Critique Black Mirror Saison 4 : descente dans les enfers numériques

La saison 4 de Black Mirror vient de débarquer sur Netflix. Avec 6 épisodes supplémentaires, la série d’anthologie affirme encore une fois sa maîtrise et son goût pour les récits fascinants et dénonciateurs. Critique.

Quand la série Black Mirror s’est faite remarquer, elle a vite été considérée comme un OVNI télévisuel mais a rapidement acquis une notoriété et un public. Avec seulement 7 épisodes, la série attire l’attention de Netflix qui décide de produire deux nouvelles saisons, chacune composées de six épisodes. Le concept est simple et rappelle la structure des Contes de la crypte : chaque épisode est autonome et se déroule dans un univers différent. L’ensemble des épisodes sont reliés par leur posture critique envers la société moderne et notamment l’usage des nouvelles technologies. Depuis les premiers épisodes, la réalité rattrape la série et des technologies évoquées dans le show prennent leur place dans le monde réel. Avec cette 4ème saison, Black Mirror évoque différents genres cinématographiques ( la comédie romantique avec « Hang the DJ », le drame familial avec « Arkangel », la série B avec « Metalhead », le space opera avec « USS Callister » ) et aborde de nouvelles thématiques ( le contrôle parental, l’invasion des objets connectés, la prolifération de l’intelligence artificielle ou encore l’avènement des applications de rencontres ). Plus optimiste que les saisons précédentes, ce quatrième chapitre offre à ses intrigues des conclusions moralistes mais plus éclairées. La technologie n’est désormais plus le symbole infernal d’une société dépassée mais un cadeau à double-tranchant. Sans aucun doute, Black Mirror est la version moderne de la Quatrième Dimension.

USS CALLISTER réalisé par Toby Haynes (4 x 01) avec Jesse Plemons (Friday Night Light), Cristin Milioti (Fargo), Jimmi Simpson (Westworld), Michaela Coel (Chewing Gum) et Billy Magnussen (Aladdin).

Toby Haynes signe là le meilleur épisode de la saison et l’un des plus remarquables de la série. Prenant le ton de pastiche des space-opera à la Star Gate, l’épisode conte les aventures galactiques d’un vaisseau dans l’univers de Space Fleet. Surprise, les équipiers du vaisseau sont en réalité des humains piégés dans le délire d’un informaticien à l’égo surdimensionné. Reprenant les codes des récits de science-fiction, USS CALLISTER offre une œuvre colorée sous tension et une réflexion sur les possibilités terrifiantes de l’intelligence artificielle lorsque mêlée à la cruelle nature humaine. Jesse Plemons, déjà vu dans Friday Night Lights, excelle dans son rôle double de capitaine et de looser et Cristin Milioti, vu dans Fargo ou How I met Your Mother, retient l’attention par son charme et son énergie. Loin de la poésie et des longueurs de la série, USS CALLISTER est un épisode dynamique dont la moitié des événements se déroule en quelques heures. Un shoot d’adrénaline.

ARKANGEL réalisé par Jodie Foster (4 x 02) avec Rosemarie Dewitt (United States of Tara), Brenna Harding (A Place to Call Home) et Owen Teague (Bloodline)

A l’opposé de l’épisode précédent, Arkangel se concentre sur un drame familial où une mère paranoïaque implante une technologie à l’intérieur de sa petite fille pour surveiller tous ces agissements. L’épisode est très fidèle à l’identité des premiers épisodes de la série et rappelle les récits intimistes de « Retour sur image » ( 1×03) ou « Bientôt de retour » (2×01). L’intrigue se concentre sur la jeune fille, représentée pendant l’enfance puis l’adolescence, tandis qu’elle grandit et s’émancipe face à une mère aimante mais bien trop intrusive. La douleur de la mère, interprétée avec justesse par Rose Marie Dewitt, est communicative mais le désir de s’émanciper de sa fille est tout à fait compréhensible et louable. Ici la technologie est vouée à protéger les enfants, mais devient vite un élément dangereux et liberticide. En plus d’apporter une morale ambiguë, l’épisode fait le constat de parents dépassés par la trop grande exposition qu’offre Internet à leurs enfants, mais transmet aussi un message alarmiste sur le contrôle parental.

