The Killing, le triomphe du polar nordique

Consacrée Meilleure Série Internationale par les BAFTA en 2011, The Killing, un des plus gros succès de la télévision scandinave, est un polar nordique efficace et passionnant.

Synopsis (saison 1) : Une lycéenne, Nanna Brik Larsen, 19 ans, disparaît un vendredi soir. Son cadavre est retrouvé le lundi matin, dans le coffre d’une voiture, au fond d’un étang. Alors qu’elle s’apprête à quitter la police de Copenhague, Sarah Lund accepte quand même d’enquêter sur ce meurtre en compagnie de son remplaçant, Meyer.

Depuis des années maintenant, les romans policiers venant du Nord de l’Europe connaissent un succès sans précédent (et généralement mérité). De la Suède d’Henning Mankell à l’Islande d’Arnaldur Indridason, les recettes semblent plus ou moins identiques : crimes sordides, flics empêtrés dans leurs soucis personnels et tiraillés entre leur famille et leur travail, description sombre du pays, aussi bien socialement, moralement que politiquement.

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Forcément, le cinéma et la télévision se sont vite emparés de ce succès. Nous nous retrouvons avec les adaptations de ces romans : les séries Wallander (d’abord en Suède, puis au Royaume Uni avec Kenneth Branagh dans le rôle titre), les films Millenium ou Jar City, etc.

Sarah Lund

Bien que n’étant pas une adaptation officielle de roman, la série danoise The Killing reprend les schémas narratifs classiques des polars nordiques. D’un coté, nous avons donc une enquêtrice toujours un peu borderline. Sarah Lund est le genre de fliquesse qui, lorsqu’elle suit une piste, ne s’embarrasse pas de protocole ou de bienséance. Elle fonce droit devant elle, tête haute. Et tant pis si, pour rattraper un criminel, il faut remuer dans les milieux de la politique ou des grandes entreprises. Elle a d’ailleurs du mal, on s’en doute, à respecter les ordres venant d’en haut et relayés par son supérieur direct, le pauvre Lennart Brix, qui se retrouve souvent coincé entre les remontrances de la direction et l’obstination de son inspectrice.

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Mais il n’y a pas qu’avec sa hiérarchie que Lund a des difficultés. Elle semble rencontrer des problèmes avec toute forme de relation sociale, y compris au sein de sa famille. Incapable de maintenir un couple, elle est aussi en conflit ouvert avec son fils, qui n’a plus vraiment envie d’entendre parler d’elle.

L’actrice Sofie Gråbøl est formidablement efficace dans ce rôle de femme qui cache ses fêlures derrière une insensibilité de façade. La réussite de la série lui doit beaucoup (ainsi qu’à l’ensemble d’un casting irréprochable).

Qualités d’écriture

L’autre grande qualité de la série, c’est son écriture.

The Killing contient trois saisons. Chaque saison représente une seule enquête, et l’action d’un épisode s’étend sur 24 heures. La première saison fait vingt épisodes d’une heure (vraiment une heure, et pas 40 minutes comme dans les séries étatsuniennes). Et l’enquête progresse tout au long de ces vingt heures, explorant les différents aspects de l’affaire, que ce soit auprès de la famille de la victime, du lycée, et remontant même jusqu’à la mairie de Copenhague. On explore une piste, on aboutit à un suspect, puis on se rend compte que ce n’est sûrement pas lui mais on découvre une autre piste, et ça continue comme cela. Le mécanisme est un peu trop systématique dans la première saison (il faut fournir de quoi occuper vingt heures de spectacle), et les répétition entraîne une baisse de la tension.

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Le problème sera résolu dans les deux saisons suivantes, qui sont plus courtes de moitié. La saison 2 se concentre autour du meurtre d’une avocate au passé trouble, et la saison 3 débute sur l’assassinat de trois marins, dont l’un est retrouvé en petits morceaux. Ces deux saisons, ne faisant que dix épisodes chacune, possèdent un rythme plus rapide et une tension dramatique plus forte. A ce titre, la troisième saison est absolument remarquable, sûrement la meilleure, il est impossible de décrocher une seule seconde, les rebondissements s’enchaînent de façon plus spectaculaire, et le final est grandiose et inoubliable.

Aspect politique

Dans les trois saisons, l’enquête se retrouve compliquée par un aspect politique de plus en plus important. Dans la saison 1, Sarah Lund va devoir enquêter sur le personnel de la mairie de Copenhague en pleine élection municipale, schéma qui se retrouvera dans la saison 3, sauf qu’il s’agira carrément du bureau du premier ministre lors de la campagne des législatives. Cela permet aux scénaristes de donner une vision réaliste mais désabusée de la politique au Danemark, des accords entre partis, des lobbys industriels, des soucis de communication, du rôle des grandes entreprises (et de ce qui se déroule au sein des Conseil d’Administration), etc. La série sait se nourrir de l’actualité sociale, avec la crise économique, les menaces de délocalisations… Ce contexte permet d’augmenter la tension dramatique dans laquelle se déroule l’enquête.

A cela, il faut rajouter la qualité d’une bande son vraiment remarquable, qui sait ménager de grandes plages d’un silence angoissant tout autant qu’employer une musique qui instaure une ambiance lourde.

En bref, malgré un rythme lent, The Killing est une série policière très efficace, qui propose une forte tension dramatique, mais aussi des personnages attachants. Une réussite qui donnera lieu à un remake aux Etats-Unis.

The Killing : bande-annonce

The killing : fiche technique

Titre original : Forbrydelsen
Créateur : Søren Sveistrup
Réalisation : Kristoffer Nyholm, Fabian Wullenweber, Charlotte Sieling, Henrik Ruben Genz
Scénario : Søren Sveistrup, Torleif Hoppe, Michael W. Horsten
Interprètes : Sofie Gråbøl (Sarah Lund), Morten Suurballe (Lennart Brix), Lars Mikkelsen (Troels Hartmann), Søren Malling (Jan Meyer)
Musique : Frank Bak
Photographie : Rasmus Arrildt, Bo Tengberg, Magnus Nordenhof
Montage : Steen Schapiro, Ghita Beckendorff
Production : Piv Bernth, Sandra Foss
Société de production : Danmarks Radio, Norsk Rikskringkasting, Sveriges Television, ZDF Entreprises, Nordvision, Nordisk Film.
Distribution : KLB Group
Première diffusion en France : 18 mai 2010
Nombre d’épisodes : 40 (en trois saisons)
Durée d’un épisode : 55 minutes

Danemark-2007

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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