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Rétrospective Films de Noël : Black Christmas de Bob Clark

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Black Christmas narre une histoire sordide bien loin des contes féériques de Noël. Les amateurs de cinéma d’horreur pourront choisir de se délecter de ce film culte, celui qui devint en 1974, le père du slasher. 

Noël anxiogène 

À l’approche des fêtes de fin d’année, les étudiants d’une université canadienne quittent peu à peu le campus pour retrouver leur famille pour les festivités. Alors que l’université se désemplit rapidement, quelques étudiantes restent dans leur maison de sororité, mais dans ce grand vacarme de Noël, où tout le monde se dépêche de partir, personne ne semble remarquer les disparitions progressives des jeunes étudiantes.

Un tueur à l’identité cachée par une caméra subjective, une série de meurtres et un lieu familier, Bob Clark, avec Black Christmas, officialise le genre du slasher, dont les codes trouvent leurs origines dans le giallo italien mais aussi dans l’œuvre de Hitchcock avec Psychose. Si Halloween, sorti quatre ans plus tard, concentre son intrigue dans une banlieue pavillonnaire, intensifiant le processus d’identification pour le spectateur, qui s’imagine alors que ces meurtres peuvent se produire dans sa propre ville, Black Christmas choisit comme décor, l’université. Dans une maison de sororité, un petit groupe de jeunes femmes essaient de recréer une ambiance familiale et festive pour passer Noël sur le campus. Mais alors qu’elles célèbrent les vacances, des coups de fil obscènes de plus en plus insistants viennent les déranger. Croyant d’abord à une plaisanterie de mauvais goût, les jeunes filles commencent rapidement à paniquer face à un interlocuteur visiblement dérangé. Parallèlement, un père tente de retrouver une des filles de la sororité qui devait rentrer chez elle pour les fêtes. À une période où les gens retrouvent leur famille pour partager un bon repas dans une ambiance des plus festives et joyeuses, Black Christmas s’immisce dans notre espace intime, le foyer familial, et pervertit cette fête et ses principes. Les lumières de Noël qui décorent la grande demeure des étudiantes paraissent alors briller d’un éclat lugubre. Inspiré d’un fait divers, le film nous dévoile dès la première scène que le tueur se trouve dans la maison et il y restera durant la totalité du film. Ainsi, le mal peut arriver à tout moment de l’année et surtout il peut s’inviter sous notre propre toit, sans que l’on ne soupçonne rien, donnant aux grincements de nos maisons, une tout autre dimension.

La véritable force de Black Christmas, outre le fait qu’il lance des codes dont les slashers contemporains s’inspirent encore, se trouve dans son ancrage dans le réel. Chacun des personnages, même les plus mineurs, paraissent terriblement réalistes. Chacune des étudiantes de la sororité a sa personnalité et ses propres démons, que ce soit Barb, qu’on voit ivre tout le long du film, ou la première victime, une jeune fille timide et sage qui parait très seule, ou encore Jess, la final girl (figure de la dernière survivante qui affronte le tueur, qu’on retrouve dans Halloween avec Jamie Lee Curtis par exemple) qui refuse de garder l’enfant dont elle est enceinte malgré les menaces de son petit-ami. Toutes ces jeunes filles paraissent extrêmement modernes comparé à l’intérieur victorien et sombre de leur maison de sororité, à une époque, les années 70, où les mœurs se libèrent. Modernité qui déclenchera des rires, lorsque par exemple, le père strict, inspecte la chambre de sa fille, couverte de posters hippies. Dans son réalisme, Black Christmas mélange peur et rire, à l’instar des personnages qui ne savent pas ce qu’il se passe réellement et qui restent  alors dans le doute, nous rions nerveusement de certaines situations comiques mais l’atmosphère elle, continue de devenir de plus en plus étouffante et anxiogène. Lorsque les forces de l’ordre tentent de tracer les appels de l’interlocuteur anonyme, Black Christmas prend soin de nous montrer l’employé de la compagnie de téléphone, courant entre les machines, essayant de trouver l’origine des coups de fil.  Tout en crescendo, Black Christmas entretient un suspense, créant un malaise. Une sensation malsaine renforcée par la présence du tueur, qui n’est ni un grand tueur en série, ni un meurtrier au masque mémorable, juste un garçon traumatisé dont la folie le pousse au meurtre brutal. Ce sont ses personnages modernes et réalistes, son tueur presque banal et sa mise en scène simple et efficace qui rendent Black Christmas si glaçant, puisqu’il injecte la terreur dans notre quotidien avec la plus grande simplicité.

Black Christmas : Bande annonce

Black Christmas : Fiche Technique

Réalisation : Bob Clark
Scénario : Roy Moore
Interprètes : Olivia Hussey, Keir Dullea, Margot Kidder, John Saxon, Andrea Martin, Marian Waldman…
Photographie : Reginald H. Morris
Montage : Stan Cole
Musique : Carl Zittrer
Producteurs : Bob Clark, Gerry Arbeid, Richard Schouten, Findlay Quinn
Sociétés de production : August Films, Canadian Film Development Corporation, Famous Player, Warner Bros. Pictures
Genre : horreur, slasher
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 11 octobre 1974 (Canada)

Canada – 1974

Sauvage : le film électrique de Cannes débarque en DVD et VOD

Ce premier film très réussi signé Camille Vidal-Naquet débarque en DVD et VOD le 8 Janvier !

Synopsis: Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues. Son cœur bat fort.

C’est l’occasion de revoir ce long-métrage unique et envoûtant. C’est un film cru mais terriblement sensuel. C’est aussi la révélation de l’acteur Félix Maritaud, découvert l’année dernière chez Robin Campillo dans 120 battements par minute. Le réalisateur Camille Vidal-Naquet traite de la prostitution de manière originale puisqu’il choisit de montrer un jeune homme conscient de son activité, et qui souhaite apporter de l’amour à chaque personne qu’il rencontre.

La vie de Léo, le personnage principal, est marqué par le manque d’affection, le manque de souffle. Malgré la maladie qui accable son corps, il ne se laisse pas dépérir et reste toujours porteur d’espoir, la tête levée vers le ciel. C’est une œuvre pleine de tendresse, qui travaille les corps, à l’image des scènes en boîte de nuit, avec les corps qui transpirent, les corps qui se frôlent, et qui se touchent pendant l’acte sexuel.

Les différents bonus du DVD permettent d’en apprendre plus sur l’œuvre, puisqu’on y retrouve des scènes coupées commentées par le réalisateur lui-même et Elif Uluengin, ainsi que les essais caméra également commentés par Camille Vidal-Naquet et Jacques Girault, une analyse du film par Jean-Marc Lalane, les projets d’affiche et la Bande-annonce.

Sauvage : Bande Annonce

Spécificités techniques :

France – 2018
DVD 9 – Zone 2 – PAL
Format: 1.85 (16/9 compatible 4/3)
Couleur
Version originale française (2.0 et 5.1)
Durée: 100 minutes

Sauvage : Fiche Technique

Titre original: Sauvage
Réalisation et scénario: Camille Vidal-Naquet
Image: Jacques Girault
Décors: Charlotte Casamitjana
Costumes: Julie Ancel
Son: Julien Roig, Jeremy Vernerey et Benjamin Viau
Montage: Elif Uluengin
Musique: Romain Trouillet
Production: Emmanuel Giraud et Marie Sonne-Jensen
Sociétés de production: Les films de la Croisade, La Voie Lactée
Distribution: Pyramide Distribution
Genre: Drame
Durée: 100 min
France – 2018

Rétrospective Films de Noël : 3615 Code Père Noël de René Manzor

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Parmi les films emblématiques de Noël, on ne peut évidemment pas s’empêcher de parler de Maman j’ai raté l’avion de Chris Columbus. L’histoire d’un jeune garçon tout seul à la maison pendant les fêtes et qui se voit obliger de se débarrasser de deux cambrioleurs un peu bêtes. Mais on ne va pas aujourd’hui vous rebattre les oreilles avec les aventures de Macauley Culkin, mais plutôt s’intéresser à sa version française pour le moins méconnue, 3615 Code Père Noël, sortie …. près d’un an auparavant !

