L’Intelligence Artificielle au cinéma : 2001 l’Odyssée de l’espace, Terminator, Matrix…

Hollywood a raison de trembler face à l’Intelligence Artificielle (AI) : c’est désormais elle qui s’invite aux castings, choisit les scripts et analyse les succès passés pour tenter de prévoir les prochains. Mais bien avant d’être bousculée par cette technologie, la ville du cinéma s’intéressait déjà à l’AI avec une fascination empreinte de peur. Star WarsTerminator, Blade Runner, 2001 l’Odyssée de l’espace, Matrix ou Interstellar ont marqué des générations de spectateurs, dont la plupart se demande encore si l’IA est notre allié ou notre ennemi.

L’Intelligence Artificielle fait désormais partie intégrante de notre vie, sans que l’on sache définir ce qu’elle comprend. Alors même que la notion d’intelligence semble antinomique avec celle de robot, l’Intelligence Artificielle (IA) est un ensemble de méthodes développées par l’Homme permettant aux ordinateurs de simuler l’intelligence humaine. Les machines s’appuient sur de grands ensembles de données pour prédire, anticiper et réagir à des événements futurs. Si aujourd’hui celles-ci semblent être capables d' »avancer seules » c’est en réalité l’homme qui les programme pour qu’elles apprennent à affiner leurs prédictions en mettant en corrélation des images, des sons ou des données (machine learning).

Entre fascination et crainte, l’être humain se complaît à se faire peur en s’imaginant dominé par les machines dans un futur proche, tout en admettant devenir de plus en plus dépendant des algorithmes qui rythment désormais notre quotidien, nos achats et nos modes de consommation.

Depuis une dizaine d’années des expériences artistiques sont menées pour que l’IA crée des tableaux, des morceaux de musique, des textes, qui s’apparentent à ceux des surréalistes lorsqu’ils s’adonnaient à des essais aléatoires. A chaque fois ces « œuvres » sont présentées comme un exploit de l’IA et une avancée des machines sur l’homme. Si ces expériences sont pionnières, elles restent dominées par l’homme, qui guide la machine dans l’exploration des voies artistiques ou la composition d’un morceau à partir de milliers d’exemples. Avec les progrès technologiques l’IA proposera plus fréquemment des « œuvres » à partir de ses propres observations, en ayant de moins en moins besoin de l’apport humain.

Face à la généralisation de l’IA, le cinéma ne pouvait que s’emparer du sujet, pour illustrer les fantasmes humains et pour imaginer les mondes dystopiques les plus inquiétants à grands renforts d’effets spéciaux et de réalité augmentée.

Tout commence avec les « trois lois de la robotique » élaborées par l’écrivain Isaac Asimov lorsqu’il écrivait des nouvelles de science-fiction, en 1942. Partant du constat que la science-fiction des années 1930 suit ce qu’il appelle le « complexe de Frankenstein » (les robots détruisent leur créateur), il imagine les trois lois de la robotique censées éviter les conflits entre l’homme et la machine et surtout limiter la liberté de décision des machines. Une sorte de version moderne du commandement de Dieu à Moïse : « Tu ne tueras point ».

Loi n° 1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.

Loi n° 2 : Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.

Loi n° 3 : Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

Depuis 80 ans ces lois restent indétrônées et servent de références à ceux qui souhaiteraient qu’un code éthique soit mis en place par rapport aux robots. Le grand public en a pris connaissance en 2004 grâce au film I, Robot, d’Alex Proyas qui met en scène des robots humanoïdes se rebellant involontairement alors même qu’ils sont contrôlés par les lois de la robotique. Dix ans auparavant ces lois étaient indirectement évoquées dans Terminator, du réalisateur James Cameron (1984) film dans lequel les robots se rebellent, volontairement cette fois. 

La crainte récurrente dans les productions cinématographiques des 50 dernières années est de voir les robots supplanter l’Homme, voire de le faire disparaître. A partir de ce constat, nous pouvons distinguer trois types de films traitant de l’IA : les films dans lesquels l’IA est destructrice, ceux dans lesquels l’IA est aliénante et manipulatrice, et enfin ceux dans lesquels l’IA est au service de l’humain.

