Jurassic Park : Analyse d’une saga mythique

Alors que  Jurassic World  2 arrive sur les écrans dans quelques mois, il est bon de revenir là où tout a commencé. En 1993, Spielberg sort l’un des films les plus cultes de tous les temps : Jurassic Park. Une vingtaine d’années plus tard, la saga compte trois suites qui n’arriveront jamais à retrouver la magie du premier volet. Analyse d’une franchise qui fera des créatures d’il y a 65 millions d’années la passion de toute une génération.

Oeuvre culte et succès commercial et critique depuis sa sortie en 1993, Jurassic Park de Steven Spielberg a fait des dinosaures un objet de fascination pour toute une génération mais s’est aussi imposé comme un long métrage intemporel dont la révolution des effets spéciaux numériques n’aura en rien fait vieillir le réalisme de ses créatures. Et pourtant, Jurassic Park est le pilier d’une saga qui n’arrivera jamais à retrouver la magie et le caractère de son premier opus. Sur les cinq films réalisés (Jurassic World 2 attendu pour le mois de Juin) autour du parc, seuls les deux premiers sont réalisés par Steven Spielberg Aujourd’hui son film sonne comme un long métrage qui ne peut exister qu’une fois, le si rare mélange entre prouesse technique et réussite émotionnelle. Mais que raconte finalement Jurassic Park ? Adapté de manière aseptisée mais fidèle du roman de Michael Crichton, le film raconte la première visite d’un parc d’attractions où Hammond, riche PDG  rappelant le tordu Dr.Moreau, a donné vie à tout un ensemble de dinosaures grâce à la génétique. Cependant, la nature trouvant toujours un chemin, les dinosaures ne tarderont pas à s’échapper de leur enclos.

samneill-enfant-jurassicpark-spielberg-course-dinosaureDe la course poursuite du T-Rex, des punchlines de Ian Malcolm ou du cache-cache avec des Raptor, Jurassic Park aligne les moments cultes comme si chaque réplique et chaque scène avaient conscience de l’impact qu’elles allaient avoir sur la culture populaire. En somme, un film qui se sait déjà culte avant de l’être. Plus qu’un spectacle émerveillant qui atteint une maîtrise totale de ses effets spéciaux, le long métrage façonna toute une décennie de cinéma de divertissement. Aujourd’hui, les technologies du 7ème art permettent de tout représenter mais manquent sévèrement de cœur. Et c’est ici qu’on trouve un des premiers parallèles entre Jurassic Park et l’histoire du cinéma. Dans le film, Hammond est un riche entrepreneur qui décide de réaliser l’impossible : insuffler la vie à des dinosaures. La création de ce parc est motivée par un fantasme capricieux mais surtout par un appât du gain. Comment ne pas faire la comparaison avec des blockbusters sans âme qui alignent tout de même les prouesses techniques ?

L’homme et la nature

velociraptor-enfant-jurassicpark-film-spielbergPlus loin qu’un constat anticipateur sur le cinéma, Jurassic Park propose surtout une réflexion sur l’ego terrible de l’homme et son désir excessif de vouloir contrôler la nature. Les dinosaures sont alors le symbole d’une faune que l’homme n’aurait jamais dû rencontrer. Le film ne raconte pas des monstres qui vont attaquer injustement des pauvres humains mais décrit des forces animales incontrôlables qui vont s’approprier un territoire acquis par l’homme. Les véritables vilains de l’histoire sont l’équipe de scientifiques qui ont voulu jouer aux dieux. Ainsi tous les hommes s’appropriant la nature seront punis durant le film. Dieu crée les dinosaures. Dieu détruit les dinosaures. Dieu crée l’Homme. L’Homme détruit Dieu. L’Homme crée les dinosaures.. Les Raptor et le T-Rex restent évidemment des créatures terrifiantes mais comment traiter de méchants des animaux qui ne font que reproduire le règne animal ? Le propos animaliste de Jurassic Park a cependant véritablement évolué dans la suite de la saga. Pour essayer de comprendre la direction qu’a prise la franchise, il faut désormais s’intéresser au Monde Perdu. Second volet sorti en 1997, Le Monde Perdu est un projet qui n’a jamais vraiment passionné Spielberg. Se sentant coupable de n’avoir jamais donné de suite à E.T, le réalisateur pensait qu’il devient bien à son public une suite au succès colossal de Jurassic Park. De l’autre côté, il sortait du tournage extrêmement éprouvant de La Liste de Schindler et était gêné de produire un blockbuster juste après un film tragique traitant de la Shoah. Comme si Spielberg avait fait un compromis avec lui-même, Le Monde Perdu est résolument plus sombre que son prédécesseur.  Et cela se ressent dès la première scène où une petite fille se fait dévorer par des Procompsognathus.