Maman j’ai raté l’avion serait donc un remake d’un film français ? Non pas vraiment, bien que René Manzor affirme ouvertement que Columbus ait complètement pompé son film 3615 Code Père Noël. Cependant, les ressemblances entre les deux films sont pour le moins étranges. Sorti en janvier 1990 (après les fêtes de Noël, pas très bon timing me direz-vous), 3615 Code Père Noël met en scène le jeune Thomas, gamin hyperactif de 9 ans ayant pour passion les films d’actions et tout ce qui touche à l’informatique. Ce n’est donc pas un hasard si le petit garçon a fait du manoir familial un véritable bunker rempli de caméras de surveillance, de pièges et même de passage secret menant à une gigantesque pièce où les jouets se comptent par milliers. La première séquence présente d’ailleurs Thomas dans un cosplay de John Ramboplus vrai que nature .

Face à lui, un vilain antagoniste qui va prendre les traits du Père Noël. Un psychopathe voulant se venger de la mère du jeune garçon qui l’a renvoyé de son poste dans un magasin de jouet et qui décide de s’attaquer à la famille le soir du 24 décembre. Sa mère étant partie travailler, Thomas se retrouve seul avec son grand-père face à cette menace pour le moins stupéfiante. D’autant plus que croyant dur comme fer au Père Noël, Thomas a comme objectif de capturer ce dernier lorsqu’il viendra livrer ses présents. Facile de comprendre alors que tout cela va finir en duel entre un garçonnet et un fou furieux.

Frère de Francis Lalanne, qui produit d’ailleurs le film, René Manzor est l’un des rares faiseurs de cinéma de genre français dans cette période assez creuse de la fin des années 80/ début 90. Il s’inspire pour ce film de toute l’imagerie qu’idolâtre son personnage Thomas, à savoir les figures d’actions américaines des années 80 qui inondent les écrans. On remarque alors très vite une projection de Manzor dans son personnage principal, incarné par son fils qui plus est, s’amusant lui aussi comme un petit fou avec un gigantesque terrain de jeu, le plateau de cinéma. Avec ce bac  à sable infini, René Manzor met en scène un conte de Noël qui tourne au thriller horrifique, revisitant les codes de ce cinéma qu’il affectionne. Pour mettre en déroute le méchant papa Noël, Thomas va devoir recourir à toutes les ruses possibles ainsi qu’à arsenal détonnant comme le train livreur de grenade. Pendant ce temps, le regretté Patrick Floersheim exhibe sa belle trogne de vilain dans les longs couloirs du château. Un charisme certain qui lui assure une aura terrifiante d’autant plus qu’il ne prononce aucun mot tout du long.

Avant d’être exhumé l’an dernier par Le Chat qui fume qui l’a ressorti dans un très beau pack combo Blu-Ray/DVD, 3615 Code Père Noël était devenu une gemme rare du genre français, qui n’avait que très peu résisté à l’épreuve du temps. Il faut dire que rien que son titre annonce une ringardise avec ce 3615 renvoyant à cette ère préhistorique du Minitel. Globalement, le film a pris un coup de vieux, et ce n’est pas la coupe de mulet de Thomas, rivalisant avec celle de JCVD dans Chasse à l’homme qui va nous faire mentir. Malgré cela, le charme qui émane de 3615 Code Père Noël est indiscutable. S’il possède des allures somme toute nanardesques aujourd’hui, on ne peut s’empêcher d’être solidaire de ce jeune garçon se la jouant Rambo dans son immense bâtisse comme s’il s’agissait d’une jungle tropicale. Si le côté technologique fait doucement sourire aujourd’hui, il donnait à l’époque un côté high-tech à l’attirail de son héros, contrebalançant avec l’artisanat de certains pièges. De plus Manzor n’hésite pas à faire intervenir une pointe d’émotion, notamment au travers de la relation touchante dont dispose Thomas avec son grand-père qu’il essaie de protéger tout au long du film. Même si la mécanique est semblable à Maman j’ai raté l’avion, 3615 Code Père Noël se démarque par son aspect bien plus sombre et au final peut-être moins familial. Manzor y injecte une dimension horrifique à de nombreuses reprises, que ça soit dans la mise en scène du personnage de Floersheim ou même dans l’aspect tout en dédales de la maison. Avec 3615 Code Père Noël, Manzor brasse finalement de nombreux genres. Il s’agit ici d’une oeuvre à redécouvrir de toute urgence pour changer un peu de la sempiternelle musique des aventures de Kevin McAllister.

3615 Code Père Noël : Bande Annonce

3615 Code Père Noël : Fiche Technique

Réalisateur : René Manzor
Scénariste : René Manzor
Interprètes : Alain Musy, Brigitte Fossey, Patrick Floersheim, Louis Ducreux
Genre : Thriller
Durée : 1h24mn
Date de sortie : 17 janvier 1990

Rétrospective Films de Noël : The Children de Tom Shankland

Noël c’est la fête de l’hiver, des réunions de famille, des cadeaux… Mais c’est aussi la fête des enfants ! Et pour certains, Noël peut très vite tourner au cauchemar à cause de ceux-là.

Malheureusement, on le sait, les enfants ne sont pas toujours les innocents chenapans que l’on s’imagine. Bruyants, incompréhensibles, désordonnés, idiots – il faut le dire ! Ils peuvent parfois même se montrer assez effrayants et malsains. C’est le cas dans le film The Children. Réalisé en 2008 par Tom Shankland, ce long-métrage met en scène deux familles se réunissant pour fêter le réveillon ensemble à la campagne. L’occasion pour Elaine (talentueusement jouée par Eva Birthistle) de revoir sa sœur Chloé (Rachel Shelley), et pour les enfants de revoir leurs cousins. Le hic c’est qu’une mystérieuse maladie contamine les 4 enfants, et semble changer ces adorables morveux en psychopathes intrigués par la mort. Très vite, Paulie (William Howes) le plus jeune des enfants de Elaine et Jonah (Stephen Campbell Moore), fait preuve d’un comportement de plus en plus étrange, et le chat de la maison, Jinxie, disparaît…

Reposant sur un pitch peut-être un peu simpliste de premier abord, The Children, second long-métrage de Tom Shankland – après WΔZ sorti en 2007 – se montre pourtant un film parfaitement maîtrisé et réalisé. C’est particulièrement dans la gestion de sa tension et de la direction des personnages que le film prend tout son intérêt. Les enfants, principal élément problématique de l’intrigue, gagnent petit à petit en étrangeté : ils toussent du sang, vomissent une bile dense et jaunâtre, puis hurlent sans raison et font preuve d’accès de violence soudains. La réalisation va ainsi suivre ce schéma crescendo, d’abord avec de longs plans de caméra se concentrant sur un évènement paraissant minime : un regard appuyé, la mine suspicieuse d’un personnage, ou encore une goutte de sang expulsée par la toux d’un enfant. Ces séquences sont prétexte à la réflexion sur les évènements, qui semblent s’enchainer sans pouvoir être arrêtés. Puis la tension se verra accélérée, augmentée par un enchainement de plans très courts marquants et symboliques : celui d’un bâton planté violemment dans la tête d’un bonhomme de neige par la petite Leah (Raffiella Brooks), ou les coups portés par Nicky (Jake Hathaway) dans le vide et sur son père pendant qu’il joue. Par cette focalisation, des gestes normaux d’enfants sont ainsi mis en exergue par la caméra, qui les fera paraître comme plus étranges qu’ils ne le sont, plus inquiétants.

Et pour cela, on constate un très bon jeu d’acteur général, même de la part des acteurs enfants – ce qui est assez notable. C’est d’autant appréciable que l’accent est ici mis sur les dialogues et les relations familiales entre les personnages. Le film en profite pour évoquer les sujets profonds que sont l’innocence, l’attachement irréfléchi et puissant des enfants et des parents, ou encore le traumatisme de la naissance et de la maternité. C’est particulièrement vrai dans les relations entre Elaine et sa fille Casey (Hannah Tointon), qu’elle a essayé d’avorter pendant sa grossesse. L’entre-âge qu’est l’adolescence se voit également remis en question avec le personnage de Casey : rejetée et haïe par les enfants car « adulte », mais pas encore suffisamment pour être intégrée avec ses parents, oncle et tante. C’est dans cette opposition entre adultes et enfants que se voit remis en question le statut parental. La violence des fessées que Jonah donne à Paulie suit par exemple la violence de la luge jetée délibérément par ce dernier vers Chloé. Par cette dualité des comportements, la question de l’éducation est également posée par The Children : qu’est-ce qui fait une bonne mère ? Comment éduquer au mieux un enfant ?

