Vikings, une série de Michael Hirst : Critique de la saison 4

Alors que la saison 3 s’était achevée sur l’épisode décisif du siège de Paris, la puissance des « hommes du Nord »  s’en était trouvée gravement ébranlée malgré leur victoire. Entre une armée décimée, un Roi grièvement blessé et un traître dans les rangs, les Vikings vont-ils trouver la force de se relever d’une telle débâcle ? 

Synopsis : Depuis que Rollo a prêté allégeance aux Francs, Ragnar n’a de cesse de vouloir retourner à Paris pour se venger. Mais entre sa santé fragile, son addiction aux psychotropes, sa perte de crédibilité auprès de son peuple et les multiples complots qui secouent son royaume, les temps sont mouvementés. Alors que les alliances se font et se défont, sa chute paraît inéluctable : ses fils se préparent donc à prendre la relève, Bjorn et Ivar en tête. 

La diffusion de la saison 4 de Vikings, composée de vingt épisodes, s’est étalée sur près d’un an avec une césure de six mois marquant un tournant radical dans la série. Alors que Ragnar régnait en maître et en stratège durant les saisons précédentes, ici, il est bien question de sa chute et de sa succession. Quel sera le nouveau Roi ? C’est la question à laquelle l’intrigue tente de répondre en amorçant une transition décisive dans l’histoire avec l’apparition d’une seconde vague de héros qui remplacent les anciens et le lancement en grande pompe de nombreuses pistes qui signent l’entrée des Vikings dans une ère nouvelle, moderne et sanglante.

La fin d’une époque

Les dix premiers épisodes de la saison 4 se focalisent essentiellement sur la descente aux enfers de Ragnar, qui ne cesse de toucher le fond. Trahi par son frère Rollo, son statut de leader est définitivement contesté lorsqu’il mène ses troupes à la mort à deux reprises pendant les assauts catastrophiques qu’il lance sur Paris. Ses rapports avec Floki se détériorent, tout comme son mariage avec Aslaug ; et ses stratégies de combat ne portent plus leurs fruits. De plus, entre ses blessures dont il a du mal à guérir et son addiction aux psychotropes, Ragnar devient instable, violent et irréfléchi. Affaibli et vieillissant, il perd le respect de son peuple, et même ses fils lui tournent le dos lorsqu’ils apprennent que leur père leur avait caché un lourd secret des années durant. De fait, on ne peut s’empêcher de remarquer que l’intrigue, qui piétine péniblement, n’en finit pas de nous montrer la déchéance d’un mythe, ce qui s’avère pénible. D’une part, il est difficile de voir une série s’acharner sur un de ses héros ; d’autre part il n’est pas évident de saisir l’intérêt scénaristique de Vikings dont l’action se fige et s’éternise soudain. On déplore également le morcellement de la narration un peu malhabile, qui se partage de manière éclatée entre la France, l’Angleterre et la Scandinavie pour nous montrer simultanément les troubles et les tumultes qui agitent les différents protagonistes. Mais le manque de liant rend le procédé redondant, et toute la partie sur le Wessex, la Mercie et la Northumbrie s’apparente à du remplissage. Transition maladroite entre l’ancienne et la nouvelle génération, cette première partie peine à trouver son équilibre et s’attarde sur des sous-intrigues rébarbatives dont l’attrait s’affadit. Hormis deux ou trois batailles épiques (mais terriblement cruelles pour les Vikings), quelques séquences captivantes (le voyage initiatique de Bjorn dans le grand Nord) et deux ou trois complots dignes d’intérêt, on ne retrouve ni le mysticisme brumeux ni l’ambiance si particulière qui avaient fait de Vikings une série de référence. Une rupture brutale qui permet cependant à une page de mieux se tourner.

Le Roi est mort, vive le Roi !

