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Rétrospective Films de Noël : Krampus de Michael Dougherty

Dans la vie comme au cinéma, les fêtes de noël ne se déroulent pas toujours dans la joie, les cadeaux et le chocolat chaud en famille. Pour certains, la veillée du 24 décembre se passe dans les hurlements et la terreur.

C’est le cas pour les protagonistes de Krampus, réalisé en 2015 par Michael Dougherty. Dès la séquence d’introduction, le film commence par le sarcasme et l’ironie, avec des plans montrant une foule se ruer et se battre dans un magasin au cours de la fameuse course aux jouets de décembre, ou encore les visages déconfits de parents aux caisses dudit magasin à l’annonce du prix de leurs achats. Krampus se présente ainsi comme le film de noël pour le public qui en a marre des films de noël classiques de M6 et qui voit d’un œil moqueur ou critique la saison des fêtes. La figure paternelle et bénéfique du Père-Noël se voit d’ailleurs remplacée ici par Krampus, figure à mi-chemin entre un bouc et un démon du folklore européen. Selon la tradition, ce monstre est censé punir les enfants pas sages – une espèce de Père Fouettard cauchemardesque sous stéroïdes en somme. Mais le film cherche-il vraiment à moquer la fête de noël et son univers ? Ou au contraire, le film s’ancre-il plutôt comme un hommage à la fête de noël et à ses règles, tout comme le même réalisateur l’avait fait pour la fête de Halloween dans son Trick’R’Treat de 2007 ?

https://www.youtube.com/watch?v=KNKo_BT4Vrg

La première partie du film semble prouver la première hypothèse, en nous présentant le contexte classique de toutes comédie M6 ringarde de noël : une famille typique de notre époque avec Tom (joué par Adam Scott), le père un peu trop absent, Sarah (Toni Collette), la mère dépassée et exaspérée et leurs deux enfants, Max (Emjay Anthony) et Beth (Stefania LaVie Owen), ado rebelle accro aux video call avec son petit copain, reçoivent tante Linda (Allison Tolman), mère au foyer stéréotypée, et oncle Howard (David Koechner), beauf notoire, accompagnés de leurs 4 enfants et de la vieille et outrageante tante Dorothy. Tout le nécessaire est réuni pour le modèle de la comédie de noël où l’on assiste à diverses prises de bec entre membres d’une famille avant de les voir se réconcilier grâce à l’amour et à l’esprit des fêtes. Et c’est le cas, du moins pour la première partie du long-métrage. Un film de noël classique donc, dans le registre de l’importance de la famille et une morale prêchant la bonne entente et la gaieté. Le thème de la famille est ainsi très présent dans les dialogues, comme le classique thème des films de noël qu’il est. Seuls Max et sa grand-mère paternelle Omi restent attachés aux traditions face au reste de la famille. On retrouve ainsi le thème chère à la filmographie de Dougherty qu’est la tradition, de la place qu’on lui laisse dans notre société et du respect ou non qu’on lui doit. C’est en se demandant pourquoi il devrait continuer à entretenir l’esprit de noël avec une famille comme la sienne que le jeune Max invoque Krampus, au cours d’une scène que ne renierait d’ailleurs pas Tim Burton. Et ainsi, alors que l’on aurait pu croire à une énième comédie familiale, le film bascule enfin dans l’Horreur.

« Krampus ne venait pas pour récompenser, mais pour punir. Pas pour donner, mais pour prendre. »

La famille se retrouve alors bloquée par une tempête soudaine dans un huis-clos enneigé qui n’est pas sans rappeler le cultissime The Thing (1982) dans certaines scènes. Une hotte de jouets maléfiques abandonnée sur le seuil de la porte signera le début des réjouissances attendues. Les plus impatients auront pu regretter que Krampus soit assez absent à l’image pour un film qui porte son nom. Il ne s’attaque de plus jamais réellement aux victimes, laissant ses acolytes le faire à sa place. Le regret est d’autant plus grand que le travail effectué sur le costume est assez impressionnant (si l’on oublie sa mâchoire béante – probablement cassée – dans les dernières minutes de film), respectant les attributs du personnages : taille imposante, sabots, cornes, grelots et yeux de bouc. La barbe blanche et le long manteau qui lui sont ajoutés ne servent qu’à faire du Krampus un alter-ego démoniaque du père-noël, renforçant le côté insolent du long-métrage. Mais cela reste un procédé classique du cinéma d’épouvante, permettant de laisser planer une aura de mystère et donc de crainte autour d’un antagoniste. D’autres procédés de l’Horreur s’y retrouvent également, notamment avec le personnage de la grand-mère Omi, jouant le rôle de l’oracle qui essaye de prévenir du danger à venir. Elle est celle qui présente à la famille le monstre qui va les punir, au cours d’une séquence flash-back entièrement réalisée en animation qui vaut le coup d’œil. Krampus est ici celui qui punit en emmenant directement en Enfer ceux qui ne respectent pas les traditions, et apparaît « quand on a perdu tout espoir, quand on a oublié sa foi et que l’esprit de noël n’est plus ».

« Et puis quoi encore ?! »

Dans la troisième partie du film, le comique surpasse à nouveau l’horreur, mais propose cette fois une apothéose burlesque dans la lignée de la série des Evil Dead, et plus particulièrement de Army of Darkness (1992) dans son côté mash-up entre comédie cartoonesque et horreur burlesque. L’oncle Howard campe alors une espèce de Ash Williams parodique, armé bien-sûr d’un boomstick. On a même le droit à une copie de la scène culte des mini-Ash du troisième Evil Dead, remplacés ici par des petits bonhommes de pain d’épices. Les personnages sont alors poussés à bout par les acolytes de Krampus au cours d’attaques jusqu’au-boutistes exutoires. Un exercice assez risqué, car la frontière avec le surjeu et le ridicule est mince. La réalisation prouve ainsi une bonne maîtrise des codes et pratiques du cinéma horrifique, magnifiquement sublimée par une photographie colorée dans le juste : on alterne entre une ambiance assez gothique, froide, à base de blanc – celui de la neige – et de bleu-clair – du blizzard et des fenêtres gelées – caractérisant Krampus et ses acolytes. Et les ambiances chaleureuses et colorées du foyer, de la famille : avec le rouge du pull de noël de Linda et du sang (symbolique bien-sûr, car film de noël oblige, pas question de montrer une seule goutte de sang à l’image) ou le vert du sapin et des décorations. Le tout rehaussé de lumière systématiquement chaude, en provenance d’un feu de bois, de bougies ou du gyrophare d’un chasse-neige à l’abandon.

Si Krampus semble ainsi être le vilain garnement des films de noël, on se rend compte que c’est dans son côté horrifique et burlesque que s’expriment les codes traditionnels du film de saison. Les thèmes du cinéma d’horreur et du film de noël vont ici de pair pour proposer un film respectant les valeurs des fêtes et le fameux esprit de noël. Tout comme il l’avait fait pour Trick’R’Treat en 2007, Dougherty signe avec Krampus une déclaration d’amour à une fête païenne aliénée de son message et de sa nature par les mœurs contemporaines. Mais c’est aussi une comédie d’horreur sarcastique finement réalisée, comme sait très bien le faire le réalisateur. L’horreur agît ici sur ceux qui ont abandonné l’esprit de noël et ne respectent pas les codes de cette fête. Et force est de constater que ce n’est pas la première fois que le cinéma horrifique s’essaye à cette fusion improbable entre l’univers bon-enfant et joyeux de noël et l’ambiance plus malsaine et inquiétante de ses codes : déjà en 1984 avec Gremlins, 10 ans avant avec Black Christmas (1974) ou encore en 2009 avec The Children.


Fiche technique – Krampus

Titre : Krampus
Réalisation : Michael Dougherty
Scénario : Todd Casey, Zach Shields, Michael Dougherty
Direction artistique : Jules O’Loughlin
Montage : John Axelrad
Musique : Douglas Pipes
Production : Thomas Tull, Jon Jashni, Alex Garcia, Michael Dougherty
Sociétés de production : Legendary Pictures, Zam Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Budget : 15 millions de dollars
Pays d’origine : États-Unis
Format : couleur – 2.35 : 1 – Dolby Digital
Genre : comédie, horreur, fantastique
Durée : 98 minutes
Dates de sortie : États-Unis : 4 décembre 2015 ; France : 4 mai 2016

États-Unis – 2015

Auteur : Jeap Horckman

Spider-Man New Generation : un costume psychédélique et universel

La douce litanie qui consiste à dire que les films de super-héros se ressemblent tous, ou qu’ils oublient leurs fondamentaux au profit d’une spectacularité inféconde et numérisée, vient d’être mise à mal par ce nouveau Spider-Man : New Generation qui se révèle être une véritable bouffée d’air frais dans la sphère du genre. Pourtant, le pari n’était pas gagné d’avance, Spider-Man étant un super héros que l’on a maintes et maintes fois vu au cinéma.

Soit par le biais de l’excellente trilogie de Sam Raimi, du diptyque désastreux de Marc Webb ou dernièrement par l’humour teen movie javellisé de Marvel. On connait son histoire par cœur. Mais alors, que nous apporte de neuf cette énième adaptation de l’homme araignée ? Beaucoup de choses pour ainsi dire. Plutôt que de placer Peter Parker au centre du film, comme tous les films précédents de Spider-Man, nous avons en vedette Miles Morales, un adolescent, apportant à la franchise un nouveau niveau d’émotion que nous n’avons jamais vu auparavant. Contrairement à Peter Parker, Miles est davantage axé sur la famille, notamment avec son oncle et son père.

Spider-Man New Generation est l’une des meilleures retranscriptions de l’univers Spider-Man et l’un des films les plus psychédéliques et colorés que l’on ait vu depuis Speed Racer des sœurs Wachowski. D’ailleurs, cette dernière référence n’est pas vaine car la plupart des thématiques contenues dans le long métrage et l’esprit libéré qui se détache de l’œuvre ressemblent à l’aspérité des deux réalisatrices : la tolérance, le partage, la redéfinition des genres, le poids des responsabilités, le fait de se définir par les choix que l’on prend, le bénéfice de la communauté, savoir que nous ne sommes pas seuls dans un monde difficile, et la connexion entre les dimensions. On pense donc à Matrix, Speed Racer, Sense8 et Cloud Atlas. Et c’est beau.

Enfin, nous avons un film de super-héros qui s’approprie sa propre mythologie, qui tente de redéfinir sa dimension et sa caractérisation, et qui s’amuse de lui-même avec un discours méta en faisant référence à ses anciennes adaptations cinématographiques sans forcément en faire une caution humoristique comme le fait Deadpool avec plus ou moins de facilité. Comme l’a écrit récemment notre compère Jules Chambry, dans son excellent article qui s’interroge sur la place de l’humain dans les films de super-héros, ce genre cinématographique a en ce moment cette fâcheuse tendance à vouloir diviniser l’être qu’est le super-héros pour en oublier sa part d’humanité. Cette dernière, étant retranscrite comme une simple marée informe, impersonnelle qui doit être sauvée par les nouvelles divinités que sont devenus ces êtres surnaturels.

Sauf que Spider-Man New Génération reprend là où s’étaient arrêtées des œuvres comme celles de Sam Raimi. Ne pas voir le masque ou le pouvoir comme une manière de se sentir moins humain, mais au contraire de montrer le costume comme une prolongation de notre humanité, de définir son récit autour de schémas intimes et de mettre en place des enjeux qui touchent l’humain derrière le masque. La narration ne se limite pas au simple fait d’être un récit initiatique qui voit son protagoniste se repenser lui-même et combattre les obstacles de la vie, non, Spider-Man New Generation va plus loin que cela et insère dans son habillage l’idée que nous sommes rien sans les autres, que le pouvoir c’est un ensemble et non pas un simple don, comme l’avait insinué Ready Player One de Steven Spielberg.

Ici par exemple, il n’est pas juste question d’un vilain méchant qui veut détruire pour détruire, mais il est question de la désespérance d’un homme qui veut retrouver sa femme et son fils défunts. Comme dans les péripéties de l’homme araignée dans les Sam Raimi, il est aussi beaucoup d’idées de cinéma, et quoi de mieux que le cinéma d’animation pour se libérer de certaines barrières esthétiques et de s’accaparer le médium de la bande-dessinée avec une inventivité de tous les instants. Un film live n’aurait pas pu donner ce souffle épique, n’aurait sans doute pas pu mélanger son atmosphère à celui des comics ni nous impressionner avec ce climax final dantesque.

Au delà de son message, qui décrit le costume comme un flambeau qui se perpétue et qui peut être porté par tous, c’est donc aussi le style graphique qui fait monter le film d’un cran au dessus de la mêlée, doté d’un montage frénétique, de textures vivifiantes, et d’un dynamisme rare qui rend à la fois hommage au pouvoir des super-héros qu’à cette ville protéiforme qu’est New York. Il y a cette sensation de liberté, où le film a cette capacité de nous faire ressentir la pesanteur des envolées de notre super-héros, sa facilité à utiliser les airs pour le voir virevolter, frapper, être lui-même et utiliser sa pleine puissance.