Avant de découvrir les films dans lesquels l’IA joue un rôle important, citons un film hors-catégorie, Metropolis. L’incontournable film de Fritz Lang (1927) imagine un monde dans lequel un savant fou, Rotwang, cherche à ressusciter sa fille Hel en créant un androïde femme qui incite les ouvriers à se rebeller contre le maître de la cité. Ce film, inscrit aux « Mémoires du monde » de l’Unesco a pourtant été vu par seulement 15.000 berlinois lors de sa sortie, quasiment provoqué la faillite de UFA (société de production allemande) et été mal accueilli. Il est la source d’inspiration d’origine de Ridley Scott dans Blade Runner, du Cinquième Elément de Luc Besson ou des frères Wachowski dans Matrix. Il aborde avant l’heure la problématique de l’IA créée à l’image de l’homme mais qui échappe à son contrôle.

Bande-annonce : Métropolis

Une IA destructrice

Dans les films où l’IA est destructrice, celle-ci apparaît généralement comme une force à combattre tout au long de l’histoire. Les humains font front contre l’IA et cherchent à éviter la destruction de l’humanité par les robots. Ce sont des films qui connaissent les plus grands succès commerciaux, en raison de leur caractère apocalyptique, leurs grands budgets et leurs effets spéciaux.

Terminator de James Cameron est devenu un film culte des années 1980. On y découvre la terrifiante IA, Skynet, créée par l’armée américaine, prendre le contrôle nucléaire et détruire la planète, laissant de rares humains en vie dans un futur proche (2029). Skynet – et son armée de Terminators – est devenu le symbole de la rébellion des IA, notamment parce qu’il a pris conscience de sa propre existence et décidé d’utiliser la puissance militaire qui lui avait été confiée. Le film a tellement marqué les cinéphiles du monde entier que l’on parle parfois de « syndrôme Terminator ». Dans l’inconscient collectif l’une des premières images qui vient à l’esprit lorsque l’on pense aux robots-tueurs est celle des Terminators, à commencer par celui incarné par Arnold Swarzenegger. 

Extrait : Terminator

Autre film marquant des années 1980, Blade Runner de Ridley Scott (1982). On y découvre des robots humanoïdes appelés les « Replicants » créés par Tyrell Corporation, qui n’ont pas toujours conscience de leur statut et dont la durée de vie est limitée à 4 ans pour éviter qu’ils ne s’humanisent. Lorsque la frontière entre l’humain et la machine devient ténue, des questions éthiques se posent. Notamment celle du statut social de ces êtres artificiels conçus par biologie de synthèse se pose dans le film, incitant à un questionnement pionnier en ce début d’années 1980, alors que de nos jours les questions de l’IA et de la biologie de synthèse font partie intégrante de nos préoccupations.

Bande-annonce : Blade Runner

Dans l’incontournable I Robot d’Alex Proyas (2004) qui s’inspire librement d’un roman d’Isaac Asimov, le pape des romans de science-fiction, l’IA VIKI décide de prendre le contrôle global des êtres humains en partant du principe qu’ils doivent être défendus d’eux-mêmes comme s’ils représentaient une menace pour leur propre espèce. En utilisant les nouveaux robots pour instaurer un couvre-feu VIKI va même jusqu’à s’attaquer aux hommes pour faire respecter sa loi. VIKI enfreint donc la première loi (voir les trois lois d’Asimov), ce qui a des conséquences dramatiques.

Bande-annonce : I, Robot

Autre époque, autre style. Matrix des frères Wachowski (1999) a marqué toute une génération grâce à son côté novateur – dans la manière de filmer certaines scènes d’action, de par son intrigue à tiroirs. C’est aussi un film qui présente un monde où les hommes sont emprisonnés dans le cyberespace et dans lequel un algorithme décide de tout. Neo apparaît comme un héros moderne, se rebellant contre les machines, avec l’aide d’autres personnes libérées comme lui des pièges technologiques et du monde virtuel.

