Cannes 2026 : The Match, en prolongation

Quarante ans après le quart de finale Argentine-Angleterre en Coupe du monde, The Match revient sur un affrontement devenu mythe politique autant que sommet sportif. Présenté à Cannes Première 2026, le documentaire de Juan Cabral et Santiago Franco transforme ce match rejoué en récit populaire, entre mémoire nationale, blessures historiques et fascination intacte pour Maradona.

Le 22 juin 1986, au stade Azteca de Mexico, l’Argentine et l’Angleterre ne se retrouvaient pas seulement sur un terrain de football. Elles se retrouvaient face à face, quatre ans à peine après la guerre des Malouines. The Match, documentaire de Juan Cabral et Santiago Franco, choisit de faire de ce quart de finale légendaire le centre de gravité de deux siècles de tensions, de conflits et d’une rivalité qui dépasse largement le cadre du sport. Et il y parvient avec suffisamment de conviction pour tenir en haleine même celles et ceux qui ne sauraient pas distinguer un hors-jeu d’un corner, car le football qu’on nous décrit ici n’est pas tout à fait le même qu’aujourd’hui. C’est un mythe en train de se former.

Cartons, bonbons et cerf-volant cosmique

Avant de poser un seul pied dans le match, le film prend son temps pour poser le décor : la dictature argentine, sa chute dans le sillage de la défaite aux îles Malouines, la fierté blessée d’une nation, et en face, l’empire qui a inventé le football et que l’on s’apprête à humilier sur le terrain. Les anecdotes se succèdent avec une certaine légèreté pop, en passant par l’avènement des cartons jaunes et rouges, les concerts de Queen à Buenos Aires en pleine période trouble, des maillots brodés sur le pouce, une histoire farfelue de bonbon caché sur la pelouse au coup d’envoi, une nuque divine, et c’est précisément dans ces détails que le film trouve son meilleur souffle. On sait clairement vers quoi on avance, et c’est presque l’ironie du destin que de rejouer une histoire déjà écrite pour mieux en mesurer le poids. Le montage, dynamique et musical, donne à l’ensemble une allure de grande saga populaire, quelque part entre le récit sportif et le conte politique.

Le film est plus hésitant dans sa manière de naviguer entre le grand écran et le petit. Certaines séquences, avec leur voix off virile et leurs anciens champions posant pour la postérité, dont l’exceptionnel attaquant Gary Lineker, rappellent davantage un documentaire de chaîne câblée qu’une œuvre pensée pour la salle. On aurait aimé que Cabral et Franco poussent un peu plus loin leur propre regard, qu’ils s’approprient davantage leur matière plutôt que de la mettre en vitrine. Ce sont les témoignages les plus intimes, la complicité bienveillante de certains joueurs, les regards qui en disent plus long que les mots, qui révèlent ce que le film aurait pu être pleinement abouti. Diego Maradona, lui, y apparaît dans toute sa complexité : le dieu du stade, le tricheur magnifique et le cerf-volant cosmique… Autant de titres religieux que poétiques qui définissent à la fois l’escroquerie du siècle, sous le nez de l’arbitre Ali Bennaceur, et le plus beau but de tous les temps, dans le même mouvement. L’admiration de John Barnes à son égard raconte aussi beaucoup sur la magie du sport, qui peut, à terme, unifier et triompher sous le même étendard.

Quarante ans après, The Match rejoue l’histoire non pas pour en rouvrir les blessures, mais pour les laisser cicatriser à l’air libre. Le documentaire est un peu naïf, parfois trop sage en esquissant les conflits armés, mais dans un monde qui peine à se réconcilier avec son propre passé, cet optimisme-là n’est pas si mal placé. Le match est enfin fini. On peut rentrer chez soi.

The Match – fiche technique

Titre original : El partido
Réalisation : Juan Cabral, Santiago Franco
Scénario : Juan Cabral, Santiago Franco
Interprètes : Gary Lineker, John Barnes, Jorge Burruchaga, Jorge Valdano, Oscar Ruggeri, Peter Shilton, Ricardo Giusti, Julio Olarticoechea
Photographie : Pablo Gallego
Décors : Veronica Geraige
Montage : Lucas Coppolechia, Sebastian Fasanelli, Juan Pablo Scaglione, Mauro Caporossi
Musique : Tomas Jacobi, Nico Barry
Production : Flora Fernández Marengo
Sociétés de production : Industria del Milagro, Labhouse
Pays de production : Argentine, Espagne
Durée : 91 minutes
Genre : Documentaire

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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