On a vu la bande-annonce, les premières photos, on a cru à une blague. Robbie Williams, représenté par un singe dans son biopic ? Mais pourquoi ? Cette simple idée, suffisamment neuve et intrigante, est parvenue à créer un véritable intérêt pour le film. Dans une ère où les biopics se ressemblent tous plus ou moins, un peu de neuf ne se refuse pas. Porté par Michael Gracey, connu pour The Greatest Showman, Better Man réussit à convaincre, malgré quelques défauts.
Song of the Planet of the ape
Rentrons directement dans le sujet qui intéresse tant : pourquoi un singe ? Le film l’explique d’entrée de jeu. Si ce n’est pas un être humain que vous verrez durant la projection, c’est pour une raison simple. Robbie Williams ne se voit pas comme un être particulièrement évolué, mais plutôt comme un animal. De cette vision nait une idée géniale. Mieux encore. Qui de mieux pour incarner le chanteur que le chanteur lui-même ? Oui, à l’instar du tristement célèbre Le 15h17 pour Paris, c’est bel et bien Robbie qui prête sa voix et son talent à son personnage (Avec Jonno Davies à la motion-capture). De là et dès les premiers instants, quelque chose frappe : Better Man est un projet fait avec le cœur, généreux et énergique. Il faut dire que la personnalité de Williams, additionnée à la patte artistique de Gracey, c’est la promesse d’un beau mélange !
Puis, bon… on commence à les connaitre, maintenant, les biopics musicaux. On les connait par cœur, même. Depuis l’infâme Bohemian Rhapsody, on en mange. Si quelques-uns sortent réellement du lot, comme les merveilleux Rocketman ou Elvis, la plupart vont de sympathiques à passables. D’autres sont carrément mauvais. Coucou One Love. Better Man n’est d’ailleurs pas le seul représentant du genre qui chantera dans nos salles en Janvier. Bob Dylan sera également à l’honneur à la fin du mois avec Un Parfait Inconnu. J’ai pu le voir et… on en parlera plus tard. Avec ce film là, par cette simple idée de représenter le chanteur par un animal, on échappe déjà à cette forme de traditionalisme qui rend tous les biopics similaires ou presque. Mieux encore, on oublie assez vite que quelque chose cloche et, après quelques minutes de film seulement, c’est Robbie Williams que l’on voit à l’écran. Aidé par un visuel en CGI assez réussi, bien que loin des prouesses techniques atteintes avec les dernier opus Planet of the Apes, le singe prend vie très naturellement et nous entraine sans difficulté dans son histoire.
This is me !
Bon, c’est un singe qui occupe l’écran, très bien. Et après ? Better Man échappe-t-il au cycle connu dans ce genre d’oeuvre ? Le cycle en question : présenter un individu devenu star mondiale, le voir dépassé par son succès et montrer de quel manière il est parvenu à s’en sortir. La réponse est non. Après, posons-nous la question : peut-on en vouloir au film si Williams a connu ce qu’a traversé une très grande partie des célébrités dépassées par leur succès ? Car, en l’état, si l’intrigue suit bel et bien un schéma narratif bien connu, difficile de réellement le lui reprocher, quand c’est le principal intéressé qui a tout supervisé. Durant 2h15, nous suivrons le chanteur dans toutes les étapes de sa vie, de l’enfance au succès, en passant par la drogue, sans oublier les drames. Parfois très drôle, souvent juste et touchant, le film procure de belles émotions tout du long. La performance de Williams, qui réinterprète lui-même la quasi intégralité des chansons du film, y est pour beaucoup.
Tout n’est malheureusement pas parfait. Le projet n’échappe pas à quelques longueurs et problèmes de rythme. Si la mise en scène fonctionne très bien dans sa globalité, on est parfois perdu dans le temps et l’espace. Robbie étant souvent pris d’hallucination, il est parfois difficile de distinguer le réel, même pour nous spectateurs. Dans l’idée, c’est là tout l’intérêt du concept, dans les faits, on est plus perdus qu’autre chose. Heureusement, cela ne concerne qu’une ou deux séquences, qui surviennent malheureusement à des points clés de l’intrigue. On regrette aussi que certains évènements que l’on aurait adoré découvrir sont survolés ou carrément oubliés, malgré la durée du film. Le rythme ne parvient pas à trouver un réel équilibre dans sa narration et c’est franchement dommage, car l’implication émotionnelle fonctionne réellement.
The Greatest showman(key)
Mais qui dit film particulier dit réalisateur particulier. Dès les premières minutes, on reconnait instantanément le style de Michael Gracey. En deux films, le cinéaste est parvenue à imposer une patte artistique propre. Ceux qui ont vu The Greatest Showman ne seront pas dépaysés, tant les deux oeuvres se ressemblent. La photographie n’est jamais naturelle, les arrière plans font faux et les décors sont visibles à des kilomètres. Pourtant, Better Man reste beau, enfin, pour ceux qui adhèrent à ce style visuel. Certains plans sont réellement somptueux et chaque cadrage a été étalonné avec soin, pour correspondre à la volonté créative du réalisateur. A l’instar de Robbie Williams qui se voit constamment dans un autre monde, Gracey emporte les spectateurs dans un univers irréel. Fort pratique pour justifier que tout le monde se mette à danser et chanter sans justification. On citera pour exemple la magnifique reprise de Rock DJ, véritable déluge d’énergie et de good vibes filmé en plan séquence, offrant un superbe moment hors du temps. Où, on se souviendra d’un super moment d’amour avec She’s the one.
Car, oui, ca chante dans Better Man. Ca chante très bien, d’ailleurs. Chaque chanson, directement piochée dans la discographie du chanteur, trouve une vraie place dans la narration. Même les plus réfractaires aux comédies musicales pourraient s’y retrouver, tant elles s’imbriquent bien dans l’intrigue. La caméra fait souvent mouche, placée justement et aidée par un montage efficace, prenant son temps avant de faire des coupes. Certaines scènes de concerts n’hésitent pas à jouer avec le gigantisme, à travers de magnifiques plans larges bluffants d’esthetisme. Enfin, impossible de ne pas terminer par une scène d’action, résultat d’hallucinations matérialisées par les psychoses du chanteur. Je spoilerai peu, mais quand on fait de meilleures scènes d’action que certains films récents spécialisés dans le domaine… certains studios devraient se remettre en question.
Bande-annonce : Better Man
Fiche technique : Better Man
Réalisation : Michael Gracey
Scénario : Simon Gleeson, Oliver Cole, Michael Gracey
Montage : Jeff Groth, Spencer Susser, Martin Connor, Lee Smith, Patrick Correll
Image : Erik A. Wilson
Musique Originale : Batu Sener
Direction artistique : Michael Bell, Jennifer A. Davis, Tony Drew et Mark. C. Stephen
Décors : Joel Chang
Producteurs : Paul Currie, Michael Gracey, Coco Xiaolu Ma, Craig McMahon, Jules Daly
Sociétés de production : Sina Studios, Facing East Entertainment, Rocket Science, Lost Bandits, Footloose Productions
Société de distribution : Paramount Pictures
Pays de production : Australie, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni
Durée : 2h15
Genre : Biopic Musical
Date de sortie : 22 Janvier 2025





