Sky Dome 2123 : les graines du futur

Dans un monde qui connaît de multiples crises, l’humanité choisit de sacrifier son espérance de vie pour sauver la planète. Nous y suivons un homme et une femme, déchirés par le système mis en place et leur désir de vivre leur amour jusqu’à la dernière seconde. Mais peut-on vraiment s’aimer dans ce contexte ? À la force d’une animation somptueuse, Sky Dome 2123 ne cesse d’émietter des indices de façon à multiplier les interprétations quant à leur trajectoire et leur véritable destination.

Synopsis : 2123. Dans un futur où la sécheresse a ravagé la Terre, l’humanité est contrainte de sacrifier une partie de la population : toute personne de plus de 50 ans sera transformée en arbre. La société est régie par des règles impitoyables. Le jour où Stefan voit sa femme condamnée prématurément par le système, il décide de prendre les plus grands risques pour changer son destin.

Découvert à la Berlinale, propulsé par la compétition d’Annecy et récompensé d’un Méliès d’argent à Strasbourg, le premier long-métrage de Tibor Bánóczki et Sarolta Szabó détonne dans le paysage cinématographique actuel, notamment grâce à son parti pris visuel.  Typiquement connue pour l’animation image par image des sabres laser dans Star Wars, la rotoscopie est une technique qui consiste à dessiner (ici à la main) par-dessus des prises de vues réelles. A Scanner Darkly et Teheran Tabou restent des références dans ce domaine, mais le duo de cinéastes hongrois pousse encore plus loin ce travail au niveau des expressions faciales. Et il a fallu sept longues années pour venir à bout de ce processus chronophage. Ce qui est d’autant plus impressionnant sur le travail de la texture, que ce soit l’eau, le sable ou toutes les matières organiques que l’on trouve à l’écran.

Le monde de demain

La science-fiction est plus que jamais le miroir de notre monde en décomposition. La nature n’est plus et la vie est devenue artificielle pour les citoyens d’un Budapest confiné sous un dôme de verre. Lorsque la ville se réveille, les annonces martèlent l’idée de « renaissance », car l’espérance de vie est devenue une marchandise régulée, rappelant ainsi le postulat de Jung-E, avant qu’il ne verse dans la série B mélodramatique et décérébrée, ce que Sky Dome 2123 n’est pas. Passé les 18000 jours d’existence, une société privée récupère les corps pour alimenter une plantation d’arbres, afin de réoxygéner la planète, détruite et brûlée par l’insouciance de l’Homme. Le temps est impitoyable avec celles et ceux qui ne peuvent rêver d’avenir. C’est le cas de Stefan (Tamás Keresztes), un psychologue qui ne peut que constater à quel point l’humanité a perdu son lien avec la nature. Il faut dire que le deuil qu’il partage avec sa femme Nora (Zsófia Szamosi) ne l’aide pas à guérir de sa mélancolie.

Nora finit ainsi par fuir ses responsabilités et renonce au peu de liberté qu’il lui reste à consommer. Telle l’investigation du Soleil Vert, Stefan est amené à infiltrer les installations de la société qui recycle les corps. Son inquiétude à ce sujet rappelle également celui d’un épisode pandémique qui a notamment influencé le processus d’écriture, sans compter les problématiques climatiques et les guerres. Tout cela se lit à travers les yeux des personnages en quête de rédemption et de réconciliation. Cette dystopie possède ainsi une grande profondeur en faisant l’économie de séquences d’action, car la suite du programme n’a rien d’un Mad Max.

Les fantômes du passé

Dans une seconde partie, bien plus stimulante que son exposition théorique, nous découvrons, en même temps que les protagonistes, les vestiges de l’ancien monde. Cela donne lieu à une nouvelle démonstration technique pour animer des décors en trois dimensions. C’est dans les détails que cette visite désenchantée donne un sens aux échecs de l’humanité. Le choix du road-trip permet ainsi de garder un œil sur le passé et de constater ce qui a été perdu jusqu’à la création des dômes. Le couple doit ainsi faire face à leur mortalité, éminemment tragique. Mars Express prenait à revers cette analyse en transférant la mémoire d’un hôte humain dans un corps artificiel. Faute d’atteindre ce genre d’avancée et de repousser ce passage vers l’au-delà, le film prend soin de poncer un axe romantique assez malin et pertinent pour nourrir une fin ouverte. Sur la partition musicale de Christopher White, le dernier plan cultive cette aura douce-amère, où le choix de Stefan est suffisamment ambigu pour que la raison et l’égoïsme se confondent.

Peut-on seulement s’en remettre à la génération suivante ? L’avenir est incertain et le film de Bánóczki et Szabó se garde d’y répondre par les faits ou la science. Tout l’intérêt de Sky Dome 2123 est de constituer un objet d’étude infini et universel dans l’esprit des spectateurs. Que l’on soit fasciné par ces thématiques actuelles ou bien outré par la distance émotionnelle avec les personnages, le sentiment de s’être épanoui et d’avoir fleuri à leurs côtés n’est pas une illusion. Cette odyssée ne s’arrête donc pas au générique et parvient à nous implanter une belle graine de réflexion, pourvu qu’elle nous serve d’ici la fin du monde.

Bande-annonce : Sky Dome 2123

Fiche technique : Sky Dome 2123

Titre original : Müanyag égbolt
Réalisation, scénario, storyboard, prise de vues réelles : Tibor Bánóczki et Sarolta Szabó
Département 2D : Andrea Gabányi
Département 3D : Botond Tobai, Zénó Mira, László Fazekas, Gergő Gieda
Musique originale : Christopher White
Son : Judit Sós
Montage son : Stefan Smith
Montage : Czakó Judit Hse
Assistant réalisateur : Krstan Petrucz
Costumes : Petra Szűcs
Coproducteurs : Viktória Petrányi
Producteurs : József Fülöp, Orsolya Sipos, Juraj Krasnohorský
Producteurs exécutifs : Mónika Mayer, Henrieta Cvangová
Production : Saltofilm, Artichoke Film Production
Pays de production : Hongrie, Slovaquie
Distribution France : KMBO
Durée : 1h50
Genre : Animation, Science-fiction, Drame, Romance
Date de sortie : 24 avril 2024

Sky Dome 2123 : les graines du futur
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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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