Rétrospective Films de Noël : Black Christmas de Bob Clark

Black Christmas narre une histoire sordide bien loin des contes féériques de Noël. Les amateurs de cinéma d’horreur pourront choisir de se délecter de ce film culte, celui qui devint en 1974, le père du slasher. 

Noël anxiogène 

À l’approche des fêtes de fin d’année, les étudiants d’une université canadienne quittent peu à peu le campus pour retrouver leur famille pour les festivités. Alors que l’université se désemplit rapidement, quelques étudiantes restent dans leur maison de sororité, mais dans ce grand vacarme de Noël, où tout le monde se dépêche de partir, personne ne semble remarquer les disparitions progressives des jeunes étudiantes.

Un tueur à l’identité cachée par une caméra subjective, une série de meurtres et un lieu familier, Bob Clark, avec Black Christmas, officialise le genre du slasher, dont les codes trouvent leurs origines dans le giallo italien mais aussi dans l’œuvre de Hitchcock avec Psychose. Si Halloween, sorti quatre ans plus tard, concentre son intrigue dans une banlieue pavillonnaire, intensifiant le processus d’identification pour le spectateur, qui s’imagine alors que ces meurtres peuvent se produire dans sa propre ville, Black Christmas choisit comme décor, l’université. Dans une maison de sororité, un petit groupe de jeunes femmes essaient de recréer une ambiance familiale et festive pour passer Noël sur le campus. Mais alors qu’elles célèbrent les vacances, des coups de fil obscènes de plus en plus insistants viennent les déranger. Croyant d’abord à une plaisanterie de mauvais goût, les jeunes filles commencent rapidement à paniquer face à un interlocuteur visiblement dérangé. Parallèlement, un père tente de retrouver une des filles de la sororité qui devait rentrer chez elle pour les fêtes. À une période où les gens retrouvent leur famille pour partager un bon repas dans une ambiance des plus festives et joyeuses, Black Christmas s’immisce dans notre espace intime, le foyer familial, et pervertit cette fête et ses principes. Les lumières de Noël qui décorent la grande demeure des étudiantes paraissent alors briller d’un éclat lugubre. Inspiré d’un fait divers, le film nous dévoile dès la première scène que le tueur se trouve dans la maison et il y restera durant la totalité du film. Ainsi, le mal peut arriver à tout moment de l’année et surtout il peut s’inviter sous notre propre toit, sans que l’on ne soupçonne rien, donnant aux grincements de nos maisons, une tout autre dimension.

La véritable force de Black Christmas, outre le fait qu’il lance des codes dont les slashers contemporains s’inspirent encore, se trouve dans son ancrage dans le réel. Chacun des personnages, même les plus mineurs, paraissent terriblement réalistes. Chacune des étudiantes de la sororité a sa personnalité et ses propres démons, que ce soit Barb, qu’on voit ivre tout le long du film, ou la première victime, une jeune fille timide et sage qui parait très seule, ou encore Jess, la final girl (figure de la dernière survivante qui affronte le tueur, qu’on retrouve dans Halloween avec Jamie Lee Curtis par exemple) qui refuse de garder l’enfant dont elle est enceinte malgré les menaces de son petit-ami. Toutes ces jeunes filles paraissent extrêmement modernes comparé à l’intérieur victorien et sombre de leur maison de sororité, à une époque, les années 70, où les mœurs se libèrent. Modernité qui déclenchera des rires, lorsque par exemple, le père strict, inspecte la chambre de sa fille, couverte de posters hippies. Dans son réalisme, Black Christmas mélange peur et rire, à l’instar des personnages qui ne savent pas ce qu’il se passe réellement et qui restent  alors dans le doute, nous rions nerveusement de certaines situations comiques mais l’atmosphère elle, continue de devenir de plus en plus étouffante et anxiogène. Lorsque les forces de l’ordre tentent de tracer les appels de l’interlocuteur anonyme, Black Christmas prend soin de nous montrer l’employé de la compagnie de téléphone, courant entre les machines, essayant de trouver l’origine des coups de fil.  Tout en crescendo, Black Christmas entretient un suspense, créant un malaise. Une sensation malsaine renforcée par la présence du tueur, qui n’est ni un grand tueur en série, ni un meurtrier au masque mémorable, juste un garçon traumatisé dont la folie le pousse au meurtre brutal. Ce sont ses personnages modernes et réalistes, son tueur presque banal et sa mise en scène simple et efficace qui rendent Black Christmas si glaçant, puisqu’il injecte la terreur dans notre quotidien avec la plus grande simplicité.

Black Christmas : Bande annonce

Black Christmas : Fiche Technique

Réalisation : Bob Clark
Scénario : Roy Moore
Interprètes : Olivia Hussey, Keir Dullea, Margot Kidder, John Saxon, Andrea Martin, Marian Waldman…
Photographie : Reginald H. Morris
Montage : Stan Cole
Musique : Carl Zittrer
Producteurs : Bob Clark, Gerry Arbeid, Richard Schouten, Findlay Quinn
Sociétés de production : August Films, Canadian Film Development Corporation, Famous Player, Warner Bros. Pictures
Genre : horreur, slasher
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 11 octobre 1974 (Canada)

Canada – 1974

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Perrine Mallard
Perrine Mallardhttps://www.lemagducine.fr/
J’ai grandi avec Luke Skywalker, Korben Dallas et la bande de Friends. Rêvé de devenir un gangster comme dans les films de Scorsese. Me suis prise pour une cinéphile après avoir vu Pulp Fiction et découvert mon amour pour le cinéma avec les films des frères Coen. J’aime la poésie de Sofia Coppola et l’imaginaire de Wes Anderson. Je préfère presque toujours les méchants. Et mes films préférés sont entre autres : Bronson, Un Tramway nommé Désir, Donnie Darko, The Dark Knight, Thelma & Louise, Somewhere, Mad Max : Fury Road, The Voices, Snatch et la plupart des Coen. J’ai découvert les séries avec Supernatural pour ensuite me tourner vers The Walking Dead, Misfits et continuer avec The Office, Hannibal, True Detective pour ne jamais m’arrêter, à tel point que je ne peux plus me passer de ma dose quotidienne. Néanmoins, j’ai la fâcheuse tendance à dire que les premières saisons sont les meilleures. Je n’ai pas de préférence entre le cinéma et les séries, tout comme je n’en ai pas concernant les genres, les seuls films/séries qui ne me plaisent pas sont ceux qui me laissent indifférente.

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