La fête des mères : autopsie un peu niaise de la maternité par Marie-Castille Mention Schaar

Elle nous avait laissés avec Le Ciel attendra, un film plutôt réussi sur la radicalisation de jeunes filles dans la France d’aujourd’hui. Pourtant, dans  La Fête des mères, Marie-Castille Mention Schaar déçoit avec un film choral épileptique et souvent navrant sur la maternité dans « tous ses états ».

carmen-mora-audrey-fleurot-la-fete-des-meres-filmTout commence par une voix off qui nous explique à quel point on adore détester nos mères, mais que pourtant on les aime si fort. Elle dit aussi qu’il y a mille façons d’être mère. Merci. Juste après nous commençons à suivre le destin de plusieurs mères ou filles ou fils qui se croiseront plus ou moins directement grâce à de bonnes grosses ficelles scénaristiques. Ajoutons à cela le personnage d’un professeur qui nous explique en long et en large comment a été inventée la fête des mères et nous nous trouvons face à un film trop didactique, trop simpliste et qui en plus fait la morale au spectateur. Franchement, la scène où la Présidente de la République croise le regard d’une prostituée asiatique que l’on voit ensuite téléphoner à son fils par Skype et caresser l’écran d’ordinateur est d’une pauvreté cinématographique certaine. On se croirait dans le Paris de Klapish qui avec ses allures cartes postales pouvait parfois agacer. Ici, la prostitution est réduite à voir une femme marcher et attendre sur un trottoir. Il y a pourtant quelques belles idées, mais un  brin trop clipesques, comme quand Nicole Garcia, pas tout à fait remise d’un AVC, s’inscrit à des cours de claquettes ou essaye d’échapper aux entrailles de son fils ultra-protecteur.

« On aime sa mère presque sans le savoir … »

vincent-denienne-nicole-garcia-la-fete-des-meres-filmLe problème de Marie-Castille Mention Schaar est qu’elle voudrait tout dire sur la maternité, aborder mille manières de la vivre, mais ne dit rien. Elle morcelle trop son propos à travers des personnages peu incarnés et trop stéréotypés ou du moins figés dans la résolution d’un problème insoluble qui, pouf, se démêle à la fin. Elle prend si peu de temps à dessiner ses personnages que l’on peine à croire à Audrey Fleurot en Présidente de la République ; on voit surtout une actrice se baladant dans le Palais de l’Élysée. Quant à la scène, assez hilarante il faut le dire, où une fille délaissée s’acharne sur une jeune mère pour crier son refus de la maternité, elle est plombée par cette impression pour le spectateur de recevoir en permanence des messages de tolérance et d’ouverture qui tombent à l’eau. Au final, tout se termine bien, tout le monde s’aime, personne ne s’est vraiment rien dit. Dommage, car avec un casting pareil, il y avait de quoi faire. Mais le film se termine comme il avait commencé, procédé déjà utilisé par la réalisatrice dans son insipide premier film Ma Première fois et peu probant. Au final, elle nous pond un générique très long où l’on voit les actrices en gros plan avec, on le suppose, leurs mères dans la « vraie » vie. Cela montre l’échec d’un film qui se voudrait épicé, piquant sur un sujet maintes fois abordé au cinéma. On préférera repenser à l’intensité des rapports mère-enfant dans des films comme J’ai tué ma mère de Xavier Dolan, qui savait montrer ce qu’est la force d’un « je t’aime », mais aussi Je suis heureux que ma mère soit vivante ou encore à la pudeur d’un Quelques heures de printemps. Il y a en effet mille façons de vivre sa maternité, nulle besoin de le dire, de le filmer jusqu’à ne plus rien signifier de ce que c’est qu’être mère, qu’aimer sa mère, que de ressentir cet amour au moment d’un dernier regard, d’une dernière étreinte.

La Fête des mère : Bande-annonce

La Fête des mères : Fiche technique

Synopsis : Elles sont Présidente de la République, nounou, boulangère, comédienne, prof, fleuriste, journaliste, sans emploi, pédiatre. Elles sont possessives, bienveillantes, maladroites, absentes, omniprésentes, débordées, culpabilisantes, indulgentes, aimantes, fragiles, en pleine possession de leurs moyens ou perdant la tête. Bien vivantes ou déjà un souvenir … Fils ou fille, nous restons quoiqu’il arrive leur enfant avec l’envie qu’elles nous lâchent et la peur qu’elles nous quittent. Et puis nous devenons maman … et ça va être notre fête !

Réalisation : Marie-Castille Mention Schaar
Scénario : Marie-Castille Mention Schaar
Interprètes : Audrey Fleurot, Clotilde Courau, Olivia Côte, Pascale Arbillot, Jeanne Rosa, Carmen Maura, Nicole Garcia, Vincent Dedienne, Marie-Christine Barrault, Pascale Demoldon, Noémie Merlant, Gustave Kervern, Xavier Maly, Lolita Chammah,  Nicole Ferroni
Photographie : Myriam Vinocour
Montage : Benoît Quinon
Sociétés de production: Willow Films, UGC, Orange Studio, France 2 Cinéma
Distributeur : UGC Distribution
Durée : 200 minutes
Date de sortie : 23 mai 2018
Genre : comédie dramatique

France – 2018

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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