Ses dialogues sincères font de The Children un film crédible, mais il l’est aussi par son scenario. L’origine de la maladie reste inconnue dans ce film. Seul son monde opératoire et sa contagion sont constatés. Casey évoque toutefois la forêt environnante comme foyer de contagion, et cette supposition semble confortée par la récurrence à l’image de ce lieu à l’image. En laissant ainsi planer le mystère sur l’origine de l’antagoniste du film, le film évite le fantastique rendant ainsi son intrigue plus plausible. Et quel autre moyen de rendre crédible un mal affectant les adultes à cause des enfants si ce n’est une maladie ? Car après tout, si la présence des enfants à Noël est sujet à nombreux désagréments, c’est aussi à cause des potentiels microbes et maladies saisonnières qu’ils transportent qu’on évite de les approcher de trop près lors des repas de famille. La photographie est également ce qui contribue à rendre ce film si réel : elle se montre froide et brute. Comme dans les longs plans sur les arbres enneigés entourant la maison, ne laissant aucun échappatoire à la maladie. C’est d’autant plus vrai que l’image n’est pas saturée d’effusions gores, la réalisation se concentrant sur la mise en place d’une ambiance malsaine et traumatisante. Ce qui a de plus, le mérite de renforcer les quelques scènes d’horreur brute, aussi bien dans leur violence que dans leur symbolisme.

The Children se présente ainsi comme un excellent film d’épouvante et thriller, tout en étant le film de Noël mettant en réflexion le thème de l’enfance et tout ce qu’il suppose. Et avec une très bonne gestion du suspense et de l’image, il reste un film idéal à regarder après avoir bordé ses enfants. Vous les regarderez désormais avec plus de doutes et de craintes, et il est très probable que vous gardiez un œil sur vos neveux, nièces ou petits-cousins lors de vos repas de famille à venir…


Fiche technique – The Children

Titre : The Children
Réalisation : Tom Shankland
Scénario : Tom Shankland
Direction artistique : Kevin Woodhouse
Musique : Stephen Hilton
Production : Allan Niblo, James Richardson
Sociétés de production : Screen West Midlands, BBC Films, Aramid Entertainment, Barnsnape Films
Pays d’origine : Royaume-Uni
Genre : thriller, horreur
Durée : 81 min
Dates de sortie : Royaume-Uni : 5 décembre 2008 ; France : 21 octobre 2009

Royaume-Uni – 2008

Auteur : Jeap Horckman

Under The Silver Lake : l’OVNI du Festival de Cannes débarque en DVD/Blu-Ray

Quatre ans après avoir électrisé les foules avec sa bizarrerie horrifique « It Follows » qui lorgnait pas mal du coté de John Carpenter, le décalé David Robert Mitchell a cru bon de dupliquer sa recette en piochant dans le vivier abscons et déroutant d’un autre grand maitre américain : David Lynch. En résulte « Under The Silver Lake », œuvre fleuve qui prend un malin plaisir à nous malmener dans un beau dédale ésotérique qui cause d’une jeunesse insouciante dopée à la pop culture.

Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

Un film voué à devenir culte. 

Au sein d’une compétition cannoise jalonnée comme souvent d’habitués (Ceylan, Lee, Farhadi, Pawlikoswki, Godard, Eda), la présence de David Robert Mitchell avait tout d’une anomalie. Devait-on y voir le simple respect d’un quota américain sur le tapis rouge ou la preuve que Thierry Frémaux était capable d’évoluer et d’adjoindre un représentant du cinéma de genre à la sacro-sainte sélection officielle ? Force est d’admettre qu’on aura, après le visionnage, bien du mal à se décider tant le film brasse large et adopte implicitement l’un des grands principes cannois : le film questionne. Il interroge même. Sur son monde, sur la culture, sur ses jeunes et sur un truc qui drive l’essentiel de la vie des 15/40 ans : la pop-culture.

Aujourd’hui fer de lance de la grande majorité des divertissements US (Stranger Things, Ready Player One, …), cette mouvance omniprésente a l’air de passablement inquiéter David Robert Mitchell qui en a usé pour accoucher de ce film étrange, nanti d’une dose de mystère ahurissante et qui lorgne autant du coté de Hitchcock que David Lynch.

On se plait ainsi à être constamment à la recherche du sens de ce qui nous entoure, on se hasarde à poser des questions, on se remet en doute, etc. Quitte à atteindre un stade où le choix demeure personnel : doit-on s’abandonner dans la pop-culture et ainsi embrasser la mouvance actuelle ou au contraire, doit-on pour notre bien, lever le pied, arrêter de chercher le sens de tout ce qui nous entoure et admettre que le monde dans lequel on vit, ou plus généralement la société qui est la nôtre, est par définition, elle même parfois dénuée de sens ?

Là est tout l’enjeu du film, qui, non content de nous entrainer dans une session de brainstorming king size, nous propose une virée dans un Los Angeles fantasmé, où tout est possible et où l’on peut tous s’identifier à cet Andrew Garfield, en ado trentenaire paumé qui cherche désespérément un sens à sa vie. Autant de raisons qui font de cet Under The Silver Lake, un étrange objet qui restera à coup sur un totem de notre génération.

Des bonus aussi insondables que l’intrigue

A la vue de ce portrait sans fard de la pop-culture, de ses méfaits et autres dangers, on avait hâte de voir les origines du projet, ou tout du moins le principal intéressé, à savoir David Robert Mitchell, s’exprimer sur le sujet. Hélas, on devra ronger notre frein bien méchamment puisque suite à son flop en salles (seulement 206 714 entrées enregistrées dans l’hexagone), son éditeur n’aura pas pris la peine de nous éclairer en ne proposant aucun bonus. Ainsi donc, l’aura de cette œuvre vouée à devenir culte devra se façonner sans l’intervention de son réalisateur, mais bien par l’enthousiasme de ses fans. Prions qu’ils soient nombreux puisque Under The Silver Lake mérite assurément le détour. 

Caractéristique du DVD Under The Silver Lake :

Langues : Français, Anglais / Sous-Titres : Francais, Sourds & Malentendants

Son : D.D5.1 et audio description / Images : 16/9- 2.39 – Couleur

Durée : 139minutes 

Blu-Ray :

Langues : Français, Anglais / Sous-Titres : Français, Sourds & Malentendants

Son : DD 5.1 et audio-description / Images : 16/9 – 2.39 – Couleur

Durée : 139 minutes

Bande-annonce : Under The Silver Lake 

Une affaire de famille de Kore-Eda Hirokazu

Avec une Affaire de famille, Kore-Eda continue de tisser sa toile qui attrape aussi bien l’intime que la société japonaise en pleine mutation, où les hommes perdent des repères mais gardent l’essentiel : l’amour.

Synopsis : Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets……

Family Life

Avec sa thématique très marquée, celle des relations familiales et filiales, disloquées le plus souvent, en reconstruction par moments, on pourrait croire que le cinéaste japonais Hirokazu Kore-Eda fait du surplace, de la redite, de la redondance. La lecture attentive de sa trajectoire montre pourtant que son œuvre s’étoffe de film en film, en développant davantage autour de son cœur de sujet des problématiques qui ont certes toujours été  mises en perspective  dans la plupart de ses films, mais qui prennent dans ses derniers métrages une place plus importante. On veut parler ici du contexte social du Japon, de la difficulté qu’éprouve une certaine frange de la population à se refaire une santé financière et sociale, après les changements intervenus dans l’économie nippone, troisième puissance mondiale, et pourtant le taux de pauvreté le plus important dans l’OCDE. La critique sociale est virulente dans une Affaire de famille. Les licenciements économiques, les contrats précaires, les problèmes de logement, et plus globalement de la pauvreté au Japon sont des thèmes que le cinéaste aborde avec la même colère que celle qui l’anime en dénonçant la peine de mort dans son précédent film, The Third Murder. Cette dimension est sans doute la plus remarquable dans son dernier film.

Osamu (Lily Franky) est le chef d’une famille atypique, vivant dans une maison traditionnelle exigüe et délabrée, coincée entre les grandes tours de béton de Tokyo. Comme de plus en plus  de travailleurs, il vit donc dans la précarité liée à des contrats CDD mal rémunérés, et arrondit ses fins de mois grâce à de multiples vols à l’étalage dans les boutiques du coin. Une activité qu’il pratique régulièrement avec son fils Shota (Kairi Jyo). Un savoir qu’il transmet à son fils, avec le même sérieux que n’importe quel père aimant qui procède à cette transmission vers un fils aimé. Un soir, en revenant de l’une de leurs virées, ils croisent le chemin de la petite Yuri (Miyu Sasaki), mutique et semblant abandonnée, et décident de la ramener chez eux.

