La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Stéphane Demoustier filme un adolescent qui ne réagit à rien, au point de se perdre dans son propre mutisme. Avec La chaleur, il signe un drame aussi appliqué qu’engourdi, où la minutie de son geste finit par s’engloutir dans le silence qu’il filme.

Synopsis : Il fait anormalement chaud sur les plages des Landes et Marouane, 17 ans, passe sa dernière journée au camping avec une angoisse : le corps qu’il a enseveli la veille sur la plage va-t-il apparaitre au grand jour ? Marouane se demande par ailleurs s’il n’est pas en train de tomber amoureux de la charmante Giulia.

Est-on obligé de faire un film atone pour incarner la violence asthénique d’un adolescent ? Non. De même qu’on ne serait pas obligé de faire un film dépressif pour parler de la dépression. Pourtant, Stéphane Demoustier, coutumier des récits sous tension et prenants (notamment La fille au bracelet, Borgo), s’enlise ici dans un parti pris périlleux : calquer sa mise en scène sur l’apathie chronique de son héros. Résultat ? Une œuvre d’une finesse indéniable, d’une subtilité sensible avérée, mais d’un ennui si dense qu’il en devient presque étouffant.

Dépressions adolescentes et autres (absences de) métamorphoses

Marouane (Hadrien Hussein), en vacances dans les Landes, traîne son spleen et son arrogance taciturne sous un soleil de plomb. Entre parents, frère et sœur, il déambule, claquettes-chaussettes aux pieds, oscillant entre sympathie fade et exaspération pure. Rien ne l’atteint, rien ne le tire de sa torpeur existentielle. On pense à Meursault, version 2026 : un personnage indéfini encore en jachère morale, pas tout à fait né à lui-même, ni au monde.

Asphyxie de la narration

Heureusement, il y a son pote (Tristan Richard), espèce de trublion de Tinder, débordant d’énergie et de testostérone, qui court après les filles avec une franchise désarmante. Mais là encore, le film force le trait : ce camarade, choisi pour sa silhouette atypique, semble sorti tout droit d’un casting à thèse, tant son écriture appuie là où elle devrait suggérer.

C‘est là toute l’étrangeté de La chaleur : il ne s’y passe quasiment rien – à l’exception d’un basculement fondateur, aussi brutal que mal digéré – et pourtant, tout y est trop écrit, trop référencé. La gendarmette, par exemple, semble tout droit échappée d’un Bruno Dumont, mais sans la grâce absurde : son rôle, trop appuyé, frôle la caricature, ou du moins l’obligation artificielle. Elle fait quasiment partie d’un autre film, et celui-là, nous voudrions le voir.

Dans cet été moite et suffocant, Marouane découvre coup sur coup l’amour et le meurtre, sans que jamais sa conscience ni son corps ne semblent vraiment affectés. Profondément indéterminé pendant les trois quarts du film, le personnage de Marouane, que le film ne quitte pas d’une semelle de claquette, place cette œuvre de Demoustier dans une inertie peu cinématographique.

Tact sans pouls

Reste cependant une certaine justesse dans la façon de filmer l’intranquillité adolescente, cette béance du temps et des sensations. Un tact sûr. Et surtout, une éclaircie : Julia (Martina La Manna), personnage plus lumineux et vivant, qui semble incarner l’unique respiration et le dynamisme de ce long été amorphe.

La chaleur – fiche technique

La chaleur – fiche technique

Réalisation : Stéphane Demoustier
Scénario : Stéphane Demoustier, d’après le roman éponyme de Victor Jestin
Interprètes : Hadrien Hussein, Tristan Richard, Martina La Manna
Photographie : David Chambille
Montage : Damien Maestraggi
Décors : Catherine Cosme
Costumes : Camille Rabineau
Musique : Pierpaolo Saccomandi
Producteurs : Jean des Forêts, Amélie Jacquis
Société de production : Petit Film
Pays de production : France
Société de distribution France : Memento Distribution
Durée : 1h33
Genre : Drame
Date de sortie : 8 juillet 2026

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !

Evil Dead Burn : Le feu des aveux

En confiant "Evil Dead Burn" à Sébastien Vaniček, Sam Raimi a fait le bon choix. Le réalisateur de Vermines signe un sixième épisode généreux, où le trauma familial et la violence conjugale nourrissent l'horreur démoniaque. Porté par une Souheila Yacoub habitée, le film brûle de l'intérieur avant même que les Deadites n'entrent en scène.

L’Inconnue : le trouble de Jésus et de Marie

"L'Inconnue" est un film qui ne ressemble à aucun autre. Arthur Harari y filme l'indicible : l'égarement de l'âme dans un corps qui n'est plus le sien. Porté par Léa Seydoux en madone hagarde et Niels Schneider en Christ sacrifié, ce thriller de l'inconscient nous happe et nous largue, laissant planer un doute vertigineux : savons-nous vraiment qui nous sommes ? Un film opaque, charnel, parfois insaisissable, mais dont la grâce primitive nous hante longtemps après le générique

Kwaïdan (1964) de Masaki Kobayashi : le temps suspendu des spectres

Si sa durée et son rythme peuvent représenter une épreuve exigeante pour le public d’aujourd’hui, "Kwaïdan" n’a en revanche rien perdu de sa poésie et de son enchantement des sens. Une œuvre inclassable et envoûtante.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !

Evil Dead Burn : Le feu des aveux

En confiant "Evil Dead Burn" à Sébastien Vaniček, Sam Raimi a fait le bon choix. Le réalisateur de Vermines signe un sixième épisode généreux, où le trauma familial et la violence conjugale nourrissent l'horreur démoniaque. Porté par une Souheila Yacoub habitée, le film brûle de l'intérieur avant même que les Deadites n'entrent en scène.