Spider-Man New Generation ne choisit pas de camp, au contraire de Marvel ou DC Comics : c’est un film qui saisit avec intelligence les émotions de ses personnages, et leur intégrité morale. Bizarrement, alors que de nombreux blockbusters ou de grandes franchises, comme Star Wars ou Alien, misent sur la déconstruction du mythe, avec ce motif incessant de détruire pour refaire naître, Spider-Man New Generation utilise, lui, ce versant dans une idée de continuité, de prolongement universel. 

Synopsis: Spider-Man : New Generation suit les aventures de Miles Morales, un adolescent afro-américain et portoricain qui vit à Brooklyn et s’efforce de s’intégrer dans son nouveau collège à Manhattan. Mais la vie de Miles se complique quand il se fait mordre par une araignée radioactive et se découvre des super-pouvoirs : il est désormais capable d’empoisonner ses adversaires, de se camoufler, de coller littéralement aux murs et aux plafonds ; son ouïe est démultipliée… Dans le même temps, le plus redoutable cerveau criminel de la ville, le Caïd, a mis au point un accélérateur de particules nucléaires capable d’ouvrir un portail sur d’autres univers. Son invention va provoquer l’arrivée de plusieurs autres versions de Spider-Man dans le monde de Miles, dont un Peter Parker plus âgé, Spider-Gwen, Spider-Man Noir, Spider-Cochon et Peni Parker, venue d’un dessin animé japonais.

Bande Annonce – Spider-Man New Generation

Fiche technique – Spider-Man New Generation

Réalisateur : Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman
Scénariste : Phil Lord
Directeur artistique  : Dean Gordon
Distributeurs (France) : Sony Pictures Releasing France
Genre : Film d’animation
Durée : 1h57mn
Date de sortie : 12 décembre 2018

États-Unis – 2018

Note des lecteurs1 Note
4.5

Hellraiser Trilogy Cult Edition : plaisirs de chair et de sang en Blu-ray chez ESC

Noël approche à grands pas. Des cadeaux attendent encore d’être achetés. Une idée peut toutefois murir dans votre esprit depuis la sortie en septembre d’un objet plus qu’attendu  : Hellraiser Trilogy – Cult’Edition. Retour sur le sanglant débarquement en haute définition chez les éditions ESC des trois premiers volets de la saga éponyme initiée en 1987 par le trublion de l’horreur, Clive Barker.

« Welcome to Hell, Frank »

En 1986, un sombre cosmos se révélait aux lecteurs les plus avertis. Hellbound Heart (en france Hellraiser) allait perturber bien des nuits. Son auteur n’est autre que le trublion Clive Barker qui va, avec son roman court, revisiter l’horreur. L’ouvrage introduit les piliers de l’imaginaire de Barker, dominé par la possibilité d’un alter-monde comme d’un autre soi, où la chair peut être tordue et sacrifiée tout en restant sexualisée. C’est précisément le sujet du roman qui nous présente Frank, un tordu égoïste et arrogant qui a goûté à tous les plaisirs  du monde, et qui, dans sa quête du plaisir ultime, va obtenir une mystérieuse boite. Ce cube se présente tel un puzzle. Certains n’ont jamais réussi à briser celui-ci. Mais notre anti-héros n’abandonne pas et connaît un irréparable succès. La boîte s’ouvre et révèle à Frank un univers ténébreux où le plaisir rencontre la douleur la plus extrême. Enlevé par les Cénobites, maîtres sadomasochistes de ce cosmos, Frank s’apprête à expérimenter une éternelle vie de douleur et de plaisir. Surtout de douleur, puisque Frank échafaude une évasion grâce à l’emménagement de son frère et de sa femme, ex-amante du condamné… L’œuvre fait l’objet d’un culte grâce à la proposition d’horreur originale signée par Barker. Ses enfants, les Cénobites, vont devenir de véritables stars. Qui est donc ce mystérieux ingénieur à la tête clouée de part et d’autre du quadrillage qui marque son crâne ? Jusqu’où peut nous emmener les portes de ce cube, objet mystérieux intitulé « la boîte de Lemarchand » ? À quel point la douleur et le plaisir sont-ils liés ? Autant de passions, de mystères et de raisonnements qui vont venir porter le film scénarisé et réalisé par l’auteur un an plus tard, soit en 1987, avec le faible budget d’un million de dollars. L’œuvre porte l’intriguant titre Hellraiser. Au box-office, la boîte de Pandore est bel et bien ouverte. En effet, le métrage remporte quatorze millions de dollars. Hellraiser devient un important succès dans la cinématographie anglaise et pose les piliers d’une licence culte…

Ci-dessus, la bande-annonce du film Hellraiser – le Pacte de Clive Barker (1987)

Blu-ray écorchés

Justement, le 4 septembre 2018 sont sortis en coffret Blu-ray (et aussi en boitier DVD) les trois premiers de la franchise. Après le succès de leur crowdfunding terminé en Mars dernier, l’éditeur vidéo ESC a pu travaillé avec une certaine aisance sur le débarquement en France de la trilogie en galette bleutée – comprenez en Blu-ray –, produit en partenariat avec l’Atelier d’Images et aussi soutenu par le CNC.

N’y allons pas de façon labyrinthique, point de puzzle à résoudre pour prendre conscience de l’énorme travail opéré sur ce coffret. Les films sont présentés dans leurs dernières restaurations en date (restauration 2K approuvée par le directeur de la photographie et gérée par les britanniques d’Arrow), accompagnés par une pléthore de bonus et un livre auquel le rédacteur de cet article n’a pu hélas accéder. On peut cependant regretter l’encodage qui vient gâcher la fête, avec un problème de rendu du grain, de bourdonnements et d’instabilité de l’image sur le premier film (voir la  comparaison sur , plus légers sur les deux suivants malgré un flou relativement présent sur le troisième. Cela, et le fait que tous les bonus ne soient pas en haute définition ; ni que les scènes additionnelles constituant la version director’s cut du troisième métrage ne soient ni au bon format (elles sont élaguées sur les côtés et donc visibles en 4/3), ni en haute définition (plus dignes d’une VHS que d’un DVD) quand bien même l’œuvre est digne d’un navet ou d’un nanar, à choisir selon votre désarroi ou vos rires tordus d’indignation.

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« Come to Daddy ! » – le coffret à vos yeux déjà séduits

Le choix de présenter trois films plutôt que le dyptique Barker/Randel, ou pire, les quatre premiers est aussi discutable. Si l’on peut justifier l’inclusion du troisième métrage par la présence de Peter Atkins au scénario, accompagné par Randel sur l’histoire et Barker à la production, il en est de même, Randel en moins, sur le quatrième volet, qui est d’ailleurs le dernier à avoir eu le droit à une sortie en salles. À l’inverse, on aurait pu se passer du ratage signé Anthony Hickox qui, avec son Hellraiser III Hell on Earth, a plongé la licence dans un enfer plus obscur que celui des Cénobites, les abysses du navet. Et on peut ajouter que le film ne fut par ailleurs pas conçu chez New World Pictures, mais chez Dimensions Films, soit chez Miramax, qui venait alors d’acquérir la franchise. Et ne nous mentons pas, après l’apothéose boulimique de l’univers des Cénobites avec Hellbound : Hellraiser II, la suite semble avoir été conçue afin de s’ouvrir à un plus large public, sacrifiant visuellement le cosmos horrifique établi dans les premiers volets et trahissant un scénario d’Atkins plus que freiné par le studio. Ainsi Pinhead, la star de la série – à l’image d’un Jason ou d’un Freddy – fait son retour dans un film de monstres raté, un slasher Z qui annonçait le gouffre d’ignominie dans lequel allait hélas s’enfoncer la saga…

Ci-dessous, la bande-annonce du film Hellbound : Hellraiser II (Les Écorchés) (1988)

Hellraiser Trilogy – Cult’ Edition

UN DIGIPACK 4 BLU-RAY + 1 LIVRE CONTENANT :

3 Blu-ray pour 3 films 

HELLRAISER – LE PACTE: En possession d’une boîte à énigmes, le dépravé Frank Cotton amène à lui les Cénobites, créatures de l’au-delà qui le mettent au supplice de souffrances infinies. De retour du royaume des morts, il reprend peu à peu forme humaine grâce à sa maîtresse et belle-sœur, Julia, prête à toutes les abominations par amour pour lui…

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Hellraiser Trilogy – Cult Edition
59,99€ le coffret Blu-ray

HELLRAISER II – LES ÉCORCHÉS : Bien qu’elle survive aux Cénobites, Kirsty Cotton se retrouve internée dans un hôpital psychiatrique dont le responsable, le Dr Channard, se livre à de cruelles expériences, dans l’espoir de percer les secrets de l’autre monde. Il y réussit si bien qu’il ressuscite Julia Cotton qui, aux enfers, règne en maîtresse absolue…

HELLRAISER III: Chef des Cénobites, Pinhead s’arrache à sa prison, un totem qu’expose Monroe dans l’antichambre de son night-club. Après avoir fait de nouveaux adeptes et pris le dessus sur son sauveur, Pinhead affronte un adversaire inattendu et redoutable : l’homme qu’il fût avant de vendre son âme au diable et de basculer dans les ténèbres…

LEVIATHAN : Presque 30 ans après, ce documentaire de 4 heures, en trois parties, regroupe plus d’une trentaine d’entretiens autour des trois premiers volets de Hellraiser… Incontournable pour les fans !

Ayant pour bonus

Entretien croisé autour de Hellraiser – Le Pacte avec Thomas Aïdan et Julien Maury (16 min)
Hellraiser : Résurrection (24 min)
Christopher Young : un compositeur d’enfer (19 min)
Interviews d’époque de l’équipe du film (9 min)
Commentaire audio de Clive Barker
Ashley Laurence : une actrice en enfer (12 min)
Andrew Robinson : M.Cotton, je présume ? (16 min)
Interviews et documents promotionnels d’époque (31 min)
Entretien croisé autour de Hellraiser II – Les Écorchés avec Guy Astic, Thomas Aïdan et Julien Maury (20 min)
Hellraiser II – Les Écorchés : Perdus dans le labyrinthe (17 min)
Interviews d’époque de l’équipe du film (8’45 min)
Commentaire audio de Tony Randel (réalisateur) et Peter Atkins (scénariste)
Kenneth Cranham : le docteur est là (13 min)
Les Cénobites : la patrouille des damnés (22 min)
Interview du réalisateur Tony Randel (15 min)
Interviews et documents promotionnels d’époque (30 min)
Entretien autour de Hellraiser III par Guy Astic (17 min)
Clive Barker : le pouvoir de l’imaginaire, l’imaginaire au pouvoir (24 min)
Sur le tournage de Hellraiser III (5 min)
Mini making of (1 min)
Interviews et documents promotionnels d’époque (30 min)

1 Blu-ray bonus présentant l’intégralité du documentaire de 4 heures Léviathan

LEVIATHAN – L’HISTOIRE DE HELLRAISER – LE PACTE (1h29)
LEVIATHAN – L’HISTOIRE DE HELLRAISER II – LES ÉCORCHÉS (2h)
LEVIATHAN – L’ENFER SUR TERRE : L’HISTOIRE DE HELLRAISER III (31 min)
Le Maître des jouets : dans la boîte avec Simon Sayce (13 min)

ET un livre inédit de 152 pages : Hellraiser – Voyage au bout de l’enfer par Marc Toullec

Prix : 59,99€ le coffret Blu-ray ; 39,99€ le coffret digipack 3 DVD (ne contient pas Leviathan ni le livre de Marc Toullec)

The Happy Prince de Rupert Everett, le portrait d’Oscar Wilde

The Happy Prince de et avec Rupert Everett raconte avec brio les derniers moments du grand Oscar Wilde dans une toile révélant le visage d’un génie en proie à ses démons intérieurs et extérieurs. L’un des dix meilleurs films de l’année en quelques points.

Si Wilde a conté l’histoire d’un homme faisant un pacte pour que son portrait seul subisse les outrages du temps à cause des vices auxquels il s’adonnait (Le portrait de Dorian Gray), Everett, lui, tisse une toile où Wilde renaît dans toute sa complexité.

Broyé par des années de prison et d’humiliations, persécuté par la plupart des gens qui le reconnaissent, Wilde demeure prisonnier de son amour de la vie, de l’art et des plaisirs libertaires. Comme le dit discrètement Reggie (campé par Colin Firth) à Robert Ross (journaliste et amant de Wilde qui dédiera sa vie après la mort de Wilde à faire revivre le génie de l’artiste) : « Fais attention il te dévorerait. Il ne peut pas s’en empêcher“.

