Hannibal, une série de Bryan Fuller : Critique saisons 1 à 3

Malgré une fin prématurée en raison d’audiences déclinantes, Hannibal fut une série à avoir rapidement marqué le petit écran. Pourvue de son esthétique léchée, son casting 5 étoiles et son écriture raffinée, la série de Bryan Fuller reste une des curiosités les plus fascinantes de ces dernières années.

Synopsis : Will Graham, professeur en criminologie à l’académie du FBI, est recruté par Jack Crawford, chef de la Division des Sciences Comportementales, qui souhaite utiliser son « talent » sur une enquête problématique. Graham souffre en effet d’une forme d’empathie extrême qui lui permet de « se mettre dans la peau » de n’importe quel sujet, de ressentir ses émotions et de comprendre son raisonnement. Cependant, ce don est très lourd à assumer psychologiquement et le condamne à une existence asociale. Will, il doit obtenir l’approbation d’un psychiatre pour intervenir sur le terrain. Son suivi est donc confié au Dr Hannibal Lecter par Jack Crawford, qui souhaite garder cette collaboration discrète. Il est alors loin de se douter que ce fin gastronome aux manières impeccables est en fait le meurtrier le plus recherché de Baltimore… 

Une réinvention appliquée

Hannibal-critique-serie-Mads-Mikkelsen-Hugh-DancyBryan Fuller s’est très vite imposé comme un auteur au sein du petit écran. Là où le format des séries pousse généralement à l’uniformisation et empêche l’éclosion d’un vrai style, surtout pour un grand network comme NBC qui favorise le procedural drama. Des séries sans vraiment de fil rouge majeur ou de direction précise qui se contentent juste d’offrir des enquêtes à la semaine. Initialement, Hannibal aurait dû ressembler à cela, la première saison est d’ailleurs très ancrée dans cette formule au cours de sa première partie. Mais c’est sans compter sur la patte excentrique de Fuller et ses ambitions démesurées qui casse le format sériel pour une approche clairement plus feuilletonnante. Voulant explorer la relation ambigue et tourmentée ente Hannibal Lecter et Will Graham, l’agent spécial chargé de l’appréhender, il offre à la fois un prequel à l’oeuvre de Thomas Harris, l’auteur des aventures d’Hannibal, mais en plus il souhaite réécrire son histoire à sa sauce. Au cours des trois saisons, Fuller et ses scénaristes réinventent les personnages et l’univers ténébreux de Harris pour le présenter sous son meilleur jour. Ils réadaptent ses écrits avec grand respect malgré les libertés prises en retrouvant parfaitement les intentions du romancier mais aussi en apportant à son histoire une dimension psychologique bien plus dense. La relation au cœur de la série entre Hannibal et Will, n’a jamais été aussi fascinante et source de réflexion. Sur ces trois saisons, Fuller à su faire une réinvention remarquable du mythe que représente le personnage d’Hannibal Lecter.

Un conte macabre

Hannibal-critique-serie-Hugh-DancyLa série adopte surtout le point de vue de Will Graham, un personnage qui présente une évolution plus significative que les autres. Ayant une pathologie mentale qui lui permet d’entrer en empathie avec les tueurs et donc de penser comme eux, il sera chargé par Jack Crawford, un agent du FBI assermenté, de les traquer pour les empêcher de nuire. La pression psychologique qu’il a sur les épaules le place dans une position où il devra suivre une thérapie avec Hannibal Lecter. Will est un homme fragilisé qui se trouve coincé entre deux blocs de pierre qui se livrent, sans le savoir au début, une bataille sans merci. Modelé par l’un comme par l’autre selon leurs idéaux, il sera tiraillé entre son sens de la justice et ses pulsions les plus sombres. Le triangle qui se forme entre ces trois personnages est probablement ce que la série offre de mieux, où l’amitié et la haine ne cessent de se côtoyer. Véritable jeu du chat et de la souris, la série explose vraiment dans sa deuxième saison, en s’émancipant petit à petit du procedural un peu trop routinier de la saison 1. Elle parvient à prendre par surprise avec ses développements inattendus, notamment en donnant une vraie épaisseur à ses personnages féminins comme pour Alana Bloom, qui n’était que le love interest de Will en première saison, et qui trouve une place plus prépondérante dans le jeu entre Will et Hannibal dans la saison 2. L’évolution des personnages suit une logique impeccable au fil des trois saisons qui forment un tout cohérent et qui arrivent en plus à trouver une conclusion satisfaisante et maîtrisée. La série aurait dû logiquement continuer, car la saison 3 commençait à peine à vraiment adapter les romans de Harris avec les 7 premiers épisodes qui revisitent le roman Hannibal et les 6 derniers qui s’attaquent au Dragon Rouge.

Il restait donc beaucoup à accomplir avec la série, notamment une adaptation du Silence des agneaux et l’introduction de Clarice Sterling dans ce vaste échiquier, et l’équipe qui lui a donné vie n’a pas renoncé à un éventuel retour dans les quelques années à venir. La dernière saison parvenait vraiment à s’émanciper totalement du format imposé par NBC, la chaîne qui hébergeait la série, plongeant encore plus dans un nihilisme ostentatoire et une forme toujours plus onirique et abstraite.Multipliant les plans iconiques et les visions hyper-stylisées, la série s’est imposée par ses visuels audacieux et léchés toujours servis par une réalisation de haute tenue et des mises en scène sophistiquées et habiles. Les meurtres de la série sont toujours très recherchés et tire vers la toile de maître, les influences étant ici nombreuses. Malheureusement, cette tendance à la pose artistique a aussi embourbé le rythme, surtout dans la saison 3 où parfois la lenteur des situations pouvait avoir raison des spectateurs les plus avertis. Cela contribuait néanmoins au jusqu’au-boutisme fascinant de la série qui ne se refusait aucune exubérances, même les plus gores. Le show devenant au fil des saisons de plus en plus violent.

