Cannes 2026 : Histoires parallèles, fictions imbriquées

La fiction peut-elle devenir une réalité ? Ou changer notre perception du réel ? Comment l’observation stimule-t-elle l’une de nos capacités les plus singulières, l’imagination ? En s’interrogeant ainsi sur la frontière entre invention et vérité, à travers les trois piliers que constituent l’écriture, l’image et le son, Asghar Farhadi propose dans Histoires Parallèles une ode théâtrale à la création qui décrypte la complexité des rapports humains.

Habitué de la Croisette, Asghar Farhadi a déjà monté les marches pour Le Passé, Everybody Knows, puis Un Héros, lauréat du Grand Prix en 2021. Pour Histoires Parallèles, il choisit d’adapter un épisode du Décalogue de Krzysztof Kieslowski, un auteur bien connu en Iran. Si le réalisateur français reprend le principe du voyeur, au cœur de l’épisode, il ajoute des bruiteurs pour aborder un sujet qui lui est cher, le son.

Dans cette épopée créative, Asgard Farhadi s’appuie sur un casting cinq étoiles, avec Isabelle Huppert (Les Gens d’à côté, La Femme la plus riche du monde) en romancière désenchantée, ainsi que Virginie Efira, également à Cannes pour Soudain, Pierre Niney et Vincent Cassel en bruiteurs de documentaires animaliers passionnés. Il offre avec Histoires Parallèles un savoureux jeu de miroirs de récits entremêlés, au sein duquel la fiction se vit et le réel se fabrique.

Fenêtre sur studio

En panne d’inspiration, Sylvie, une écrivaine aux manières désuètes, se met à espionner ses voisins d’en face. En imaginant ce que pourrait être leur vie, elle invente un triangle amoureux entre Nita, Christophe et Pierre. Mais lorsque sa nièce place auprès d’elle Adam, un homme à tout faire, le projet d’écriture prend une tournure inattendue. Histoires Parallèles impose d’emblée une structure très maîtrisée. Il se déroule dans deux appartements. D’un côté, le logement de Sylvie et Adam, ancré dans la réalité du récit. De l’autre, le studio de travail des bruiteurs, qui endosse deux histoires distinctes : les personnages existants, Nita, Christophe et Pierre, et leurs alter égo imaginés par Sylvie, Anna, Théo et Nicolas. Asghar Farhadi laisse suffisamment d’indices pour que l’on ne se perde pas dans les lignes narratives, notamment des transformations physiques entre les versions véritables et inventées des protagonistes, elles-mêmes rassemblées dans une autre fiction globale, celle du film. Des gestes et des dialogues qui se font écho font le pont entre ces récits parallèles.

Si la surveillance des voisins est souvent associée à un voyeurisme malsain ou à une occasion d’assister à un crime, comme dans le célèbre Fenêtre sur cour, ou dans le roman Les Fiançailles de M. Hire de Georges Simenon, cité dans le film, ici, l’observation n’est pas jugée. Au contraire, elle constitue un préalable nécessaire à l’acte créatif. Sur les traces de Sylvie, Adam absorbe ainsi tout ce qui l’entoure, quitte à nuire aux autres, afin de trouver sa propre voie. Il rassemble tous les caractères indispensables au travail artistique : la curiosité, la sensibilité et un brin de folie. En outre, Histoires Parallèles dévoile plusieurs techniques de cinéma, notamment des bruitages, et s’attache à montrer que le faux paraît sonner plus juste que le vrai.

En mettant autant en valeur les artifices de la création, on en vient à se demander si le film n’est pas lui-même qu’un simple artifice. Mais Asghar Farhadi prend le temps de développer ses personnages, leurs désirs, leurs désillusions, leurs solitudes, avec un traitement dramatique qui laisse la place à l’humour. Une œuvre assez insolite dans sa filmographie, qui ne part pas favorite pour la Palme.

Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.

Histoires parallèles – bande-annonce

Histoires parallèles – fiche technique

Titre international : Parallel Tales
Réalisation : Asghar Farhadi
Scénario : Asghar Farhadi et Saeed Farhadi
Adaptation et dialogues : Massoumeh Lahidji
Interprètes : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney, Adam Bessa, India Hair, Catherine Deneuve
Photographie : Guillaume Deffontaines
Décors : Emmanuelle Duplay
Costumes : Khadija Zeggaï
Montage : Hayedeh Safiyari
Musique : Zbigniew Preisner
Producteur : Alexandre Mallet-Guy
Coproducteurs : André Logie, Gaëtan David, Andrea Occhipinti, Stefano Massenzi
Production exécutive : Yousra Filali, Carole Baraton, Yohann Comte, Pierre Mazars, David Levine, Lila Yacoub
Sociétés de production : Memento Production
Pays de production : France
Société de distribution France : Memento
Durée : 2h19
Genre : Drame
Date de sortie : 14 mai 2026

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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