Si Everett, métamorphosé, campe avec brio Oscar Wilde en donnant l’une de ses plus grandes performances, il livre également une première œuvre mêlant intelligemment la vision d’un homme complexe, génie littéraire parmi les plus doués, toutes époques confondues, mais surtout d’un être ne pouvant échapper à ses vices. Qu’il soit sur scène, après la représentation d’une de ses œuvres, ou dans la rue, Wilde avait un besoin presque maladif d’être aimé et adulé. Everett rend ses scènes tour à tour drôles puis dramatiques et s’ingénie à y mêler toute une palette de sentiments : Wilde repentant, voulant à tout prix retrouver sa femme et ses fils, puis cédant aux sirènes incarnées surtout par Bosie, l’amant décadent, qui a été le déclencheur de son opprobre publique.

Première œuvre d’Everett, en tant que réalisateur et scénariste, The happy Prince est surtout la naissance d’un très bon metteur en scène. 

Rupert Everett, comme Clint Eastwood ou Mel Gibson avant lui, a su prendre son temps et apprendre de ses expériences européenne et américaine, mêlant les projets grands publics et les films d‘auteurs pour livrer une œuvre personnelle et unique. L’acteur sorti du placard dans les années 90 confiera qu’Hollywood ne lui a plus proposé de rôles intéressant après ses révélations.

Wilde / Everett : une liaison de longue durée

Everett s’est déjà frotté à l’univers d’Oscar Wilde dans le film Un mari idéal d’Oliver Parker en 1999 et surtout lors de la reprise de la pièce de 1998 The Judas kiss en 2012 où il incarna Wilde, succédant à Liam Neeson dans le rôle de l’écrivain maudit.

Après sa performance impressionnante, on se dit que personne d’autre que lui n’aurait pu donner une meilleure représentation de l’auteur. Comme Wilde, Everett a souffert de son homosexualité, malgré une évolution des mœurs et comme lui, l’acteur a brûlé la chandelle par les deux bouts. Son interprétation rend parfaitement toutes les nuances d’un homme tiraillé entre ce qu’il aimerait pouvoir faire, retrouver sa femme et ses fils, et ce qu’il ne peut s’empêcher de faire, se vautrer dans des orgies sans fin, boire…

La musique du film 

La musique de Gabriel Yared est à l’image du film, tour à tour simple et discrète pour se faire plus sombre ou mélancolique, magnifiant les scènes à la photographie léchée.

Comme le dit le compositeur (récompensé par un Oscar pour sa partition pour le film Le patient Anglais, et d’un césar pour L’amant) sur le CD de la bande originale, il a voulu que la musique soit la plus simple possible, jouée par peu de musiciens pour ne pas faire d’ombre à l’histoire et aux personnages. Le pari de Mr Yared est une fois de plus réussi, car son œuvre est à l’image du film et du script, d’une beauté cachant sa complexité dans son apparente simplicité.

The Happy Prince est un premier coup de maître et l’un des dix meilleurs films de l’année. Pour ceux qui aiment Oscar Wilde, ou simplement le bon cinéma, courrez dans les salles obscures le 19 décembre prochain.

Synopsis : 

À la fin du XIXe siècle, le dandy et écrivain de génie Oscar Wilde, intelligent et scandaleux brille au sein de la société londonienne. Son homosexualité est toutefois trop affichée pour son époque et il est envoyé en prison. Ruiné et malade lorsqu’il en sort, il part s’exiler à Paris. Dans sa chambre d’hôtel miteuse, au soir de sa vie, les souvenirs l’envahissent…
De Dieppe à Naples, en passant par Paris, Oscar n’est plus qu’un vagabond désargenté, passant son temps à fuir. Il est néanmoins vénéré par une bande étrange de marginaux et de gamins des rues qu’il fascine avec ses récits poétiques. Car son esprit est toujours aussi vif et acéré. Il conservera d’ailleurs son charme et son humour jusqu’à la fin : « Soit c’est le papier peint qui disparaît, soit c’est moi… »

Fiche Technique : The Happy Prince

Réalisation et scénario : Rupert Everett
Interprétation : Rupert Everett, Colin Firth, Emilie Watson…
Photographie : John Conroy
Musique : Gabriel Yared
Production : Sébastien Delloye, Philipp Kreuzer et Jörg Schulze
Sociétés de production : Maze Pictures et Entre chiens et loups; Palomar, BBC Films, DPP et MMC
Genre : drame biographique
Durée : 105 minutes
Date de sortie Française : 19 décembre 2018

Note des lecteurs1 Note
4

Leto de Kirill Serebrennikov : Retour flamboyant sur le rock russe des années Brejnev

Leto, le nouveau film de Kirill Serebrennikov, nommé à la Palme d’Or du Festival de Cannes, est un quasi-OVNI bourré d’idées, soutenu par une bande-son enthousiasmante, mais qui reste trop concentré sur ses propres effets.

Synopsis : Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique….

Back in the U.S.S.R

Assigné à résidence pour des raisons que les observateurs ont jugé douteuses, mais plus vraisemblablement pour ses prises de position politiques, le cinéaste russe Kirill Serebrennikov n’aura pas profité de l’excellente ambiance autour de la projection cannoise de son film Leto, nommé pour la Palme d’Or.

Leto -l’été, en russe-, est donc le titre du film, le titre du morceau joué par l’un des protagonistes au début du film, et la saison au milieu de laquelle s’ébattent de jeunes russes visiblement peu conformes à l’idée qu’on se fait de la jeunesse révolutionnaire. Corps nus, chétifs et pâles se jetant dans la mer Baltique, alcool, mais surtout rock’n roll. Après une séquence d’ouverture qui se passe au Rock Club de Leningrad, où on assiste les bras croisés et les genoux serrés sur sa chaise à des concerts de groupes validés par le Parti et sous les yeux de ses sbires,  les premières minutes du film reviennent sur la rencontre entre les deux figures centrales de ce microcosme du rock russe. D’une part, Mike Naomenko (Roman Bilyk), une star sans grande originalité, ne faisant finalement que singer ses grands maîtres d’Occident, découverts en contrebande : les Bolan, les Bowie, les Byrne, les Reed et on en passe (il ira jusqu’à traduire leurs paroles pour en faire ses propres textes). De l’autre , le beau et ténébreux Viktor Tsoï (Teo Yoo), plus authentique mais encore totalement inconnu en ce début des 80’s, venant à la rencontre de Mike pour avoir son aide et surtout son approbation.

Sur la base de ce double biopic, c’est toute l’époque de sa propre jeunesse rock que le cinéaste brasse. Comme il l’a déjà montré dans son précédent film le Disciple, Serebrennikov aime multiplier les effets. Dans ce dernier, on a eu droit à des incrustations stylisées des versets de la Bible orthodoxe que le protagoniste déversait à longueur de journée, ou encore aux plans-séquences déjà très marqués. Dans Leto, le cinéaste passe la démultipliée, car c’est à un véritable festival de trouvailles qu’il nous invite. Les plus notoires d’entre elles sont ces quasi-clips musicaux qui n’ont pourtant « jamais existé », comme en est régulièrement informé le spectateur. Il fait chanter The Passenger d’Iggy Pop par un bus entier ou l’armée rouge dans la rue, A Perfect Day de Lou Reed ironiquement dans la nuit et sous une pluie battante, ou encore All The young Dudes de Bowie par le très contemporain musicien russe Shortparis. Des séquences enivrantes pour qui aime le rock. Des séquences fantasmées (« qui n’existent pas ») dans une Russie soviétique loin de toute fantaisie, où tout est au contraire sous contrôle.

Serebrennikov ne s’arrête pas là, et on peut lui rendre véritablement un hommage pour sa virtuosité. L’enfoncement du quatrième mur, voire d’un cinquième si on peut dire, les graffitis en surimpression, la couleur ramenée par touches, tout est bluffant. Le film est dynamique et inventif, et de plus, le cinéaste rend parfaitement compte de la situation paradoxale du rock dans son pays dans ces années-là. Ce qui est par essence un cri de révolte est policé jusqu’à la trame, vidé par la censure de toute la critique sociale qu’il veut porter.

Et pourtant, on ne peut s’empêcher de trouver les quelques deux heures de la projection un peu longues. Les morceaux de rock russe se succèdent aux morceaux de rock occidental, un ménage à trois se profile entre Mike, sa femme Natacha (Irina Starshenbaum), et Viktor, le «nouveau romantique » taiseux qui attire immédiatement cette dernière. Mais Leto est un film tourné sur lui-même, trop soucieux de ses propres fulgurances pour s’intéresser véritablement à faire progresser l’histoire. Le destin de Mike et Viktor, voire celui de Natacha  ne semblent finalement qu’un prétexte et l’ensemble tourne vaguement en rond.

Au final, le cinéaste n’oublie pas, en filigrane du microcosme du rock, de donner des indications sur le sous-texte grisâtre de la vie sociale et politique en URSS : la promiscuité des kommounalka (appartements communautaires), l’extrême monotonie de la vie, l’absurdité de la bureaucratie et l’omniprésence de la répression. C’est peut-être la plus grande réussite du film, cette manière de montrer la précarité et les difficultés sans plomber, sans pleurnicher, et de laisser croire que pour cette jeunesse-là, celle qui a réussi à être un peu au diapason du reste du monde au travers de la musique à défaut d’une vraie attitude rock, la vie n’était peut-être pas si austère.

Leto – Bande annonce

Leto – Fiche technique

Titre original : Leto
Réalisateur : Kirill Serebrennikov
Scénario : Mikhail Idov, Lili Idova, Ivan Kapitonov, Natalya Naumenko, Kirill Serebrennikov
Interprétation : Teo Yoo (Viktor Tsoy), Irina Starshenbaum (Natasha), Roman Bilyk (Mike Naumenko), Yuliya Aug (Anna Aleksandrovna), Filipp Avdeev (Liocha), Evgeniy Serzin (Oleg), Aleksandr Gorchilin (Punk), Aleksandr Kuznetsov (Skeptik), Marina Manych (Marina)
Photographie : Vladislav Opelyants
Montage : Yuriy Karikh
Musique : Roman Bilyk
Producteurs : Mikhail Finogenov, Murad Osmann, Ilya Stewart, Pavel Burya, Coproducteur : Charles-Evrard Tchékhoff
Maisons de production : Hype Film, Kinovista
Distribution (France) : Kinovista / Bac Films
Récompenses : Meilleure Musique, Roman Bilyk au Festival de Cannes 2018
Durée : 126 min.
Genre : Biopic, Musique
Date de sortie : 05 Décembre 2018
Russie, France – 2018

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3.5

Rétrospective Films de Noël : les comédies romantiques

Le mois de décembre a déjà bien commencé et le temps est venu pour Le Mag du ciné de consacrer une rétrospective aux films de Noël. Au chaud sous la couette ou sous un plaid, une tasse de thé ou de chocolat dans les mains pour se réchauffer et faisons un tour d’horizon des films que la rédaction a choisis pour illustrer cette période de fêtes.

Qui n’a jamais passé quelques minutes ou quelques heures à se laisser tenter par une comédie typique de Noël où deux âmes sœurs se trouvent ou se retrouvent, où les miracles pleuvent ? Nombreuses sont les comédies romantiques dont le but est de faire rêver les amoureux de l’amour à la Saint Valentin, mais la période des fêtes de Noël est tout aussi importante pour faire briller les yeux des adultes en quête d’amour et de magie. Les téléfilms connaissent par cœur la méthode pour réchauffer les cœurs un tant soit peu tristes ou solitaires. Une femme célibataire va tomber par hasard sur l’homme qui lui est destiné et le reste, c’est la magie de Noël qui s’en charge. Des fois, cela fonctionne plutôt bien et la bulle de coton fait son effet durant 90 minutes au moins, mais parfois, les clichés prennent l’ampleur sur la rêverie pour sortir totalement les téléspectateurs de la réalité. Évidemment, lorsque l’on pose nos yeux sur ces comédies, on oublie un petit peu le côté artistique et intellectuel pour se laisser emporter par notre cœur d’adolescent en quête d’amour, ou même celui de l’enfant qui demeure en nous et attend un miracle de Noël. Les productions en jouent un peu trop parfois et poussent la niaiserie si loin que l’on ne peut même plus rêver. Les films viennent et reviennent sur les écrans, chaque année, les chaînes de télévision nous resservent la même formule et pourtant, il y en a certains dont on se lasse jamais.  

Certaines comédies romantiques refleurissent d’ailleurs le genre avec des histoires sensées ou en tout cas qui fonctionnent sans trop prendre les spectateurs pour des idiots. Love Actually est l’exemple parfait de la comédie dont on a besoin à Noël. Rituel pour certains, exceptionnel pour d’autres, le film mythique de Richard Curtis joue avec les propres codes de sa catégorie. Il remplace un couple par neuf histoires d’amour en proposant une œuvre chorale où les intrigues et les personnages s’entremêlent pour créer un ensemble aussi beau que drôle. Hugh Grant, Keira Knightley, Alan Rickman, Emma Thompson, Colin Firth, le casting parfait pour porter une comédie romantique au plus haut et surtout faire durer sa reconnaissance dans le temps. On ne sait pas si Richard Curtis est l’homme le plus romantique de tous les temps, il est en tout cas l’homme à l’origine de nombreuses comédies de ce genre. Scénariste de Quatre mariages et un enterrement puis Coup de Foudre à Notting Hills et encore les deux premiers opus de la célèbre Bridget Jones, amoureux de l’amour ou non, sa compétence pour le raconter ne fait nul doute.