CROCODILE réalisé par John Hillcoat ( 4×03) avec Andrea Riseborough (Bloodline), Andrew Gower (Outlander) et Kiran Sonia Sawar (Murdered By My Father)

Avec cet épisode, John Hillcoat délivre un des épisodes les plus faibles de la saison. Avec des airs de déjà-vu, « Crocodile » raconte deux histoires en même temps qui vont finir par se rejoindre. D’un côté, on suit une femme prête à tout pour se débarrasser des preuves  et des témoins d’un meurtre que son ex-petit copain à commis des années auparavant et de l’autre une employée de la police qui reconstitue une scène de crime à travers une technologie qui permet de fouiller dans les souvenirs des témoins. La confrontation des deux protagonistes est inévitable et offre un final au premier abord cruel mais dont on se délecte avec le sourire grâce au rebondissement final. Cependant le rythme est bien trop lent pour passionner et le récit met du temps à nous faire comprendre de quoi il s’agit. On peut retenir une métaphore intéressante sur les traces douteuses qu’on laisse sur les espaces numériques, et qu’il est quasi-impossible de faire disparaître.

HANG THE DJ réalisé par Timothy Van Patten (4×04) avec Tim Van Patten (The Sopranos, Game of Thrones), Georgina Campbell (Flowers, Broadchurch), Joe Cole (Peaky Blinders) et George Blagden (Versailles, Vikings).

« Hang the DJ » tient son intérêt par son concept cocasse et ingénieux : imaginez si avant de vivre une relation amoureuse vous saviez combien de temps elle allait durer. A partir de cette idée rigolote, « Hang the DJ » propose une comédie romantique où deux personnes vont tomber amoureuses alors qu’elles sont destinées à ne rester que douze heures en couple. Bien qu’originale au premier abord, l’idée a déjà été traitée dans la comédie romantique Timer, sorti en 2009. Le traitement de la romance est très classique et attendu mais « Hang the DJ » est un bel épisode à des kilomètres de la noirceur ambiante de Black Mirror. Cependant dans ces dernières minutes, l’épisode surprend et retourne son histoire à l’envers pour offrir un petit clin d’œil aux applications de rencontres qui restructurent nos rites conjugaux et ré-organisent notre rapport à l’amour et à la sexualité.

METALHEAD réalisé par David Slade ( 4×05) avec David Slade (Hannibal, American Gods), Maxine Peake (Silk), Jake Davies (The Missing) et Clint Dyer (Hope Springs)

Black Mirror propose son épisode le plus atypique à travers celui-ci. Avec aucun élément de contextualisation, « Metalhead » retrace une course-poursuite entre une femme et un robot tueur. L’épisode puise dans la série B et se révèle être un croisement curieux entre Duel de Steven Spielberg et Rubber de Quentin Dupieux. Grâce à sa mise en scène et sa photographie bichrome, ce cinquième épisode se pose comme un simple exercice de style sublimé par un bel usage des reflets et des ombres. Si on peut y voir une angoisse sur l’intrusion des objets connectés, « Metalhead » tient son intérêt bien plus dans la forme que dans le fond, curieux pour un épisode de Black Mirror. Le méchant est très peu menaçant et la tension est peu palpable malgré une maîtrise de celle-ci pour insuffler du suspense. Quelques fulgurances de la caméra sont à retenir en dépit d’un message peu clair.

BLACK MUSEUM réalisé par Colm McCarthy (4×06) avec Babs Olusanmokun (Roots, The Defenders) Douglas Hodge (Catastrophe) et Letitia Wright (Humans).

« Black Museum » est un des épisodes les plus passionnants et fascinants de la série. A l’image de l’épisode de Noël, « Black Museum » imbrique plusieurs récits et ce en trois volets. Chacune des histoires racontée aurait pu mériter un épisode entier. Dans la première, on découvre un médecin qui développe une obsession malsaine à travers une technologie qui le connecte à la douleur de ses patients. Dans le second, on rencontre un père de famille qui, suite à la mort de sa femme transmet sa conscience dans son propre cerveau pour qu’elle puisse continuer à lui parler. Dans le troisième..il faudra voir l’épisode pour ne pas être spoilé sur le dernier clou du spectacle. L’ingéniosité du scénario nous permet de conceptualiser les enfers numériques, qui pourraient devenir la première arme des intelligences artificielles. Avec cet épisode vicieux, Black Mirror établit une connexion avec le spectateur : il faut être animé par un voyeurisme et un goût pour le morbide pour continuer à se délecter des épisodes de Black Mirror de la même manière que les visiteurs du Black Museum prenne un malin plaisir derrière le rideau rouge.

Black Mirror – Saison 4 | Bande-annonce officielle

https://www.youtube.com/watch?time_continue=49&v=SgXDXViH-Og

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