Inspiré des événements de l’attentat du Thalys, 15h17 pour Paris retrace la genèse des trois héros américains qui ont neutralisé Ayoub Elh Khazzani, terroriste du train. Avec ce film, Eastwood n’échappe pas à un manichéisme patriotique pro-militaire navrant mais propose une oeuvre troublante qui interroge sur la limite entre fiction et réalité.

Hasard ou destin ?
La durée du film est très courte (1h34) et n’aurait pas mérité une seule minute de plus tant le récit de vie est étiré. Et c’est ici qu’Eastwood commet sa plus grosse erreur : en essayant de donner un sens métaphysique à l’acte d’hommes qui n’ont été là que par hasard. Mais on ne peut nier la réalité historique et factuelle de l’événement : ces hommes se sont bien trouvés là et ce sont leurs expériences passées qui leur ont permis de Sauver la vie de centaines de personnes. Ainsi, plusieurs éléments disséminés au cours de l’histoire prennent tout leur sens lors de la scène finale. L’addiction d’Anthony aux selfies fera bouger la bande de potes vers la première classe, là où il y a une meilleure wifi pour poster les photos sur Instagram. Un cours de survie donné à Spencer Stone quelques années plus tôt va lui permettre de maintenir en vie Mark Moogalian, victime d’une balle tirée par le terroriste. Un homme dans un bar donnera envie aux amis de se rendre à Amsterdam, puis de passer par Paris. Un nombre incroyable d’éléments ont mené à cet acte d’ héroïsme, sans lequel l’histoire serait bien différente. Et c’est en essayant de s’approprier une histoire de hasard et de chance pour servir son idéologie conservatrice et religieuse qu’Eastwood rate son film. Le long-métrage semble d’ailleurs jouer sur cette ambiguïté, sans faire exprès. D’un côté, il émet une prophétie quasi-divine qui mène Spencer Stone à son destin, et de l’autre il souligne de nombreuses fois le hasard lié aux décisions des héros.
Quand s’arrête la fiction ?

L’apothéose de ce lien curieux entre fiction et réalité apparaît lors de la séquence finale, remise de la légion d’honneur par François Hollande. D’abord filmé de dos, par une doublure (Patrick Braoudé), le président se révèle de face. Surprise : il s’agit du vrai François Hollande, Clint Eastwood ayant décidé d’utiliser des images d’archives. De leur côté, les trois héros du Thalys restent les même entre la reconstitution mise en scène et les images des JT diffusées à l’époque. François Hollande agit alors comme un pont entre le récit fictionnel et la véritable histoire, ancrant les personnages définitivement dans la réalité. Avec ce film, Eastwood donne sa réponse à un enjeu culturel qui se pose depuis peu : La question de la représentation des attentats au cinéma. On souligne le réalisme de l’attentat, on rejette le message.
Bande-annonce : 15h17 pour Paris
Synopsis : Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers …
Fiche technique – 15h17 pour Paris
Titre original : The 15:17 to Paris
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Dorothy Blyskal, d’après l’autobiographie The 15:17 to Paris: The True Story of a Terrorist, a Train, and Three American Heroes de Jeffrey E. Stern, Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone.
Casting : Avec Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Spencer Stone, Jenna Fischer, Judy Greer, P.J. Byrne
Direction artistique : Timothy David O’Brien
Décors : Ronald R. Reiss
Costumes : Deborah Hopper
Photographie : Tom Stern
Montage : Blu Murray
Musique : Christian Jacob et Thomas Newman
Production : Clint Eastwood, Jessica Meier, Tim Moore et Kristina Rivera
Sociétés de production : Malpaso Productions ; Warner Brosv (co-production)
Sociétés de distribution : Warner Bros. (États-Unis), Warner Bros. France (France)
Budget : 40 millions de dollars
Genre : drame biographique
Durée : 94 minutes
Date de sortie : 7 Février 2018
Pays : États-Unis