Autre figure du romantisme à l’écran, Hugh Grant, que l’on retrouve dans tous ces films s’est imposé comme un grand séducteur dans Le Journal de Bridget Jones notamment. Regard de braise, sourire en coin et toujours très chic, l’acteur d’origine écossaise a fait trembler bien des cœurs au cinéma. Mais la série de films portée par Renée Zellweger a eu son lot de candidats pour faire succomber la grande gaffeuse des films de Noël. Colin Firth et Patrick Dempsey, dernier en date, ont chacun leur tour fait valser le cœur de la célibataire que toute une génération a suivi. Les années passent et le public répond toujours présent pour suivre les aventures de la maladroite par excellence en amour. D’un comique de situation sans faille aux situations les plus banales, l’héroïne britannique a su trouver le cœur des fans qui, pour une fois, avaient quelqu’un à qui s’identifier lors de cette période et de manière même plus durable.

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Pas de limite pour les plaisirs coupables de Noël, les comédies romantiques ont des ressources. The Holiday fait d’ailleurs largement partie de ces films que l’on regarde recroquevillé sous un plaid. Cameron Diaz donne la réplique à Jude Law et Kate Winslet pour proposer un conte qui change un peu des standards. Les dialogues entre le personnage d’Iris et Arthur introduisent un peu de profondeur et de réflexion sur des situations souvent banales dans le genre filmique qu’est la comédie romantique et cela fait du bien. Comment ne pas être émerveillé devant le chalet cosy et chaleureux que l’on voit dans le film ? Le décor ne pouvait pas mieux correspondre à la période. Et les musiques de Hans Zimmer viennent ajouter un peu de magie au film alors que les scènes ringardes et clichées nous entraînent dans la douceur d’une histoire d’amour. Alors malgré l’absence de surprise, et les codes très traditionnels du genre respectés à la lettre, The Holiday entre dans la liste des films qui réchauffent le cœur à Noël.

Mais l’un de ceux qui a le plus bouleversé le public ces derniers temps, c’est bel et bien Carol de Todd Haynes. Très différent des films précédents et dans une émotion plus intense, les spectateurs assistent à une rencontre entre deux femmes dans un magasin de jouets. La magie opère de tous les côtés. Les parents viennent acheter les cadeaux, les jouets ornent le magasin, les enfants courent partout mais la scène qui nous fait rêver c’est ce regard. Ce fameux regard échangé entre Carol et Thérèse et les cœurs s’emballent. Magie de Noël, coup de foudre ou vraie rencontre ? Il semble que les trois s’associent pour se lancer dans une histoire d’amour aussi tendre que la neige qui tombe un 24 décembre. Et pour cause, malgré l’intrigue plutôt grave en toile de fond à cause du mari de la protagoniste, le public voit se dérouler devant lui des scènes d’une grande beauté que la période hivernale ne fait que sublimer. Que ce soit lors de quelques photos volées quand Carol va chercher un sapin ou bien lorsque Thérèse se rend chez elle et que l’esprit de Noël règne dans la maison grâce à la décoration et à sa fille, le film fait de l’amour une magie très ensorcelante à laquelle Noël ajoute bien des éclats.

Alors bien sûr, Love Actually est l’une des comédies romantiques les plus incontournables en cette période de Noël par son humour et sa perception de l’amour, mais chacun de ces films a son mot à dire et son miracle à offrir. Pour petits et grands, le choix est grand. Carol étant le dernier en date dans un registre bien plus dramatique, il est pourtant celui où l’amour est le plus délicatement filmé. Une chose est sûre, la saison des plaids et des chocolats chauds est belle et bien ouverte !

Week-end chaos au PIFFF 2018

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Alors que les gilets jaunes s’étaient donné rendez-vous dans la capitale pour prendre l’Élysée, Le Mag du ciné a bravé les émeutes pour se réfugier au Max Linder Panorama pour passer un week-end tout aussi mouvementé dans le cadre du PIFFF. L’occasion en 5 films de faire un petit tour du monde du genre en passant du folklore marocain aux origines du black metal norvégien, avec au passage un petit crochet par l’Asie.

Girls with Balls (France, Belgique)

Réalisé par Olivier Afonso. Avec Manon Azem, Artus, Denis Lavant, Camille Razat…

Rien de mieux pour se mettre dans le bain du PIFFF que de commencer par un plaisir coupable des plus régressifs, histoire de bien jauger l’ambiance dans la très belle salle du Max Linder. Pour cela, on peut compter sur le spécialiste des effets spéciaux Olivier Afonso, ayant notamment officié sur Grave, pour nous ressortir une recette des plus efficaces du cinéma bis, à savoir des jolies filles, des rednecks dont la consanguinité n’a d’égal que la cruauté, et surtout, surtout des hectolitres d’hémoglobine. À l’aide d’un casting à la fois charmant et étonnant, Afonso nous raconte avec l’assistance d’un cowboy ménestrel joué par Orelsan, l’histoire d’une équipe féminine de volley qui après être tombée en panne dans la cambrousse, se retrouve pourchassée par une troupe de bouseux sanguinaires menée par Denis Lavant ne communiquant que par grimaces. Le film remplit alors à partir de là pleinement son contrat, enchaînant les blagues bas du front et les têtes qui explosent. Afonso peut d’ailleurs compter sur l’humoriste Artus pour faire le show, notamment lors d’un affrontement anthologique avec un chihuahua. Malgré le fait que l’on obtienne ce qu’on est venu chercher, on ne peut pas s’empêcher de penser que le film a été fait un peu par-dessus la jambe et fait preuve d’une certaine fainéantise, recyclant assez vite ses composantes. Notamment au niveau du gore, où l’on pouvait espérer quelque chose de plus poussé que des explosions crâniennes en sang numérique de la part d’Olivier Afonso. De la même manière, les scènes d’action se noient trop souvent dans une hystérie assez agaçante. Girls with balls est typiquement un film de festival, le genre d’œuvre à apprécier sur le moment et qui gagne de l’ambiance euphorisante qui l’accompagne.

Punk Samourai Slash Down (Japon)

Réalisé par Gakuryu Ishii. Avec Gô Ayano, Masahiro Higashide, Keiko Kitagawa, Tadanobu Asano…

Ce vendredi au PIFFF était placé sous le signe des délires WTF, et ce n’est pas le japonais Gakuryu Ishii qui va nous faire dire le contraire. Anciennement connu sous le nom de Sogo Ishii, le  nippon était l’un des pionniers de la vague de cinéastes punks ayant émergé à la fin des années 70 dans le pays du soleil levant. Mentor de Shinya Tsukamoto, Ishii avait développé une esthétique débridée et survoltée avec des titres devenus cultes comme Burst City ou plus récemment Electric Dragon 80000V. Le réalisateur s’était ensuite un tantinet assagi, laissant la frénésie de côté pour un onirisme certain. Le voilà de retour accompagné de sa rage si caractéristique avec Punk Samourai Slash Down, dont le titre nous indique clairement l’intention. On reste cependant loin des titres nihilistes du début de sa carrière, et on penche plutôt du côté de Takashi Miike ou Stephen Chow. On suit ici Koke, le samouraï punk, qui se retrouve embrigadé dans une lutte de pouvoir à base de mensonges et de secte étrange répondant au nom des Bellyshakers, croyant que le monde est l’intérieur d’un ténia. Un postulat abracadabrantesque qui ne va pas aller en s’arrangeant au fur et à mesure que l’on avance dans le film. On y retrouvera notamment un général simiesque commandant une armée de singes. Dans son délire, Ishii arrive quand même à embarquer la fine fleur du cinéma japonais parmi lesquels on peut compter Tadanobu Asano, Shota Sometani ou encore Jun Kunimura qui incarnent des personnages tous plus loufoques les uns que les autres allant du gourou au déhanché endiablé au commandant ayant trouvé le sens de la vie en dressant des singes. Ishii se permet également tous les excès formels qui se manifestent surtout au travers de ces effets spéciaux et sa mise en scène aux allures cartoonesques. Malheureusement, comme souvent avec le cinéaste, le film souffre de sa longueur et l’avalanche de « what the fuck » devient assommante. Ishii aura eu au moins le mérite d’aller au bout de ses idées, renouant avec son attitude punk à l’aide de ce film complètement anarchique dans sa construction.

Achoura (Maroc, France)

Réalisé par Talal Selhami. Avec Sofia Manousha, Younes Bouab, Omar Lotfi, Ivan Gonzalez…

Dernier film présenté en compétition, Achoura est le deuxième film de Talal Selhami, un habitué du PIFFFcast. Le festival était donc pour lui l’occasion rêvée pour présenter en avant-première mondiale Achoura. Il est marqué comme beaucoup par Stephen King, et en particulier Ça auquel il emprunte la structure sur deux temporalités. Au contraire du film de Muschietti qui se concentrait dans un premier temps sur l’enfance, Selhami va tout au long alterner entre la période adulte et des flashbacks renvoyant à une mésaventure vécue par la troupe d’enfants qui resurgit dans leur vie. Avec ce mode opératoire, le cinéaste essaie de cultiver un certain suspense et un mystère sur les phénomènes fantastiques qui touchent ses protagonistes. Achoura désigne le nom de la fête de l’enfance qu’on célèbre au Maroc. Selhami va beaucoup travailler avec le folklore de son pays d’origine pour donner naissance à sa créature, un djinn maléfique. Il faut d’ailleurs tirer le chapeau au designer du monstre qui est haut la main, l’aspect le plus réussi du film. Au travers de cette apparition, il questionne le rapport à la culpabilité de ses personnages. En voyant ce travail, on distingue clairement une vision de la part de Selhami, une volonté sincère d’offrir quelque chose de consistant. C’est pourquoi il est frustrant de constater que la sauce ne prend jamais. Il y a plusieurs raisons qui expliquent cela et notamment un côté amateur qui surgit à de nombreuses reprises. Cela s’observe dans certains effets de mise en scène aux aspects assez cheaps. Là où cela pose davantage de problèmes, c’est dans la direction d’acteurs. On sait à quel point il est difficile de trouver des enfants-acteurs de qualité, mais dans Achoura cela porte clairement préjudice au film, laissant le spectateur à distance. Il faut dire que le casting adulte n’est pas pour autant meilleur. Achoura fait preuve de bonne volonté, notamment en jouant avec les légendes d’un pays un peu oublié dans le cinéma de genre, mais qui se fait plomber par un acting complètement aux fraises.

Lords of Chaos (Grande-Bretagne, Suède)

Réalisé par Jonas Akerlund. Avec  Rory Culkin, Emory Cohen, Sky Ferreira, Jack Kilmer…

Certainement le film le plus attendu festival, Lords of Chaos est un projet de longue date, qui devait dans un premier temps échouer à Sion Sono à la fin des années 2000. Il faudra attendre près de 10 ans pour voir le clippeur Jonas Akerlund enfin adapter le best-seller éponyme de Michael Moynihan et Didrik Søderlind retraçant la folle histoire du true black metal norvégien et des incidents qui en font partie intégrante. Un projet controversé, notamment par ses protagonistes originaux comme Varg Vikernes, criant sur tous les toits que le livre est un ramassis de mensonges. Akerlund va d’ailleurs jouer là-dessus en annonçant que son film est basé autant sur des vérités que sur des mensonges. Le film prend dès le début une tournure assez inattendue. Face à cette histoire très sombre, comportant son lot de meurtres et d’actes de vandalismes, Akerlund choisit une approche tournée vers la comédie, maniant une certaine ironie. Cela devient de plus en plus évident à force que l’on avance dans le film. Derrière ces meurtriers, ces personnes vouant un culte au diable, se cachent finalement des adolescents voulant se faire une place dans une société qui leur est étrangère. Lords of Chaos prend alors des tournures de teen movies, traitant d’une rébellion, qui va malheureusement monter à la tête de ses acteurs, quitte à les pousser vers un chemin des plus ténébreux. Il y a effectivement cette notion de mal-être post-adolescent qui se ressent au travers d’Oystein Aarseth ou même Kristian Vikernes, une volonté de prendre part à quelque chose, de vouloir  laisser une empreinte dans le monde.  Ils vont trouver refuge dans le black metal et fonder le Black Circle afin d’exprimer leurs émotions qui se manifestent de manière exacerbée. Même si l’on rigole beaucoup, Akerlund (ancien batteur de Bathory) maniant assez bien le monde du metal, et s’amusant à tourner en ridicule le côté trop « dark » de ses personnages, on nous rappelle aussi que cette histoire contient des faits divers particulièrement sordides. À de nombreuses reprises, Akerlund va alors calmer l’euphorie de la salle par une horreur brutale et des plus réalistes. Une sauvagerie incarnée par un coup de couteau ou un incendie d’église. Lords of Chaos est une véritable œuvre hybride, il réutilise cette histoire mythique dans le milieu du metal, non pas pour l’iconiser mais pour y apporter une réflexion sur ses acteurs. Certains « trve » fans pousseront un scandale en voyant leurs icônes se faire ridiculiser (Varg prenant particulièrement cher dans cette séquence surréaliste d’interview), mais Akerlund leur offre une certaine densité et ambiguïté.  Il faut dire qu’il est bien aidé par les performances très convaincantes de Rory Culkin dans le rôle d’Euronymous et d’Emory Cohen, absolument terrifiant, dans le rôle de Vikernes.

