Cannes 2017 : Téhéran Tabou (Tehran Taboo) choquera moins les festivaliers que les Ayatollahs

Depuis vingt ans qu’il a quitté son Iran natale, avec Téhéran Tabou (Tehran Taboo), Ali Soozandeh semble en avoir encore beaucoup à dire sur ce pays écrasé sous le poids des traditions théologiques. A moins que le fait qu’il n’y vive plus lui en donne une image biaisée.

Synopsis : Téhéran est une ville schizophrène dans laquelle le sexe, la corruption, la prostitution et la drogue coexistent avec les interdits religieux. Dans cette métropole grouillante, trois femmes de caractère et un jeune musicien tentent de s’émanciper en brisant les tabous…

Teheran-Tabou-film-animation-Tehran-Taboo-semaine-de-la-critiqueOn pourrait croire que, ce qui saute aux yeux en premier, c’est le caractère rotoscopique des personnages à l’écran, mais non. Avant même de prendre conscience qu’il ne s’agit pas d’acteurs en chair et en os, c’est la dimension malsaine des rues de Téhéran, peuplées de prostituées dont une à son fils handicapé auprès d’elle, qui se dégage des premières images de Tehran Taboo. Le choix de l’animation, que certains auraient pu qualifier de superficielle, est donc presque imperceptible au regard de la portée du propos politiquement incorrect. Il semble que le coup d’éclat de Valse avec Bachir ait ouvert le bal d’un cinéma d’animation moyen-oriental engagé, mais ce qui est sûr c’est qu’en termes de style visuel, celui adopté par Soozandeh est très proche de celui du film d’Ari Folman.

Que raconte-t-il en fin de compte ? C’est peut-être du côté de l’écriture que son dispositif pêche le plus. Très faible en termes d’intrigue, son scénario repose essentiellement sur des études de caractère à travers plusieurs personnages qui, eux en revanche sont bien écrits. Mais l’intention dénonciatrice du réalisateur s’immisce dans chaque scène, chaque ligne de dialogue, à un point que l’image dépréciative qu’il veut donner de l’Iran finit par en devenir outrancière et vulgaire. Si encore le film avait su développer un humour caustique plutôt que de flirter par moments avec un misérabilisme de mauvais goût, il aurait pu s’agir d’une œuvre méchamment corrosive. Il semble cependant que la haine profonde qu’alimente le réalisateur pour la théocratie hypocrite dans laquelle il a grandi pèse sur le propos socio-politique de son premier long-métrage. Espérons pour lui qu’il saura faire preuve de plus de légèreté lors de ses prochaines réalisations s’il ne veut qu’elles soient, comme Tehran Taboo, condamnées à être échangées sous le manteau par les premiers concernés par ce qu’il raconte.

_

[Semaine de la critique] Tehran Taboo

Un film de Ali Soozandeh
Avec Elmira Rafizadeh, Zahra Amir Ebrahimi, Arash Marandi en rotoscopie
Distributeur : ARP Sélection
Durée : 1h36
Genre : Animation, Drame

Allemand, Autrichien – 2017

Tehran Taboo : Bande-annonce

[irp]

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.