Avec la seconde partie, dont l’intrigue se déroule dix ans après les événements décrits dans la première, on retrouve un Ragnar grisonnant et illuminé qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Obsédé par un énième désir de vengeance, il retourne à Kattegat après des années d’exil et, malgré les huées de son peuple et l’hostilité de ses fils désormais adultes, il tente une ultime fois de les rallier à sa cause pour partir faire un raid dans le Wessex et tuer son vieil ennemi, le Roi Ecbert, responsable du massacre de plusieurs colonies vikings. Si le rythme laborieux de départ est loin du dynamisme survolté qui a donné à la série ses lettres de noblesse, un tournant intéressant s’opère puisque Ragnar passe le flambeau et la relève s’organise : il écrit l’histoire une dernière fois, comme s’il signait un testament, et remet le destin de son royaume entre les mains de ses héritiers, allant jusqu’à se sacrifier. A partir de cet instant, on bascule dans une autre ère et les héros de jadis disparaissent au profit d’une jeune génération avide de faire ses preuves. Parmi les nouveaux personnages, on remarque l’émergence d’Ivar Le Désossé, le fils handicapé de Ragnar dont la rage et la folie meurtrières redonnent un second souffle à l’histoire et relancent incontestablement l’action. La ferveur et l’enthousiasme reviennent progressivement, surtout avec les cinq derniers épisodes qui clôturent la saison en beauté. Les Vikings reprennent du poil de la bête et regagnent leur superbe, notamment grâce aux stratégies militaires innovantes d’Ivar, qui assiège le Wessex avec une ingéniosité épatante. Le sang gicle, les cris retentissent, les cornes grondent, Kattegat se fortifie considérablement et devient une grande puissance, les têtes tombent : le grand spectacle revient et la série, après avoir fait peau neuve, renoue avec son primitivisme d’antan pour notre plus grand plaisir. 

En somme, en dépit d’une transition laborieuse et d’importants passages à vide qui font fluctuer notre intérêt, Vikings perd en intensité pour mieux repartir et rectifie très efficacement le tir en ouvrant un nouveau chapitre de son histoire, amorçant en prime des pistes prometteuses pour la suite avec du sang neuf en quête de gloire. Bon moyen pour la série de se renouveler grâce à ce second souffle qui empêche l’intrigue de se figer, ce passage de flambeau a parfois raison de notre patience, mais l’attente n’est pas vaine. 

Vikings Saison 4 : Bande-annonce (VOSTFR)

Vikings : Fiche Technique

Création : Michael Hirst
Réalisation : Ciaran Donnelly, Ken Girotti, Helen Shaver, Jeff Woolnough, Daniel Grou, Sarah Harding et Ben Bolt
Scénariste : Michael Hirst
Interprétation : Travis Fimmel (Ragnar Lothbrok), Clive Standen (Rollo Lothbrok) Katheryn Winnick (Lagertha Lothbrok), Gustaf Skarsgård (Floki), Alexander Ludwig (Bjorn) ; Alyssa Sutherland (Aslaug), Linus Roache (le roi Ecbert), Maude Hirst (Helga), Peter Franzén (Harald), Jasper Pääkkönen (Halfdan), Alex Høgh Andersen (Ivar)
Direction artistique : Jon Beer
Décors : Jil Turner
Costumes : Joan Bergin
Photographie : John B. Bartley
Montage : Aaron Marshall et Michelle Conroy
Musique : Trevor MorrisSociété de production : Irish Film Board, Take 5 Productions et World 2000 Entertainment
Genre : Historique, action
Diffuseur : History Chanel
Format de la saison : 20 épisodes de 42 minutes
Dates de diffusion : 18 février 2016 – 1er février 2017

 

 

Canada-Irlande – 2016

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Marushka Odabackian
Marushka Odabackianhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile depuis ma naissance, j'ai vu mon premier film dans les salles obscures à 2 ans, puis je suis tombée en amour devant "Forrest Gump" à 4 ans, avant d'avoir le coup de foudre pour Leo dans "Titanic" à 8 ans... Depuis, plus rien ne m'arrête. Fan absolue des acteurs, je les place au-dessus de tout, mais j'aime aussi le Septième Art pour tout ce qu'il nous offre de sublime : les paysages, les musiques, les émotions, les histoires, les ambiances, le rythme. Admiratrice invétérée de Dolan, Nolan, Kurzel, Jarmusch et Refn, j'adore découvrir le cinéma de tous les pays, ça me fait voyager. Collectionneuse compulsive, je garde précieusement tous mes tickets de ciné, j'ai presque 650 DVD, je nourris une obsession pour les T-Shirts de geeks, j'engrange les posters à ne plus savoir qu'en faire et j'ai même des citations de films gravées dans la peau. Plus moderne que classique dans mes références, j'ai parfois des avis douteux voire totalement fumeux, mais j'assume complètement. Enfin, je suis une puriste de la VO uniquement.

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