The Man who feels no pain (Inde)

Réalisé par Vasan Bala. Avec Abhimanyu Dasani, Radhika Madan, Gulshan Devaiah, Mahesh Manjrekar…

On termine ce petit séjour au PIFFF par une première : la présentation du premier film indien de l’histoire du festival. Rien de tel que de commencer le dimanche matin par du cinéma décomplexé et dynamique de Bollywood. Le titre est là aussi assez évocateur car il nous parle d’une véritable condition médicale qui amène son porteur à ne ressentir absolument aucune douleur. Vasan Bala nous conte l’histoire de Surya, garçon casse-cou et fan de cinéma d’action qui se fait le serment de débarrasser sa ville des voleurs à l’arraché après que l’un de ceux-ci a causé la mort de sa mère. Aidé par son amie d’enfance très badass, d’un maître karaté unijambiste et de son grand-père au grand cœur, le voilà prêt à se frotter à un gangster véritable cliché du psychopathe. Vasan Bala y a mis beaucoup du sien dans ce deuxième long-métrage. En revenant tout d’abord sur un traumatisme d’enfance, ayant vu sa mère se faire agresser et dérober ses bijoux, il exorcise cela au travers du personnage de Surya et de son côté justicier. L’autre facette de Bala qui émane de The Man who feels no pain, c’est un amour certain du cinéma et notamment celui d’arts martiaux, Bruce Lee en tête. Le long-métrage ne revisite alors pas uniquement le film de vigilante au travers de son héros voulant rendre justice lui-même, mais également au cinéma hong-kongais au cours de ces séquences d’action et de ses multiples bastons. En passant à la moulinette Bollywood ces codes du kung-fu pian, Vasan Bala donne lieu à une œuvre des plus énergiques. Il alterne à la perfection moments de comédie, moments touchants, et séquences de castagne qui tabassent, tout en incorporant la dose nécessaire de chansons. Avec sa durée plutôt courte pour un film indien (2h15), The Man who feels no pain s’avère être diablement accessible pour les occidentaux peu accoutumés du genre, malgré une outrance caractéristique au cinéma indien. Un cocktail explosif super divertissant.

Un dernier mot pour remercier toute l’organisation du PIFFF qui a fait un très beau boulot surtout avec des conditions délicates le samedi permettant que l’événement se déroule sans heurt. À préciser aussi que le grand gagnant de cette 8ème édition est le film américain Freaks, auteur d’une razzia absolue, repartant avec les 3 prix.

Pupille de Jeanne Herry ou le destin des mères au cinéma

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En s’intéressant au long chemin d’une mère adoptante, et au parcours de l’enfant qu’elle accueille, Jeanne Herry pose, avec Pupille, la question de la maternité au cinéma. Souvent synonymes de bonnes intentions comme avec le mielleux La fête des mèressorti cette année, les mères de cinéma sont aussi des ogres qu’il faut « tuer » comme chez Xavier Dolan. Petit tour d’horizon des mères de cinéma à travers le regard bienveillant de Pupille.

« On aime sa mère presque sans le savoir… »

Pupille, c’est le nom que l’on donne à un enfant dont la mère accouche sous X. Un enfant sans mère donc, comme le cinéma en a tant connu. Pourtant, c’est souvent à cette figure tutélaire que l’on rend hommage au cinéma.

La plus belle figure de mère était littéraire avant de se retrouver cette année incarnée à l’écran par Charlotte Gainsbourg dans l’adaptation de La Promesse de l’aube de Romain Gary. Cette mère-là pourrait résumer toutes celles croisées au cinéma : à la fois vampire, douceur exquise, castratrice et finalement salvatrice.

Qui mieux que Dolan a fait, en la tuant symboliquement, de la mère une figure magnifique, prolifique et souveraine ? De J’ai tué ma mère à Mommy, on peut croiser dans son cinéma, jusque dans le moins réussi Juste la fin du monde, un panel de mères délirantes, maladroitement affectueuses.

De ce difficile attachement à celle qui « porte la vie », Pupille a su faire un travail d’orfèvre. Quant on rencontre le petit pupille du film, ce sont d’abord ses deux grands yeux qui nous accrochent. Ils sont là, ouverts, offerts au monde dans lequel ils s’inscrivent de manière brutale, inattendue. Ces deux yeux-là vont ensuite avoir du mal à accrocher quoi que ce soit d’autre devant l’absence d’affection première de la mère. C’est parce qu’elle aura été inaudible que les premiers mois d’enfance de Théo seront un grand vide que même la douceur d’un assistant familial ne saura pas combler. Plus tard, il avouera non sans douleur que l’enfant peut enfin repartir avec sa mère adoptante car déjà ses yeux ne s’accrochent plus à lui, mais à cette femme qui le porte tout contre sa peau.

Mère, aime moi !

Ici, pas d’enfant qui s’accouche, se lave, se nourrit et se débrouille seul comme chez Kirikou. C’est de l’amour que demande l’enfant en premier lieu. Chacun est capable de lui apporter des soins mais seule une mère, semble-t-il, même de substitution, peut combler les attentes du nouveau-né.

On se souvient ainsi de la violence d’un fils qui recherchait de l’affection dans Je suis heureux que ma mère soit vivante, phrase d’ailleurs prononcée par le fils lors du procès qui le juge pour avoir poignardé sa génitrice. Ce matricide raté est un thème fort qui révèle l’amour inattendu entre un mère et son fils. Variation à peine plus douce dans Quelques heures de printemps où la mère et le fils s’étreignent quand il est déjà trop tard pour se découvrir tendres.

Dans Pupille, il ne s’agit pas de devenir mère, mais d’envisager de regarder l’autre non plus comme un étranger mais comme une part de soi. La très belle dernière scène du film le dit mieux que tous les mots. Ainsi, quand le personnage joué par la trop rare Elodie Bouchez attend l’enfant qui doit lui être remis, elle envisage la vie autrement, elle qui a toujours su la réinventer pour se construire comme mère.

On a rarement vu un personnage de mère aussi libre, affranchi et perdu à la fois. A part peut-être chez Almodovar, qui le mieux au monde a su parler des mères de cinéma. Dans son film le plus abouti sur la maternité, Tout sur ma mère, il sublime cette figure, tout en la montrant dans ses pires faiblesses, mais sans la limiter à un seul comportement. On est loin de la mère prétexte qui balaye de nombreux films. Ici, parler de la maternité a un sens très particulier, il s’agit bien d’un engagement, d’un choix de vie qui s’écrit devant nos yeux. Manuela est la mère par excellence, sans pour autant s’avérer simplement sacrificielle.

Lien indéfectible ?

Si chez Jeanne Herry, le désir de maternité rend la mère douce, belle et aimante, elle n’oublie pas aussi de parler de celle qui ne se veut pas mère. Celle qui comme chez Kore-Eda et son merveilleux Nobody Knows s’inscrit dans le film par son absence. Elle laisse planer l’idée que tout va s’effondrer sans elle, sans pour autant chercher à assumer son rôle.

C’est que la mère de cinéma est aussi un être à plusieurs têtes, dont il faut parfois se méfier. On pense notamment au bouleversant A perdre la raison qui laisse planer le doute sur la bienveillance supposée des mères de cinéma. Dans Pardonnez-moi, Maïwenn, elle aussi, laisse supposer que parler de sa mère n’est pas toujours le gage d’un moment d’émotion et de nostalgie.

Pourtant, il semblerait presque, dans les différentes variations qu’elle offre dans le cinéma, que la mère soit toujours en partie épargnée, pardonnée, bien qu’égratignée et parfois même piétinée. Ainsi, en voyant Alice regarder Théo/Mathieu dans les yeux, on pense à la mère estropiée dans son cœur de We need to talk about Kevin et de tous ces instants où mère et enfants se sont regardés, se sont aimés ou détestés, mais ont pris simplement conscience que le lien qui les unissait allait au-delà de tout. Qu’être mère est un acte si fou, et à la fois si banal, qu’il valait bien qu’on lui consacre autant de visages réunis dans Pupille qui sont autant de travailleurs au service de l’enfant.

Il s’agit alors de digérer son histoire, sa vie, celle de son enfant, de construire avec lui sa vie, au risque qu’il détruise tout ensuite pour mieux se reconstruire seul. Finalement, tous les enfants de cinéma tentent simplement, comme les familles de Pupille, de « déminer leurs champs de mines », ensemble ou séparément, mais marqués à jamais par leurs rencontres premières, les yeux dans les yeux.

Pupille : Bande annonce

Pupille : Fiche technique

Synopsis : Théo est remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. C’est un accouchement sous X. La mère à deux mois pour revenir sur sa décision…ou pas. Les services de l’aide sociale à l’enfance et le service adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s’occuper du bébé, le porter (au sens plein du terme) dans ce temps suspendu, cette phase d’incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s’appelle Alice et cela fait dix ans qu’elle se bat pour avoir un enfant. 

Réalisation : Jeanne Herry
Scénario : Jeanne Herry
Interprètes: Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Elodie Bouchez, Olivia Côte, Clotilde Mollet, Miou-Miou, Stéfi Selma
Photographie: Sofian El Fani
Montage: Francis Vesin
Producteur(s): Alain Attal, Hugo Sélignac, Vincent Mazel
Société(s) de production: CHI-FOU-MI Productions, Trésor Films,  StudioCanal, France 3 Cinéma, Artémis Productions
Distributeur: StudioCanal
Durée:  207 minutes
Genre: Drame
Date de sortie : 5 décembre 2018

France-2018

Assassination Nation de Sam Levinson, hack & revenge !

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Pour son deuxième film, Sam Levinson met les pieds où il veut et c’est surtout dans la gueule du puritanisme de façade de la société américaine. En résulte, Assassination Nation, un teen-movie/thriller pas forcément très fin dans son propos mais dynamitant la bien-pensance à bon gros coup de masse.

Depuis toujours le teen-movie s’est fait un malin plaisir à décortiquer les problèmes inhérents à l’âge ingrat au travers des carcans de la société. La plupart du temps, les cinéastes prêtaient une attention particulière à rendre l’identification des plus réalistes tout en conférant une certaine universalité dans le propos que l’on peut toujours retrouver près de 30 ans après, comme c’est le cas avec John Hughes. Mais parfois, certains préfèrent y aller de façon plus extrême, oubliant peut-être la finesse, grossissant le trait pour faire passer leur message, et même si ce dernier garde cette universalité, il est délivré dans une espèce de défouloir jouissif qui le rend tout aussi marquant. L’un des exemples les plus frappants de ce schéma est le cultissime Heathers de Michael Lehmann où le couple Winona Ryder/Christian Slater partait dans une croisade dévastatrice contre les trois plus grosses bitchs de l’école. Cette année, alors que cet objet culte a subit un reboot sous forme d’une série ayant beaucoup fait parler d’elle et pas de la plus glorieuse des façons, attisant une certaine controverse vis à vis de ses personnages et la représentation de certaines minorités, Sam Levinson débarque avec le vrai héritier 2.0 de ce genre, Assassination Nation.

Alors qu’aujourd’hui, toutes nos vies sont régies par les nouvelles technologies, l’Internet et particulièrement les réseaux sociaux, où la course aux likes est devenu un sport quotidien, le hack et la fuite des données peuvent apparaître comme un cauchemar terrifiant. C’est malheureusement ce qui va arriver à la paisible ville de Salem aux États-Unis où la fuite de toutes les infos personnelles du maire dans un premier temps, puis du principal, et enfin de la moitié de la ville va entraîner la mise en place d’un climat apocalyptique. Le film suit 4 jeunes amies, Lily, Bex, Em et Sarah,  répondant au profil typique de l’instragrammeuse, qui se voient devenir la cible de la ville tout entière, après que des photos compromettantes de Lily l’ont affichée comme la « salope » de la ville. C’est là que le choix de la ville de Salem n’est pas anodin, car c’est une véritable chasse aux sorcières de l’ère numérique qui va avoir lieu. En 2018, ce ne sont plus des maléfices qu’envoient les sorcières mais des « nudes ». Du jour au lendemain, Lily et ses amies vont devenir des parias, victimes de slut-shaming pour avoir au final simplement profité de la vie comme beaucoup d’autres jeunes de leur âge.