Hannibal-critique-serie-Mads-Mikkelsen-Caroline-DhavernasThématiquement très dense, la narration de Fuller fut comme son propos, en constante transformation. S’intéressant à ce qui change un homme en bête, la série joue constamment avec ses deux visages. Chaque personnage a une face qu’il cache aux autres. Maniant la symbolique du chrysalide et du papillon pour accentuer la thématique de la métamorphose, la série mue de saison en saison pour atteindre sa maturité formelle et narrative dans son dernier acte. Le series finale est à ce jour un exemple de poésie visuelle tout aussi macabre que somptueuse. Constamment fasciné par la mort et la transcendance spirituelle, Bryan Fuller a imprégné Hannibal de son style comme pour ses anciennes séries. Que ce soit dans la sophistication maniérée des costumes ou cette douce ironie qui enrobe la mort, on est face à une oeuvre qui transpire constamment de personnalité. Ce ton si précis a surtout permis aux acteurs de totalement s’imprégner de la plume de Fuller et de ne faire qu’un avec leur personnage. Mads Mikkelsen avait la tâche presque impossible de succéder à Anthony Hopkins dans un rôle devenu culte. Pourtant il relève le défi haut la main. Inquiétant, énigmatique et par moments même touchant, il apporte une subtilité et une légitimité que les autres versions du personnage ne possédaient pas. Jamais le personnage n’avait été aussi proche de la vision de l’ange déchu imaginé par Harris, et Mikkelsen y trouve le moyen de signer un de ses meilleurs rôles. Hugh Dancy n’est pas en reste non plus, partageant une alchimie évidente avec Mikkelsen, il donne forme avec brio aux démons intérieurs de Will. Plus intense et ayant une palette d’émotions plus vastes que son partenaire, il offre une prestation mémorable dans le rôle le plus difficile de la série. Les deux trouvent le soutien d’un casting secondaire de talent, Laurence Fishburne est impeccable et brille par sa sobriété et son charisme tandis que Caroline Dhavernas prouve tout son talent et que l’excellente Gillian Anderson vient souvent démontrer qu’elle est une des actrices les plus passionnantes de la télévision.

Un show pas adapté aux exigences de la chaîne

Hannibal-critique-serie-Mads-MikkelsenCe qui au final aura causé la mort de la série, ce n’est pas une absence de talent, elle a même prouvé être capable de très souvent atteindre l’excellence, mais elle n’était malheureusement pas adaptée à la chaîne qui la diffusait. Elle a perturbé une audience qui était plus habituée aux séries génériques et accessibles se laissant suivre sans trop avoir à réfléchir. Ici s’imposait à eux une oeuvre souvent exigeante aux réflexions relativement noires. NBC ne pouvait donc plus soutenir un programme qui était plus adapté à une chaîne câblée avec un public plus réceptif à ce genre de format et aux séries plus empruntes de personnalité. Bryan Fuller n’a jamais eu beaucoup de chance avec ses séries, Hannibal étant la seule à avoir dépassé le stade de 2 saisons car il évoluait toujours dans une entreprise où il n’y avait pas sa place. Avec sa nouveauté American Gods qui verra le jour le 30 avril sur Starz, il travaille enfin sur une chaîne du câble, ce qui lui octroiera sans doute plus de liberté. Il aura peut être la possibilité de fonctionner sur la durée et les promesses de cette nouvelle folie sont d’ores et déjà plus qu’alléchantes surtout qu’on y retrouvera une bonne partie de l’équipe technique et créative d’Hannibal.

Hannibal est donc une série imparfaite mais elle a su offrir de sublimes moments de télévision. Réinvention habile du l’oeuvre de Thomas Harris et servie par une réalisation d’ensemble léchée, le show a su imposer des visions horrifiques aussi inventives que proprement virtuoses. Avec son superbe casting, Fuller a clairement marqué son passage aussi bref a-t-il pu être, au point qu’avec sa fanbase indéfectible, Hannibal est presque devenue une oeuvre culte. L’envie d’une quatrième saison et d’un possible retour dans le futur est bien présente mais dans l’état, avec ces trois saisons, on a eu le droit à un conte baroque à la fois macabre et poétique qui s’est montré cohérent et abouti. La série se suffit à elle-même et s’est offert une parfaite conclusion qui bouclait admirablement la boucle.

Hannibal : Bande Annonce

Hannibal : Fiche technique

Création : Bryan Fuller d’après les personnages créés par Thomas Harris
Réalisation : David Slade, Vincenzo Natali, Michael Rymer, Guillermo Navarro et Neil Marshall
Scénario : Bryan Fuller, Steve Lightfoot, Scott Nimerfro et Jeff Vlaming
Production : Bryan Fuller, Katie O’Connell, Martha De Laurentiis, Sara Colleton et Jesse Alexander
Acteurs : Mads Mikkelsen (Hannibal Lecter) ; Hugh Dancy (Will Graham) ; Laurence Fishburne (Jack Crawford) ; Caroline Dhavernas (Alana Bloom) ; Hetienne Park (Beverly Katz) ; Gillian Anderson (Bedelia Du Maurier) ; Aaron Abrams (Brian Zeller) ; Scott Thompson (Jimmy Price)
Musique : Brian Reitzell
Chaîne d’origine : NBC
Réseau de diffusion : Canal+
Format et nombre d’épisodes : 3 saisons de 13 épisodes
Genre : Thriller
Première diffusion : 4 avril 2013 – 29 août 2015

États-Unis – 2013

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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