Fargo saison 2 : critique série

A l’heure où l’actualité (intergalactique) cinématographique tend pour une fois à légitimer le reboot, le spin of et autres suites en tous genres ; le petit écran s’essaie lui aussi à l’art de faire du neuf avec du vieux : Fargo, 6ème long métrage des frères Coen somnolait tranquillement sur l’étagère des meilleurs films des années 90, jusqu’à ce que la chaine FX annonce son projet d’en faire une série télé.

Synopsis: La saison traite d’un incident qui s’est déroulé en 1979 à Sioux Falls dans le Dakota du Sud et qui a été plusieurs fois mentionné durant la première saison. Elle met en scène l’esthéticienne Peggy Blomquist et son mari, un boucher du nom d’Ed Blomquist, qui décident de couvrir leurs traces après le meurtre involontaire de Rye Gerhardt, un des fils d’une famille criminelle locale dont la matriarche est Floyd Gerhardt. Pendant ce temps, Lou Solverson, qui vient de rentrer du Vietnam et le shérif Hank Larsson, enquêtent sur trois meurtres commis par Rye Gerhardt.

No Country for Bad Men

 Toujours cité, rarement égalé dans son genre, le film n’avait rien demandé, et surtout ne semblait pas offrir le terreau nécessaire à une nouvelle intrigue. Pourtant nous pouvions faire confiance à la chaine qui héberge The Americans ou encore Louie, puisque Fargo saison 1, s’affirmait en 2014 comme l’une des meilleures séries de l’année. Un succès, et un formidable duo d’acteurs, qui n’ont été éclipsés que par le triomphe retentissant de True Detective ; mais à n’en pas douter, le couple de nordistes Billy Bob Thornton/ Martin Freeman luttait dans la même catégorie que les sudistes (beaucoup plus médiatisés) Woody Harrelson/ Matthew McConaughey. Une série au destin comparable, puisque par la forme adoptée (et louable), de faire de chaque saison une boucle bouclée ; les producteurs ne pouvant inscrire le show dans une réelle continuité annonçaient un turnover général : bref des nouveaux acteurs, des nouvelles aventures. C’était donc sans suspense, mais avec de belles promesses de réalisation que nous quittions l’excellente surprise signée Noah Hawley.

Que fallait-il espérer de cette saison 2 ? Nous nous serions facilement contentés d’un second volet d’un niveau égal, mais celui-ci ambitionnait bien plus, et fonçait tête baissée dans l’univers neigeux, névrosé, et jubilatoire du Fargo de 96, en réussissant une nouvelle fois à instaurer une intrigue palpitante. Alors, les nominations pleuvent déjà, la série est renouvelée pour une saison 3, prévue pour 2017 (…): la réussite est totale pour ce préquel. Une suite qui d’ailleurs finit par se connecter à la saison 1 ; avec des liens tissés pas forcément utiles, mais pas vraiment gênants non plus car sous forme de clins d’œil plus que de véritables révélations. De cette décade, on en retiendra essentiellement ses 90 premiers pourcents : 9 épisodes où la montée exponentielle de la folie n’a de semblable que la violence qui, contrainte au début, finit par érupter dans un flot continu de massacres et d’assassinats. Et si le pitch, plus que lugubre, peut rebuter, le travail de Noah Hawley et des frères Coen (dans quelles mesures ? puisque simples producteurs) dépasse évidement ce simple bain de sang. Un effort de mise en scène jouissif de maîtrise et de froideur, qui finalement prend plus la forme du calme que de la tempête. Avec ce sentiment annonciateur, que tout est joué dès le début, comme ces split screens qui ponctuent chaque épisode : La temporalité se distord, se confond, panique en quelque sorte: mais le temps s’achemine tranquillement vers une conclusion annoncée, alors que chaque seconde s’affole à l’idée d’y parvenir. Un refus d’obtempérer qui se retrouve dans le destin de tous les personnages, une fois encore servi par un casting délicieux. C’est là que nous parlons de Kirsten Dunst, de comment elle est merveilleuse, et de comment elle délivre la meilleure performance féminine télévisuelle de l’année. Et qui par la même occasion souligne qu’il y a matière à écrire des rôles incroyables pour des femmes dans le cinéma des frères Coen. Espérons donc qu’ils s’inspireront de ceux qu’ils inspirent, et composeront un peu plus pour des actrices.