C’est cette hypocrisie générale qui va d’ailleurs être le centre névralgique de l’œuvre de Levinson. Tout le monde connait la sainte nation puritaine des États-Unis, une société qui n’aura rien qu’en ce qui concerne le cinéma fait preuve d’une censure des plus importantes, mais dont la véritable morale est à des années lumières de cette image. L’un des exemples les plus marquants du film concerne le maire ultra conservateur de la ville qui mène une double vie en totale contradiction avec son programme. Levinson va alors pendant 1h50 s’amuser à déchirer ce masque de la pudibonderie américaine, maltraitant les couleurs de la bannière étoilée à la moindre occasion. Et pour cela, le fils de Barry Levinson, ne va pas y aller de main-morte et l’annonce dès les premières secondes du film avec un montage avertissant contre tout les trigger warning du film allant de la transphobie aux viols, en passant par la fragilité des égos masculins. En passant par absolument tous ces éléments, Sam Levinson fait passer son message avec la subtilité d’un rouleau compresseur. Cela augmente le côté galvanisant de l’entreprise, dégommant cette grosse façade à l’aide d’un boulet de démolition. Les 4 « sorcières » vont alors se métamorphoser en véritables anges de la vengeance, Levinson invoquant même la figure japonaise du sukeban, terme désignant les gangs d’adolescentes délinquantes. Le girl power prend l’ascendant sur le diktat masculin. Vêtues de leur ciré rouge et armées jusqu’aux dents, les 4 amies décident une bonne fois pour toutes de mettre fin au patriarcat régissant la société. À ce niveau, la jeune Odessa Young est une belle révélation, imposant son charisme, et sachant jouer de ses atouts, elle incarne à perfection la it-girl superficielle en façade mais cachant une véritable rage contre le monde qui l’entoure.

Ce concept de façade ne se retrouve pas uniquement dans le fond d’Assassination Nation, mais également dans la forme. Levinson sait que pour faire son message important au près des générations concernées, il est obligé de les attirer avec ce qu’ils adorent. C’est un peu pour ça certainement que le metteur en scène décide d’y aller franco dans sa démarche. La réalisation se fait alors très tape à l’œil, avec un côté clipesque assumé. Levinson multiplie les effets de styles, que ce soit dans les splits-screens, les mouvements de caméra acrobatiques, les ralentis ou les incrustations sur l’écran. La mise en scène pétarade de tous les côtés, et témoigne d’une énergie, d’une fougue propres à la génération dont elle fait le portrait. Les excès y sont nombreux et souvent très graphiques. Mais à côté de ça, un certain plaisir de cinéphile s’exerce aussi. Le cinéaste n’hésitant pas à convoquer au travers d’une citation certains grands noms et mouvements cinématographiques comme le rape & revenge, ou même rendre hommage le temps d’un plan séquence fascinant à Dario Argento et son mythique Ténèbres. Derrière cette façade pop, Assassination Nation est loin d’être un film clinquant juste bon à titiller les adolescents avec son abondance de néons ou sa bande-son reprenant la fine fleure de la scène électro/pop/rnb comme Abra, Tommy Genesis ou Charli XCX. À la manière d’un Spring Breakers que beaucoup considéraient comme superficiel, le film de Levinson infuse tous les marqueurs de cette génération ultra-connectée et se les approprie pour en faire le véhicule parfait pour transmettre sa pensée sur l’environnement qui l’entoure. Assassination Nation confronte ces deux visages de l’Amérique. Deux visages qui fusionnent dans son générique de fin avec cette reprise du tube de Miley Cyrus prônant une émancipation certaine par une fanfare symbole clé, avec le football, du lycée américain.

Assassination Nation : Bande Annonce

Assassination Nation : Fiche Technique

Réalisateur : Sam Levinson
Scénariste : Sam Levinson
Acteurs : Odessa Young, Suki Waterhouse, Abra, Hari Nef, Bella Thorne, Bill Skarsgard, Joel McHale
Photographie : Marcell Rév
Distributeurs (France) : Universal Pictures
Genre : Thriller/Teen Movie
Durée : 1h48
Date de sortie : 5 décembre 2018

États-Unis – 2018

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3.5

Les Fous De Pilotes #1 : Narcos Mexico, 1983, Dogs, Beat, …

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Zoom sur les pilotes de Novembre 2018, avec une sélection de séries à ne pas manquer ou à zapper. Au programme, le retour de Narcos, mais aussi des nouveautés avec la création originale polonaise 1983, Beat, la série allemande d’Amazon Prime, Escape at Dannemora, la première série de Ben Stiller, ou encore Origin avec Tom Felton et Natalia Tena.

Chaque mois, la rédaction vous proposera désormais une sélection de pilotes. En effet, les séries, qui prennent de plus en plus d’importance au fil des ans, se démultiplient et nous offrent parfois de magnifiques surprises, mais nous réservent également de grandes déceptions. Alors, comment bien choisir les shows sur lesquels jeter son dévolu dans ce climat où les choix sont si nombreux et les supports de diffusion si variés qu’on ne sait souvent plus ou donner de la tête ? Pas de souci, les sérivores du MagduCiné se sont fixé pour mission de guider les lecteurs dans cette lourde tâche. Commençons avec les pilotes de novembre : quelles séries regarder sous son plaid à l’approche des fêtes ? Un air hivernal souffle sur le petit écran avec Escape at Dannemora, tandis que Beat plonge le spectateur dans un Berlin froid et débauché. Et la chaleur, dans tout ça ? Peut-être se trouve-t-elle dans Dogs, la nouvelle docu-série Netflix sur nos amis à quatre pattes !

« Dogs », la docu-série mignonne sur les chiens

Lancée le 16 novembre dernier sur Netflix, cette série documentaire en six épisodes retrace six histoires différentes, se déroulant dans divers pays du globe. L’idée est de montrer le lien qui unit les humains à nos amis à quatre pattes, souvent réputés pour être « le plus fidèle ami de l’homme ».

Ces épisodes, bouclés, peuvent se regarder dans le désordre, au gré de nos envies. Ici donc, pas d’épisode pilote dans le sens strict du terme, mais seulement six tranches de vie, portées à l’écran dans un style qui oscille parfois entre documentaire et réalité scénarisée.

Le premier épisode nous parle de Corinne, jeune fille épileptique, dont la vie est en péril. Au début de l’épisode, sa mère explique d’ailleurs qu’elle dort avec sa fille, de peur qu’elle ne s’étouffe en pleine nuit, tandis que sa jeune sœur (tristement délaissée) raconte qu’il est indispensable de rester avec Corinne en toute circonstance, au cas où une crise se déclarerait. L’épisode nous campe donc une situation difficile, entre une fillette à l’autonomie restreinte parfois soumise à d’importants pics de colère ; et des proches inquiets, totalement accaparés par la situation. Un chien serait-il la solution pour alléger le quotidien de tous, et leur apprendre à mieux naviguer dans cette vie parasitée par l’épilepsie et l’angoisse ?

Malheureusement – et c’est là que le bât blesse –, l’épisode ne répondra jamais à cette question, préférant s’éparpiller, tantôt à suivre Corinne et sa famille, tantôt en digressant sur l’association canine qui fournit ces fameux « Service Dogs » aux patients, ou encore en amorçant des arcs sur des personnages tiers, comme une petite fille avec des difficultés motrices, ou encore un garçonnet autiste. Au final, Corinne et son chien ne seront réunis qu’après 30 minutes de reportage, filmés dans des scènes du quotidien sans réel intérêt, et leur lien ne sera jamais réellement développé.

Reste à voir si les cinq autres histoires mettront davantage les chiens au cœur de leur récit, et exploiteront pleinement la notion d’amitié et de complicité qui les unit à leur maître.

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« Escape at Dannemora », une série envoûtante signée Ben Stiller

Lancée le 18 novembre dernier sur Showtime, cette minisérie présente des arguments de poids, avec son réalisateur de renom (Ben Stiller), son casting quatre étoiles (Benicio del Toro, Paul Dano, Patricia Arquette ou encore David Morse) et son histoire rocambolesque tirée d’une histoire vraie, qui raconte l’évasion de deux détenus condamnés pour meurtre parvenant à s’échapper grâce à l’aide d’une gardienne de prison avec qui ils entretenaient des relations sexuelles.

De bonne facture, le pilote brille d’emblée par sa réalisation solide : entre Fargo et True Detective, la série nous entraîne, avec une photo assez sombre, dans une région sinistre et enneigée, et nous plonge dans le quotidien morose d’un établissement pénitentiaire terne et déprimant. L’ambiance est posée, le travail sur le climat et sur l’atmosphère se ressent d’emblée, la fiction, très immersive, nous propulse dans un réel univers.

La narration, qui prend le parti de mélanger plusieurs temporalités, contribue à instaurer un certain mystère, ce qui est d’autant plus remarquable que l’intrigue est tirée d’une histoire vraie, connue de tous, du moins aux États-Unis où ce fait divers avait défrayé la chronique. Difficile donc d’entretenir le suspense et de trouver à un dispositif narratif qui entretienne la dramatisation.

Les acteurs sont convaincants, Benicio Del Toro en tête. Le comédien brille une fois de plus par sa force tranquille et son calme déstabilisant,  en livrant une composition qui oscille entre sérénité absolue et menace latente permanente, dualité qui se saisit dans ses moindres gestes et regards. Ce paradoxe, qui se retrouve également dans son allure, à la fois ronde et nonchalante, presque féminine, et pourtant redoutablement imposante, fait de lui le pilier de ce récit, et contribue à entretenir ce sentiment d’insécurité, d’excitation et de secret qui flotte au-dessus de cette prison, dont bien des rouages restent à découvrir.

Malgré une certaine lenteur, le pilote parvient donc à nous accrocher grâce à la qualité de sa mise en scène, son esthétique, l’intrigue romanesque qu’il amorce, mais également la force de ses héros.

https://www.youtube.com/watch?v=RVbOjP1Ziec

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« Narcos Mexico », la sérié emblématique de Netflix, nous embarque au Mexique pour sa quatrième saison

Après le succès planétaire de Narcos, Netflix lance la petite sœur de la série avec Narcos Mexico. Fini, la Colombie et Escobar, place cette fois au crime organisé et à la guerre des cartels mexicains.

L’intrigue, qui se déroule dans les années 80, se focalise sur l’ascension de Felix Gallardo, baron de la drogue, dans un contexte où les trafiquants locaux manquaient encore d’organisation. L’intérêt du pilote réside donc dans les jalons qu’il pose à l’intrigue, les enjeux politiques et économiques qu’il décrit, la période qu’il dépeint, ainsi que dans la manière dont il expose ses personnages, entre un narcotrafiquant aux dents longues dont l’ambition le conduira à construire un véritable empire, et un agent de la DEA un peu naïf, fraîchement arrivé dans la ville de Guadalajara, prêt à endosser ses nouvelles missions, sans se douter du challenge qui l’attend. Rien de neuf, mais la recette fonctionne toujours.

Le premier épisode reste somme toute très didactique, puisqu’il est difficile d’exposer au spectateur les origines de la « War on Drugs » en si peu de temps. De fait, l’introduction prend parfois des allures de cours d’histoire en accéléré, et les personnages, très nombreux, nous sont présentés rapidement. L’installation est donc à la fois laborieuse et survolée, ce qui semble malgré tout normal pour une série de cette envergure, qui se doit de raconter une histoire vraie sans pour autant oublier de nous divertir d’emblée, pour nous accrocher.

Le pari semble à moitié réussi, puisque le foisonnement d’informations est parfois usant et le personnage du policier met du temps à gagner notre sympathie, voire à attirer notre attention. En revanche, Felix Gallardo, interprété par Diego Luna, s’impose rapidement comme la force et le moteur de cette série, notamment grâce à son assurance à toute épreuve, son culot et sa ruse, qui en font un véritable héros de série, dont le public a envie de suivre les aventures. La personnalité de ce narcotrafiquant, aussi charmant que dangereux, à la fois ambitieux et imprévisible, intrigue et séduit, ce qui est un élément assez accrocheur. L’ascension de cet homme promet d’être mouvementée, et sa rencontre avec le policier Kiki Camarena n’en est que plus attendue.

https://www.youtube.com/watch?v=VBLcYJ7C4F0

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Les avis sur les séries Narcos, Dogs et Escape at Dannemora sont de Marushka

« 1983 », une première production polonaise Netflix, basée sur un monde dystopique, à l’esthétique cyberpunk

Pravda et plomo. On peut remercier Netflix de nous faire découvrir des séries qui ont pour mérite de nous changer de l’anglais. Alors que Narcos et ses consonances sud américaines nous ont fait découvrir les coulisses des guerres de cartel, 1983 nous fait mettre une parka à double-ventilation, direction la Pologne soviétique et son hospitalité chaleureuse.

Regarder ce pilote est un vrai régal et j’ai l’impression de suivre mes cours d’histoires avec Lech Walesa en voix-off. Les acteurs ont des vraies gueules de polonais et ne rien comprendre à leur langue nous fait étonnamment rentrer dans un univers qui est si peu connu. L’environnement est froid, sombre et oppressant dans cette Pologne communiste qui ne semble n’avoir jamais vu le soleil. Les deux temporalités énoncées, soit 1983 et 2003, nous présagent d’ores et déjà de bons twists sympas comme avait pu nous offrir sa voisine Dark. La version un peu manichéenne, entre figures dictatoriale et révolutionnaire, n’est pas trop prononcée.

