aster ne va s’empêcher d’instaurer une atmosphère des plus pesantes contrastant en tout point avec l’imagerie pastorale qu’il nous offre. Très vite les festivités vont prendre une tournure beaucoup plus angoissante quand Dani et ses amis vont assister au premier rituel sacré de cette colonie. Une séquence choc qu’Ari Aster va nous montrer de la manière la plus frontale qui soit avant de s’intéresser plutôt aux réactions épidermiques qu’elle entraîne sur ses personnages. De cette façon, ce climat oppressant ne va jamais quitter les festivités. Le moindre petit détail est annonciateur, qu’il s’agisse d’un travelling le long d’une fresque racontant la confection peu ragoutante d’un philtre d’amour ou même la présentation d’un temple interdit d’accès.

Par son sens du cadre et de la mise en scène que l’on avait déjà pu observer dans Hérédité, Ari Aster nous émerveille en retranscrivant avec une minutie de tous les instants les festivités du Midsommar. Le soin qu’il apporte nous transporte directement dans ce monde aux allures de conte de fées morbide. C’est toute cette opposition entre la beauté des images que filme Aster et le climat anxiogène qu’elles suscitent qui fait la force de Midsommar. Il faut dire qu’Aster peut s’appuyer sur une bande-son vertigineuse capable à elle seule de nous faire hérisser les poils. À côté de ça, le cinéaste n’hésite pas non plus à nous faire rire, parfois nerveusement devant le malaise suscité par les actions incrédules de ses personnages ou même de façon plus heureuse en disséminant des pointes d’humour ici et là, notamment au travers du personnage de Will Poulter. Tout cela contribue encore et toujours à l’étrangeté de Midsommar. Même dans ces séquences plus angoissantes, Aster emprunte différents chemins. Il peut s’agir de trips hallucinogènes où il expérimente avec la distorsion des éléments ou plonger tête la première dans un grotesque païen marchant sur la ligne raide avec le ridicule sans jamais y tomber. La durée colossale du film (presque 2h30) est nécessaire à la démarche entreprise par Aster et contribue pleinement au caractère pesant du long-métrage.

Alors qu’il questionnait la cellule familiale dans Hérédité, Ari Aster s’intéresse ici plus particulièrement au couple. Tandis que ce dernier est au bord de la rupture, ce voyage à l’autre bout du monde aurait pu jouer le rôle d’une thérapie de couple pour Dani et Christian. Finalement, les choses ne vont pas se passer sous les meilleurs auspices. Au côté de l’avancée des festivités, le délitement du couple va être le moteur du film. Chaque action ou parole échangée entre Dani et Christian contribue à détériorer le climat environnant. De cette façon, Ari Aster a également qualifié son film d’anti-comédie romantique. Il faut alors saluer la performance absolument remarquable de Florence Pugh qui avait déjà su faire parler d’elle avec The Young Lady. L’interprète de Dani est ici criante de vérité, et offre une complexité fascinante à son personnage en deuil dont le trauma récent va se réveiller au contact des coutumes de cette secte si particulière. D’une étrange façon et au travers d’une séance de danse à la limite de la transe, Dani va se voir offrir une certaine émancipation, lui permettant de s’échapper de l’emprise de Christian qui sera quant à lui utilisé à des fins purement reproductrices dans un séquence d’accouplement des plus inconfortable. De manière générale, les personnages masculins n’offrent pas des portraits très reluisants, étant soit obnubilés par le sexe (Mark) ou en train de s’écharper pour un sujet de thèse (Josh et Christian).

Après la surprise Hérédité, Midsommar marque donc définitivement la consécration d’Ari Aster en tant qu’auteur. Il livre un film d’horreur sortant des carcans, misant énormément sur son ambiance suffocante, sa mise en scène pointilleuse, et la psychologie de ses personnages. De cette façon, il convoque tout autant Robin Hardy pour le côté horreur païenne que Bergman pour son autopsie du couple. Midsommar est un film âpre et exigeant, mais qui ravira les cinéphiles à la recherche d’un nouveau frisson.

Midsommar – Bande Annonce

Midsommar – Fiche Technique

Réalisateur : Ari Aster
Scénario : Ari Aster
Interprétation : Florence Pugh, Jack Reynor, Will Poulter, William Jackson Porter, Vilhelm Blomgren…
Photographie : Pawel Pogorzelski
Montage : Lucian Johnston
Musique : The Haxan Cloak
Producteurs : Patrick Andresson, Lars Knudsen
Maisons de production : B-Reel Films
Distribution : A24
Durée : 150 min.
Genre : Horreur, drame
Date de sortie : 31 Juillet 2019
Etats- Unis– 2019

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Festival

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