Une fois de plus cette fin d’année met à l’honneur les hot cops de la télévision : on ne cite plus Andrew Lincoln de The Walkind Dead, mais on peut crier haut et fort le nom de Justin Theroux de The Leftovers ! Ici on retrouve Patrick Wilson dans son plus beau rôle depuis Watchmen, en policier submergé par le cancer de sa femme (La toujours parfaite Cristin Milioti), l’enquête autour d’un triple meurtre, et les péripéties aventureuses d’un couple un peu simplet mais meurtrier. A cela s’additionne une intrigue mafieuse qui voit s’opposer deux camps tout aussi déjantés l’un que l’autre. D’un côté les Gerhardt, une famille issue de l’immigration allemande prête à tout pour asseoir son autorité sur leur région face à « Kansas City », l’organisation criminelle d’obédience capitaliste qui entend s’implanter dans le North Dakota. Pour ce faire, est mandaté Mike Milligan (Bokeem Woodbine), personnage tarantinesque : éloquent, violent, et caustique.

La saison 2 de Fargo s’appuie donc sur un très solide casting, mais séduit également par la fougue et la retenue qui imprègne toute son histoire. Beaucoup d’échanges de mots au début, de dialogues nerveux où les armes sont pointées mais jamais déchargées ; puis peu à peu les victimes s’accumulent, les chargeurs se vident, et les tueurs se taisent. Un reflux de bestialité et de haine glaciale ; souvent incarnés par l’homme de main des Gerhardt, tout droit sortie de No Country for old men : un indien quasi automate qui exécute les requêtes sanguinaires de ses maîtres. Noah Hawley parvient, assez génialement il faut le dire, à repousser sans cesse les limites de la brutalité, sans pour autant lâcher les rênes et se perdre dans la gratuité. Les 9 premiers épisodes sont parfaits, le dernier l’est un peu moins avec comme souvent la dure tâche de conclure l’intrigue, mais surtout d’orchestrer l’apaisement. Et sous ce couvert, le vide s’insère un peu trop et nous laisse une pointe de déception. Pas assez cependant pour nous faire oublier cette descente dans ces enfers enneigés. Où l’on plonge dans un univers visuel impressionnant : avec un trio costumes, décors, photographie remarquable qui s’affilie avec justesse au cinéma des frères Coen. La série continue son parcours sans faute. 

Fargo saison 2>> bande annonce

Fiche technique: Fargo

Création : Noah Hawley
Réalisation : Randall Einhorn, Michael Uppendahl, Adam Arkin, Keith Gordon, Jeffrey Reiner, Noah Hawley
Distribution: Kirsten Dunst, Patrick Wilson, Jesse Plemons, Ted Danson, Bokeem Woodbine, Brad Mann, Zahn McClarnon, Jeffrey Donovan, Cristin Milioti
Scénario : Noah Hawley
Direction artistique : Trevor Smith, Bill Ives
Décors : Warren Alan Young, John Blackie
Costumes : Carol Case
Photographie : Dana Gonzales
Montage : Skip Macdonald, Bridget Durnford, Regis Kimble
Musique : Jeff Russo
Casting : Rachel Tenner, Stephanie Gorin
Production : Kim Todds, Chad Oakes, Michael Frislev, Noah Hawley, Warren Littlefield, Joel et Ethan Coen, Adam Bernstein, Geyer Kosinski
Sociétés de production : 26 Keys Productions, The Littlefield Company, Nomadic Pictures, Mike Zoss Productions, FX Productions, MGM Television
Sociétés de distribution (télévision) : FX Network (États-Unis); Netflix (France)
Pays d’origine : États-Unis
Genre : policier, comédie noire,
Durée : 48 à 53 minutes

Festival

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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