Tous les personnages semblent être aussi obnubilés que terrifiés par les hautes instances, les dialogues s’interrogent sur le fondement même de la politique dictatoriale, des notions de vérité, de justice et de domination presque divine. Et on est, nous aussi, curieux de cette entité que semble être l’État, mais sur qui on n’a pas le droit de mettre de nom. L’équivalent d’un Voldemort polonais avec une tenue soviétique. Et c’est donc une réussite pour le pilote de 1983 qui met en place une ambiance pesante comme dans Counterpart, dans un univers qui pue la trahison, l’espionnage et le jeu de pouvoir. J’aurais presque envie d’apprendre le polonais avec Babbel !

4

« Beat », la série berlinoise à la découverte de l’underground, au programme : drogue, sexe, trafic et techno

Robert Schlag est un promoteur de soirées berlinoises, sans attache, sans argent, sans lendemain, vivant comme un marginal en tapant du pied 12 heures par jour et en récupérant les 12 autres. Beat donne le tempo dès le début du pilote et annonce la couleur de la soirée : il y a du son (et du bon) et beaucoup de peuple.

Une série sur le monde de la nuit berlinoise ne pouvait commencer sans des gros kicks et de la débauche. L’univers est sombre, dark, sorti des sentiers battus, un Berlin froid, et un jeune autodidacte et libéré, balayé en plein peak time par la réalité. Car l’after qu’est sa vie s’arrête la nuit où deux cadavres sont accrochés au plafond du club underground berlinois dont il est le fournisseur officiel de plaisir : drogue, sexe, gros Twix des familles. Le génie d’Aladdin qui écoute du Ben Klock dans sa lampe. Les lumières se rallument, les yeux picotent, la soirée est finie, le pilote prend une direction policière. Et avec, son lot d’intrigues, de personnages et d’enjeux : le personnel du club, les policiers, le SAI, … les protagonistes arrivent au compte-goutte comme la foule d’un club qui s’empresse pour voir se produire la tête d’affiche. Et la série étant allemande, ça fait beaucoup de consonnes à retenir alors soyez attentifs.

Mais, comme dans toute soirée, il y a toujours un connard relou qui a trop bu et qui fait chier tout le monde. Dans le rôle de ce relou de soirée, on retrouve Jasper qui a deux points communs avec Hitler (oui, désolé pour le point Godwin). Le premier est sa coiffure, la petite mèche sur le côté avec sa tête de crapaud fait de lui un gros babtou de la RDA. Le second, c’est qu’il chouine. Hitler a chouiné parce qu’il s’est fait recalé des beaux-arts de Vienne, lui chouine parce qu’il dit s’être fait victimiser pendant son enfance et souhaite sa revanche. Une motivation bien terne et un personnage qui semble aussi fragile qu’un Kinder Surprise réchauffé pour en faire une vraie menace à mon goût. Mais qui a dit que la soirée s’arrêtait après un after ? Alors embarquons pour une autre soirée.

https://www.youtube.com/watch?v=aSc5wzMr4KM

3.5

« Origin », la nouvelle série Youtube, écrite par Mika Watkins et réalisée par Paul W.S. Anderson

Origin, c’est un peu un mélange d’œuvres de Science-Fiction. Un huis-clos spatial à la sauce Alien, un univers sur la Terre qui rappelle celui de Blade Runner ou plus récemment Altered Carbon pour ne citer qu’eux. Le problème, c’est qu’ils ont récupéré les idées et ont oublié une chose : la qualité. Le synopsis est pourtant simple : plusieurs personnes se réveillent dans un endroit inconnu. Sauf que l’endroit est un vaisseau spatial, l’Origin, et qu’une menace leur pèse dessus parce que … plus personne n’est là. Bon, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais avec un peu de cuisson, ça peut se déguster. Sauf que l’assaisonnement n’est pas vraiment fameux.

Les personnages sont aussi fades qu’un hachis parmentier lyophilisé de la NASA, ils ne procurent aucune empathie et le personnage principal, qui semble être un délinquant tokyoïte du futur, a autant de charisme qu’un gyoza desséché. Même si les aficionados de Harry Potter auront le plaisir de retrouver Natalia Tena (#TeamAuror) et Tom Felton (#TeamSerpentard), ça n’est que trop peu pour relever le niveau des autres acteurs qui sont aussi énervants que la famille Dursley. L’environnement est quant à lui aussi bien réalisé qu’un jeu Stargate SG-1 sur Playstation 2 et ça me rappelle une autre mini-série sur l’espace, avec des décors en polystyrène et papier crépon faits par les élèves de l’école Maternelle des Bruyères de Gueugnon : Ascencion. Bien trop peu d’inventivité, c’est terne et peu recherché, on dirait des calques de Star Wars avec un peu plus de modernité et de gris. Allez, on ferme le sas de sécurité, on met les gaz et on laisse l’Origin dériver jusqu’à Saturne.

https://www.youtube.com/watch?v=HjRjcgByAhk

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Les avis sur les séries 1983, Beat et Origin sont de Polis Massa

La place de l’humain dans les films de super-héros

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À chaque décennie de cinéma son genre de prédilection. Les années 80 eurent la science-fiction, les années 60/70 le western spaghetti, les années 50 le film noir. Et que cela plaise ou non, force est de constater que les années 2010 sont régies par une même obsession : les super-héros.

Mais à être submergés par les nouvelles productions qui pleuvent sur les salles obscures chaque année, on en oublie de se questionner le pourquoi d’une réussite, d’une fascination, d’une attirance qui dépasse le simple cadre du divertissement. Car à l’heure de la société de consommation et de conformation, de l’aseptisation et du formatage, de l’anti-religion et de l’hégémonie scientifique, ce qui manque, c’est un retour à l’humain et à la possibilité d’une transcendance.

Préambule : les super-héros, un genre nouveau ?

Les premiers super-héros tels que nous les connaissons font leur apparition durant la première partie du XXe siècle – dont l’année 1938 marquera, avec l’avènement de Superman, un tournant décisif vers une popularisation qui ne cessera de s’intensifier. Pourtant, des récits de « super-héros », il y en a toujours eus : l’odyssée d’Ulysse, la légende arthurienne, les aventures de Robin des bois, etc. Car nos super-héros ne sont rien d’autre que de nouveaux héros légendaires, de nouvelles divinités qui, certes, n’ont pas la prétention d’imprégner aussi profondément notre vie quotidienne que Thor, Achille ou Hercule, mais se hissent en figures culturelles tout aussi prépondérantes. Bien qu’en mesurant la portée d’une telle comparaison, on pourrait tout à fait qualifier les comics d’aujourd’hui de mythologies modernes.

Le renouveau mythologique que le vingtième siècle met donc en place n’est pas étranger à son propre contexte historique. C’est dans l’entre-deux-guerres, au sortir de la Seconde Guerre mondiale et à l’arrivée de la guerre froide que les super-héros se sont multipliés à grande vitesse. Sans doute était-ce une réponse au besoin de retrouver une forme de divinité, que l’horreur de la guerre avait rendue caduque, voire impossible. Sans doute fallait-il redonner à l’homme un espoir de dépassement, de grandeur, de transcendance du Bien. Sans doute fallait-il construire de nouvelles idoles que les nouvelles générations seraient en mesure de s’approprier, puisque c’est à elles qu’on assigna la tâche de bâtir un monde nouveau.

Les raisons de cette genèse sont innombrables, et tel n’est pas le sujet. Mais ce bref détour historique permet déjà de se rendre compte à quel point les super-héros, comme toute mythologie digne de ce nom, sont le reflet d’un monde à la fois réel et idéalisé. Les parallèles sociaux et politiques sont légion, et faire un constat d’un côté revient à constater la même chose de l’autre.

Et nous voici rendus à la question qui nous préoccupe aujourd’hui : comment penser la place de l’humain dans les films de super-héros ? En effet, difficile de ne pas constater que l’homme n’a pas ou peu de place dans les histoires super-héroïques, souvent relégué au rang de personnage-fonction, et pourtant toujours là d’une manière ou d’une autre… Comment l’expliquer ? Que dit alors un tel constat sur notre société, de l’autre côté de l’écran ? Est-ce un défaut à corriger, ou une caractéristique inhérente au genre lui-même ?

Afin de limiter les pistes, et pour ne pas multiplier les profils, l’examen s’intéressera majoritairement aux personnages de Batman, Superman et Spider-Man. D’autres exemples pourront bien entendu venir illustrer le propos si besoin.

I – Une dualité intérieure

Qu’est-ce qui pousse un simple individu lambda à s’improviser super-héros ? Bien souvent, les super-héros sont avant tout des hommes qui, à un moment de leur vie, ont décidé de créer un personnage mythologique afin de servir une cause qui les dépasse – le Bien en soi – et que leur simple nature humaine ne suffit pas à défendre. Que ce soit Peter Parker qui, après le meurtre de son oncle, décide de combattre le crime pour empêcher d’autres innocents de partager un jour sa souffrance ; ou Bruce Wayne qui débarrasse les rues de Gotham de ses malfrats, sans doute par vengeance indirecte envers les assassins de ses parents ; ou encore Tony Stark qui profite de ses richesses pour combattre le terrorisme dont il fit lui-même les frais : tous ces hommes, et il y en a bien d’autres, ont senti le besoin d’agir à une échelle qui excédait leur vie singulière.

Mais pour cela, il faut que l’homme s’efface derrière le personnage, que le visage se cache derrière le masque : il faut devenir un anonyme, comme pour signifier que ce héros pourrait être n’importe qui, et de même que n’importe qui, s’il le souhaite, peut à son tour le devenir. Il faut que la contingence de l’homme, imparfait, singulier, historique, laisse place à la nécessité du héros, sa perfection, son universalité, son atemporalité, sa vérité.

« C’est lorsqu’il parle en son nom que l’Homme est le moins lui-même, donnez-lui un masque et il vous dira la vérité. » – Oscar Wilde

L’exemple de Spider-Man est d’autant plus frappant, sur ce point, que Peter Parker ne fut pas le seul à endosser le costume, dans les comics mais aussi au cinéma dès le 12 décembre 2018 avec l’introduction de Miles Morales dans Spider-Man : New Generation. Le costume perdure, mais celui qui le porte est finalement interchangeable.

Lorsque le super-héros est de nature non-humaine, comme cela arrive parfois (Thor, Super-Man, Wonder Woman, etc), le chemin est en réalité inversé. Ces personnages-là existent en tant que contre-poids : ils surpassent infiniment le monde des hommes mais sont amenés d’une manière ou d’une autre à le protéger, à s’y intéresser et, en un sens, à le faire leur. Une façon de flatter l’homme, sûrement, en abaissant ces « dieux » à des enjeux et problématiques très humaines.

Nous avons donc, d’un côté, des êtres humains qui cherchent à se diviniser (ou le sont malgré eux), et, de l’autre, des quasi-divinités qui recherchent une forme d’humanisation rédemptrice. Si l’un et l’autre sont donc objet à la fois de quête et de fuite, c’est qu’humain et divin (ou super-héroïque) ne peuvent être dissociés. Ils doivent cohabiter. Humain et super-héros sont les deux versants d’une même pièce, deux pôles qui cristallisent chacun de leur côté forces et faiblesses.

Dès le départ, l’enjeu pour le protagoniste sera de trouver un équilibre entre ces deux facettes en tension constante ; cela passera souvent par un dédoublement de la personnalité, faute de conjonction : une vie humaine de journaliste, dans l’anonymat de la foule, et une vie super-héroïque de justicier, derrière l’anonymat du masque. Que ce soit chez l’homme fait super-héros ou chez le super-héros né qui veut être homme, il y a une volonté de se cacher, de dissimuler sa nature surnaturelle de peur d’être rejeté. On a là un questionnement évident quant au conformisme, à la société où l’extra-ordinaire est mal vu, où comme Les Indestructibles l’on essaie de paraître « normal ».

II – Un antagoniste, ou l’homme qui voulait jouer au dieu

Aussi la différence entre le super-héros et le vilain réside-t-elle justement dans le maintien ou non de cet équilibre fragile entre normalité et exception : le vilain sera celui qui délaisse entièrement son humanité pour se noyer dans l’ivresse de ses « pouvoirs » (surnaturels ou pas).

Dans Spider-Man 2, le docteur Otto Octavius est un personnage sain d’esprit et bienveillant, et qui voit même dans les neuro-sciences une manière de venir en aide à l’humanité. Mais plus il s’aliène dans ses technologies et ses ambitions personnelles, plus il délaisse cette part d’humanité au profit de son Octopus. En fait, c’est lorsqu’un personnage perd son humanité qu’il décide de s’en prendre à elle, comme par jalousie et frustration de ne pas avoir su en jouir.

