True Detective, saison 1 : Critique de la série

True Detective, saison 1 : Un thriller glaçant et Nietzschien

True Detective, aux États-Unis, c’est un magazine relatant faits divers sordides, meurtres glaçants et crimes divers, toujours d’une façon joyeusement cynique et malsaine. L’équivalent US de notre Le Nouveau détective national, il a tout de même accueilli dans ses colonnes quelques écrivains de futur renom. Est-ce parmi ses pages à la qualité probablement douteuses que Nic Pizzolatto a trouvé l’inspiration pour sa génial histoire policière du même nom ? Toujours est-il que le titre résume assez bien l’ambiance glauque et sale de cette première saison.

Prenant pour cadre les bayous de la Louisiane, une région aux qualités hautement cinématographiques mais trop rarement mise en valeur sur grand écran, cet ancien écrivain nous plonge dans les noirceurs de l’âme humaine. Auteur de deux romans, Pizzolatto s’est fait la main sur la série télé grâce à The Killing. Dans True Detective, il mixe joyeusement les influences, allant des histoires sous format pulp, très populaire outre-Atlantique, à des références de la littérature d’horreur, citant ouvertement Chambers, à qui il emprunte le symbole du Yellow King. Des hommages assumés et des citations poussées qui lui ont d’ailleurs valu un procès pour plagiat. Simple influence, a déclaré l’auteur.

Toujours est-il que le résultat rend superbement à l’écran. Le scénario, glaçant à souhait, tire parfaitement parti des décors désolés de la région, et plonge le spectateur dans les coins les plus reculés de l’Amérique profonde. Partant d’un simple meurtre à la mise en scène terrifiante, il étale son histoire sur 17 ans, la découpant en trois périodes. Un procédé qui permet de faire monter lentement le suspens, tout en posant les bases de l’intrigue. Les époques s’entrechoquent, avec pour seul lien en commun les fameux meurtres, mais aussi les deux personnages principaux, Cole et Hart.

Duo de haut vol

C’est un peu la valeur ajoutée de la série, d’ailleurs. Le couple Matthew McConaughey/Woody Harrelson fonctionne parfaitement à l’écran, et leur alchimie se ressent dès les premières minutes. Leur prestation est impressionnante, chacun faisant ressortir le jeu de l’autre et s’en nourrissant. Qu’ils soient au naturel ou abîmés par les années grâce au maquillage, ils donnent vie et chair à leurs personnages. Ce sont eux, d’ailleurs, qui donnent toute sa profondeur à la série. La complexité de leur caractère s’accorde parfaitement à la noirceur de l’univers, et cette mise à l’épreuve permet d’éprouver un peu plus leurs personnalités mais aussi de mettre en valeur leur humanité, tout comme leurs défauts. Pizzolatto à le chic pour donner vie à ces deux policiers abîmés par la vie, leur quotidien et leurs relations avec les autres.

Le quatrième homme qui permet à la série de se démarquer, c’est le réalisateur Cary Fukunaga. Un metteur en scène unique pour toute une série, la chose est rare de nos jours, alors que les producteurs cherchent à multiplier les noms derrière la caméra, souvent pour des raisons de planning serré. Ici, un seul réalisateur, ce qui permet une plus grande unité d’un point de vue visuel. Esthétiquement, on est plus proche du cinéma que des séries télé, malgré l’augmentation massive de la qualité de ces dernières. Fukunaga réfléchit ses plans et parvient à imprimer une véritable identité à True Detective. Il sait également tirer profit au maximum des paysages de la région, et nous offre des plans travaillés, qui renforcent le sentiment de menace pesant sur le spectateur.

Véritable coup de poing télévisuel, True Detective s’est d’ores et déjà fait une place parmi les meilleures séries signées HBO, et même parmi les meilleures séries tout court. Scénario haletant, réalisation soignée, casting de haut vol, tous les ingrédients sont réunis pour une plongée en enfer de huit heures, dont le spectateur ne ressortira pas indemne. Reste à confirmer pour une saison deux qui remettra les compteurs à zéro.

True Detective s’ouvre sur un générique de toute beauté, un titre du groupe The Handsome Family intitulé «Far From Any Road» (extrait de l’album Singing Bones).

Synopsis: La traque d’un tueur en série amorcée en 1995, à travers les enquêtes croisées et complémentaires de deux détectives, Rust Cohle et Martin Hart.

Fiche technique – True Detective

Américain – 2014
1 saison, 8 épisodes
Thriller, suspens
Créée par Nic Pizzolatto
Réalisateur : Cary Fukunaga
Scénariste : Nic Pizzolatto
Casting : Matthew McConaughey (Rust Cohle), Woody Harrelson (Martin Hart), Michelle Monaghan (Maggie Hart), Michael Potts (Maynard Gillbough), Tory Kittles (Thomas Papania), Kevin Dunn (Ken Quesada)
Producteurs : Nic Pizzolatto, Cary Fukunaga, Richard Brown, Steve Golin, Bard Dorros
Production : Anonymous Content

La série a été renouvelée pour une saison 2, et se déroulera en Californie, à Big Sur…

Auteur de l’article Mikael Yung

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