Le propos du cinéaste est assez programmatique, et il l’illustre parfaitement, avec son recours habituel à des scènes du quotidien. La famille de Osamu est foutraque, la grand-mère (l’immense et  fidèle Kilin Kiki, récemment disparue) escroque les allocations et les assurances, la fille aînée Aki (Mayu Matsuyoka) baigne dans le soft porn sous la tacite approbation de tous, la mère de famille Nobuyo (Sakura Andô), blanchisseuse sous le coup d’un licenciement,  ainsi que les enfants, y compris la nouvelle « petite sœur » Yuri, ne sont pas en reste quand il s’agit de chaparder. Foutraque, donc, et pourtant, des liens familiaux forts les unissent, au-delà, malgré ou grâce à ces vicissitudes. Hirokazu Kore-Eda prend le temps d’installer ces relations au travers de plusieurs vignettes toujours très justes et très précises, celles entre les enfants, déscolarisés, désorientés par leur mode de vie parfois, entre les femmes de la maison, entre les générations, et bien sûr dans le couple des parents. L’idée défendue par le cinéaste est très simple : les affinités électives existent bel et bien, et il suffit de  voir dans une scène magnifiquement filmée  la tendresse infinie et réciproque qui relie Nobuyo à la petite réfugiée Yuri, pour s’en convaincre. Les liens du sang ne sont pas tout, même dans ce pays extrêmement conservateur et gardien de traditions multiséculaires. Une scène réciproque avec la mère biologique conforte les propos du réalisateur.

Par rapport à ses précédents films, Une Affaire de famille a comme un supplément de vie, comme si le cinéaste s’était libéré d’une certaine retenue qui corsetait, certes joliment, son cinéma. Les films comme Still Walking qui le rapprochent vraiment de Ozu, ou l’assez onirique The Third Murder sont des films somme toute assez minimalistes. Ici, les scènes de repas sont sonores et jouissives, les corps dénudés, les gestes explicites. Une sorte de passion fébrile habite les personnage envers lesquels le spectateur ne peut avoir que de l’empathie, malgré leur ambiguïté et leur noirceur qui deviendra de plus en plus marquante au fur et à mesure de la projection. Ce bouillonnement est une véritable nouveauté dans le travail de Kore-Eda . Mais jamais il n’en oublie ce qui fait la qualité de son travail, une direction d’acteurs -et surtout de jeunes acteurs- remarquable, un sens de l’espace qu’il exploite à son maximum dans le cadre de ce logement très exigu, source d’une promiscuité presque salutaire, et enfin une idée précise de la mise en scène la plus efficace.

Après plusieurs sélections dans différentes sections du Festival de Cannes, Hirokazu Kore-Eda décroche la Palme d’Or avec Une Affaire de famille. Le jury ne s’y est pas trompé et a décelé dans ce film ce qui est peut-être la quintessence du travail du cinéaste, un travail limpide et complexe, beau et nécessaire.

Une affaire de famille – Bande annonce  

Une affaire de famille – Fiche technique

Titre original : Manbiki kazoku
Réalisateur : Hirokazu Kore-Eda
Scénario : Hirokazu Kore-Eda
Interprétation : Lily Franky (Osamu Shibata), Sakura Andô (Nobuyo Shibata), Mayu Matsuoka (Aki Shibata), Jyo Kairi (Shota Shibata), Miyu Sasaki (Yuri), Kirin Kiki (Hatsue Shibata)
Photographie : Ryûto Kondô
Montage : Hirokazu Kore-Eda
Musique : Haruomi Hosono
Producteurs : Kaoru Matsuzaki, Yose Akihiko, Hijiri Taguchi
Maisons de production : Fuji Television Network, GAGA Communications, Aoi Pro Inc
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Palme d’Or au Festival de Cannes 2018, et de nombreuses autres récompenses
Durée : 121 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 12 Décembre 2018
Japon – 2018

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4

Une affaire de famille : retour sur l’oeuvre du réalisateur Hirokazu Kore-eda

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Avec Une affaire de famille, Hirokazu Kore-eda a reçu une Palme d’or à Cannes et semble avoir franchi un cap dans sa filmographie tout en la portant à son paroxysme. L’occasion de revenir sur l’œuvre du réalisateur japonais.

Ce qui nous lie 

Il y a des scènes inoubliables qui marquent tout un cinéma, qui forgent la « patte » d’un réalisateur. Ainsi, lorsque Nobuyo explique à la petite Yuri qu’aimer c’est être tendre, et non malveillant, avec en arrière-plan, légèrement floutés tour à tour, les différents membres de la famille recomposée d’Une affaire de famille, tout le cinéma de Kore-eda semble se dévoiler sous nos yeux. Il y a la complexité des liens qui unissent les êtres entre eux, la limpidité de la lecture des sentiments, affranchie du besoin d’être du même sang, et l’extrême intelligence de la mise en scène du groupe. Ces thématiques-là traversent toute la filmographie du réalisateur japonais, sorte de variation virtuose, par petites touches, sur ce qui nous lie.

Dès son premier film de fiction, Marobosi, Kore-eda tisse le lien de l’arbitraire des sentiments, du choix d’aimer en accompagnant le parcours de deuil d’une femme dont le mari s’est suicidé. Tout porte à croire face à la douce subtilité de ce premier essai, que Kore-eda sera le réalisateur d’une grande maîtrise, accompagnée d’un grand cœur, prompt à aborder le quotidien en y mettant de la lumière. Il s’agit pour lui de capter l’absence, comme il le fera plus tard avec une de ses plus belles œuvres, Nobody Knows. Ce qui frappe chez Kore-eda, c’est sa capacité à faire que chaque personnage imprime le film, qu’aucun ne se détache plus qu’un autre. Le personnage n’est pas un corps, mais des corps, un groupe. Ils se complètent, se contredisent, s’entrechoquent et font avancer l’histoire, ensemble. C’est en se choisissant qu’ils se construisent et deviennent, même baignés dans un quotidien banal, des héros de cinéma. Parler d’empathie pour qualifier l’œuvre de Kore-eda serait presque lui faire offense, tant son cinéma n’est que cela, une longue quête pour s’approcher de l’autre, apprendre à tourner autour de lui, comme le fait sa caméra, à l’entourer.

The Third Murder, son film le plus inattendu, malheureusement peu soutenu par la critique, en est une preuve de plus. Il s’accroche à la volonté d’innocenter un potentiel meurtrier, suit les pérégrinations d’un avocat doutant de la culpabilité de son client et montre à quel point entrer dans la vie d’un autre, c’est changer la sienne à jamais, quel que soit le prix à payer. Une affaire de famille bénéficie de la noirceur assumée de The Third Murder, il s’affranchit ainsi des petites ritournelles des précédents films du réalisateur, et s’intéresse aux corps, comme aux cœurs, de ses personnages. Kore-eda dit d’ailleurs lui-même dans une interview donnée au magazine Première (numéro de décembre 2018), qu’il n’aurait pu réaliser son dernier film, sans avoir fait The Third murder avant. Preuve que son cinéma n’est décidément pas qu’une affaire de famille.

« La vie des gens leur a été attribuée arbitrairement, en dépit de leur volonté, c’est injuste »

Mais la « colère » de Kore-eda est-elle nouvelle ? Il semblerait en tout cas qu’elle se dessine plus clairement aujourd’hui. Dans ses précédents films, et dans un de ses tous premiers « succès » en France, After Life, il y avait pourtant déjà cette impression que le monde était à refaire, à revivre. On y suivait le parcours de « morts » devant mettre en scène le moment le plus fort de leur vie passée. La subtilité du propos tenait à la capacité des personnages à se lier même dans la mort. Il y avait déjà-là une forme de rébellion contre ce que fût la vie sur terre, mais avec une douceur infinie qui baignait le propos dans un cocon ouaté. L’œuvre de Kore-eda était ainsi encore assez peu liée au « monde réel », malgré son passé de documentariste.