Le Joker est sans doute le parangon du vilain ; et c’est bien parce qu’il n’a plus rien d’humain, pas même le visage, dérobé sous un maquillage indélébile. Il représente le chaos, le nihilisme, l’homme qui se prend pour dieu et s’amuse à maltraiter ses créatures. Au-delà de toute morale, il semble indifférent quant aux conséquences de ses actes, et, surtout – et là est le plus irrationnel et terrifiant –, il n’a pas de but précis (quand la plupart des antagonistes cherchent le profit financier, la vengeance, le pouvoir politique, etc).

Le basculement, pour ces personnages, est évidemment une réponse à un mal-être social. Dans Les Indestructibles, Buddy alias « Syndrome » devient méchant à cause de l’humiliation et de la jalousie causées par M. Indestructible étant enfant. Cet exemple parmi tant d’autres montre à quel point c’est aussi afin de masquer leurs faiblesses, leurs fêlures humaines que ces vilains s’enferment dans leur personnage. Comme une réponse à la non-acceptation de leur différence autrefois, par l’affirmation exacerbée d’une singularité et d’un égoïsme volontairement caricaturaux. Puisque personne n’a voulu d’eux sans masque social, mais pour ce qu’ils étaient réellement, ils feront de ce moi intérieur rejeté un nouveau masque qu’ils visseront directement à leur tête pour ne plus en être séparé.

Chez les vilains comme chez les super-héros, l’humain est encore une fois un point de départ, et, sinon une finalité, au moins une obsession plus ou moins refoulée. Dans leur cas, le masque n’est plus une protection de leur humanité, mais sa disparition la plus totale.

III – Une famille, un amour, ou le super-héros ramené à son humanité

Si le super-héros peut avoir des origines extra-terrestres, son entourage, au moment où il devient véritablement un justicier, est presque toujours fait d’êtres humains. Dans Man of Steel, la famille est ce que Superman a de plus cher : c’est elle qui l’a recueilli et accepté, qui connaît son identité véritable et le considère comme son égal. Même un dieu comme Superman a besoin d’être ramené à des passions humaines, à des émotions, à une fragilité. Pourquoi ? Pourquoi son père adoptif joue-t-il un rôle si important ?

C’est qu’il faut, pour le spectateur, un point d’ancrage qui permette de s’identifier au héros sans que cette identification paraisse impossible. En effet, c’est une manière de flatter l’ego de l’homme : d’un côté, ce dieu n’est pas parfait et présente les mêmes faiblesses que lui, de l’autre, c’est un signe de grandeur que d’être source d’intérêt et même d’amour de la part d’un être aussi exceptionnel. Il y a donc abaissement du divin et élévation de l’humain, parce qu’il faut que l’homme (et le spectateur) se sente toujours l’enjeu principal de l’histoire tout en délégant la tâche à une entité supérieure qui n’en est pas moins une extension de lui-même. Car en rattachant ces super-héros à des cercles familiaux, à des amours humaines, on crée une filiation qui désacralise leur personnage. Ainsi Mary Jane incarne-t-elle la jeune fille a priori lambda que le destin lie à Spider-Man, façon de montrer que rien n’est impossible et que le monde des super-héros n’est pas si étranger au nôtre, que l’extra-ordinaire est à la portée des gens les plus normaux. Créer des passerelles entre humains et super-héros, là est la clé.

Preuve de ce besoin d’attache humaine, le cas Batman. Batman v Superman débute sur la cultissime scène du meurtre de Thomas et Martha Wayne, sorte de péché originel dont Bruce serait le fils déchu. Là est la source de tous ses tourments, le manque de famille, qui assure de l’autre côté la stabilité d’un Superman plus humain que nature. Le paradoxe est là : Clark Kent n’est pas un homme, et pourtant il est le plus « humain » dans son comportement, sa morale, son rapport à autrui ; Bruce Wayne est un homme, et pourtant il est le moins « humain » en tant que sociopathe, justicier violent à la morale douteuse, égocentrique et hanté. Le film en question joue d’ailleurs tout du long sur ce paradoxe entre l’homme déshumanisé (Batman) et le dieu humanisé (Superman), dimension fondamentale traitée avec brio, et qui trouvera conciliation dans la figure maternelle des deux Martha.

IV – Une foule, ou la disparition de l’individu

De la même manière, Batman cherchant à tuer Superman est le symbole d’une société spirituellement décadente, qui veut tuer les idoles, tuer les dieux, pour ne plus croire qu’en l’homme lui-même. Là encore, drôles d’échos avec notre société contemporaine. Les bains de foules auxquels s’adonne Superman, l’érection d’une statue à sa gloire (plus tard détruite matériellement comme symboliquement), ses apparitions providentielles depuis les cieux ou encore la tragédie de sa « mort » sont autant de façons d’illustrer l’avènement d’une culture de masse qui peut passer de l’adoration à la haine en peu de temps.

Car dans les films de super-héros, hormis quand il s’agit de proches du protagoniste, les hommes en tant qu’individus singuliers ont quasiment disparu. Ce sont des masses informes, des foules numérisées qui servent de victimes collatérales aux jeux du cirque divin qui se déroulent au-dessus de leur tête. Comment peut-on avoir de l’empathie pour ces milliards d’êtres humains volatilisés en un claquement de doigts, à la fin d’Avengers Infinity War ? Ces gens, on s’en moque parce qu’on ne les connaît pas, et on ne les connaît pas parce qu’on ne les voit pas. Ils sont un éternel arrière-plan servant de décor à des combats titanesques (les super-héros sauvent le monde, d’accord, – mais pourquoi ?). On a du mal à prendre la mesure des pertes humaines, qui sont souvent innombrables dans ces films, en ce que les super-héros sont davantage tournés vers leurs intérêts personnels (sauver un être aimé, capturer un ennemi) que vers l’intérêt général de l’humanité à proprement parler – qu’ils sauvent d’une pierre deux coups, mais par procuration.

Conclusion :

La disparition de l’homme en tant qu’individu au profit de la culture de masse est un constat que beaucoup de sociologues et philosophes ont fait depuis plusieurs décennies déjà. Mais avec le recul de l’influence religieuse, il faut trouver de nouvelles figures auxquelles s’identifier : les super-héros. À la fois universels en tant qu’ils hyperbolisent des traits fondamentalement humains, et singuliers de par leur caractère et leurs histoires propres, ils incarnent pour l’humain la possibilité – moderne – d’un salut. Motifs d’espoir et d’admiration, leur succès s’explique aussi par leur proximité avec notre monde, proximité permise par leurs nombreuses faiblesses et liens humains qui les étreignent. Leur succès semble donc moins cinématographique (quoiqu’ils assurent parfois un divertissement réussi) qu’inconsciemment social et politique.

Si The Dark Knight de Christopher Nolan ou Watchmen de Zack Snyder ont prouvé que le genre super-héroïque pouvait accoucher d’œuvres cinématographiquement maîtrisées, leurs successeurs ont depuis une dizaine d’années eu plus de mal à se montrer à la hauteur – sauf peut-être Batman v Superman, justement, qui à défaut d’être irréprochable en terme d’écriture et de réalisation s’avère des plus passionnants dans ses thématiques et symboliques, lorsqu’on prend le temps de l’analyser, car il cristallise à lui seul la plupart des réflexions fondamentales esquissées ici quant à la place de l’humain.

Si avec la prolifération des super-héros sur grand écran depuis quelques années, et l’indigestion qu’elle entraîne chez plus d’un spectateur, ce genre semble s’essouffler cinématographiquement, il n’en demeure pas moins éloquent sur notre rapport à la mythologie, aux légendes, et, en un sens, à la religion. Batman, Superman et Spider-Man n’ont peut-être plus rien à montrer, mais toujours beaucoup à dire.

Cassandro the Exotico !, portrait éclatant de la lumière du catch mexicain

Spécialiste des portraits et du cinéma expérimental qu’elle pratique avec sa caméra de 16mm, la cinéaste Marie Losier filme, monte, colle et rend hommage aux rencontres qui ont marqué sa vie. Présenté dans la section parallèle de l’ACID au dernier Festival de Cannes, Cassandro the exotico !, son second long métrage, est un portrait rempli de tendresse d’une légende de la lucha libre au Mexique.

Marie Losier ne parle pas de rencontre mais d’accident. C’est déjà ce qui lui était arrivé avec la performeuse Genesis P-Orridge pour son film The Ballad of Genesis and Lady Jaye en 2011, qu’elle avait choisi de suivre et de dépeindre dans son premier long métrage pour raconter la vie de cette femme. Dans son deuxième film, elle dévoile la personnalité touchante de Cassandro que ses muscles et son sport assez brutal pourraient cacher. Cassandro est le nom de scène comme on pourrait le dire de Saúl Armendáriz, l’un des plus célèbres catcheurs mexicains. Mais la différence qu’il possède avec ceux que l’on connait mieux, c’est qu’il se travestit. Dans les années 1940, les exoticos, comme on les appelle, apparaissent dans un but purement théâtral en se mettant en scène munis de boas, de maquillage et de paillettes. À ce moment là, tous tiennent à préciser que ces numéros sont intégralement du show afin qu’on ne les prenne par pour des homosexuels. Cassandro est l’un des premiers à assumer ouvertement d’être gay, il est un exemple de combat contre les codes de la virilité très présents dans le catch, milieu assurément machiste. Récemment invité dans l’émission Quotidien sur TMC, il répond à Yann Barthès qu’un exotico est « un gay, flamboyant qui peut se battre tel qu’il est », tout à fait la personne que l’on découvre durant ces 70 minutes de film.

La deuxième particularité des exoticos est que pour la majorité, ils combattent sans masque, pourtant énorme symbole dans ce sport. Ce choix appuie davantage la question de l’identité et l’importance de l’assumer haut et fort devant le public qui vient les voir lutter. Dès le début du documentaire, le spectateur est plongé dans l’histoire de son personnage. Des abus sexuels qu’il a connus à ses problèmes de drogue et d’alcool en passant par ces épisodes dépressifs très présent, une certaine mélancolie se dégage de Cassandro. Pourtant, il est une vraie lumière, un guerrier qui a choisi la lucha libre comme thérapie et la spiritualité pour survivre. Il éclaire le film de son sourire et de ses habits brillant d’éclats.

Comme on peut facilement l’imaginer, le corps est un des aspects les plus importants du catch avec celui de la pure chorégraphie. La réalisatrice a su se saisir de cette importance en le présentant dans tous ces instants. D’un corps maquillé, plein d’artifices et de costumes extravagants à celui abîmé plein de cicatrices et de séquelles d’opération, le spectateur connaît l’histoire du catcheur sans même avoir besoin de l’écouter parler. En se contentant de gros plans sur ses yeux maquillés ou sur les cicatrices qui inondent son corps, fatigué par son sport, Marie Losier livre à peu près la vie de Cassandro à travers ces images corporelles. Si le catch est un sport, il est aussi une danse, et armée de sa caméra de 16mm, la cinéaste se plaît à danser autour du ring pour en capter les moments les plus intenses. Le film est un corps à corps entre deux artistes. On ressent toute la délicatesse avec laquelle la cinéaste s’est immergée dans son intimité durant 4 ans où ils ont traversé beaucoup de moments ensemble. De ses étincelles à ses moments difficiles comme lorsqu’il replonge dans l’alcool, la relation réalisatrice et sujet se ressent indéniablement à travers le film.

Si l’œuvre fonctionne et passionne, c’est certes grâce à son sujet qui touche les cœurs et occupe l’écran par sa grande sensibilité et son immense force, mais aussi par sa forme originale. La caméra utilisée par Marie Losier a la singularité de ne pouvoir tourner qu’avec des pellicules de 3 minutes et la nécessité de rembobiner toutes les 25 secondes, ce qui complique la tâche mais donne un aspect intéressant au film. Succédé par un montage/collage dynamique, le film maintient en éveil dans les perspectives qu’il propose. Là où l’on voit d’habitude des faux raccords et des maladresses, on comprend ici un réel travail de la matière et la volonté constante de créer du mouvement. Cassandro the Exotico ! est une œuvre éclatante d’humanité avec un travail aussi riche sur le fond que sur la forme, le film et la personnalité du catcheur ne peuvent qu’émouvoir.

Cassandro the Exotico ! : Bande Annonce

Synopsis : Dans le monde flamboyant de la Lucha Libre, Cassandro est une star incontournable. Il est le roi des Exóticos, ces catcheurs mexicains travestis. Malgré ses mises en plis et ses paupières maquillées, Cassandro est un homme de combat extrême, maintes fois Champion du Monde, qui pousse son corps aux limites du possible. Après 26 ans de vols planés sur le ring, Cassandro est en miettes, le corps pulvérisé et le moral laminé par un passé traumatique. Il ne veut cependant pas s’arrêter ni s’éloigner du feu des projecteurs…

Cassandro the Exotico ! : Fiche Technique

Réalisation : Marie Losier
Scénario : Antoine Barraud, Marie Losier
Interprétation : Cassandro
Image: Marie Losier
Montage: Aël Dallier Vega
Productrice : Carole Chassaing
Société de production: Tamara Films, Tu vas voir
Distributeur: Urban Distribution
Durée : 1h13
Genre : documentaire
Date de sortie : 5 décembre 2018
France – 2018

3.5