Bande-annonce : The Matrix

Encore un film qui propose un scénario dans lequel une IA veut détruire l’humanité : Avengers : l’ère d’Ultron de Joss Whedon (2015). L’AI Ultron pense que la paix sur Terre ne revendra que si les êtres humains sont éradiqués. Créé par le docteur Hank Pym selon son propre schéma cérébral, Ultron a été détruit plusieurs fois mais a toujours réussi à revenir, plus fort, dans un nouveau corps. Conçu pour sauver le monde Ultron se retourne contre son créateur et souhaite l’extinction des humains, mais c’est sans compter sur Iron Man, Thor, Hulk, Captain America, Hawkeye et Black Widow qui allient leurs forces pour combattre l’AI. 

Une IA aliénante, manipulatrice

Dans certains cas l’IA cherche à manipuler l’Homme et à orienter son comportement. La pression s’installe dans le film, les personnages sont oppressés par des machines qui finissent par prendre le contrôle.

Le film incontournable dans ce registre reste 2001 l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968). L’IA HAL 9000 est un personnage à part entière, qui assassine les cosmonautes endormis, violant ainsi la première loi d’Asimov. A la fin des années 1960 lorsque Kubrick et Clarke imaginent cette machine, ils sont persuadés que celle-ci existera en 2001. Cette année-là, Marvin Minsky, fondateur du Laboratoire d’IA du Massachusetts Institute of Technology (MIT) se demandait d’ailleurs « Pourquoi n’avons pas eu notre HAL en 2001? » à laquelle il répondit que trop de chercheurs se concentrent sur des applications commerciales et pas assez sur le bon sens. 

Bande-annonce de 2001 : L’Odyssée de l’espace

Plus récent, intéressant du fait de la multiplication des assistants vocaux à domicile, Her de Spike Jonze (2013) illustre comment l’AI envahit le quotidien de Theodore, qui va même jusqu’à donner un nom au logiciel qui l’assiste en permanence : Samantha. Il tombe amoureux de l’IA et entretient de vraies conversations avec « elle ». Le film interroge sur l’avenir et l’avenir de l’interaction homme-machine.

Bande-annonce : Her

Deux ans plus tard, en 2015 le réalisateur Alex Garland propose le film Ex machina dont le titre est un clin d’œil à l’expression latine Deus Ex machina, « Dieu issu de la machine ». Caleb, un expert en IA tombe amoureux d’Ava, une « femme robot » et participe à une expérience pour tester son « humanité ». Dans une narration lente, avec des dialogues incitant à la réflexion et des plans réussis, le film propose un questionnement sur la peur de l’IA – voire la peur des femmes puisque le robot a une identité sexuelle. Cette peur est fondée sur le doute instillé par l’AI Ava, qui suggère à Caleb de se méfier de son patron Nathan. Caleb est naturellement en proie au doute, ne sachant s’il doit avoir confiance en ses paris humains ou s’il doit se fier à l’IA. Et nous doutons avec lui. 

Bande-annonce : Ex Machina

Si vous avez un peu de temps regardez Transcendance de Wally Pfister (2014), un film inégal qui pose une question de fond sur le transhumanisme, sujet d’actualité s’il en est. L’IA est abordée de manière plus originale puisque le scénario s’intéresse à l’esprit « informatisé » d’un chercheur récemment décédé. Son épouse Evelyn, également chercheuse, se retrouve dépassée face à l’esprit de Will son défunt mari, qui une fois téléchargé dans la machine s’avère incontrôlable. Elle s’interroge, tout comme le spectateur, sur son mari : s’agit-il de son esprit ou de celui de la machine ? En découlent des réflexions plus profondes : en intégrant un être humain à la machine obtient-t-on une autre entité ? L’esprit survit-il au corps ?

Autant d’interrogations que le réalisateur – qui avait été le directeur de la photographie de Christopher Nolan pour Insomnia, Inception et Dark Knight – traite dans une atmosphère glaciale et avec une photographie soignée. Si le film ne tient pas ses promesses avec ses incohérences et ses acteurs de poids sous-utilisés, la problématique, telle qu’elle est posée reste particulièrement intéressante. 