Avec Distance, il parlera encore un peu plus de l’absence, du besoin de combler un vide, en s’approchant au plus près de l’intimité de ses personnages en ayant recours à un procédé peu utilisé ensuite dans son cinéma, la caméra à l’épaule. Pas de maniérisme ici, mais la volonté, comme toujours, d’être au centre de ses personnages avec sa caméra, tout en leur laissant l’espace nécessaire pour respirer, exister, se transcender.

Nobody Knows marque en 2003 la naissance de l’enfance dans le cinéma du réalisateur japonais. En effet, on y retrouve une tribu d’enfants abandonnés par une mère qui ne les a jamais déclarés à l’état civil. Ils n’existent donc pas, mais doivent pourtant (sur)vivre tous ensemble. Avec l’inoubliable petite Yuki, on pense instantanément à la Yuri d’Une affaire de famille, mêmes regards distanciés et tristes sur le monde, même capacité à s’éloigner pourtant de la tristesse en choisissant l’enfance, sans niaiserie, même maturité. Et mêmes destins brisés, à quelques variations près.

Still Walking possède, lui aussi, des thématiques communes à Une affaire de famille. On y mange déjà beaucoup, comme souvent dans l’œuvre du réalisateur. Mais surtout on s’y retrouve, on y partage la vie, les scènes du quotidien, avec toujours l’absence en toile de fond, ici un frère disparu quinze ans plus tôt. Kore-eda entremêle les générations dans ce film apaisé et apaisant, qui dit comment chez soi l’on est toujours un peu le même, malgré les infinis changements que la vie engage pour chacun. Qu’es-ce que la vie d’ailleurs ? Question posée à travers une poupée gonflable qui prend vie, dans son film (Air Doll) le plus corporel avant Une affaire de famille. Là encore, complexité des sentiments, de l’approche, mais limpidité d’un propos qui sublime l’humanité, tout en en montrant les travers.

I wish marquera ensuite avec Tel père, tel fils, Notre petite sœur et Après la tempête, une série de variations plus anecdotiques dans la filmographie de Kore-eda. Les films sont pour la plupart lumineux, traversés toujours par la question de l’enfance, de la construction de soi et par les liens qui unissent les êtres entre eux. La colère est moins marquée, même si Tel père, tel fils, permet à ses personnages d’aller contre l’urbanisation des sentiments, en amenant un homme froid à « devenir père » littéralement, même d’un fils qui n’est pas de son sang. Il apprendra à voir à travers lui un monde qu’il a depuis longtemps déshumanisé dans son esprit. I wish est le film le plus joyeux de Kore-eda, marqué par les rêves d’enfance, tout comme Notre petite sœur renoue avec un cinéma tendre et plus posé où la simple réunion des êtres suffit à créer l’émotion. L’arrivée d’une petite sœur dans une famille endeuillée redéfinit une fois encore la notion de lien filial et d’affinité. Enfin, Après la tempête, confronte les êtres les uns aux autres, semblant leur donner une seconde chance, pour mieux la reprendre ensuite. Avec ce personnage qui tente de « se faire une place » dans la vie de son fils, comme le résume le synopsis du film, Kore-eda mesure la capacité de son œuvre à offrir une place à chacun, sans forcer le rapprochement des uns et des autres.

En Liberté !

Une affaire de famille pousse le curseur du lien encore plus fort avec une famille entièrement factice mais pourtant étonnamment liée, même dans ses bassesses les plus fortes. Est-ce l’argent, est-ce l’arnaque ou le crime, qui lient tout ces êtres ou l’amour véritable? En faisant murmurer des déclarations d’amour à ses personnages, en choisissant de ne pas complètement terminer son film (le dernier plan est ambigu, ouvert et bouleversant), Kore-eda dit mieux que toute son œuvre dernière lui qu’il n’y a pas qu’une vérité sur l’humanité, que tous nos actes nous construisent et pas simplement un moment donné, privé d’une lecture plus large. D’ailleurs, le prochain film de Kore-eda, entièrement tourné en France avec des actrices françaises et, tiens tiens nous en parlions à l’instant, titré La vérité (…), n’a pas fini de jeter définitivement un vent de liberté dans l’œuvre de plus en plus riche et puissante d’un cinéaste nécessaire, apaisé et révolté à la fois, conscient des enjeux qui l’entourent comme capable de créer des bulles autour de son cinéma humaniste et profondément beau.

Retrospective de Films de Noël : Gremlins

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Pas de repas après minuit, fuir la lumière du soleil et éviter l’eau… Respectez ces trois règles ou votre sublime mogwaï ne sera bientôt qu’un affreux lutin vert. Avec Gremlins, Joe Dante signe une fable satirique culte où derrière l’humour se cache une morale claire et universelle. A travers ce conte gentiment horrifique, le réalisateur dépeint à la fois sa vision du cinéma mais délivre aussi un récit où les pires monstres ne sont finalement pas ceux à qui l’on pense.

Ne pas l’exposer à la lumière du soleil, ne pas l’approcher de l’eau et surtout ne pas les nourrir après minuit… Ces trois règles, désormais cultes, empêcheront notamment de transformer votre Mogwaï, adorable bestiole poilue, en terribles créatures vertes… les Gremlins. Évidemment chacune des ces règles sera transgressée et sera un élément clé pour faire avancer le récit. Sorti en 1984, le film est réalisé par Joe Dante, réalisateur culte du cinéma d’horreur, papa de Hurlements et Piranhas. L’histoire se concentre sur l’arrivée d’un mogwaï , une petite bête attachante, dans le foyer du jeune Bill, dans la paisible ville américaine de Kingston Falls. Malheureusement cette créature donnera vite naissance à des lutins terrifiants prêts à détruire la ville.

On vous présente ce film dans le cadre de notre rétrospective des films de Noël. On peut aisément se demander qu’est-ce qu’un film de Noël ? Est-ce un film qui fait de la fête de Noël le centre de son récit ou simplement un film qui se passe durant cette période ? Y répondre de manière absolue serait vain tant la variété des films de notre rétrospective offre des réponses différentes à ces questions. Alors que vient faire Gremlins ici ? A priori, le long-métrage de Joe Dante parle bien de monstrueuses petits êtres qui saccagent une petite ville tranquille des États-Unis. Et il s’agit bien de cela mais pas seulement. Grâce à un détail : l’aventure se passe lors des fêtes de Noël et enveloppe le film dans un registre bien particulier : celui du conte de Noël. Une ville paisible, une petite bête mignonne et inoffensive, et des méchants monstres hostiles à l’esprit de Noël. Ce n’est pas sans compter sur l’humeur horrifique et son ton décalé de Joe Dante pour transformer ce tableau enfantin en une hilarante fable satirique et monstrueuse. « Pendant que certains ouvrent leur cadeau, d’autres s’ouvrent les veines » clame Kate à Bill sous la neige, alors que le thème de Noël retentit. D’ailleurs plus loin dans le film, Kate expliquera comment son Noël, symbole de joie et d’amour, s’est transformé en cauchemar.

Un amour du cinéma

C’est sur ce curieux équilibre que fonctionne parfaitement l’œuvre de Joe Dante. Le projet naît de la collaboration entre Dante, donc, qui apporte sa passion pour le cinéma de genre et de monstres, Chris Colombus, réalisateur des deux premiers Harry Potter, qui délivre la dimension enfantine, et puis évidemment Steven Spielberg qui apporte son savoir-faire hollywoodien. Il sera d’ailleurs à l’origine de quelques modifications du scénario, la trame originale étant bien plus sombre et macabre. En effet, la mère de Bill devait être décapitée alors que son chien aurait été dévoré par les monstres. D’ailleurs, notre cher Gizmo devait au départ devenir le gremlin à crête blanche, avant que Spielberg ne décide de le préserver de ce destin funeste.

Avec ce film, Joe Dante signe une merveille d’humour noir qui concilie à la fois son amour du cinéma et celui des monstres. Car si un film respire la cinéphilie de son réalisateur, c’est bien Gremlins de Joe Dante. Les références au 7ème art sont omniprésentes dans le film et renvoient sans cesse le spectateur à sa propre consommation du cinéma. Entre les gremlins qui regardent Blanche Neige et les Sept Nains au cinéma, Gizmo qui s’émeut devant Pour Plaire à sa belle, ou La vie est belle que la mère de Billy regarde à la télé, des extraits de films discutent sans cesse le rapport entre les protagonistes et leur manière de réagir aux œuvres. Pour l’anecdote, Dante révèle avoir commencé sa cinéphilie avec Blanche Neige et les Sept Nains.