Plus de dents 

trex-lemondeperdu-spielbergDans ce second opus, Ian Malcolm se retrouve plus ou moins obligé d’aller dans une île voisine à Isla Nubar pour accompagner une nouvelle expédition auprès des dinosaures. De  » capitaliste à naturaliste  » Hammond aurait appris de ses erreurs et prétend simplement vouloir se documenter sur les créatures. Au casting, exit la fausse famille au cœur du premier film et bienvenue à un nouveau casting où seuls Attenborough et Goldblum ont rempilé. La fille de Malcolm s’invite au voyage, et son ex, interprétée par Julian Moore, est également présente. Le trio permet d’imposer une dynamique familiale agréable au milieu des militaires d’Ingen. Car comme on pouvait s’y attendre, l’expédition n’était finalement pas pavée de bonnes intentions. Ingen compte en réalité évacuer les dinosaures pour les amener dans un nouveau parc d’attractions sur le continent. Et à travers ce point continue la métaphore liée au cinéma et à l’histoire de la saga elle-même. La volonté d’Ingen d’étendre le parc fait écho à celle des producteurs de franchiser le premier film à travers de nombreuses suites et produits dérivés. Quant au message naturaliste du premier opus, la suite s’avère plutôt fidèle et dresse un portrait peu reluisant des militaires et grandes firmes prêts à piller les ressources de la planète pour des motivations lucratives et obscures.  Le film va d’ailleurs plus loin en traitant les dinosaures comme des animaux rares qui n’ont rien à faire dans des zoos. Se fait alors très facilement un parallèle avec les parcs aquatiques où des orques et dauphins sont confinés dans de tous petits espaces. Malheureusement malgré une mise en scène efficace, Spielberg n’arrive pas à faire retrouver au spectateur l’extase qu’il pouvait ressentir durant Jurassic Park. Si dans le premier opus les dinosaures étaient iconisés à chaque apparition, ils sont presque filmés comme des non-évenements dans Le Monde Perdu. Le film va même dans la surenchère en doublant le nombre de T-Rex, créature emblématique de la saga. Le long-métrage détient quand même des scènes spectaculaires comme l’attaque des Raptor en hautes herbes ou la sortie du T-Rex dans San Diego.

Des suites en demi-teinte

alangrant-jurassicpark-spielberg-velociraptor-samneiilAujourd’hui que reste t-il de l’œuvre de Spielberg ?  Jurassic Park 3 sort sur les écrans en 2001. Au tout début, le film devait parler du personnage d’Alan Grant qui serait resté caché sur l’île pendant des années. L’idée fut abandonnée. Ensuite le projet passa par de nombreuses ré-écritures et Spielberg abandonna le poste de réalisateur et laisse la place à Joe Johnston, papa de Jumanji. Le tournage du film connaîtra de nombreux désagréments dont l’hospitalisation d’un cascadeur et des gros désaccords au niveau du script. Le long-métrage abandonne totalement la réflexion autour de l’éthique, de la science et de la nature au profit d’un film d’action pur. De ce fait, les dinosaures deviennent de simples monstres qui sont là pour servir les rebondissements du scénario. Pour donner un coup de jeune à la franchise, le T-Rex est remplacé par un Spinosaure jusque dans le logo du film. L’accueil critique est très mitigé pour un film qui n’aurait surement jamais dû exister. La saga connaîtra une suite quatorze ans plus tard avec la mise en chantier de Jurassic World qui ignore les événements du dernier film.

dinosaure-marin-jurassicworld-film-spielberg-Sorti au cinéma en 2015 et se déroulant une vingtaine d’années après les premiers films, Jurassic World connaît un succès commercial monumental. Réalisé par Colin Trevorrow, le long métrage n’échappe pas au fan-service et propose une réflexion méta sur la franchise. Représentation des fans de la saga, le personnage de Jake Johnson collectionne tous les goodies dérivées de l’univers et clame qu’aujourd’hui plus personne n’est impressionné par les dinosaures et qu’il faut donc surenchérir. Dans le film, le premier dinosaure (terrible Indominus Rex) créé entièrement par l’homme se présente comme plus grand, plus dangereux, plus fort, plus vicieux que tous ses prédécesseurs. Cela fait écho au film lui-même en disposant de toutes les nouvelles technologies du cinéma pour essayer d’émerveiller le spectateur dans un cinéma où les effets spéciaux ne surprennent plus. Là, le film se tire une balle dans le pied. Jurassic World est très formaté et joue sans cesse sur  la nostalgie mais n’arrive jamais à capturer l’esprit du premier opus. Le long métrage est devenu ce que critiquait Jurassic Park : un spectacle certes bluffant mais dénué d’âme et motivé par l’appât du gain. Réalisé par Bayona, la suite (selon les bandes-annonces) devrait considérer les dinosaures comme des créatures horrifiques mais conserverait un propos animaliste avec notamment une intrigue sur la militarisation des dinosaures. Dans Jurassic World, le scientifique Henry Wu dit :  » Vous n’avez pas demandé du réalisme, vous avez demandé plus de dents « . Alors pour la suite, on demande moins de dents et un peu plus de cœur.

Synopsis : Ne pas réveiller le chat qui dort… C’est ce que le milliardaire John Hammond aurait dû se rappeler avant de se lancer dans le « clonage » de dinosaures. C’est à partir d’une goutte de sang absorbée par un moustique fossilisé que John Hammond et son équipe ont réussi à faire renaître une dizaine d’espèces de dinosaures. Il s’apprête maintenant avec la complicité du docteur Alan Grant, paléontologue de renom, et de son amie Ellie, à ouvrir le plus grand parc à thème du monde. Mais c’était sans compter la cupidité et la malveillance de l’informaticien Dennis Nedry, et éventuellement des dinosaures, seuls maîtres sur l’île…

Jurassic Park : Bande-annonce

Jurassic Park : Fiche technique

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénariste ; Michael Crichton et David Koepp, d’après le roman Jurassic Park de Michael Crichton
Avec Sam Neill, Laura Dern,  Laura Dern, Jeff Goldblum, Richard Attenborough…
Bande originale : John Williams
Direction artistique : John Bell et William James Teegarden
Décors : Jackie Carr
Costumes : Sue Moore et Eric H. Sandberg
Photographie : Dean Cundey
Son : Gary Rydstrom
Montage : Michael Kahn
Production : Universal Pictures
Production : Amblin Entertainment
Distributeur France : United International Pictures (UIP)
Date de sortie : 20 octobre 1993 (France)
Durée : 2h 02min
Genres : Aventure, Science fiction

États-Unis 1993

Plus d'articles
Une-histoire-critique-des-annees-1990-livre-critique
Repenser les années 1990