Bande-annonce : Transcendance

Les séries télévisées apportent aussi leur pierre à l’édifice. Dans Westworld l’IA d’abord ludique et favorisant tous les fantasmes et les excentricités dans un parc d’attractions pour adultes devient vite inquiétante, violente et incontrôlable. Dans Black Mirror, la série primée et acclamée par le public présente des univers sombres, dans lesquels l’Humain évolue en permanence dominé par la technologie, à la merci des décisions de l’IA. Ils sont un marqueur de la manière dont notre société se voit et se projette. Dans Humans le robot « Synth » est le premier androïde conçu pour un usage familial. L’ordre semble régner mais lorsque certains Synth commencent à agir étrangement le quotidien vire au cauchemar et les humains ont du mal à accepter l’existence de ces machines qui leur ressemblent tant.

Bande-annonce : Westworld

Une IA au service de l’humain

Dans d’autres films les réalisateurs font le choix de présenter une IA complétant l’action humaine et lui venant en aide. Les longs-métrages ayant lieu dans l’espace ou traitant de la conquête spatiale semblent friands d’IA au service de l’Homme. 

Dès 1977 dans Star Wars IV, de George Lucas, l’androïde R2D2 est un personnage emblématique. Il apparaît d’ailleurs dans neuf des dix films de la saga. Blessé par Dark Vador il est réparé et honoré pour continuer à servir fidèlement les humains. Toujours relégué au second rôle, il est cependant toujours présent, aux côtés d’un autre androïde, C-3PO, dévoué et disponible.

Bande-annonce : Star Wars

Souvent cité en exemple par des scientifiques pour la qualité de certaines scènes – voyage dans le trou noir, illustration de ce que peuvent être la multi-dimension, etc – Interstellar de Christophe Nolan (2014) propose une IA, Tars, un robot dévoué et bienveillant, qui se sacrifie pour l’humanité, comme le stipulent les trois lois de la robotique. Sous des aspects qui peuvent sembler humains – l’humour, la franchise – il est fidèle à l’homme et se met à son service.

Bande-annonce : Interstellar

Parmi les films inattendus, l’on peut citer L’homme bicentenaire de Chris Colombus (1999), du fait qu’il allie science-fiction et émotion, ce qui n’est pas fréquent. Un robot, Andrew, souhaite devenir un humain. Créatif, il apprend au contact des humains et connaît un moment improbable : l’épreuve de la mort alors que lui-même est immortel. Malgré des longueurs et quelques scènes dégoulinant de bons sentiments le film met en scène une IA consciente d’elle-même et positive au contact de l’Homme. Il anticipe aussi l’avenir dans lequel l’IA n’aurait plus besoin de l’humain pour progresser car il apprendra lui-même par l’observation (machine learning). 

Bande-annonce : Bicentennial Man

https://www.youtube.com/watch?v=wVANbG_PLKU

En associant un enfant avec l’IA, Steven Spielberg, sur une idée de Stanley Kubrick, propose A.I. Intelligence Artificielle (2001). Comme dans Pinocchio, l’idée centrale est que le petit garçon robot veut devenir un « vrai garçon ». Dans un univers de fin du monde, peuplé de robots assurant les tâches quotidiennes, le professeur Hobby crée David, un androïde enfant, via sa société Cybertronics. Sa particularité est d’avoir la capacité d’avoir des émotions et des souvenirs. Il est envoyé dans un foyer où le jeune fils gravement malade a été cryogénisé en attendant la découverte d’un remède miracle. Abandonné par sa famille adoptive il part à la recherche de son identité, s’humanise et rêve. S’il devait au départ être au service de l’humain, l’enfant robot se trouve cette fois en contact avec des humains qui lui apportent beaucoup et qui par effet de miroir lui apprennent à s’humaniser.

Bande-annonce : A.I. Artificial Intelligence

L’IA a pour vocation d’augmenter l’humain et non à le remplacer.

Le cinéma ne fait que projeter nos peurs archaïques et notre fascination pour la toute-puissance dans cette technologie destinée à nous servir. Les dires d’Elon Musk en 2017 devant l’Association nationale des gouverneurs américains ne font que conforter cette peur généralisée puisqu’il affirma alors « L’IA est le plus grand risque qui nous menace en tant que civilisation. » Il n’a pas fini d’inspirer Hollywood.

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Valerie Ward
Valerie Wardhttps://www.lemagducine.fr/
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