Les Gremlins, monstres de cinéma

Les gremlins, impolis à souhait, ne respectent en rien l’œuvre qu’ils regardant, brayant, hurlant.. Dans le second volet, ils iront même jusqu’à déchirer la bobine de leur propre film. La mise en abyme est totale. Si l’on garde cette analogie au cinéma, les personnages des gremlins représentent vite ce que Hollywood peut faire de pire. Il est bon de rappeler qu’issu du cinéma de genre et de série B, Joe Dante fait, à l’époque, office d’outsider dans les productions américaines déjà bien huilées. Nourri à la pop culture, alors qu’elle était encore considérée comme triviale par le grand public, Joe Dante a assisté pendant les années 80 à l’appropriation des grands studios de cette culture, alors plus souterraine.

Le parallèle se fait alors très vite avec la trame du film. Gizmo est tapi dans l’ombre et l’inconnu à Chinatown, où il est préservé du monde extérieur. Le père de Bill, créateur d’inventions ridicules et vite obsolètes, vient l’acheter sans respect des conditions du propriétaire. On peut donc le considérer comme un producteur véreux qui vient mettre ses mains sur une entité bien plus pure que ses intentions. A l’image donc des grands studios qui se sont accaparés une culture plus underground qu’ils préféraient décrier quelques années plus tôt. Cette idée ira encore plus loin dans la suite où un entrepreneur, simili de Trump, tiendra à raser Chinatown à tout prix pour y construire un ersatz désincarné et faux. Gizmo incarne donc cette pureté à ne pas toucher, d’où les règles très strictes à respecter.

Malheureusement une fois touché par l’eau, agent extérieur visiblement loin de l’écosystème des mogwaï, Gizmo se multiplie et offre des versions bien plus bâtardes de ce qu’il est. Ces mêmes bâtards qui après avoir mangé après minuit se transforment en gremlins. Comme si la règle symbolisait la surconsommation. A travers la reproduction d’un unique et tendre mogwaï en de dizaines de créatures dégénérées, on peut voir la déclinaison d’une œuvre en une multitude de produits dérives et de suites qui en ruinent l’essence. Tout le long du métrage, la horde de gremlins tient à tout prix à ruiner la vie de Gizmo, comme si cette nouvelle masse illégitime voulait dominer à tout prix sur ce qui lui a précédé, quitte à écraser ses origines et donc la dernière once d’innocence et de pureté. Cela peut représenter la violence avec laquelle Hollywood traite ses auteurs et ses licences. De plus, une fois exposés à la lumière, les Gremlins fondent et meurent. Leurs apparences monstrueuses laissent alors place à un aspect globuleux encore plus hideux et terrifiant. Comme si une fois la nature marketing et malhonnête des ersatz filmiques révélée, la mascarade qu’ils représentent pouvait prendre fin. Cette critique est d’autant plus pertinente que quelques années plus tard, Joe Dante sera boycotté par Hollywood pour ne pas vouloir compromettre ses films afin de vendre des jouets. A l’image du Mogwaï qui finit par quitter la ville américaine, Joe Dante n’avait peut-être finalement pas sa place dans un Hollywood hypocrite et trop nauséabond pour son art.

D’ailleurs, l’histoire ne prend réellement fin que lorsque le propriétaire vient chercher Gizmo, insistant encore plus sur l’un des messages du film. « Vendu, vous donnez à ce mot un sens particulier, vous lui avez appris à regarder la télé… » s’étonne-t-il face au père de Bill. Le système de vie américain aurait totalement corrompu Gizmo, aux yeux de son propriétaire. Cette critique de la surconsommation et de l’appropriation véreuse s’étend encore plus loin lors de cette réplique du propriétaire : « Vous faites avec Mogwai, ce que vous faites avec tous les dons que la nature vous a offerts ». Un parallèle avec la destruction de l’environnement par l’homme, sujet encore plus d’actualité aujourd’hui, se dessine facilement. Les véritables créatures sont celles qui saccagent à la fois leur propre univers culturel et environnemental.  Ces terribles bestioles incarnent quelque chose d’encore plus primaire : la perfidie pure, la cruauté, l’avidité, la bêtise. Autant de traits que nous humains partageons avec ces créatures. Pour Joe Dante, les gremlins sont loin d’être les seuls monstres qui gangrènent le monde.  Derrière son emballage d’humour noir et satirique, Gremlins est définitivement un conte de Noël avec une morale bien claire et universelle.  Si cette œuvre nous apprend quelque chose, c’est que certaines choses doivent être préservées et protégées, à moins de se transformer en monstres hideux…

Gremlins : bande-annonce

Gremlins : Fiche technique

Réalisation : Joe Dante
Scénario : Chris Colombus
Interprètes : Zach Galligan, Phoebe Cates, Hoyt Axton, Frances Lee McCain
Photographie : John Hora
Montage : Tina Hirsch
Producteurs : Michael Finnel
Sociétés de production : Amblin Entertainment et Warner Bros
Genre : comédie horrifique, fantastique
Durée : 105 minutes
Date de sortie : 5 décembre 1984

France – 1984

Rétrospective Films de Noël : un conte de Noël d’Arnaud Desplechin

Loin d’être un enchantement à la téléfilm de l’après-midi sur M6, Un conte de Noël utilise le prétexte du repas de fête pour (dé)construire la famille. Dans ce foutoir cynique où se croise tout le gratin du cinéma français, Arnaud Desplechin semble nous dire « famille je vous hais », mais va tout faire pour réunir chacun de ses membres. Pour ceux que Noël rebute un peu, rien de mieux qu’un petit conte à la Desplechin pour se ressourcer devant le malheur des uns comme le ferait Le Grinch à l’affiche cette année au cinéma.

Délicieux désenchantement 

Arnaud Desplechin n’est pas le plus joyeux des cinéastes français, c’est donc tout naturellement que l’on croit très peu à l’annonce de conte à la Disney que son titre laisse entendre. Ici, on est plutôt du côté d’Andersen et de ses contes tous plus déprimants les uns que les autres que du côté édulcoré de Mickey.

Pourtant, Un conte de Noël est un grand film romanesque, avec voix off, désespoir familial et grande échéance. Si personne ne greffe de moelle osseuse à Junon, elle va mourir. Qui parmi ses enfants qui se détestent, sans trop que l’on sache pourquoi, pourra sauver cette mère étrange et étrangère à ses enfants ? Il est sûr que l’on a vu plus féerique comme thème à aborder autour de la traditionnelle dinde du 25 décembre. On se croirait presque chez Orelsan et sa Défaite de famille

Conte original

La grande force du film ne sera donc pas de parler de Noël mais de la capacité des personnages à épaissir leur mystère même en se dévoilant à nous. Ils n’auront pas de grande révélation ou rencontre qui les feront changer à jamais, mais devront, comme c’est souvent le cas, s’accommoder de la vie qui leur est offerte, avec plus ou moins d’héroïsme, d’humanisme aussi.

Un conte de Noël est un film délicieusement désenchanté qui se regarde un lendemain de repas de fête, au coin du feu. Pourquoi ? Parce qu’en 2h30 il donne à voir l’humain qui s’échappe à lui-même, qui s’entête, qui se dresse contre des conventions parfois trop établies. On y lâche l’hypocrisie pour se parler enfin franchement. On ne sait pas si ça libère vraiment, mais on se prend à rêver que Noël pourrait être aussi un vrai moment de franchise, qu’il ne serait plus nécessaire de rendre faussement joyeux en le cachant sous des kilomètres de guirlandes.

Ainsi, dans l’oeuvre de Depleschin, ce Conte de Noël ne dépareille pas. Mieux, il s’inscrit une nouvelle fois comme une oeuvre singulière, originale et complexe, qui donne à penser, au cœur même d’une période où manger, consommer et « rêver » sont des mots d’ordre un peu vains que l’on se sent obligé de suivre à la lettre.

Un conte de Noël : Bande annonce

Un conte de Noël : Fiche Technique

Réalisation : Arnaud Desplechin
Scénario : Arnaud Desplechin, Emmanuel Bourdieu
Interprètes : Catherine Deneuve, Melvil Poupaud, Jean-Paul Roussillon, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Hippolyte Girardot, Emmanuelle Devos, Chiara Mastroianni
Photographie : Eric Gautier
Montage: Laurence Briaud
Producteurs: Pascal Caucheteux, Martine Cassinelli
Sociétés de production: Why not production, France 2 Cinéma, Wild Bunch, Bac Films
Distributeur: Bac Films
Genre: Drame
Durée: 151 minutes
Date de sortie : 21 mai 2008

France-2008

Utoya 22 juillet / Un 22 juillet : deux visages de l’attentat d’Oslo

Les attentats du 22 juillet à Oslo ont fait naître deux films cette année. Utoya 22 juillet sortait au cinéma cette semaine tandis qu’Un 22 juillet était disponible sur Netflix depuis fin octobre. Comment cet évènement tragique a-t-il été reconstruit et comment le cinéma peut-il se faire vecteur d’un tel drame humain ? Deux styles différents ressortent pour traiter de cet évènement, à chacun ses forces et ses faiblesses.

Tandis que le premier embarque la caméra et les spectateurs dans les 72 minutes (durée exacte de l’attentat) d’horreur qu’ont vécu les ados au camp de travaillistes de l’île d’Utoya, le second choisit de traiter l’évènement dans sa totalité : le pendant de manière assez brève et surtout l’après, la réadaptation. Les seules émotions provoquées dans Un 22 juillet sont celles directement liées au sujet parce qu’il ne peut laisser indifférent après les attaques connues, mais jamais par son traitement ni sa réalisation. Dans le film norvégien, il est au contraire clairement question de ressenti parce que le spectateur est entraîné, malgré lui, dans l’attentat et ne peut s’en sortir, oppressé par ce plan séquence interminable et éprouvant. Quelle est l’intention du réalisateur en utilisant ce procédé ? Certaines questions se posent et l’on se demande très vite quel est le but de tout ça si ce n’est d’essayer de provoquer le vertige des spectateurs dans une reconstruction malsaine. On aura beau rendre un film le plus réaliste possible, il ne sera jamais à la hauteur de ce qu’ont ressenti les victimes véritables et le public, même s’il s’identifie, s’il souffre avec les personnages, ne sera jamais victime à son tour. Évidemment, les tirs ne sont pas montrés et il y a peu de sang mais ce stress permanent entraîne les spectateurs dans un enfer auquel il n’a pas envie de prendre part. Alors quel est l’intérêt de construire un film de la sorte puisque l’on ne saura jamais vraiment, malgré toutes les images ce que l’on pourrait ressentir sur ces instants là.  Si l’ambition d’Utoya, 22 juillet, était de provoquer une émotion vive, alors en effet le pari est réussi. La formule fonctionne par la technique dont il fait preuve et certaines scènes méritent le coup d’œil notamment lorsque Kaja se met à chanter True Colors de Cyndi Lauper.

Bien que les deux films soient décevants pour différents aspects, Un 22 juillet a au moins le mérite de s’intéresser aux victimes sans voyeurisme et de traiter le sujet sous toutes ses formes. La multiplicité des points de vue est intéressante dans les questions qu’elle soulève. Le terroriste, les victimes, l’avocat et le premier ministre ont chacun une histoire différente avec cet acte et le réalisateur a su s’emparer de ces différents personnages pour initier tous les débats que le terrorisme impose. Comment défendre l’indéfendable et comment agir contre ces actes barbares ? Greengrass n’a ni solution, ni porte de sortie, mais a au moins le mérite de mettre des mots sur de réels enjeux et d’ouvrir le débat, notamment sur la complexité de mise en place d’une défense pour ces gens là.

Le film n’en reste pas pour autant très percutant car même si sa forme est intéressante, les défauts persistent. L’interprétation des acteurs demeure trop en surface pour réellement rentrer dans l’émotion et ressentir toute l’ampleur des sentiments qui doivent submerger les personnages. Seul Anders Danielsen Lie est saisissant dans son rôle de terroriste. Le film choisit surtout de s’intéresser aux traumatismes laissés au victime mais livre un pathos voire plutôt une grande distance dans le jeu qui ne permet ni de s’attacher aux personnages, ni de saisir leur douleur. Pourtant, la force dont Viljar fait preuve dans sa rééducation et reconstruction est incroyable mais celle-ci n’est pas vraiment mise en valeur. Le montage alterné ne sert absolument pas l’œuvre qui éloigne toujours un peu plus le spectateur de l’action, navigant de la la rééducation au procès de Behring Breivik.

Il est toujours difficile et délicat de construire un film sur un évènement réel et les attentats sont des sujets très sensibles à traiter. Mais Greengrass ne montre aucun signe de finesse dans la reconstruction qu’il propose des évènements. Et Erik Poppe en donne un peu trop que ça en devient malsain.

Bande Annonce – Utoya 22 juillet

Synopsis : Île d’Utøya, Norvège. Le 22 juillet 2011.
Dans un camp d‘été organisé par la Ligue des jeunes travaillistes, un homme de 32 ans ouvre le feu.

Fiche Technique – Utoya 22 juillet

Réalisation : Erik Poppe
Scénario : Anna Bache-Wiig, Siv Rajendram Eliassen
Interprétation : Andrea Berntzen, Aleksander Holmen, Elli Rhiannon Müller Osbourne, Brede Fristad
Image: Martin Otterbek
Son : Gisle Tveito
Montage: Einar Egelan
Musique: Wolfgang Plagge
Décors  : Haral Egede-Nissen
Costumes  : Rikke Simonsen
Producteur(s): Finn Gjerdrum, Stein B.Kvae
Société de production: Paradox Film 7
Distribution : Potemkine Film
Durée : 1h33
Genre : drame
Date de sortie : 12 décembre 2018
NORVÈGE – 2018

Rétrospective Films de Noël : Tokyo Godfathers de Satoshi Kon

Tokyo Godfathers est une belle petite parenthèse dans la filmographie foisonnante de l’un des grands cinéastes d’animation des années 2000, le défunt Satoshi Kon. Loin des incursions mentales et paranoïaques de Perfect Blue, voire même des saillies psychédéliques et SF de Paprika, Tokyo Godfathers se veut être un véritable beau conte de Noël avec tout ce que cela comporte comme caractéristiques premières.

Dans un Tokyo enneigé par l’hiver, où l’abondance de la masse rend les petites gens encore plus invisibles, le long métrage suit le parcours de trois égarés, de trois sans abris, qui font la découverte d’un bébé abandonné. C’est de là que commence leur quête afin de retrouver la famille du bambin. Mais cette recherche ne se fera pas d’une simple traite. Jonché d’obstacles, de questionnement, de remise en question, ce bébé sera pour les trois protagonistes, un moyen de se réfugier dans leur passé et de faire le point sur des cicatrices qui ont du mal à s’effacer malgré le temps qui passe.

Malgré sa volonté habituelle à dépasser le simple cadre de la réalité pour épouser, comme peut le faire Brian de Palma ou David Lynch, les différents niveaux lectures du rêve et du réel, le cinéaste immisce toujours une graine d’humanité dans ces films. A l’instar de Millennium Actress, qui s’attendrissait sur la carrière d’une actrice en mettant en lisière la confusion entre le cinéma et la vie, Tokyo Godfathers contient cette verve humaniste qui fait aussi la grandeur d’âme de Satoshi Kon. Pourtant, le conte de Noël qu’est le film, ne signifie pas que le récit se cache derrière une profusion de guimauve et de bons sentiments que desserve la plupart des films dits de Noël.

Non, Tokyo Godfathers, avec sa portée christique, prend le pouls d’un récit initiatique et d’un road movie urbain et bringuebalant, qui dévoile un Tokyo fermé sur lui même, grisâtre, peu altruiste, et qui regorge d’une violence sourde. Les ruelles sont bondées,  les magasins fourmillent de consommation, les rames de métro sont gorgées d’âmes en peine qui dissimulent des secrets, des cauchemars difficiles à avouer. Pour certains, Tokyo Godfathers est le film le moins ambitieux de son auteur, autant pour sa direction artistique naturaliste et peu chromatique que sa narration linéaire.

Pour autant, ce dernier est un petit bijou, une leçon de vie aussi drôle que déchirante, incarné par trois personnages dont la rage devient vite proportionnelle à l’empathie que l’on a pour eux au fil des minutes. Car l’union fait la force, et dans ces moments de débrouillardises, une famille se crée. Un peu comme Une Affaire de famille de Kore Eda, qui vient tout juste de sortir en salle, Satoshi Kon dessine les traits d’un Japon qui voit certains « évaporés » se mélanger et fonder une famille, rapprochés par l’amour ou la solidarité dans les moments difficiles. Et même si chacun éprouve des envies différentes, ou souhaitent se sortir de cette mauvaise passe, Tokyo Godfathers est l’expression de cette main tendue dont on a tous besoin au moins une fois dans notre vie. A consommer sans modération. 

Synopsis: A Tokyo, pendant les fêtes de Noël, trois amis sans abri trouvent un bébé abandonné et une mystérieuse clé annonciatrice de folles aventures.

Bande annonce – Tokyo Godfathers

Fiche Technique – Tokyo Godfathers

Réalisateur : Satoshi Kon
Scénariste : Satoshi Kon
Directeur de la photographie  : Katsutoshi Sugai
Genre : Film d’animation
Durée : 1h32mn
Date de sortie : 13 avril 2004

Rétrospective Films de Noël : Au service secret de sa majesté de Peter Hunt

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Quand on pense film de Noël, on pense souvent à des œuvres remplies de bons sentiments où se croisent des amours perdues, des animaux ou des enfants. Mais parfois il arrive que d’autres genres s’immiscent dans l’atmosphère de Noël. Au travers de cette rétrospective, nous abordons l’angle de Noël sous différentes coutures, et c’est au tour de James Bond de fêter Noël avec Au Service secret de sa Majesté.

Comment ? Un James Bond en film de Noël ? En voilà une idée saugrenue me direz-vous. Mais finalement, quand on se penche sur le cas de l’unique film de Peter Hunt, l’esprit de Noël est bien présent. Il faut déjà avouer que parmi la multitude de films multi-rediffusés sur les grandes chaînes françaises lors de la période des fêtes, l’agent secret britannique occupe une place de choix en compagnie de l’impératrice autrichienne Sissi ou de la marquise des anges. Ce n’était pas très étonnant de se retrouver bien au chaud à côté de la cheminée avec son petit chocolat devant les aventures du plus célèbre des espions en train de mettre à mal des plans diaboliques. Parmi les 24 aventures de l’agent 007, certaines se déroulent dans des pays tropicaux à l’image de la Jamaïque de Dr No ou de l’Inde dans Octopussy. Pas vraiment une ambiance de Noël. Monsieur Bond reste cependant un féru de sports d’hiver et va à plusieurs reprises goûter de la poudreuse dans divers massifs montagneux allant du Caucase dans Le Monde ne suffit pas, aux Alpes Italiennes de Rien que pour vos yeux. Le ski reste malgré tout une extrapolation un peu forte de café pour rattacher James Bond à un film de Noël.

Comme dit précédemment, un film se démarque des 24 autres. Un film unique à plus d’un titre, il s’agit d’Au Service secret de sa Majesté réalisé par Peter Hunt en 1969. Sa première particularité est d’être le seul épisode dans lequel le rôle mythique est campé par l’australien George Lazenby. Un ancien mannequin qui se retrouve propulsé en tête d’affiche d’une grosse franchise pour son premier rôle. Un challenge de taille, surtout qu’il succède au mythique Sean Connery qui a imposé très facilement son style et qui restera toujours rattaché à l’image du séducteur britannique. La présence de cet acteur dans le costume de l’agent suffit à faire d’Au service secret de sa majesté un OVNI dans la vaste saga. Mais bien évidemment, ce n’est pas George Lazenby qui va donner le cachet Noël à ce film. À l’instar des films précédents, ce 6ème opus met en scène le SPECTRE, l’organisation maléfique dirigée par Ernst Stavro Blofeld. Le long-métrage va pour la 2ème fois mettre Bond face à sa Némésis alors que ce dernier a pour plan de rançonner le monde en le menaçant d’une guerre bactériologique. Un sujet pas forcément très réjouissant à savourer au pied du sapin. Difficile de trouver une trace de l’esprit de Noël dans les éléments décrits ci-dessus.

Passons donc au vif du sujet et démontrons pourquoi Au service secret de sa majesté est le parfait film d’espionnage pour cette période, et pas uniquement parce que le film est sorti à cette époque de l’année. La première et plus évidente des raisons est l’ambiance dans laquelle se déroule la mission de James Bond. Si la scène pré-générique prenant place à Lisbonne peut brouiller les pistes, la majeure partie de ce très long film (2h16, le plus long avant l’ère Craig) va se dérouler dans les montagnes enneigées des Alpes Suisses. Afin d’infiltrer le SPECTRE, James Bond va se faire passer pour héraldiste venant étudier la généalogie de Balthazar de Bleuchamp (alias francisé de ce cher Blofeld), comte énigmatique qui dirige un institut traitant les allergies dans sa clinique de Piz Gloria située sur un sommet des Alpes. Les beaux manteaux blancs immaculés deviennent alors le paysage dominant de cette aventure de James Bond. D’autant plus que tout cela se déroule au moment de Noël, Blofeld jouant le rôle de Père Noël maléfique ordonnant à ses patientes/lutins de propager un cadeau empoisonné à travers le monde.

Rien de tel que la belle Suisse en décembre pour poser une ambiance chaleureuse. Entre ses détours à la patinoire, l’odeur de glühwein qui embaume les chalets, les chants de Noël en allemand qui résonnent ou les téléphériques comme moyen de transport, Au service secret de sa majesté nous transporte immédiatement dans un petit cocon. Vu qu’on est chez James Bond, tout cela ne se fait pas de façon pépère sous le plaid, mais est couplé à plusieurs séquences d’action dont certaines restes encore marquantes aujourd’hui. La plus emblématique reste la longue poursuite à ski de près de 10 minutes rythmée par l’un des plus beaux scores du grand John Barry. On peut aussi compter sur l’obligatoire poursuite en voiture qui débouche dans une course de stock-car sur glace et le fameux assaut final de Piz Gloria qui finit en bagarre sur bobsleigh. L’hiver est bel et bien présent sous toutes ses coutures.

Mais que serait un bon film de Noël, sans sa belle romance, et c’est là que Au service secret de sa majesté se démarqué énormément. On connait tous le côté coureur de jupons de James Bond, alignant les conquêtes comme les bodycount dans chacune de ses aventures. Il est alors très étonnant de le voir tomber pour la première fois amoureux. Enfin pas tellement quand on découvre le personnage de la comtesse Teresa Di Vincenzo incarnée par la légendaire Diana Rigg. Alors que James Bond la sauve d’un suicide sur les côtes portugaises, ce dernier tombe sur son charme désespéré, et joue dans un premier temps un rôle d’ange gardien. Le père de Teresa s’avère être un chef mafieux prénommé Marc-Ange Draco et veut à tout prix caser Bond avec sa fille. Une histoire d’amour un poil forcée qui va peu à peu se transformer en une véritable idylle, comme dans tout bon film de Noël. Les deux tourtereaux commencent alors à se voir à de nombreuses reprises avant de tomber éperdument amoureux, allant même jusqu’à pousser James Bond à démissionner de son travail.

Plus que la mission, la storyline la plus importante du film réside dans cette histoire d’amour, chose là aussi assez unique dans la saga, même si l’on peut y faire des rapprochements avec Vesper Llynd dans Casino Royale. Entre des altercations avec des méchants très méchants, on va alors pouvoir voir James Bond batifoler avec sa promise, que ça soit dans un jardin avec le tube de Louis Armstrong « We have all the time in the World »ou dans l’une des séquences les plus romantiques de la saga, la demande en mariage dans une grange lors d’une tempête de neige. Malheureusement, comme on connait James Bond en tant que célibataire endurci, on se doute que ce conte de fée aura une issue tragique. Un scène choc clôture Au service secret de sa Majesté qui ne nous fera pas terminer cette histoire avec des étoiles dans les yeux, mais plutôt avec des larmes.

Au service secret de sa Majesté – Bande Annonce

Au service secret de sa Majesté – Fiche Technique

Réalisation : Peter Hunt
Scénario : Richard Maibaum, d’après le roman de Ian Fleming
Montage : John Glen
Musique : John Barry
Production : Albert R. Broccoli, Harry Saltzman
Sociétés de production : EON Productions
Société de distribution : United Artists
Pays d’origine : Angleterre
Genre : espionnage
Durée : 136 minutes
Date de sortie : 19 décembre 1969

Royaume-Unis – 1969